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06 octobre 2024

Roger Garaudy avait le goût de l'absolu...

 LE GOÛT DE L'ABSOLU

"Il y a une passion si dévorante qu'elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple. Tous ceux qui s'en sont pris à elle s'y sont pris. On ne peut l'essayer, et se reprendre. On frémit de la nommer : c'est le goût de l'absolu. On dira que c'est une passion rare, et même les amateurs frénétiques de la grandeur humaine ajouteront : malheureusement. Il faut s'en détromper. Elle est plus répandue que la grippe, et si on la reconnaît mieux quand elle atteint les cœurs élevés, elle a des formes sordides qui portent ses ravages chez les gens ordinaires, les esprits secs, les tempéraments pauvres. Ouvrez la porte, elle entre et s'installe. Peu lui importe le logis, sa simplicité. Elle est l'absence de résignation. Si l'on veut, qu'on s'en félicite, pour ce qu'elle a pu faire faire aux hommes, pour ce que ce mécontentement a su engendrer de sublime. Mais c'est ne voir que l'exception, la fleur monstrueuse, et même alors regardez au fond de ceux qu'elle emporte dans les parages du génie, vous y trouverez ces flétrissures intimes, ces stigmates de la dévastation qui sont tout ce qui marque son passage sur des individus moins privilégiés du ciel."
[Louis ARAGON, dans "Aurélien"]

06 mars 2023

Entretien avec Edgar MORIN (2000). Le mot "intellectuel"...

 Entretien avec Edgar Morin 

E. M. = Edgar Morin           M. -C. N. = Marie-Christine Navarro

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 M. -C. N. : Il est temps de s’interroger sur ce mot d’« intellectuel ». Dans votre livre Mes démons, vous avez la dent extrêmement dure sur le milieu intellectuel parisien. Surtout sur ce que vous appelez le « crétinisme du haut ». Pour vous, s’il existe un crétinisme de la culture du bas, il y a un crétinisme du haut. Cela explique aussi pourquoi vous êtes atypique dans votre parcours.

 E. M. : Tout d’abord je n’ai pas le mépris élitiste pour la culture populaire. (…) Certes je pense qu’il y a un crétinisme « du bas », qui vient des médias, mais je pense aussi qu’il y a le crétinisme « du haut », celui qui règne dans le monde des spécialistes, des universitaires refermés sur leurs disciplines, chez les technocrates. Je lutte sur deux fronts : contre le crétinisme du bas et contre le crétinisme du haut. Tout en appréciant ce qu’il y a d’intéressant en haut et en bas.

13 décembre 2022

Jean Jaurès. Idéalisme et matérialisme dans la conception de l'histoire

 Conférence de Jean Jaurès devant les Etudiants collectivistes, décembre 1894, salle d’Arras, à Paris

Citoyennes et citoyens, 


Je vous demande d’abord toute votre patience, parce que c’est à une déduction purement doctrinale que j’entends me livrer ce soir devant vous.

Je veux aussi, tout d’abord, vous prémunir contre une erreur qui pourrait résulter de ce fait que le sujet que je vais traiter devant vous, j’en ai déjà parlé il y a quelques mois. J’ai, alors, exposé la thèse du matérialisme économique, l’interprétation de l’histoire, de son mouvement selon Marx ; et je me suis appliqué à ce moment à justifier la doctrine de Marx, de telle sorte qu’il pouvait apparaitre que j’y adhérais sans restriction aucune. [*]

Cette fois-ci, au contraire, je veux montrer que la conception matérialiste de l’histoire n’empêche pas son interprétation idéaliste. Et, comme dans cette deuxième partie de ma démonstration, on pourrait perdre de vue la force des raisons que j’ai données en faveur de la thèse de Marx, je vous prie donc, pour qu’il n’y ait pas de méprise sur l’ensemble de ma pensée, de corriger l’une par l’autre, de compléter l’une par l’autre, les deux parties de l’exposé que nous avons été obligés de scinder.

J’ai montré, il y a quelques mois, que l’on pouvait interpréter tous les phénomènes de l’Histoire du point de vue du matérialisme économique, qui, je le rappelle seulement, n’est pas du tout le matérialisme physiologique. Marx n’entend pas dire, en effet, le moins du monde, que tout phénomène de conscience ou de pensée s’explique par de simples groupements de molécules matérielles ; c’est là même une hypothèse que Marx et plus récemment Engels traitent de métaphysique et qui est écartée aussi bien par l’école scientifique que par l’école spiritualiste.

Ce n’est pas non plus ce que l’on appelle parfois le matérialisme moral, c’est-à-dire la subordination de toute l’activité de l’homme à la satisfaction des appétits physiques et à la recherche du bien-être individuel. Au contraire, si vous vous rappelez comment, dans son livre Le Capital, Marx traite la conception utilitaire anglaise, si vous vous rappelez comment il parle avec dédain, avec mépris, de ces théoriciens de l’utilitarisme comme Jérémie Bentham, qui prétendent que l’homme n’agit toujours qu’en vue d’un intérêt personnel consciemment recherché par lui, vous verrez qu’il n’y a rien de commun entre ces deux doctrines. Bien mieux, c’est l’inverse ; car précisément parce que Marx estime que les modes même du sentiment et de la pensée sont déterminés dans l’homme par la forme essentielle des rapports économiques de la société où il vit, par là, Marx fait intervenir dans la conduite de l’individu des forces sociales, des forces collectives, des forces historiques dont la puissance dépasse celle des mobiles individuels et égoïstes. Ce qu’il entend, c’est que ce qu’il y a d’essentiel dans l’histoire, ce sont les rapports économiques, les rapports de production des hommes entre eux.

C’est selon que les hommes sont rattachés les uns aux autres par telle ou telle forme de la société économique, qu’une société a tel ou tel caractère, qu’elle a telle ou telle conception de la vie, telle ou telle morale, et qu’elle donne telle ou telle direction générale à ses entreprises. De plus, suivant Marx, ce n’est pas selon une idée abstraite de justice, ce n’est pas selon une idée abstraite du droit, que les hommes se meuvent : ils se meuvent parce que le système social formé entre eux, à un moment donné de l’histoire, par les relations économiques de production, est un système instable qui est obligé de se transformer pour faire place à d’autres systèmes ; et c’est la substitution d’un système économique à un autre, par exemple de l’esclavage à l’anthropophagie, c’est cette substitution qui entraine une correspondance naturelle, une transformation équivalente dans les conceptions politiques, scientifiques et religieuses : en sorte que, selon Marx, le ressort le plus intime et le plus profond de l’histoire, c’est le mode d’organisation des intérêts économiques.

Le nom du matérialisme économique s’explique donc en ce que l’homme ne tire pas de son cerveau une idée toute faite de justice, mais qu’il se borne à réfléchir en lui, à réfléchir dans sa substance cérébrale, les rapports économiques de production.

En regard de la conception matérialiste, il y a la conception idéaliste sous des formes multiples. Je la résumerai ainsi : c’est la conception selon laquelle l’humanité, dès son point de départ, a pour ainsi dire une idée obscure, un pressentiment premier de sa destinée, de son développement.

01 octobre 2021

Le principe Transcendance (3)

 REPRODUCTION INTERDITE. © Alain Raynaud 2021


3 – Des philosophes…

«Vaine est la parole du philosophe, si elle n’arrivait pas à guérir le mal de l’âme», Epicure.


«Du pain et des roses !» chantent les ouvrières américaines du textile en 1909. Le Tao nous indique des voies pour faire Un avec le Tout. Si les méthodes diffèrent, il y a là du commun avec les mystiques chrétiens et musulmans. Roger Garaudy cherche à introduire une transcendance dans le marxisme. Alain Badiou est «à la recherche du réel perdu», habillage lacanien d’une transcendance nue. Chaque être humain a besoin d’une parole, qui ferait de sa vie une vérité. C’est à sa recherche que les philosophes se sont attelés depuis la Grèce antique.

15 janvier 2021

Le monde d'aujourd'hui est saisi d'une étrange maladie...

Le monde d’aujourd’hui est saisi d’une étrange maladie. Depuis une génération environ, nous avons été les témoins de la lente propagation de ce virus, qui se glisse dans nos veines, glace notre sang et dessèche nos cœurs. Nous lui cherchons vainement un vaccin : extrêmement contagieux, le mal se répand comme une traînée de poudre, faisant des ravages dans toutes les couches de la société. Ce cancer, c’est le stress, la forme la plus pernicieuse de la peur. (…) Cette peur triomphe aux quatre coins du globe, et rares sont ceux qui peuvent prétendre lui échapper.


Peur du chômage, peur des étrangers, peur de l’échec dans un univers compétitif, peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver de logement, de manquer de nourriture, ou d’amour, peur de tomber malade, de périr d’ennui, peur de s’ouvrir aux autres, de vieillir, de ne plus séduire, de voir s’en aller les êtres aimés, peur de la solitude, peur de devoir prendre sa retraite, ou de ne jamais la toucher, peur des couloirs du métro, peur du qu’en dira-t-on, peur des ténèbres, peur du Diable, de l’envoûtement, de la "fatalité"… Peurs individuelles et collectives, peur du terrorisme, peur des trafiquants de drogue, de la délinquance, du sida, de la famine, de la pollution, peur de l’épée de Damoclès nucléaire, peur des manipulations génétiques, peur de tout. (…)

02 décembre 2019

Des mots qui font vivre...


Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d'amis
Ajoutons-y Péri

 Paul Eluard (1895-1952) écrit à la mémoire de son ami Gabriel Péri
 « Au rendez-vous allemand », Poésie-Gallimard, ©Minuit 1945
Extrait du poème « Gabiel Péri »

28 janvier 2019

La guerre des pauvres

"LA GUERRE DES PAUVRES", Récit, Eric Vuillard, Actes Sud, 2019. 8,50€.

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En une "brochure" (non le terme n'est pas péjoratif, il convient bien à ce jaillissement !), une brochure inspirée, haletante, où le lecteur lui-même reprend difficilement souffle, Eric Vuillard ramasse en images d'un réalisme et d'une symbolique exacerbés - façon Eisenstein - l'histoire de la vie, du "grand oeuvre" et de la mort de Thomas Müntzer, héritier "objectif" lointain de John Wyclif et de Jan Hus, qui au début du 16e siècle prêcha et essaya d'organiser la révolte du petit peuple du Saint Empire Romain Germanique - qu'on a appelée "La guerre des paysans" - contre la propriété, le pouvoir et l'argent des "Princes impies" et de leur Eglise (fut-elle luthérienne).

Eric Vuillard nous fait partager, et comprendre, le vacarme qui agitait l'époque, la fureur émancipatrice qui animait Müntzer, la colère et le désir de justice qui fit se lever, de Mulhouse à Erfurt, et mit sur les routes dans tout l'Empire des dizaines de milliers de paysans, mais aussi d'ouvriers et d'artisans. Se lever, marcher, se battre, souffrir, être trompés ou se tromper, se rassembler (pourquoi ?) dans cette morne plaine de Frankenhausen, y être vaincus par l'armée professionnelle des Princes, exterminés, et notre prophète décapité.

Mais les paroles dites l'ont été pour toujours: que l'on "croit" ou non en Dieu, celles de Thomas Müntzer résonnent encore à nos oreilles, pour qui veut bien les écouter et les comprendre. Loin des thèses universitaires d'histoire ou de philosophie, voire de théologie, en écrivain passionné, Eric Vuillard a fait ce qu'il fallait pour cela. Voici la conclusion (prometteuse) du livre:"Le martyre est un piège pour ceux que l'on opprime. Seule est souhaitable la victoire. Je la raconterai".

A.R.

13 décembre 2018

Un nouveau Jésus-Christ

Dire que vous pensiez bien connaître le personnage le plus illustre de tous les temps ! Vous allez en découvrir de belles, et corriger bien des erreurs !


11 septembre 2001. Puis, en France, Charlie, Nice, le Bataclan. Crises identitaires, flux migratoires, craintes sécuritaires, bouleversements politiques, lourdes incidences économiques... l'essentiel de notre actualité s'enracine désormais dans le fait religieux.

Là où il faudrait comprendre, le regard français se détourne, vouant tout Credo, au mieux à l'ombre ou plus souvent aux gémonies, selon des analyses guère encombrées d'examens contradictoires.

À l'anti-cléricalisme salutaire de 1900 succède une anti-religiosité volontiers christianophobe. Naguère assez unanimement vénérée, la personne de Jésus-Christ relève dès lors du lazaret, tandis que des bateleurs de foire prétendent nier son existence. De son héritage, l'ignorance crasse d'une majorité de commentateurs  retient d'abord les fourvoiements, exacts contraires du message original.

Deux obscurantismes contribuent à alimenter ce rejet : un fonda-mentalisme chrétien prenant l'esprit de l'Évangile pour la lettre ; un athéisme dogmatique nourri des errements, rééls ou supposés, des "croyants".

Comment rendre compte d'une révélation si utile à la marche du monde ?

Depuis un siècle et demi, des  spécialistes chrétiens, juifs ou agnostiques se sont appli-qués à  reconsidérer l'Évangile  à la lumière, non des dogmes mais de la raison.

"Le suaire arraché aux ténèbres" restitue la synthèse de leur inappréciable recherche critique, restée à peu près inconnue du public. Destiné aux esprits curieux de vérité, le livre permettra à beaucoup de quitter l'ignorance abyssale où les tiennent des "sachants" ne sachant rien. Apparaît alors le témoignage intemporel d'un Jésus-Christ plutôt homme que Dieu, porteur d'une philosophie destinée à une humanité consciente de son destin. Un éclaireur aux antipodes des déclinaisons aventureuses qui se sont méprises sur son message.

Rédigé par un  chrétien frondeur, l'ouvrage s'adosse à la relecture et la préface d'un jésuite reconnu, auteur d'une douzaine d'ouvrages. Cet attelage inusité offre la garantie du sérieux et de la probité pour un travail de  vulgarisation destiné à un large public.


01 juillet 2017

"Le fascisme primitif et éternel"



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" Je crois possible d'établir une liste de caractéristiques typiques de ce que j'appelle l'Ur-fascisme, c'est-à-dire le fascisme primitif et éternel.
L'Ur-fascisme est toujours autour de nous, parfois en civil.
Ce serait tellement plus confortable si quelqu'un s'avançait sur la scène du monde pour dire "Je veux rouvrir Auschwitz".
Hélas, la vie n'est pas aussi simple.
L'Ur-fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes.
Notre devoir est de le démasquer, de montrer du doigt chacune de ses nouvelles formes — chaque jour, dans chaque partie du monde."



UMBERTO ECO

L'auteur mêle ici souvenirs personnels de sa jeunesse sous le fascisme et analyse structurelle des quatorze archétypes du fascisme primitif et éternel.

Umberto Eco, né en 1932, grand humaniste européen, a connu un succès mondial avec son roman Le Nom de la rose en 1980. Il est l'auteur de romans qui font date, parmi lesquels Le Pendule de Foucault et Le
Cimetière de Prague, et de nombreux essais, entre autres Cinq questions de morale dont est tiré le présent texte.
Umberto Eco est décédé le 19 février 2016.
Traduit de l'italien par Myriem Bouzaher
ISBN 978-2-246-81389-7
3,00 €
(4ème de couverture du livre)

15 juin 2017

Cécile Angrand, une statue

La force des tempêtes - Cécile et Épicure (1)



par Jean-Baptiste Kiya - 15 juin 2017- Source:http://www.temoignages.re/chroniques/c-en-est-trope/la-force-des-tempetes-cecile-et-epicure-1,89880

Cours de philosophie (Définition de la philosophie, Le problème fondamental de la philosophie, L’idéalisme, Le matérialisme) par Cécile Angrand, éditions Sociales.
Agrégée de l’université – elle se targuait d’avoir été l’une des premières à l’être en philo-, elle fut l’auteure en 1945-46 de quatre plaquettes aux Éditions Sociales dans la série des « Cours de l’Université nouvelle ». Une entrée au Dictionnaire du mouvement ouvrier et social, le Maitron, indique qu’elle avait « milité sous l’Occupation avec Jeanne Gaillard et contribué à la parution clandestine de L’Université libre ».
Fondées au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les Éditions Sociales furent sur une quarantaine d’années la principale maison d’éditions du Parti communiste français.
Les Cours de l’Université Nouvelle visaient dès la Libération à faire « Apprendre pour mieux servir la France et son peuple », il s’agissait d’une université populaire qui prodiguait des cours libres dans les salles de réunion parisiennes. Cécile en était membre, au côté de Roger Garaudy, de quelques autres. Parmi le comité de patronage, figuraient deux prix Nobel : Paul Langevin et Frédéric Joliot-Curie, dans cette liste les noms d’Henri Wallon, et de Marcel Prenant.
Rédactrice du 1er fascicule à être tiré, celui-ci porte pour titre : « Cours de philosophie : Définition de la philosophie, Le problème fondamental de la philosophie, L’idéalisme, Le matérialisme » (juxtaposition à valeur adversative), la jeune professeure de philo fut inscrite, en avril, sur la liste d’Union patriotique, républicaine et antifasciste présentée par le Parti communiste, liste qui rassemblait « des militants de la résistance. » Elle s’était présentée sur le 3e secteur de Paris, à savoir les « quartiers riches ». Cela est omis de la part du Maitron, pourtant ces élections municipales de 1945 étaient les 1ères élections depuis la fin de la guerre, les premières aussi où les femmes faisaient usage de leur droit de vote. Le PCF l’emporta sur Paris avec 32 % des votants devant la SFIO.
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L’année suivante, Cécile signa un 2e fascicule des Cours de l’Université nouvelle en collaboration avec Roger Garaudy, jeune député communiste du Tarn : ce fut le « Cours de philosophie : Les origines françaises du matérialisme, 1. Descartes, 2. Les origines françaises du matérialisme dialectique, 3. Diderot et les origines françaises du matérialisme (par Garaudy) ».
L’écrivain Pierre Gripari, en 1989, m’indiquait avoir entendu son prof de philo de khâgne d’Henri IV, Ferdinand Alquié, s’exclamer – ce devait être en 44- : « Madame Angrand se fout du monde ! » par le fait qu’elle faisait de Descartes un matérialiste. Lui ayant rapporté ce mot, alors, elle s’est mise à sourire et balaya d’un revers de main comme on chasse une mouche : « Une erreur de jeunesse »… Mot qui mit en joie le conteur : « Oh, la charmante dame ! »…
Elle ne m’expliqua, pourtant, en rien ce reniement. Je regrette encore de ne pas lui en avoir prié de m’en fournir.
En 46 toujours, parut le fascicule III : « Le Matérialisme dialectique de Marx et Engels, les lois de la dialectique ».
Un fascicule IV le suivit de près, en collaboration avec Garaudy avec pour titre : « Le Matérialisme historique, Les principes du matérialisme historique, Les lois de l’histoire (par Garaudy) ».

La notice du dictionnaire précise que Cécile Angrand se présenta cette année-là aux élections législatives du 10 novembre sur la liste des candidats communistes dans la 1ère circonscription de la Seine. Il est indiqué qu’elle figura aussi sur la liste du Parti communiste d’Union républicaine et résistante en 5e position en 1951 », alors que divorcée, elle s’était remariée dès 48 avec un directeur commercial.
Et puis plus rien. Aucune marque de représentation politique, ni de publication pendant 31 ans, jusqu’en 1979, où sous la sollicitation d’anciennes élèves, elle participa à un numéro de la revue féministe « Sorcière » (n°18).
Faut-il dire que la presse de l’époque épluchée montre qu’avant la rédaction des plaquettes, début 1938, elle avait rédigé un texte, « Les jeunes filles et le choix d’une profession », pour la Revue de France, où elle affirmait déjà son féminisme.
Sans doute le divorce avec l’historien Pierre Angrand l’avait-elle éloignée de la sphère politique ainsi que de toute volonté éditoriale.
Les archives du Colonel Fabien n’ont rien conservé de cet engagement communiste.
Le rédacteur de la notice du Maitron, Claude Pennetier, précise : « Issue d’une famille de petits fonctionnaires, elle était fille d’un professeur au petit lycée et d’une mère professeure de musique » (de piano). Milieu protestant austère. « Elle enseigna au lycée de jeunes filles de Bourges (Cher) où elle se maria le 26 juin 1931 avec Pierre Angrand, professeur dont elle partageait le militantisme communiste. Ils eurent deux enfants. »
Sur la page de garde de « Souvenirs romantiques » de Théophile Gautier, imprimé en 1929, daté par son propriétaire de mai 1930, le futur mari de Cécile reprenait une note de stage de 1927 : Melle Joint (future Madame Angrand) « sera dans l’enseignement une personnalité de haute valeur ». Cécile aidera son mari plusieurs années durant (en 1933, 1934, 1935, admission en 1937) à répéter le grand oral de l’agrèg d’histoire-géographie qu’il finira par décrocher.
« Cécile Angrand fut nommée avec son mari en 1935 au lycée de Reims (Marne), en 1937 au lycée d’Amiens (Somme) puis au lycée Jules Ferry à Paris en 1939. » Décédée en 1993.
Voilà.
Mais cela n’était pas ma grand-mère, c’était juste une statue.

Jean-Baptiste Kiya
-http://www.temoignages.re/chroniques/c-en-est-trope/la-force-des-tempetes-cecile-et-epicure-1,89880 
- http://www.temoignages.re/IMG/pdf/2017-06-15-temoignages.pdf

10 juin 2017

Lire Garaudy



Roger Garaudy dans les rues de Cordoue.
Photo Sygma/James ANDANSON
Si vous ne vous en tenez pas généralement à ce que l'on dit des gens, si vous préférez aller à la source quand l'air de la calomnie et celui de la bêtise sont sur scène, si chez un auteur vous voulez connaître l'essentiel de son oeuvre et aussi les quelques pages qui indisposent certains et sous couvert d'une loi de circonstance (dixit Jacques Toubon, peu suspect de "garaudisme") frappent l'auteur du sceau  infamant de "négationniste"- pages dont il aurait pu cependant à mon avis se passer (lire l'article: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2012/08/ombres-et-lumieres.html) - , alors vous pouvez, vous devez lire Garaudy.

Voici un philosophe facile à comprendre. Il n'utilise jamais le "jargon" philosophique. Il s'adresse à toutes et tous, et non à des initiés. Ceux qui ont assisté à ses cours ou à ses conférences en témoignent: sa pensée, complexe, érudite parfois, synthétique toujours, est énoncée clairement. Du
professeur, il a gardé l'esprit pédagogue, une volonté de convaincre, une élégance de l'expression et le sens de la formule qui frappe l'esprit, coeur et intelligence.
A Berlin en 1984. Photo Kindermann


Dans l'ardeur de sa plaidoirie et le désir d'être le plus clair possible, Roger Garaudy a souvent
"le verbe tranchant", ce qu'il reconnaissait. Mais il pose les problèmes à partir d'une position radicale, au sens que Marx (dont il connait bien l'oeuvre, il fut notamment directeur du centre d'Etudes et de Recherches marxiste) donnait au mot "radical": prendre les choses à leur racine. Lisez Garaudy et vous verrez que ce radicalisme, qui va parfois très loin, vous amène, même si vous ne le voulez pas au départ, à vous demander à propos de la question soulevée: s'il avait raison ? s'il disait la vérité ? s'il y avait dans ses propositions (car Garaudy ne se contente pas de critiquer, il propose toujours) une part de la réponse ?

Les questions que Roger Garaudy a posées depuis longtemps sont des questions d'aujourd'hui. Elles n'ont pas reçu de réponses à ce jour et les éléments proposés par Garaudy sont loin d'être dépassés ou hors-sujet, ils prennent même avec l'actualité récente (reflux massif du politique et retour du religieux, terrorisme islamiste et
takfiriste, ingérences occidentales agressives dans le monde, écologie et survie de la planète et de l'homme, etc.)  un intérêt accru.

Quel est le but de l'organisation sociale et quel est le sens de nos vies sous le règne du monothéisme du marché engendré par le capital ? Incorporer dans Marx une forme de transcendance (Garaudy, avec l'appui du plus grand dirigeant communiste français  Maurice Thorez, impulsa le dialogue chrétiens-marxistes) , est-ce possible, pourquoi, quelle importance ? Ce dialogue a-t-il été mené aussi loin qu'il pouvait l'être, ne faut-il pas le reprendre sous une forme nouvelle ? Garaudy a maintes fois posé et traité en profondeur ce problème sous différents aspects: les religions divisent alors que la foi unit, que faire ? Allons-nous vers une guerre de religion, si oui est-elle celle que l'on  veut nous faire croire ? Pourquoi rejeter du même élan la bigoterie athée et la bigoterie
religieuse ? Les intégrismes, politiques et religieux, que sont-ils et comment les combattre ? Dépasser le soi-disant exceptionnalisme occidental par le dialogue des civilisations (il fonda et dirigea l'Institut International pour le Dialogue des Civilisations) , dépasser les partis (sans les combattre) par les réseaux, dépasser l'idéologie des droits de l'homme par une politique des devoirs ? Voilà quelques-unes des constantes de l'oeuvre et de l'action de Roger Garaudy, par-delà les communautés (communiste, chrétienne, musulmane) dans lesquelles elles se sont incarnées aux différentes étapes de sa vie.

Cette oeuvre et cette action valent évidemment bien mieux que cette courte invitation à les découvrir.
Il ne s'agit pas sur ce blog de disperser les cendres de Roger Garaudy mais, pour adapter une formule empruntée à Jaurès (Jaurès dont il avait occupé le siège de Député à Carmaux) et qu'il citait souvent, d'inviter chacun en toute lucidité à ranimer et faire vivre sa flamme.

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