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Cours de
philosophie (Définition de la philosophie, Le problème fondamental de la
philosophie, L’idéalisme, Le matérialisme) par Cécile Angrand, éditions
Sociales.
Agrégée de l’université – elle se targuait d’avoir été l’une des
premières à l’être en philo-, elle fut l’auteure en 1945-46 de quatre
plaquettes aux Éditions Sociales dans la série des « Cours de
l’Université nouvelle ». Une entrée au Dictionnaire du mouvement ouvrier
et social, le Maitron, indique qu’elle avait « milité sous l’Occupation
avec Jeanne Gaillard et contribué à la parution clandestine de
L’Université libre ».
Fondées au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les Éditions
Sociales furent sur une quarantaine d’années la principale maison
d’éditions du Parti communiste français.
Les Cours de l’Université Nouvelle visaient dès la Libération à faire
« Apprendre pour mieux servir la France et son peuple », il s’agissait
d’une université populaire qui prodiguait des cours libres dans les
salles de réunion parisiennes. Cécile en était membre, au côté de Roger
Garaudy, de quelques autres. Parmi le comité de patronage, figuraient
deux prix Nobel : Paul Langevin et Frédéric Joliot-Curie, dans cette
liste les noms d’Henri Wallon, et de Marcel Prenant.
Rédactrice du 1er fascicule à être tiré, celui-ci porte pour titre :
« Cours de philosophie : Définition de la philosophie, Le problème
fondamental de la philosophie, L’idéalisme, Le matérialisme »
(juxtaposition à valeur adversative), la jeune professeure de philo fut
inscrite, en avril, sur la liste d’Union patriotique, républicaine et
antifasciste présentée par le Parti communiste, liste qui rassemblait
« des militants de la résistance. » Elle s’était présentée sur le 3e
secteur de Paris, à savoir les « quartiers riches ». Cela est omis de la
part du Maitron, pourtant ces élections municipales de 1945 étaient les
1ères élections depuis la fin de la guerre, les premières aussi où les
femmes faisaient usage de leur droit de vote. Le PCF l’emporta sur Paris
avec 32 % des votants devant la SFIO.
L’année suivante, Cécile signa un 2e fascicule des Cours de
l’Université nouvelle en collaboration avec Roger Garaudy, jeune député
communiste du Tarn : ce fut le «
Cours de philosophie : Les origines
françaises du matérialisme, 1. Descartes, 2. Les origines françaises du
matérialisme dialectique, 3. Diderot et les origines françaises du
matérialisme (par Garaudy) ».
L’écrivain Pierre Gripari, en 1989, m’indiquait avoir entendu son
prof de philo de khâgne d’Henri IV, Ferdinand Alquié, s’exclamer – ce
devait être en 44- : « Madame Angrand se fout du monde ! » par le fait
qu’elle faisait de Descartes un matérialiste. Lui ayant rapporté ce
mot, alors, elle s’est mise à sourire et balaya d’un revers de main
comme on chasse une mouche : « Une erreur de jeunesse »… Mot qui mit en
joie le conteur : « Oh, la charmante dame ! »…
Elle ne m’expliqua, pourtant, en rien ce reniement. Je regrette encore de ne pas lui en avoir prié de m’en fournir.
En 46 toujours, parut le fascicule III : « Le Matérialisme dialectique de Marx et Engels, les lois de la dialectique ».

Un fascicule IV le suivit de près, en collaboration avec Garaudy avec
pour titre : « Le Matérialisme historique, Les principes du
matérialisme historique, Les lois de l’histoire (par Garaudy) ».
La notice du dictionnaire précise que Cécile Angrand se présenta
cette année-là aux élections législatives du 10 novembre sur la liste
des candidats communistes dans la 1ère circonscription de la Seine. Il
est indiqué qu’elle figura aussi sur la liste du Parti communiste
d’Union républicaine et résistante en 5e position en 1951 », alors que
divorcée, elle s’était remariée dès 48 avec un directeur commercial.
Et puis plus rien. Aucune marque de représentation politique, ni de
publication pendant 31 ans, jusqu’en 1979, où sous la sollicitation
d’anciennes élèves, elle participa à un numéro de la revue féministe
« Sorcière » (n°18).
Faut-il dire que la presse de l’époque épluchée montre qu’avant la
rédaction des plaquettes, début 1938, elle avait rédigé un texte, « Les
jeunes filles et le choix d’une profession », pour la Revue de France,
où elle affirmait déjà son féminisme.
Sans doute le divorce avec l’historien Pierre Angrand l’avait-elle
éloignée de la sphère politique ainsi que de toute volonté éditoriale.
Les archives du Colonel Fabien n’ont rien conservé de cet engagement communiste.
Le rédacteur de la notice du Maitron, Claude Pennetier, précise :
« Issue d’une famille de petits fonctionnaires, elle était fille d’un
professeur au petit lycée et d’une mère professeure de musique » (de
piano). Milieu protestant austère. « Elle enseigna au lycée de jeunes
filles de Bourges (Cher) où elle se maria le 26 juin 1931 avec Pierre
Angrand, professeur dont elle partageait le militantisme communiste. Ils
eurent deux enfants. »
Sur la page de garde de « Souvenirs romantiques » de Théophile
Gautier, imprimé en 1929, daté par son propriétaire de mai 1930, le
futur mari de Cécile reprenait une note de stage de 1927 : Melle Joint
(future Madame Angrand) « sera dans l’enseignement une personnalité de
haute valeur ». Cécile aidera son mari plusieurs années durant (en 1933,
1934, 1935, admission en 1937) à répéter le grand oral de l’agrèg
d’histoire-géographie qu’il finira par décrocher.
« Cécile Angrand fut nommée avec son mari en 1935 au lycée de Reims
(Marne), en 1937 au lycée d’Amiens (Somme) puis au lycée Jules Ferry à
Paris en 1939. » Décédée en 1993.
Voilà.
Mais cela n’était pas ma grand-mère, c’était juste une statue.
Jean-Baptiste Kiya
-http://www.temoignages.re/chroniques/c-en-est-trope/la-force-des-tempetes-cecile-et-epicure-1,89880
- http://www.temoignages.re/IMG/pdf/2017-06-15-temoignages.pdf