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Il faudrait dire « des » communismes et « des » fois, car les deux se déclinent au pluriel ; ils revêtent différentes formes selon les temps historiques et les lieux. Le communisme, idéologie d’émancipation fondée sur la « mise en commun », ne peut retourner à une conception pré-marxiste, mais aurait tort d’ignorer les communistes d’avant MARX. Malgré une tendance générale souvent utopiste, c’est-à-dire détachée des conditions qui pourraient rendre possible sa réalisation, on trouve chez eux une exigence éthique qui s’intègre à la visée de MARX comme à celle des grands textes religieux.
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Il
est de bon ton en philosophie de commencer par PLATON.
Indisposé par une « démocratie » qui avait assassiné
son maître SOCRATE sous l’accusation de corruption
de la jeunesse, PLATON
défend un communisme aristocratique. Le devoir de l’Etat est
d’assurer aux citoyens le bien suprême, tâche que seuls peuvent
assurer les « meilleurs » de la cité, meilleurs non
selon la naissance mais aux plan intellectuel (le savoir) et moral
(le désintéressement), à rapprocher de l’aristocratie
du renoncement
prônée par
Roger GARAUDY (88).
Autrement-dit, il est juste, c’est-à-dire conforme à l’idée
que PLATON se fait de l’Etat, que les philosophes soient rois ou
les rois philosophes.
Bien sûr l’utopie communiste platonicienne est esclavagiste : ni PLATON ni son futur contradicteur ARISTOTE ne pouvaient imaginer une société sans esclaves. La république idéale de PLATON (qui n’a jamais vu le jour), n’est égalitaire que pour les membres de la classe privilégiée (magistrats et guerriers). En sont exclus non seulement les esclaves - la majorité de la population - mais aussi les artisans et les travailleurs de la terre et de la mer. C’est un communisme de classe, loin de l’universalisme des courants communistes ultérieurs, spécialement des courants marxistes.
Bien que ne s’appliquant qu’à la mince classe des privilégiés, le communisme platonicien n’en est pas moins intégral en théorie. Le bien commun ne pouvant naître que de la mise en commun de tout ce qui fait société, tout doit être commun : non seulement la propriété, la production, la consommation (par exemple les repas pris en commun), mais aussi les femmes et les enfants. La communauté des femmes, qui n’est pas celle de la « démocratie bourgeoise », dénoncée par MARX, n’entraîne pas une sous-évaluation du rôle et des capacités des femmes, qui doivent pouvoir accéder à toutes les fonctions, participer à la défense de la cité, recevoir la même éducation que les hommes. PLATON est de ce point de vue en avance sur son temps.
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Quatre
siècles plus tard, à la différence de PLATON, le juif JÉSUS
et ses disciples pratiquent réellement un communisme du quotidien,
mettant tout en commun, abandonnant ou refusant la richesse et menant
une action concrète contre les « marchands du Temple »
protégés par les dirigeants juifs et l ’ occupant romain .
Plus tard , SAINT PAUL fondera l’universalisme
en même temps que l’église
« catholique » (catholique=universel)
: Il n'y a plus ni
juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a
plus ni homme ni femme, car vous êtes tous Un en Jésus-Christ.
Après PAUL, des « Pères de l’Eglise », comme Saint AMBROISE et Saint BASILE, considèrent la propriété privée comme « mauvaise » car elle dresse les hommes les uns contre les autres, elle alimente l’égoïsme et l’orgueil des possédants, et au total divise fondamentalement un peuple, le peuple chrétien, qui devrait être uni « cœur et âme » comme le demandent les Apôtres (cf. Actes).
Dans cet esprit, à partir du 4e siècle, le courant monachiste se développe depuis l’orient sous des formes extrêmement diverses. Ascèse, isolement du monde, pauvreté, vie en communauté, poussée parfois jusqu’aux limites du supportable (silence total, enfermement, promiscuité ) mais avec de notables exceptions (comme les moines-guerriers en « Terre Sainte »), tout cela, bien que non fondé sur le principe de propriété privée, n’est pas du communisme, pas plus que le communisme « naturel » des groupes humains primitifs n’était du communisme. Au début du 13e siècle, après FRANÇOIS D’ASSISE, et à son exemple, le refus de toute propriété alliée à l’impératif du travail donnera au courant monachiste joachimite (= à la suite Joachim DE FLORE) l’allure d’un communisme conscient, assumé, prophétique, annonçant un âge supérieur de l’humanité (« l’âge de l’Esprit»), et ne refusant pas de participer à des révoltes sociales.
Au 16e siècle, Thomas MÜNZER et les anabaptistes - qui prônent le retour aux racines de l’église primitive -, mènent violemment ce combat et sont massacrés. L’utopie communiste (propriété et travail communs) ne cesse pas pour autant d’exister jusqu’au 18e siècle, de la Christianopolis purement littéraire de Valentin ANDREAE à Strasbourg en 1619 aux pratiques réelles des Shakers anglais en Nouvelle Angleterre, prônant le communisme et mettant le travail au centre de leurs « valeurs », avec le célibat et la virginité. Il y a confirmation, persistance au cours des siècles, d’une porosité minoritaire mais réelle entre la pensée et les pratiques chrétiennes et l’idéal et les essais de pratiques communistes.


