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23 avril 2020

Luc Collès, passeur de frontières

"En choisissant de consacrer sa thèse à l'apport de la littérature francophone dans la formation des élèves issus d'autres espaces linguistiques et culturels, Luc Collès a opéré un double et spectaculaire passage des frontières : le professeur de langue maternelle devenait professeur de FLE, et l'amateur d'analyses structurales n'avait plus d'yeux désormais que pour la manière dont les différences culturelles modelaient non seulement le langage et la littérature, mais aussi toutes nos relations et toutes les dimensions de l'action humaine.

Les cinq parties qui composent cet ouvrage résument bien la diversité du parcours foisonnant de ce jeteur de ponts en mettant en évidence les thèmes majeurs qui l'ont mobilisé au long de sa carrière et à propos desquels il a fait œuvre de fondateur : l'enseignement de la littérature, la didactique du FLE et de l'interculturel, la promotion de la francophonie, la littérature migrante et l'interrogation sur les enjeux de la transmission du fait religieux                                                         dans le contexte des sociétés multiculturelles." (LesLibraires.fr) 

Dans ce livre de Luc Collès,
le passage consacré à Roger Garaudy
et comment se procurer l'ouvrage

3 décembre 2017

Au revoir Luc

UN MOT DE JACOB MAHI pour LUC COLLES
En Son nom l'Exalté, le Coran dit : "Nous appartenons Dieu et vers Lui se fera notre retour". Le Prophète Mohamed sur lui et sa sainte famille la paix dit : "Entretenez le rappel de celui qui détruit les passions, et divise les assemblées, la mort". Le Maitre l'Imam Sadek Charaf, sainteté sur son âme disait : "Le linceul n'a pas de poche". Ainsi tout est relatif dans la vie de l'humain, et sa seule vérité est sa finitude. Que la paix de Dieu et Sa grâce soient sur l'âme du Pr Luc Collès, Amen. A contre-nuit, comme l'était le Maitre Roger Garaudy, paix sur son âme, qui disait souvent : "Dire Dieu c'est dire que la vie a un sens", de la même manière le Pr Luc Collès avait une profonde humanité que j'ai découvert à travers ses écrits. Un grand homme d'espérance s'en est allé auprès de Dieu, l'Exalté. J'adresse à sa famille, ses proches, ses amis et tous, mes sincères condoléances. Un frère de pensée, de lutte et de dialogue, il était un homme de foi, un être de Dieu.
Fraternellement, paix sur son âme.

21 novembre 2017

Luc Collès est mort


En tant qu' administrateur du blog "Roger Garaudy A contre-nuit" - Roger Garaudy qu'il appréciait et sur lequel il avait réfléchi et écrit (lire ici tous ses articles sur ce blog) - je présente à la famille et aux amis de Luc mes condoléances émues. A Luc dont, ne l'ayant jamais rencontré autrement que par ses écrits, par notre correspondance et par la pensée, je n'ai pu qu'entrevoir la profonde humanité, j'adresse par delà l'espace-temps le salut d'un frère en Espérance.

Voici le message de Françoise Garaudy à la famille de Luc: 
" Je vous adresse toutes mes sincères condoléances suite au décès de votre époux.
Un être exceptionnel s'éteint. Ils n'avaient pas le même âge mais avec mon père Roger Garaudy ils étaient frères de pensée, frères de lutte pour un dialogue des cultures. C'était un grand humaniste.
C'est un homme qui n'est plus là et qui nous manquera beaucoup."





16 janvier 2014

Eveilleurs


Intervention de René Nouailhat pour l’éméritat de Luc Collès
à l'Université catholique de Louvain
le 11 décembre 2013




 Luc Collès. Photographie empruntée au site de l'ABPF

Monsieur le Vice-recteur, Monsieur le Doyen,
Mesdames et messieurs les responsables et les professeurs de l’Université Catholique de Louvain,
chers proches et amis de Luc Collès,

Quel privilège, et quel grand plaisir, de dire quelques mots ici en hommage au professeur Collès, à notre cher Luc.
Je le fais au titre de la situation qui était la mienne au Centre Universitaire Catholique de Bourgogne, où j’ai assuré la direction des études et de la recherche jusqu'à cet été et où, dans cette responsabilité, j’ai invité et accueilli Luc depuis 1997. Je le fais aussi au nom de mes collègues et amis du CUCDB, son président Pierre-Henri Lemaire, son directeur général Philippe Richard, le directeur de l'IFER Eric Vinson, et notre ami commun Jean-Claude Rizzi, fondateur du CUCDB, ancien directeur du groupe Saint-Bénigne où Luc intervient aussi, et consul de Belgique à Dijon ; il est bien sûr de tout cœur avec nous aujourd’hui.
Mon propos voudrait rendre hommage à un homme de grande culture, et surtout d’interculture, à un homme de convictions, à un éveilleur de sens.
*
 Tout d’abord, l’homme de culture, de culture large, de cultures au pluriel.
La culture, c’est apparemment de l’identitaire. C'est une façon d’être avec, d’être par, d’être pour, d’être dans. C’est ainsi que l’on parle d’une culture familiale, d’une culture d’entreprise, d’une culture nationale, ou de culture méditerranéenne.  Mais nous savons bien que toutes les cultures sont poreuses, et aujourd’hui plus que jamais prises dans la logique d’irrésistibles rencontres, d’influences et de contaminations réciproques, et de transformations. Jean Claude Guillebaud appelle à "comprendre comment se construit sous nos yeux une modernité métisse à laquelle toutes les sociétés humaines sont aujourd’hui conviées"
Dans le champ francophone, Luc est de la sorte homme de l’interculture, de cultures croisées et en dialogue, et de ce fait de profonde reliance. Ce que dit bien le titre d’un de ses ouvrages : Littérature comparée et reconnaissance interculturelle. Ses analyses nous décentrent d’une rive à l’autre de la Méditerranée, et au-delà, car sa curiosité est sans frontières. Je n’oublierai jamais son enthousiasme quand il a découvert l’établissement de Dakar où je lui avais proposé de faire un cours pour une formation du CUCDB délocalisée au Sénégal, à Sainte-Marie de Hann : Luc y a trouvé un lieu fièrement ouvert à toutes les cultures du monde, cultures de toutes les époques et de tous les temps, au service d’une éducation à la paix. Une école qui honorait tout particulièrement Nelson Mandela, figure de l’humanisme universel, comme viennent de le manifester l’émotion et la reconnaissance mondiale de cette grande figure du combat pour la paix et la justice.
Je profite de cette évocation pour te dire, Luc, les félicitations et les amitiés que la directrice de ce bel établissement, Marie-Hélène Cuenot, m’a chargé de te transmettre.
*
Ensuite, l’homme de conviction.
Ta passion de la diversité culturelle t’a plongé dans la complexité de notre monde. Elle t’en a fait ressentir profondément les drames, les déséquilibres, les injustices, les souffrances. Tu n’en es pas un spectateur dégagé, mais tu en es un témoin engagé, au nom de ta foi chrétienne et avec ton empathie pour les différents mondes culturels.
Sous ta délicieuse douceur et ton apparente candeur, tu es un homme de fortes convictions. Tu respectes chaque personne, mais pas nécessairement toutes les idées ni tous les comportements. Tu es ferme sur les critères de discernement que sont pour toi les Droits de l’homme et les valeurs de l’Evangile. Ce qui te conduit, en situation de transmission, à l’exigence de donner des repères existentiels, et c’est en ce sens que tu pratiques l’enseignement de la littérature.
Les repères existentiels étaient jadis transmis à tous par les Eglises. Ces structures se sont délitées, et cette transmission se fait aujourd’hui autrement, selon d’autres modalités et souvent dans de nouvelles recompositions. Comme Luc l’écrit au début de son étude sur Neutralité et engagement, "au moment où les religions perdent leur emprise sur la société et subissent une importante désaffection, on découvre l’intérêt des faits religieux d’un point de vue culturel, historique et patrimonial".
C’est dans cette perspective qu’il fut envisagé de développer l’enseignement du fait religieux en France voici douze ans, notamment dans le domaine des Lettres. L’éclairage n’y est plus confessionnel, mais laïque, au sens français de l’expression. Le fait religieux y est saisi dans sa double dimension factuelle et spirituelle : le factuel par les textes et le contexte social par lesquels ils sont produits, et le spirituel par lequel ces textes prennent forme et sens.
C’est là un programme qui convenait parfaitement à Luc, à ses recherches, et à son évolution personnelle, comme il l’a évoqué lors du symposium que nous avons organisé ensemble à l'UCL, dans ce même amphithéâtre, en avril dernier. Je le cite : "J’ai commencé mes recherches en lettres en pleine période formaliste. Nous étions à la fin des années 70. A la manière de Todorov qui, dans Devoirs et Délices, en vient non pas à renier, mais à dépasser sa période formaliste, je pense être devenu aujourd’hui un passeur de frontière en quête de sens. J’ai pris conscience que, pendant quatorze ans, comme professeur de français dans le secondaire, j’avais véhiculé une conception étriquée de la littérature, qui la coupait du monde dans lequel on vit. Dorénavant, mes étudiants constatent que la littérature leur permet de s’interroger sur leur identité et sur les rapports qu’ils nouent avec les autres hommes et avec notre environnement. C’est ainsi qu’ils s’émancipent par le savoir". Et Luc Collès d’ajouter : "Le premier conseil à donner à l’enseignement est qu’il n’oublie pas l’herméneutique anthropologique".
Le parcours de Luc est ainsi emblématique de l’histoire intellectuelle européenne des années 1970-2000, depuis le formalisme structuraliste jusqu’à la réaffirmation du sujet - le sujet lecteur comme le sujet auteur -  et l’émergence des questions du sens - le sens dans la littérature ou le sens de la littérature. Ce fut aussi la trajectoire du philosophe Roger Garaudy, qu’il aime citer en écho à son propre itinéraire. Sortir des schématismes d’une pensée dogmatique, Garaudy s’est lui aussi ouvert à d’autres mondes, au monde de l’Autre, à la dimension symbolique, spirituelle et transcendantale de l’homme.
*
 Enfin l’éveilleur de sens.
 Réussir cette conversion de l’intelligence reste un défi. C’est le constat amer d’Edgar Morin : "La mission essentielle de l’enseignement est de nous préparer à vivre. Or il manque à l’enseignement, du primaire à l’université, de favoriser des connaissances vitales. On n’enseigne pas ce qu’est l’être humain. On n’enseigne pas non plus la compréhension d’autrui et de soi-même". Cette compréhension, il faut parvenir à la mettre en mots. Ce n’est pas gagné.
Nous n’y sommes pas préparés. Comme le dit le professeur Maurice Sachot, notre collègue et président de nos jurys rectoraux à Dijon : "Certes les connaissances que nous avons des faits religieux sont considérables. Mais nous ne savons pas les traiter. Les catégories que nous utilisons pour en rendre compte ne sont pas des catégories scientifiques. Elle sont tautologiques, elles reprennent purement et simplement celles que les religions ont-elles même façonnées pour se penser et se dire. Les enseignants se sentent particulièrement démunis pour aborder la question des faits religieux. Ils ne disposent pas d’outils conceptuels satisfaisants". On le voit en histoire, où la présentation des religions en leurs genèses reste marquée par les visions apologétiques de ce qu’on appelait l’histoire sainte. Ce l’est tout autant en littérature où devrait émerger la problématique existentielle. 
Ce défi, Luc a su le relever à Dijon, par une fine mise en synergie du croire et du savoir et par les outils de l’interculturalité. Du "fait religieux", Luc en saisit les expressions symboliques par lesquelles se vivent les identités et les représentations par lesquelles se construisent les apprentissages. Il les poursuit par une immersion dans le monde de l’autre pour en analyser les recompositions et les métissages, par son empathie pour en comprendre ce qui s’y vit.
J’ai appris de Luc que c’était là le sens belge de la neutralité. Non un no man’s land des convictions dans lequel, pour reprendre un mot de Roger Garaudy, on laisserait "les hommes sans repères, livrés à un scientisme d’ordinanthrope", mais une posture d’équité pour toujours d’abord tenir compte de l’autre, de ses stéréotypes, les élucider pour former à l’esprit critique.
C’est donc comme didacticien du fait religieux que Luc a enseigné à Dijon depuis plus de quinze ans, dans le cadre de la convention qui a pu lier le CUCDB à l’UCL pour la formation des enseignants. Une formation au contenu original assurée par Luc et la trentaine de ses collègues dont il a su solliciter les compétences dans le programme du DU "Sciences et enseignement des religions", monté avec Bernard Descouleurs, puis dans celui du master d’Etat "Sciences de l’Education et de l’enseignement du fait religieux".
Cette formation a marqué nos étudiants. Le décentrement auquel invite le questionnement de la méthode interculturelle est aussi un excentrement, un travail sur soi qui fait grandir, par la compréhension de l’autre, la compréhension de soi. "Comment accueillerons-nous l’étranger si à nous-mêmes nous sommes devenus étrangers ?", interrogeait Dominique Ponnau, directeur de l’Ecole du Louvres, lors d'une de nos sessions. La méthode interculturelle de Luc Collès sait y répondre par l'analyse et la générosité. C’est une pédagogie de l’intelligence et du cœur.
*
 Homme de cultures plurielles et passeur de frontières, didacticien et pédagogue, éveilleur de sens, de grand courage intellectuel, universitaire de convictions et d’engagements, telles sont les qualités que je voulais particulièrement souligner pour exprimer à notre ami Luc mon admiration et ma gratitude.
J’ai eu cette chance merveilleuse : nos chemins se sont croisés, et nous en avons fait un chemin partagé, un chemin de profonde fraternité.

30 mars 2013

Enseignement: pour une approche de l’Islam, par Luc Collès


  1. Le corpus
     1.1. Un texte de base : Promesses de l’Islam
    Pour cette approche des cinq piliers de l’islam, nous partirons d’abord de Promesses de l’Islam1, un ouvrage que Roger Garaudy a écrit en 1981 pour faire prendre conscience aux Occidentaux de la richesse culturelle et spirituelle suscitée par la foi musulmane.

23 septembre 2010

Parole d'homme



Garaudy Roger, " Parole d'homme ", Editeur Laffont, Paris, 1975

            Ce livre de Roger Garaudy se lit comme une méditation sur des questions fondamentales comme la vie, la mort, l'amour, la transcendance, le bonheur, la liberté, l'avenir. On croirait parfois rencontrer Socrate, Jésus, Nietzsche, Bergson. Je dis bien " rencontrer " puisque la parole est toujours un dévoilement, un engagement, une ouverture sur l'autre.
            Ces pensées de R. G. ont aussi le mérite de surgir de l'expérience de l'auteur comme un fruit mûr qui se laisse cueillir par l'amour. 
         J'aimerais dire un mot de quelques-unes de ces méditations, parce que j'ai le sentiment que chacune parle aux hommes qui cherchent et que l'avenir angoisse.


            1- Autoportrait.
           Dans ce premier chapitre, Garaudy explique sa découverte de la transcendance et de la dimension féminine de la création, suite à quelques expériences de vie fascinantes.
              La première expérience (1941) fut celle de faire face à la mort dans un camp de concentration à Djelfa, à la porte du désert, au Sud algérien. Ce dépouillement de la nature désertique, la présence de mitraillettes fixées sur soi, la résistance au commandant du camp qui ordonne de tirer au moment où l'on chante tous ensemble: " Allons au devant de la vie. Allons au devant du Matin ", le refus des gardiens arabes d'obéir à cet ordre, " la vie retrouvée après une si joyeuse acceptation de la mort me paraît délicieuse, même dans ce décor d'enfer " p.16
             La seconde expérience (1970) se situe au moment où, une semaine après la mort de son père, alors que sa mère est mourante, il fait sa dernière intervention à un congrès du parti communiste. Il gravit les marches dans un " silence et un froid de cercueil ". Ses derniers mots sont suivis " d'un silence horrible ". Il a l'impression de tomber dans un puits au milieu de ces 2000 personnes qui le rejettent. Puis, il sort de la salle, s'enfuit seul dans Paris où il erre pendant 2 heures avant de s'arrêter chez sa première femme qui avait entendu son discours à la TV et lui avait, tout naturellement ,préparé un bon repas d'accueil.
             Ces expériences lui inspirent une méditation sur la transcendance, un plaidoyer pour la prière et la foi, l'espérance et la charité. Parmi ses pensée je retiens les suivantes :
l'âme est le mouvement, la transcendance, un dépassement, une création : " on ne peut dépasser le passé et le présent avec les seules forces qu'ils contiennent déjà ".
            " La transcendance est le contraire de la suffisance ".
            " On ne peut en rester là, on ne peut aller au-delà tout seul…mais avec tous les autres ".
            " La fin dernière est une métamorphose inédite de la forme humaine; "
            La vie se déroule en sens inverse; on naît vieux (des millions d'années ont préparé la naissance,) on est alors pris dans les filets de la nature; l'école nous prend dans ceux de la culture; c'est une machine à nous rendre vieux.
Apprendre à être jeune; être jeune c'est avoir une âme, c'est-à-dire un avenir, inventer le futur;
            " Il n'y a pas de Révolution sans amour "
            Cette dernière pensée introduit bien au second chapitre qui porte sur l'amour.

            2- L'amour

            Aux yeux de Garaudy, Racine, Platon et l'éducation sexuelle projettent une image " défigurée " de l'amour. Contrairement à ce que nous apprend Racine, l'amour n'est pas fatalité mais liberté et création. Platon nous présente une image inversée du réel. Son intellectualisme crucifie la vie sur la croix du concept. Et l'école s'acharne à nous désapprendre l'amour.
            La conception de l'amour de Garaudy est remarquable. À ses yeux l'amour est la seule preuve de l'existence de Dieu Car " dans l'objet de mon amour je trouve le principe par quoi je suis créé. L'expérience de l'amour nous fait prendre conscience de nos limites et de notre pouvoir de les franchir. "
            Aimer un homme et une femme, c'est découvrir une dimension nouvelle de la vie, un nouvel et imprévisible avenir. " On perd le sens subjectif des choses qui s'organisent jusque là par rapport à moi… "

            La poésie et l'amour sont les formes les plus immédiatement saisissables de la transcendance de l'être.

            3-La mort
            L'idée que développe Garaudy dans cette méditation sur la mort est la suivante : la mort donne à la vie sa signification la plus haute : elle est l'expérience vécue de la transcendance.
            Car elle nous conduit à faire un choix, c'est-à-dire, le don suprême de notre individualité, de notre vie. Ce choix permet de nous définir comme personne par opposition à l'individu. La personne est ce qui, en nous, échappe au temps et à l'espace. C'est par elle et en elle que, dans le temps et l'espace, nous vivons l'éternité ici et maintenant, que nous choisissons la transcendance et l'amour. En ce sens on réalise que la mort n'est pas une coupure ".  Par contre, l'individu est le domaine de l'avoir. " La mort n'est angoissante que pour qui se limite à son individu, à ses propriétés " p44 Garaudy aborde aussi la question de l'euthanasie,en proposant quelques pistes de réflexion; le droit à la mort choisie, volontaire, proprement humaine.p.56 et ss. " A partir de quel moment un homme cesse-t-il d'être un homme? " Comme on se demande à partir de quel moment un embryon est-il un homme?
            Il faut bien reconnaître la beauté et la grandeur de cette conception de la mort. On pourrait peut-être reprocher à R.G. de récuser la conception chrétienne qu’il réduit au platonisme, en négligeant l’importance du thomisme , pour qui la mort est une violence et qui croit que l’homme tout entier ressuscitera. 

        4-Le sens de la vie
         Cette méditation est sûrement l’une des plus belles. Aux yeux de R. Garaudy, la vie ne consiste pas à réaliser un scénario écrit d’avance par une Providence, un Progrès ou la Science. En ce sens la vie n’a pas de sens. Il ne croit pas qu’elle soit préfabriquée, dernière étape d’un cheminement préconçu, dont la fin soit déjà contenue dans son commencement (comme l’affirme Hegel).
        Mais alors est-elle absurde à la façon de Camus et de Sartre?  « La vie, l’HISTOIRE, le Monde, sont absurdes répond-il, du point de vue de la pensée conceptuelle qui ne peut assigner à notre action des fins, mais seulement nous donner des moyens pour atteindre des fins »p.62. Il éclaire  ensuite cette pensée  en analysant la fonction, la portée et le rôle des sciences humaines (économie politique, psychologie, sociologie, morale, qui n’atteignent leur objet que de l’extérieur, alors que le sens de la vie n’est pas extérieur à l’acte de créer la vie, de faire émerger, dans notre propre vie et en nous, l’homme (poétique).p.68
        "C'est pourquoi, dit-il, au delà des morales, (...) il existe des vertus théologales, la foi, l'espérance et l'amour. Par elles nous participons à la création (qui est un jaillissement permanent de l'histoire humaine). Ainsi, la vie, au lieu d'avoir un sens est le sens, création de sens et sens de la création."
        Les définitions que donne Garaudy de ces vertus sont magnifiques:
            La foi: certitude que ce qui est n'est pas tout.
            L'espérance: tenter l'impossible pour explorer tous les possibles.
            L'amour: avoir foi dans l'autre comme capable de l'impossible Aimer son ennemi ce n'est pas lui laisser le champ libre pour la destruction, c'est accepter les possibilités de son changement et le libérer de ce qui empêche sa floraison.

Claude Collin



[Voir l'article "Le bonheur selon Garaudy" de Luc Collès qui commente une partie de "Parole d'homme"]

24 août 2010

Aragon en classe de français, par Luc Collès

     (Fait suite à Aragon selon Garaudy)

Aborder en classe de français la vie et l’œuvre d’Aragon, retracer sa trajectoire au lycée, c’est amener les élèves à réfléchir et à débattre sur des questions vives qui n’ont cessé d’inquiéter l’écrivain. Pointons-en quelques-unes.

23 août 2010

Le bonheur selon Garaudy. Par Luc Collès

« Le règne de Faust  a pris fin en mai 1968 : l'homme croit de moins en moins que le bonheur s'identifie avec la puissance et la possession. Son projet de bonheur est de moins en moins lié à la promesse de Descartes d'une « science qui nous rend maîtres et possesseurs de la nature ».
     Ses rêves ou ses projets de bonheur sont de plus en plus liés à un art de vivre de nouveaux rapports avec la nature, avec les autres hommes, avec l'avenir et le transcendant.

Aragon selon Garaudy, par Luc Collès


 Aragon ou les métamorphoses du réel

Aussi loin qu'on en remonte le cours, le plus saisissant dans l'oeuvre et la vie d'Aragon, c'est l'unité. Et son contraire aussi: le mouvement perpétuel.      R. Garaudy (1961), "L’itinéraire d’Aragon"

18 août 2010

Sur l'itinéraire de Garaudy, par Luc Collès

Un essai de Garaudy, Mon tour du siècle en solitaire : Apologie d’un itinéraire personnel (Paris, Laffont, 1989)