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28 mai 2020

Le temple... de la finance


Cette expression, '' Temple de la finance '' est utilisée couramment pour désigner de grandes institutions financières, comme Wall Street à New-York,  la City de Londres, ou la Bourse de Paris. Il s'agit d'institutions qui détiennent et brassent quotidiennement des masses monétaires gigantesques. ''Wall Street est plus qu'une rue. C'est le centre de la finance mondiale et le temple du capitalisme.''(1) L'emploi du mot temple ajoute une connotation religieuse à la finance. D'ailleurs, on notera que les temples antiques assuraient déjà un rôle monétaire  à ce qui était leur fonction première, c'est à dire la relation avec les divinités. En associant temple et finance, on divinise l'argent, devenu un dieu, le dieu que Jésus a désigné sous le nom de Mamon. A cet égard le temple de Jérusalem, à l'époque de Jésus, s'était  transformé en une entreprise de captation des flux monétaires.

31 mars 2020

Joseph, bienfaiteur de l'Égypte, vraiment ?

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Le triomphe de Joseph, Cathédrale de Toulouse
Qui ne connaît l’histoire de Joseph ? On retient le récit d’un homme, fils du patriarche Jacob, vendu par ses frères jaloux et conduit en Égypte. Après pas mal de péripéties, il devient gouverneur du pays, le second après le Pharaon. On retient surtout que sa gestion avisée a permis au pays d’entasser des réserves considérables de grains, pendant les années d’abondance. Stocks ayant permis de nourrir les habitants pendant les années de  famine qui ont suivi. Quant à l’authenticité de cette histoire, les exégètes et historiens la mettent en doute. Nous examinerons leurs arguments. Mais au-delà de cette question, une analyse plus poussée de ce récit va nous présenter un aspect méconnu de Joseph et d’ailleurs soigneusement évité par les commentateurs. On notera en effet que les commentaires émanant, tant des milieux religieux juifs que chrétiens, sont toujours admiratifs devant un homme qui a ‘’ sauvé ‘’ les Égyptiens  de la famine.

12 mars 2020

21 août 1968, invasion des troupes du Pacte de Varsovie pour museler le Printemps tchécoslovaque

Le traumatisme du 21 août 1968 crée un effet de souffle jusqu'au sein du bureau politique du PCF qui aboutira à l'exclusion du philosophe officiel du Parti, Roger Garaudy. Ce dernier avait déjà émis des critiques sur le dialogue avec les intellectuels chrétiens et exprimé ses insatisfactions en mai 1968, jugeant la direction du Parti trop timorée vis-à-vis du mouvement étudiant. La crise tchécoslovaque constitue pour lui un nouvel objet de critique, même s'il exprime celle-ci avec prudence,  regrettant que le PCF ne manifeste pas suffisamment sa solidarité avec les Tchécoslovaques, et espérant par ailleurs dans un entretien accordé au Nouvel Observateur en septembre 1968 que la situation évolue : « Je vous répondrai avec Lénine qu'il ne faut pas ériger son impatience en principe théorique [...]. Je comprends le souci de la majorité de mes camarades de la direction du parti de ne pas bousculer le pot de fleurs au moment où les roses sont en train de pousser. » Roger Garaudy pense encore convaincre la direction du Parti en  revenant sur sa première impulsion, qui fut de réprouver l'invasion soviétique, mais le cap pris, désormais, est celui du soutien à la politique de normalisation. À la conférence mondiale des Partis communistes qui se tient à Moscou en 1969, le PCF entérine même le principe de non-ingérence dans les affaires internes de la Tchécoslovaquie, tout en laissant au nom de la normalisation se déployer sans protestation la politique de répression des partisans  du printemps de Prague. Le PC italien se distingue en revanche des  autres partis du pacte de Varsovie en exprimant son désaccord avec cette ligne et trouve en Roger Garaudy un relais de ses positions  en France. Ce dernier publie en effet en 1969 un ouvrage dans  lequel il rompt le silence et assume une critique similaire : « Si je  suis aujourd'hui contraint à rendre public ce débat, c'est que mes suggestions, depuis plus de trois ans, n'ont jamais pu briser le huis  clos du BP [bureau politique] et du C C [comité central]. » S'appuyant sur les enseignements qu'il tire des deux printemps [celui de 68 en France et celui de Prague], Roger Garaudy préconise de transformer le centralisme démocratique et  s'ouvre à l'idée d'autogestion. Lors du XIX e Congrès du PCF en 1970, dans un silence de plomb, il prend la parole pour défendre ses  thèses : il sera exclu du bureau politique deux semaines plus tard.  Même la très officielle revue des intellectuels du PCF, La Nouvelle Critique, qui a pour mission d'incarner l'avant-garde, est ébranlée par les événements en Tchécoslovaquie. Appuyant d'abord ceux qui, au sein de la direction du Parti, soutiennent le printemps de Prague, elle défend fermement l'orientation de Dubcek, dont le discours du 1er avril 1968 devant le comité central est publié en supplément de la revue. Après l'invasion, le dossier tchécoslovaque remplit les colonnes et inspire nombre d'analyses, dont celles de Pierre Juquin et d'André Gisselbrecht, qui ne partagent en rien la doxa en vigueur au Parti d'une intervention préventive devenue nécessaire. Ces articles posent
problème à la direction. Celui de Pierre Juquin, d'une extrême prudence, insiste simplement sur les voies nationales d'accès au socialisme. Celui de Gisselbrecht est plus ouvertement critique, dans la mesure où il « s'attache à développer le contenu du socialisme à visage humain, à partir notamment de la reprise des travaux de R. Richta et d'O. Sik, dont, selon son témoignage, il a pris connaissance par un livre paru en Allemagne et par ses entretiens lors de son voyage, notamment avec l'écrivain, proche de Milan Kundera, Antonin Liehm ». Gisselbrecht est convoqué par Roland Leroy, qui dénonce dans son article une apologie à peine dissimulée de la politique de Dubcek. La direction impose à La Nouvelle Critique de modifier son orientation au nom d'un nécessaire combat à la fois contre la ligne Garaudy, qualifiée de liquidatrice du Parti, et contre la ligne conservatrice de Jeannette Thorez-Vermeersch.

FRANÇOIS DOSSE
L A SAGA DES INTELLECTUELS FRANÇAIS
II . L'AVENIR EN MIETTES (1968-1989) G A L L I M A R D

pp 232 à 234

2 septembre 2019

Aragon et Garaudy: croisements...

Le sens du jeu
Aragon entre littérature et politique (1958-1968) EXTRAITS
Par Philippe Olivera
 In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 111-112, mars 1996. Littérature et
politique. pp. 76-84
Article source, à lire en entier ici:
https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1996_num_111_1_3169




26 août 2019

Garaudy aux débats du CCIF

Actes de la recherche en sciences sociales
Le Centre catholique des intellectuels français
Le dialogue comme négociation symbolique (EXTRAITS)
Par Jean Tavares


Le Centre catholique des intellectuels français
(CCIF) était une institution médiatrice de
l'intervention de l'Eglise dans le champ intellectuel à
travers une démarche de dialogue (négociation
symbolique) dont la manifestation apparente était la
production publique de discours, oral ou écrit. Vouloir
saisir les stratégies objectives à l'oeuvre dans ce
dialogue seulement par le décryptage de ce discours
public, qui est un discours censuré, serait prendre
comme point de départ ce qui est l'aboutissement
des stratégies de contrôle-censure qui ont mené à
sa production et qui ne peuvent être appréhendées
que par l'analyse des conditions sociales de
production des promoteurs du dialogue et du
fonctionnement et des moyens de contrôle de l'institution
comme lieu de négociation intellectuelle.

23 août 2019

Djelfa, archives et témoignages

Contribution à l’histoire du camp de Djelfa, archives et
témoignages (de Roger Garaudy à Max Aub)
par Bernard Sicot - EXTRAITS
In:
Exils et migrations ibériques au XXe siècle, n°3, 2009. Sables d’exil. Les républicains espagnols dans les camps d’internement au Maghreb (1939-1945) pp. 146-216

L’article source est à lire ici EN ENTIER :
https://www.persee.fr/doc/emixx_1245-2300_2009_num_3_3_862

19 août 2019

Parler des juifs...

Parler des Juifs ou ne pas en parler ?
par Séverine Boudier


• Peut-on aujourd'hui parler des juifs et d'Israël quand on n'est pas
juif?
• Quand on prétend parler des juifs, qu'essaie-t-on de dire ?
• Quand on parle des juifs, qui nous récupère ?
• Faut-il ne plus en parler ?
Ce sont les quatre questions que m'inspirent la polémique et
l'émotion soulevées par le soutien de l'abbé Pierre au livre de Roger Garaudy,
Les mythes fondateurs de la politique israélienne.

10 août 2019

L'islam et le socialisme, par Roger Garaudy

Document de travail (début des années 1980). Tenir compte de la date, la vision que l'on a aujourd'hui de l'islam (religion) et de la civilisation islamique ayant subi des changements importants du fait de l'évolution de la géopolitique internationale au cours des 40 dernières années.

Comme d'habitude, pour lire cliquez deux fois sur chaque image






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20 avril 2019

"Des sujets qu'il faudrait revoir de fond en combles"

Le Père Joseph Bitar
Résidence des PP Jésuites
DAMAS (Azbakieh)
SYRIE                                                      31/VII/96

Cher Mr. Garaudy,

Je vous écris cette très brève lettre (brève, pour ne pas surcharger encore vos papiers d’archives !) pour  vous dire mon accord sur votre livre (« les Mythes fondateurs… »), que j’ai pris soin de lire avant d’en parler. Vous avez mis le doigt dans la plaie, et c’est ce qui a déchainé les haines et les accusations fausses et perverses.
Par ailleurs, j’ai déploré le « désaveu » de l’Episcopat français vis-à-vis de l’Abbé Pierre car il n’a commis aucune faute – si faute il y a ! – touchant la foi ou les mœurs…et souhaité qu’ils s’insurgent – et à bon escient cette fois ! – contre la débauche, l’immoralité, l’étalage de la pornographie sur tous les « boulevards médiatiques ».
Je vous souhaite bon courage dans ce combat qui est juste, car il s’élève contre bien des falsifications (« comment  6-3=toujours 6 » - bien trouvé !), et contre la transformation en tabous pour des sujets qu’il faudrait revoir de fond en combles.
Je souhaite que les français – toujours au premier rang pour parler de Libertés !...-retrouvent leur liberté de
parole et d’action, et le discernement entre le vrai et le faux, entre une cause juste et des revendications abusives et trompeuses.

J. Bitar, RP

[Archives personnelles de RG]

13 avril 2019

Paulette Garaudy est décédée

Paulette Garaudy en janvier 2018
Dans la nuit du 11 au 12 avril 2019, Paulette est décédée. La cérémonie de crémation aura lieu le mardi 23 avril à 10h30 au crématorium d'Orange. Roger Garaudy, qui fut son camarade de parti, son compagnon et son époux, à qui elle fut liée - en dépit des vicissitudes inévitables d'une vie - par tous les pores de son humanité, lui a notamment consacré un chapitre de ses Mémoires. en voici de larges extraits où se nourrissent l'un l'autre, comme dans la vie, l'ardeur de l'espérance militante et la tendresse d'un amour.

Un communisme lyrique
La renaissance de la Verrerie de Jaurès
Un nouvel amour (1946)

23 mars 2019

"L'insurrection chrétienne" (Jean Cardonnel, 1975)

Au cours d’un débat sur son livre, quelqu’un – une femme, je crois bien – demanda abruptement à l’auteur (dont il faut rappeler qu’il est religieux) : « Oui ou non, croyez-vous en Dieu ? » La réponse jaillit : « Non. » A la fois spontanée, profonde et provocante. Après quoi il expliqua que c’était l’expression « croire en Dieu » et ce qu’on met dessous qu’il rejetait. On peut néanmoins douter qu’il « croie » à « Dieu ». C’est au Christ qu’il croit, par un don total, avec une violence passionnée. Au Christ, c’est-à-dire, à l’homme. Ecoutons-le : « L’idée de Dieu est profondément réactionnaire et régressive. (...) Dieu qui reste Dieu ne peut rien devenir. (...) Dieu est bien mort en Jésus-Christ. »
Donc : en l’homme, divin et tout un. Il n’y a pas la foi d’un côté, l’analyse politique de l’autre. « Dépolitiser l’incarnation, c’est désincarner. » Or tout s’incarne à tout moment. Il n’y a pas non plus un Créateur qui « fabrique des créatures » : il « suscite des créateurs ». La Création n’a pas été faite : elle se fait continûment, indéfiniment, et par l’homme. On retrouve ici les idées centrales de Roger Garaudy, intérieures à cette ré-union vécue. Ce qui conduit infailliblement, d’ailleurs, à rejeter le dogmatisme d’Eglise ou à être rejeté par le dogmatisme de parti.
LIRE LA SUITE SUR LE SITE DU MONDE DIPLOMATIQUE  https://www.monde-diplomatique.fr/1975/06/FLORENNE/33217 

20 décembre 2018

Thomas Munzer: un prophète communiste

Chapitre 5 (« Conclusion et la moitié du royaume ») de « Thomas Munzer, théologien de la révolution » d’Ernst BLOCH

N'ayons plus égard qu'à ce principe, laissons ce qui est mort. Rien ne nous retient plus là où le festin est terminé, nous allons de l'avant, nous nous projetons en rêve dans notre avenir. L'élan vital de notre temps, immensément accru, se nourrit déjà à de nouvelles sources ; son évidence incontestable instaure une foi secrète, encore cachée.

ACHETER LE LIVRE
Si de puissantes forces réussissent à prendre appui sur cette foi, l'homme enfin quittera le sol, il s'élancera vigoureusement vers les hauteurs. Nous ne sentirons plus le poids de notre vie, nous lui échapperons, elle qui est de plus en plus asservie à la machine et à la domination, à la domination finalement libératrice de l'inessentiel. Cette force qui créa la machine et qui, transformant le vouloir, pousse vers le socialisme, c'est elle justement qui instaure aussi cette autre réalité mystérieuse, encore latente dans le socialisme, que Marx a méconnue, qu'il ne pouvait point ne pas méconnaître s'il voulait en finir à jamais avec la misère et le hasard, mais qui hante nécessairement, dans l'Allemagne de Munzer et en Russie, le souvenir hérité de son révolutionnarisme religieux. Certes pourtant l'ennemi reste en vue, retranché encore dans le solide complexe des puissances industrielles du militarisme ; mais son idéologie est dès à présent réduite en miettes, et surtout de ce dernier réduit il sera plus aisé, plus rationnel de le déloger que de l'antique fortin, incoordonné, corporatiste, petit-bourgeois et féodal, sur lequel se brisa autrefois l'élan révolutionnaire des Baptistes. Le monde des puissances économiques et politiques qui nous entoure - si perfide, si étranger aux valeurs, longtemps auréolé par l'éclat mensonger d'une « culture », qui n'était que l'inconsistante atmosphère de luxe réservée à la classe dominante - est à présent enfoncé, privé de tout point fixe, dénué de toute valeur téléologique pour ceux qui dépendaient de lui et qui lui fournirent jusqu'ici son idéologie. Un dynamisme interne l'entraîne à la perte de ses propres forces, en direction d'un horizon constructif, ouvert à tous les opprimés, aux victimes de tous les mensonges accumulés depuis la Guerre des Paysans et le gothique tardif, à tous les impératifs de la volonté d'absolu.

Ainsi le cours des événements ne saurait faire plus longtemps obstacle à la vertu, à la justice, à tout ce qui est l'objet d'une juste prémonition. Mais la force centrifuge de ce même mouvement libérateur entraîne l'humanité effervescente jusqu'à son vrai domaine et voici que s'étend devant elle l'immensité des mondes supérieurs, ceux du pressentiment, de la conscience morale et de ce qui constitue la moitié du Royaume. Le temps revient, le choc prolétarien de l'Occident le fait renaître ; en Allemagne et en Russie, il connaîtra son plein essor : là les peuples sentent la présence d'une lumière qui chasse les plus épaisses ténèbres, qui brusquement replace au centre le plus voyant tout ce qu'on avait oublié, les réalités célestement souterraines, - qui érige enfin le secret de l'hérésie en évidence publique puissamment efficace, en pôle et en principe directeur de la société. Elle attend qu'on écoute sa voix, cette histoire souterraine de la révolution dont le mouvement s'amorce déjà dans la bonne direction, mais voici que les Frères de la Vallée, les Cathares, les Vaudois, les Albigeois, l'abbé Joachim de Calabre, les Frères du Bon Vouloir, du Libre Esprit, Eckhart, les Hussites, Munzer et les Baptistes, Sébastian Franck, les Illuminés, Rousseau et la mystique rationaliste de Kant, Weitling, Baader, Tolstoï, voici que tous unissent leurs forces, et la conscience morale de cette immense tradition frappe derechef à la porte pour en finir avec la peur, avec l'État, avec tout pouvoir inhumain. Voici que brille l'ardente étincelle qui ne s'attardera plus, obéissant à la plus sûre exigence biblique : ce n'est point ici bas qu'est notre demeure, nous cherchons une demeure à venir1. Un nouveau messianisme se prépare, enfin familier à la migration et à la véridique puissance de notre nostalgie : non point aspiration à la tranquillité du sol ferme, des œuvres figées, des fausses cathédrales, d'une transcendance recuite, coupée maintenant de toutes ses sources, - mais aspiration à la lumière de l'instant même que nous vivons, à l'adéquation de notre émerveillement, de notre pressentiment, de notre rêve continu et profond de bonheur, de vérité, de désensorcellement de nous-même, de déification et de gloire intérieure. Jamais le ciel ne serait si sombre au-dessus de nous sans la présence d'un orage absolu, d'une lumière centrale et la plus immédiate de toutes ; mais, par là même, notre au-delà s'est déjà nommé et nous l'avons entendu ; encore caché derrière une mince muraille craquelée, voici le nom le plus intime, Princesse Sabbat, supérieur à celui de tous les dieux qui nous abandonnèrent ici-bas avec le simple palliatif d'un miracle larmoyant et rageur. Haut dressé sur les décombres d'une civilisation ruinée, voici que s'élève l'esprit de l'indéracinable utopie, assurée pour la première fois de son propre pôle, la plus intime des Ophirs2, des Atlantides, des Orplids3, dans la demeure de son absolue manifestation communautaire. Ainsi s'unissent finalement le marxisme et le rêve de l'inconditionné, allant du même pas, incorporés dans le même plan de campagne - puissance de progrès et fin de tout cet univers ambiant où l'homme ne fut qu'un être accablé, méprisé, anéanti - reconstruction de la planète Terre, vocation, création, saisie violente du Royaume. Avec tous les Millénaristes, Munzer reste celui qui appela les hommes à cet orageux pèlerinage. Il ne peut être question d'une simple vie nouvelle infusée à une ancienne réalité : l'espace s'offre à tous les débordements ; s'ouvrent à nous le monde et l'éternité, le
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nouveau monde de la ferveur et de la percée, de la lumière largement et tumultueusement diffusée à partir de ce qui est en l'homme sa part la plus intime. A présent il est impossible que n'advienne point le temps du Royaume ; c'est vers ce temps que rayonne en nous un esprit qui refuse toute démission, qui ignore toute déception. Nous avons suffisamment vécu l'histoire du monde, nous avons assez connu, nous avons trop, beaucoup trop connu de formes, de cités, d'oeuvres, de fantasmagories, d'obstacles nés de la culture ; voici que se dresse librement une autre vie, une vie irrésistible ; voici que faiblit le mince arrière-fond de la scène historique, de la scène politique, de la scène culturelle ; voici que se manifestent l'âme, les profondeurs, par-dessus tous les espaces du ciel où se situaient nos rêves, étoilées depuis le sol jusqu'au zénith, voici que se déroulent les véritables firmaments et que s'élève inlassablement la voie de notre destin, jusqu'à ce mystérieux emblème vers lequel se meut, depuis le commencement des temps, la sombre, l'inquiète, la lourde terre.


Editions Les prairies ordinaires, Collection Singulières modernités, 2012, pages 297 à 300

26 novembre 2018

En accès libre la thèse de Didier Gauvin sur Roger Garaudy communiste

Didier Gauvin. Un intellectuel communiste illégitime : Roger Garaudy. Science politique. Université Grenoble Alpes, 2018.

Résumé : Après avoir atteint l'excellence en tant qu'intellectuel de parti stalinien pendant la Guerre froide, Roger Garaudy s'est construit comme intellectuel "véritable" contre la doxa du PCF qu'il était pourtant chargé d'incarner, à la faveur de son autonomisation suite au choc du XX° Congrès du PCUS périmant sa foi en Staline. C'est ainsi que la résurgence progressive de son habitus théologico-philosophique a fait de lui l'homme du dialogue par excellence adapté à la démarginalisation du PCF dans le champ intellectuel des années 1960. Mais si son engagement sur la tangente hérétique a fait de lui l'un des intellectuels communistes poussant le plus loin le projet de rénovation du PC en offrant une véritable stratégie alternative à celle du Parti après 1968, l'exclusion qui s'en est suivie s'est traduite par un retour du refoulé religieux qui, couplé à la posture prophétique d'un intellectuel désormais excentré dans la champ intellectuel français, a largement contribué à la délégitimation de l'ancien philosophe du PC avant même sa radicalisation ultime qui a achevé de le disqualifier suite à sa condamnation pour négationnisme.


https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01929228

20 novembre 2018

Celui qui n'est plus candidat...(1981)

Celui qui n’est plus candidat
Garaudy toujours en lutte
• par Marie-Laure SANTANDER
LORSQUE j'étais enfant, les portes des fermes bretonnes étaient grandes
ouvertes. Quiconque pouvait entrer à toute heure du jour. Dans les champs les hommes chantaient.
Aujourd'hui les portes sont closes et les hommes non seulement ne chantent plus, mais ne communiquent plus entre eux.
Ces deux images résument assez bien, je crois, notre croissance mal vécue, car dans les pays pauvres, sans bien sûr mentionner ceux où l'on meurt de faim, les gens sourient, sont accueillants et chantent. Cela nous pouvons nous en rendre compte, si nous voyageons un tant soit peu hors d'Europe ou
même en Italie du Sud ou en Espagne et Portugal.
Notre tâche est donc d'apprendre à gérer le bonheur d'être bien nourris et souvent riches de superflu.
Dans l'Evangile il est dit « qu'il sera plus difficile à un homme riche d'entrer dans le royaume des cieux, qu'à un chameau de passer par le chas d'une aiguille ».
Ceci est le problème philosophique de notre monde occidental. Comment échapper au pouvoir destructeur de la richesse mal gérée ? Celle qui rend
l'homme égoïste et aveugle de pouvoir.
Que faire pour bien gérer notre richesse ?
Roger Garaudy répond « S'arracher aux dérives suicidaires de l'actuel modèle de croissance, demande un acte de foi, un acte de foi dans l'homme ».
Comment ?« En donnant à nos vies un sens et un but. En luttant contre la croissance simultanée et complémentaire des armements et de la famine, en créant autre chose que la croissance des profits et des dominations, en la remplaçant par une autre croissance, celle de chaque homme afin que tous puissent donner un sens à leur vie. »