11 janvier 2017

"Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Dieu"




A propos de la citation du sage indien de l'autre jour et de cette grande année qui s'annonce, je voudrais en profiter pour partager avec vous – et la présence vivante de Roger Garaudy - une chanson que je considère comme l'une des plus belles au monde. Son refrain est le suivant (trad.) :
"Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Dieu". Elle a été rendue en anglais d'une manière particulièrement réussie [ voir la video].
En l'écoutant et en lisant ce qui suit, vous pourrez apprécier, je l'espère, sa portée, spirituelle bien sur mais aussi philosophique, psychologique, sociologique et esthétique.
Dans les campagnes de cette partie du monde où je vis, et où les Indiens ne semblent pas s'être installés de manière durable, j'ai remarqué qu'il existe une chanson autour du même instrument qu'est la baratte et qui comporte un couplet semblable. Est-ce un hasard ?
A propos de la "Loi Travaille !"
Quant à la notion de travail, au cœur de toute Révolution dont nous parlions l'autre jour, son sens véritable semble dévoyé par la récente législation en France. A ce sujet, un autre sage indien invitait à surtout ne jamais faire aucun effort pour travailler:
"L'impression "je travaille" est un obstacle. Recherchez donc: Qui travaille? Rappelez-vous "Qui suis-je ?"; votre travail ne vous pèsera plus; il se déroulera automatiquement. Ne faites donc aucun effort soit pour travailler, soit pour renoncer à votre travail. C'est cet effort qui vous enchaîne. Ce qui doit advenir, adviendra. Si votre destin est de ne plus travailler, vous ne pourrez plus jamais trouver de travail. Si votre destin est de travailler, vous serez forcé de le faire. Par conséquent, abandonnez ce souci au Pouvoir d'en-haut. Vous ne pouvez ni renoncer ni retenir à votre guise."  (Maharshi, Albin Michel, 1972, p. 211).
Il enjoignait en un autre endroit de demeurer en permanence un ouvrier docile:
"Tu es manipulé par un Pouvoir supérieur. Tu le prouves d'ailleurs en refusant de d'y soumettre. Au lieu de cela, reconnais ce Pouvoir et soumets-toi à lui comme son instrument. Autrement dit, même si tu refuses tu y seras obligé. Au lieu d'être l'ouvrier récalcitrant, sois l'ouvrier docile. Reste donc fermement établi dans le Soi et agis conformément à la nature sans penser que tu es l'auteur de tes actes."
L'intérêt de la Pensée Unique
Pour revenir à la chanson des Gopis ("Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Krishna"), elle illustre également le plus grand enseignement de l'hindouisme et du bouddhisme et particulièrement de la version chinoise de ce dernier. En effet, elle illustre la possibilité de méditer sur Dieu en permanence, même en travaillant… Ce faisant, elle sous-entend la nécessité, par ailleurs explicitée en de nombreux autres endroits des textes de l'hindouisme, d'une soumission totale à Dieu, exactement comme celle sur laquelle s'est fondé l'islam.
Ce qu'il y a de commun à l'hindouisme et aux autres religions et spiritualités orientales, c'est que l'illusion suprême est la liberté de penséE. En effet, cette dernière est toujours ancienne car liée aux expériences diverses de la vie et productrice, par l'effet de continuité, d'une autre illusion de taille: le Temps… La félicité suprême dans ces religions se fonde sur un mode où règne la Pensée Unique, à l'opposé de l'objet recherché dans les "sociétés démocratiques" et "avancées". La Pensée Unique est en effet celle tournée exclusivement vers Dieu. Toute autre pensée est écartée une fois que la nature du Mental ("manas" en sanskrit) a été saisie et que ne demeure que la pensée "Je Suis".
Le Diable, c'est le Mental
Dans la religion musulmane (laquelle a plus de points communs avec l'hindouisme que toutes les autres religions du Moyen Orient; quoi qu'en pensent les ignorants), le Mental de l'être humain, dénommé prosaïquement "Ma Tuwaswisu bi-hi Nafsu-hu" (mot à mot: "ce que sa conscience individualisée "Nafs" lui susurre"), c'est le Diable en personne. Ce Shaytan n'est pas du tout le rival, avec ou sans cornes, de Dieu puisque c'est Ce Dernier Lui-même qui l'a créé; chose paradoxale que reprochent naïvement certains critiques chrétiens aux musulmans… Il est en fait l'adversaire de l'être humain. C'est lui qui maintient ce dernier dans l'illusion, à la différence des animaux dont l'attention est toujours totale, totalisante, jamais brouillée par des pensées. La tâche de l'être humain sur Terre est donc de se délivrer de cette emprise du Mental. Le verset le plus important du Coran résume à lui seul une telle Vision:
" Dieu a créé l’humain, et sait ce que son Mental lui murmure. Il est plus proche de lui que de sa veine jugulaire même" [Wa laqad halaqna l-insana wa na'alamu ma tuwaswisu bi-hi nafsu-hu wa nahnu aqrabu ilay-hi min ahbli l-warid] (50 Qaf 16).
Dieu est installé sur le toit de la maison
Dans la chanson des Gopis, Krishna est évidemment le même Dieu que celui des musulmans, chrétiens et juifs sans œillères. Un autre sage et philosophe indien, l'illustra un jour à partir de sa propre expérience quand il proclama:
"J'ai pratiqué toutes les religions, du christianisme à l'islam et j'ai suivi chacune des voies propres aux diverses sectes de l'hindouisme. Et il m'est apparu que par des voies différentes toutes cheminent à la rencontre du même Dieu. [...] Personne ne réalise que celui qu'on appelle Krishna est aussi appelé Shiva ou bien l'Energie divine (Shakti), Jésus ou Allah, ou encore Rama avec ses mille noms."
"Dieu est installé sur le toit de la maison. Il s'agit de le rejoindre. Pour cela, les uns prennent une échelle, d'autres une corde ou une perche en bambou, d'autre encore empruntent l'escalier ou escaladent les murs. Que vous choisissiez telle ou telle voie est chose indifférente, à condition de ne pas les essayer en même temps mais successivement. Si vous arrivez sur le toit, vous avez trouvé Dieu et vous comprenez alors qu'il y avait plusieurs voies possibles pour le rejoindre. En aucun cas vous ne devrez penser que les autres chemins ne mènent pas à Dieu. Ce sont simplement d'autres moyens permettant de se hisser sur le toit. Permettez à chacun de suivre sa propre voie [...]
Chacun s'imagine que seule sa propre montre indique l'heure exacte. En réalité, il suffit d'aimer Dieu avec ardeur et de se sentir attiré vers Lui..."
(Ramakrishna, in J. Herbert, Albin Michel 1947, p.512)

Charybde

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Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy