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06 mars 2023

Entretien avec Edgar MORIN (2000). Le mot "intellectuel"...

 Entretien avec Edgar Morin 

E. M. = Edgar Morin           M. -C. N. = Marie-Christine Navarro

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 M. -C. N. : Il est temps de s’interroger sur ce mot d’« intellectuel ». Dans votre livre Mes démons, vous avez la dent extrêmement dure sur le milieu intellectuel parisien. Surtout sur ce que vous appelez le « crétinisme du haut ». Pour vous, s’il existe un crétinisme de la culture du bas, il y a un crétinisme du haut. Cela explique aussi pourquoi vous êtes atypique dans votre parcours.

 E. M. : Tout d’abord je n’ai pas le mépris élitiste pour la culture populaire. (…) Certes je pense qu’il y a un crétinisme « du bas », qui vient des médias, mais je pense aussi qu’il y a le crétinisme « du haut », celui qui règne dans le monde des spécialistes, des universitaires refermés sur leurs disciplines, chez les technocrates. Je lutte sur deux fronts : contre le crétinisme du bas et contre le crétinisme du haut. Tout en appréciant ce qu’il y a d’intéressant en haut et en bas.

26 septembre 2019

Un livre de 2000 dans la pleine actualité de 2020...

LE XXIe SIECLE
Suicide planétaire ou résurrection ?
L'avenir n'est pas ce qui sera mais ce que nous ferons. Yehudi
Menuhin, dans l'un de ses premiers discours à la chambre des Lords,. « Défense du sacré », a posé le problème central. L'avenir se construit d'abord dans la conscience des hommes, dans la foi, qui est la recherche du sens et des fins dernières de la vie, et dans l'action pour l'accomplir. Cette réflexion a des antécédents prestigieux.
Or aucune religion institutionnelle ne répond aujourd'hui à
cette question fondamentale pour la construction de l'avenir. Il y a plusieurs religions, comme il y a plusieurs cultures, mais une seule foi.
Ici des hommes de foi maîtres du dialogue inter-religieux
s'expriment, à partir de leur vécu du XXe siècle :
-Yehudi Menhuin (1914-1999), fils du rabbin Mosché
Menhuin, auteur de La décadence du judaïsme.
- Roger Garaudy (1913), initiateur du dialogue entre chrétiens et marxistes avant le concile Vatican II, auteur par exemple de De
l'anathème au dialogue.
- Le Père blanc Michel Lelong (1925), auteur notamment de Si
Dieu l'avait voulu (sur l'unité de la foi), et, récemment La vérité rend
libre (éd. Olivier de Guibert).
- Raimundo Pannikar (1918-1998), de parents indien et
catalane, auteur de plus de trente livres dont La trinité et l'expérience
religieuse et Le silence de Bouddha.
- Dom Helder Camara (1909-1999), ex-archevêque de Recife,
l'un des fondateurs de la théologie de la libération.
- Leonardo Boff (1938), franciscain brésilien qui a quitté
l'Église, auteur entre autres de La face maternelle de Dieu, Écologie et
pauvreté, Avec la liberté de l'Évangile.
- Le rabbin Elmer Berger (1908-1996), ex-président de la « Ligue
pour le judaïsme aux États-Unis », puis directeur de la revue

Alternative au sionisme.

06 juillet 2016

Réflexions sur l'éducation (suite): de la mythologie à l'histoire. La nation, le colonialisme. Par Roger Garaudy



La mystification de l'idée de nation.
Goya. Le 3 mai 1808
[...] Telle que, par exemple, celle d'une France éternelle,
anachroniquement et rétrospectivement reconstruite en
projetant l'actuel hexagone dans le passé, et la dotant, 
avant même l'existence d'unpeuple français, des attributs d'une personnalité agissante en fonction d'un but, quelle que soit d'ailleurs l'origine mythique assignée à cet acteur.
Notre pays a toujours existé ou préexisté à sa réalité actuelle.
L'histoire de France de Lavisse, comme autrefois celle de
Michelet, ont servi de moule à la fabrication du mythe, et,
malgré l'immense progrès de l'école des Annales , le moule n'est
pas entièrement brisé.
«Il y a deux mille ans la France s'appelait la Gaule.... Dans la suite,
la Gaule changea de nom. Elle s'appela la France. » Peu importe si
le rassemblement des terres qui constituent aujourd'hui la
France, fut l'oeuvre d'une série de guerres, de conquêtes, de
massacres des hommes et des cultures.
Cette déité fantasmatique a tous les caractères d'un personnage
poursuivant: un but bien déterminé : la réalisation de
l'ordre présent.

05 juillet 2016

Réflexions sur l'éducation: la laïcité, l'école, la lecture. Par Roger Garaudy



R. Garaudy signe le livre d'or au Musée Jaurès à Castres en 1959
(Jack Photos)

La vitesse croissante du développement de l'histoire et
les problèmes radicalement nouveaux se posant, exigent une transformation radicale du mode d'éducation, de ses finalités et de ses structures.
Or l'éducation nationale est allé de replâtrage en replâtrage,
de réformes en réformes, de Jules Ferry aux actuels ministres de
l'éducation nationale.
Pantagruel ou Emile étaient souvent les héros de dissertations
philosophiques (Science sans conscience n'est que ruine de l'âme)
mais aucune institution pédagogique n'a été conçue pour les
recevoir ; les disciples de Maître Alcofribas ou de Rousseau
seraient, pour nos écoles, des cancres indésirables parce qu'ils
s'obstineraient à poser les questions qui ne le sont jamais :
celles des finalités de l'éducation.
Ce problème seul aurait pu donner un sens à la vie et une
cohésion à la société par un grand objectif et un grand projet
commun.

03 juin 2016

Acuerdo de los pueblos 22 de Abril 2010



COCHABAMBA, ACUERDO DE LOS PUEBLOS: HOY, NUESTRA MADRE TIERRA ESTÁ HERIDA Y EL FUTURO DE LA HUMANIDAD ESTÁ EN PELIGRO
ACUERDO DE LOS PUEBLOS
DECLARACIÓN FINAL

31 janvier 2016

Un Musée des civilisations noires à Dakar

Photo SUD QUOTIDIEN
Le Musée des civilisations noires, projet qui date de plus de 50 ans, vient d'être achevé. Construit à Dakar grâce à la coopération de la Chine, il sera inauguré en novembre prochain. Le ministre de la Culture, Mbagnick Ndiaye, l'a révélé lors de la réception des clés des mains du vice-ministre chinois du Commerce, en séjour à Dakar.

>> LIRE L'ARTICLE ICI >>

A lire aussi: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2011/01/luniversite-des-mutants-de-goree.html

18 août 2015

Pétition pour une alternative végétarienne dans les cantines scolaires

POUR UNE ALTERNATIVE VÉGÉTARIENNE OBLIGATOIRE DANS LES CANTINES SCOLAIRES

Le maire de Chalon-sur-Saône a pris la décision de supprimer dans les cantines de sa ville les menus de substitution destinés à satisfaire les enfants soucieux de ne pas manger de viande de porc, rompant ainsi avec une habitude communale de plusieurs décennies.
Cette mesure très polémique et pour le moins brutale a rouvert une querelle de plus de 10 ans sur la nature des menus scolaires, laissant bien des élus dans un grand désarroi face à un débat de société de plus en plus virulent.
Peut-on obliger un enfant catholique à manger de la viande un vendredi saint parce que rien d'autre ne lui est proposé, ou un enfant juif ou musulman à consommer du porc ?
Dans les cantines de la République, faut-il prendre en compte les prescriptions religieuses et si oui dans quelles limites ?
Doit-on obliger les enfants à jeûner, à défaut de vouloir transgresser les règles familiales ?
Ce débat est loin d'être simple je le reconnais, j'y suis confronté en tant que maire.
Le juste équilibre est souvent bien difficile à trouver tant les approches et les arrières pensées des uns et des autres viennent détourner la question.
A défaut d'une règle ou d'une autorité capable de la définir, ce sujet devient de fait l'otage de tous les extrémismes et la source d'un affrontement bien inutile visant en réalité dans la plupart des cas la communauté musulmane.
La République n'a, me semble-t-il, rien à gagner à laisser prospérer cette polémique qui remet en cause notre capacité à faire du "vivre ensemble" une réalité concrète.
Il existe pourtant sur ce sujet une solution relativement simple et totalement laïque qui permettrait de soulager les élus qui gèrent nos cantines et de répondre à toutes les attentes légitimes des familles.
Je déposerai donc une proposition de loi pour rendre obligatoire dans toutes les cantines un menu végétarien en alternative du menu quotidien afin de permettre à ceux qui ne veulent pas de viande ou de poisson, quelle qu'en soit la raison, de se nourrir de façon équilibrée.
Il existe en effet de très nombreuses possibilités culinaires pour que la dose de protéines nécessaire à chaque repas soit contenue dans des menus végétariens respectueux de la santé, du goût et des pratiques familiales.
A travers la mise en œuvre de cette obligation d'une alternative végétarienne dans nos cantines, il s'agit de sortir le débat du champ de l'affrontement religieux en donnant à chaque enfant un libre arbitre et en favorisant de surcroît un mode alimentaire de plus en plus recommandé pour ses vertus sanitaires et déjà pratiqué par plus de 1,5 millions de personnes.
Parce que la laïcité n'est pas l'unicité et n'oblige en rien à imposer un menu unique aux enfants, il est temps de clore ces guerres larvées.
Au nom de leurs dogmes ne laissons pas aux extrémistes de tous bords la possibilité de prendre en otage l'assiette de nos enfants et faisons au contraire rimer laïcité avec liberté.
Adressée à Mesdames et Messieurs les Parlementaires

30 avril 2015

POUR UN DIALOGUE DES CIVILISATIONS, par Roger Garaudy (Québec,1981)

C'est dans le cadre d'un Congrès mondial des sciences de l'éducation sur « L'école et les valeurs » que l'Université du Québec à Trois-Rivières organisait, en juillet 1981, un Forum international sur le thème « Pour un dialogue des civilisations».La stratégie se voulait simple : inviter à une même table ronde des participants reconnus et respectés sur la scène internationale pour leurs témoignages sur la valeur du dialogue et sur le dialogue des valeurs entre civilisations. Ce petit livre reproduit la transcription à peine retouchée de ces témoignages vivants. La leçon qui s'en dégage apprend que la valeur du dialogue est, pour la jeunesse surtout, la valeur première — valeur de don qui grandit par le partage et celui qui apporte,et celui qui accueille. Comme l'enfant ne naît pas au monde mais au monde de l'Autre, comme il doit apprendre dans
la coïncidence avec l'Autre le repère de sa propre identité, l'éducation au dialogue est là pour montrer comment reconnaître
dans l'Autre non pas une différence qui isole, mais un rapprochement et un complément, non pas un obstacle qui scandalise mais une condition de croissance. C'est la réconciliation ultime entre toutes les civilisations qui est révélée dans l'éducation au dialogue où l'« apporter »signifie déjà le « recevoir ».

POUR UN DIALOGUE DES CIVILISATIONS
par Roger Garaudy

« La crise de l'éducation s'enracine dans la crise des
valeurs », indique le programme de ce Congrès. C'est là, me
semble-t-il, désigner le problème fondamental. Il importerait
peu, en effet, de poser aujourd'hui un problème pédagogique,
quel que soit son intérêt : celui de la place plus ou moins
grande, dans l'enseignement, faite au latin ou aux mathématiques,
à l'informatique ou aux sciences humaines, si l'on ne
posait d'abord la question majeure, celle des fins et non pas
seulement des moyens de l'éducation. Quel est le but, quel
est le sens, quelle est la mission de nos universités et de nos
écoles ? En fonction de quelle conception de l'homme et
de son avenir peuvent-elles être conçues, restructurées et vécues
? Tout système éducatif est à la fois le reflet et le projet
d'une société.
De quelle société notre système actuel d'éducation est-il
le reflet ? De quelle société notre système d'éducation
peut-il être le projet ?

19 décembre 2014

"Quand quelqu’un a peur d’une autre religion, il peut suffire de lui faire rencontrer des membres de cette religion pour faire tomber les préjugés"







 

On la dit unique au monde: dans l’ancienne banlieue ouvrière et multiculturelle de Berne s’ouvre une maison abritant cinq sanctuaires, de cinq religions différentes. Lieu de coexistence, mais aussi lieu d’échanges et d’ouverture à tous les publics.







Des locaux de prières pour chacun - avec un temple hindou dont la tour dépasse du toit - et des locaux communs pour le dialogue des cultures. C'est le concept de la nouvelle Maison des religions à Bümpliz.
(swissinfo.ch)
Du bout de sa spatule, l’artiste rectifie l’arrondi de l’épaule de Ganesh. Le petit dieu à tête d’éléphant est assis sur un genou de Shiva, une des divinités majeures du panthéon hindou. Au bas de l’échafaudage, un ouvrier prépare son mortier, couvrant du bruit de sa machine la voix de la chanteuse tamoule qui vocalise dans la sono portable. Plus loin, certains autels ont déjà reçu leur habillage de couleurs vives. Mais le gopuram, la grande tour qui marque l’entrée du temple, n’a encore pour seule teinte que celle du ciment.
C’est que ces sculpteurs et ces peintres sont venus tout exprès du Tamil Nadu. «Il a été assez difficile de leur obtenir des visas. On avait l’impression qu’à chaque échelon de la procédure, il fallait recommencer toute la paperasserie», raconte Sasikumar Tharmalinguam, le prêtre hindou qui officiera à la Maison des religions. «Difficile, c’est peu dire, rectifie Brigitta Rotach», responsable du programme culturel de l’institution.
Mais aujourd’hui, tous deux auraient plutôt tendance à en rigoler. Car le jour de l’ouverture (ce 14 décembre) est enfin arrivé. Alors tant pis pour les tracasseries administratives, place à la fête, à la rencontre, à la concrétisation d’une vision née il y a presque 15 ans.
A l’époque, Brigitta Rotach, théologienne zurichoise d’origine juive, anime l’émission religieuse «Sternstunde» à la télévision alémanique. C’est là qu’elle rencontre Hartmut Haas, pasteur morave (une branche du protestantisme), qui dirige aujourd’hui l’association Maison des religions – Dialogue des cultures. «Il avait passé quelques années en Palestine, on était peu de temps après le 11 septembre 2001, tout le monde parlait de clash des civilisations. Il est venu avec un imam et un rabbin et tous trois ont exposé cette utopie d’une maison où les religions pourraient cohabiter et s’entendre».
A ce moment, les pères de l’idée sont bien conscients que les murs ne vont pas sortir de terre par miracle. Mais Hartmut Haas ne veut pas attendre que la maison soit là. Alors, il commence dans sa cuisine, puis trouve un premier local en ville, qui s’appelle déjà Maison des religions et où les communautés tiennent déjà un restaurant, organisent des cours de langue, d’intégration, de yoga… L’institution déménage ensuite dans des baraques en planches. Les hindous y ont un petit temple, et les bouddhistes, les alévis (une foi non dogmatique, dérivée de l’islam chiite) et les moraves s’y réunissent pour prier et méditer.

Nécessité fait loi
Rien de commun toutefois avec les nouveaux locaux d’Europaplatz. Ici, dans un complexe flambant neuf qui comprend également hôtel, bureaux, appartements centre commercial, les religions ont véritablement pignon sur rue. La partie qui leur est dévolue s’ouvre sur une grande salle et une série de pièces plus petites à l’étage, qui serviront pour les activités communes. Et tout autour, sur deux niveaux également, se répartissent les lieux de culte de cinq religions: chrétienne, musulmane, hindoue, bouddhiste et alévie.

Pourquoi elles et pas les autres? C’est ici qu’intervient l’aspect local de cette réalisation. Car si la Maison des religions a potentiellement valeur de symbole universel, c’est aussi une histoire très ancrée dans la réalité bernoise. «On n’a pas établi de classement pour sélectionner les religions qui ont le plus d’adeptes. En fait, celles qui ont un lieu de prière à la Maison sont celles qui en avaient besoin, explique Brigitta Rotach. Ici, dans les quartiers ouest de Berne, il y a beaucoup d’immigrés et pas mal de religions qui avaient leur lieu de culte dans des arrière-cours, des halles industrielles ou des caves».
Ce qui explique par exemple la présence du cemevi (on ne dit pas mosquée) des alévis et l’absence d’une synagogue, puisque les juifs de Berne en ont déjà une. La mosquée musulmane quant à elle est albanaise, alors que l’espace réservé aux chrétiens sera utilisé par huit communautés différentes, dont les éthiopiens et les moraves.
Les autres religions ne se désintéressent pas pour autant de la Maison. Celles qui n’avaient pas besoin d’un lieu de prière y sont présentes via une vitrine et des animations dans l’espace commun. C’est le cas des juifs, des sikhs et des baha’is.
«Le miracle de Berne»
«Ce projet est entièrement superflu et il échouera avec une probabilité frisant la certitude». Telle a été, au début des années 2000, la réponse d’une des premiers fonctionnaires à qui les pères de la Maison des religions ont soumis leur idée.
Et en effet, les fonds nécessaires à la construction n’ont pas été faciles à trouver. Chacune des communautés présentes a aménagé son lieu de culte à ses frais, mais les locaux et services communes ont tout de même coûté quelque 10 millions de francs. Et il a fallu solliciter plus de 150 fondations, institutions et entreprises pour tenter de réunir la somme.
Finalement, l’essentiel est venu de la fondation Rudolf et Ursula Streit (2,75 millions de francs), du Fonds de loterie du canton de Berne (2,2 millions), de la bourgeoisie de Berne (900'000 francs) et de divers donateurs (2 millions). Les deux Eglises officielles (catholique et réformée) ont également accordé chacune un crédit sans intérêt d'un million. 

Berne, capitale de la tolérance?
Si tout le monde s’accorde à reconnaître le rôle moteur d’Hartmut Haas et de la communauté morave dans cette aventure bernoise, Toni Hodel, estime qu’elle aurait aussi pu aboutir ailleurs. «Mais ici, nous avons déjà pris depuis longtemps l’habitude de dialoguer, dans les lieux provisoires qui ont précédé la Maison des religions», précise le théologien catholique. Son collègue protestant Martin Bauer rappelle qu’il y avait au départ «une poignée d’hommes avec une vision commune, qui croient à la réalisation de leur rêve. Et naturellement, le fait que l’on soit en Suisse, pays avec une longue tradition de cohabitation entre cultures différentes, a certainement contribué à la réussite du projet».

«C’était le destin et la volonté de Dieu, salue l’imam albanais Mustafa Memeti, que toutes les forces progressistes des différentes communautés religieuses agissent ensemble, de manière exemplaire et constructive, à la réalisation de ce projet unique». Un projet qui doit bien sûr favoriser l’entente et le dialogue et apporter «une contribution durable à la paix et à la compréhension mutuelle», note Ralph Friedländer, président de la communauté juive de Berne. Tolérance et respect également dans l’esprit de Bhante Anuruddha, moine bouddhiste, qui se réjouit de voir la Maison des religions «servir d’exemple pour la paix et la coexistence pacifique des religions et des cultures».

Pour le corps et pour l’âme
«Nous sommes bien conscients que nous n’allons pas sauver le monde, résume Brigitta Rotach, mais la Maison aura atteint son but si au moins elle peut contribuer à quelque chose à Berne. Quand quelqu’un a peur d’une autre religion, il peut suffire de lui faire rencontrer des membres de cette religion pour faire tomber les préjugés».

Et comme la rencontre passe souvent par la table, le rez-de-chaussée de la partie centrale de la Maison est essentiellement dévolu à un restaurant. C’est Sasikumar Tharmalinguam qui officie aux fourneaux et propose ses menus ayurvédiques, la cuisine «100% végétarienne, qui prolonge votre vie». Une partie des légumes viendra du propre jardin de la Maison, les femmes viennent faire des gâteaux pour l’après-midi et les week-ends, le restaurant sert des brunchs internationaux.
«L’idée, c’est de proposer un bon repas, pas cher, notamment pour les gens qui travaillent dans le quartier, explique Brigitta Rotach. Et mon rôle est aussi de monter un programme culturel. Il y aura des expositions, conférences, débats, des films, du yoga, des cours, tout cela afin d’offrir de la nourriture non seulement pour le corps, mais aussi pour l’âme».

A chacun sa foi

Une fois passées les portes de ces zones communes toutefois, chaque religion tient à conserver sa spécificité. «Nous prônons le dialogue, pas le mélange, précise l’animatrice culturelle. Il ne s’agit pas de dire que nous sommes tous pareils et de réduire les religions à leur plus petit dénominateur commun. Je me souviens, lors de débats, d’avoir vu de jeunes croyants venir exposer leur vérité avec véhémence et avouer avoir de la peine à admettre que les autres puissent aussi avoir une vérité. Ici, je compte bien animer des discussions de ce genre et tant mieux s’il y a des gens dans le public qui viennent défendre leur foi avec vigueur».
Quant à ceux dont la foi est plus molle, chancelante, voire inexistante, et qui semblent de plus en plus nombreux en Suisse, ils devraient aussi trouver leur compte à la Maison des religions. Ne serait-ce qu’au niveau de la rencontre et de l’échange. Comme le dit Brigitta Rotach, «le restaurant, le yoga, les films vont attirer du monde et on peut apprécier de manger ayurvédique sans être convaincu de quoi que ce soit. Nous devons aussi offrir quelque chose au gens qui ne sont pas totalement passionnés par les questions de vérité».

16 septembre 2014

Romain Rolland et sa lettre à Roger Garaudy


Pauvres moutons! Si nous n'avions à nous défendre que du loup, nous saurions bien nous en garder. Mais qui nous gardera du berger!
Romain ROLLAND (Colas Breugnon)

 Eh! l'ordre a bien son prix! Mais il n'est pas pour rien, et il se fait payer. L'ordre, c'est ne pas faire ce qu'on veut, et c'est faire ce qu'on ne voudrait pas. C'est se crever un oeil, pour mieux voir avec l'autre. C'est abattre les bois pour y faire passer les grandes routes droites. C'est commode, commode... Mais bon Dieu! que c'est laid!
Romain ROLLAND (Colas Breugnon)

O vous, sortis de moi, qui boirez la lumière, où mes yeux qui l'aimaient ne se baigneront plus, par vos yeux je savoure la vendange des jours et des nuits à venir, je vois se succéder les années et les siècles, je jouis tout autant de ce que je pressens que de ce que j'ignore. Tout passe autour de moi ; mais c'est que, moi, je passe: je vais toujours plus loin, plus haut, porté par vous. Je ne suis plus lié à mon petit domaine. Au-delà de ma vie, au-delà de mon champ s'allongent les sillons ; ils embrassent la terre, ils enjambent l'espace ; comme une Voie Lactée, ils couvrent de leur réseau toute la voûte azurée. Vous êtes mon espérance, mon désir, et mon grain, qu'à travers l'infini je sème à pleines mains.
Romain ROLLAND (Colas Breugnon)

J'ai fait tout mon possible pour que mes cinq enfants ne soient pas étouffés par leur respect pour moi ; j'y ai assez réussi ; mais quoique vous fassiez et malgré qu'ils vous aiment, ils vous regardent toujours un peu en étranger: vous venez de contrées où ils n'étaient pas nés, et vous ne connaîtrez pas les contrées où ils vont ; comment pourriez vous donc vous comprendre tout à fait? Vous vous gênez l'un l'autre, et vous vous en irritez... Et puis, c'est terrible à dire: l'homme qui est le plus aimé ne doit que le moins possible mettre l'amour des siens à l'épreuve: c'est tenter Dieu. Il ne faut pas trop demander à notre espèce humaine. De bons enfants sont bons ; je n'ai pas trop à me plaindre. Ils sont encore meilleurs quand on n'a pas à recourir à eux. J'en dirais long si je voulais... Enfin, j'ai ma fierté. Je n'aime pas reprendre leur pâtée à ceux à qui je l'ai donnée.
Romain ROLLAND (Colas Breugnon)

La meilleure façon de défendre sa maison, c'est de défendre celle des autres.
Romain ROLLAND (Colas Breugnon)

Ainsi, l'on est plus riche , plus on est dépourvu : car l'esprit crée ce qui lui manque: l'arbre touffu que l'on élague monte plus haut. Moins j'ai et plus je suis...
Romain ROLLAND (Colas Breugnon)


Découvrez Romain Rolland sur http://www.association-romainrolland.org/
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En 1938, Roger Garaudy soumet un manuscrit à l'appréciation du Prix Nobel de Littérature 1915 (décerné en 1916). Voici la réponse de Romain Rolland le 11 mai 1939. Le manuscrit de Roger Garaudy, Le  huitième jour de la création, sera publié en 1945.

Vezelay (Yonne) 14 grand'Rue St Etienne
11 mai 1939

Cher Roger Garaudy

J'ai lu votre lettre avec émotion, avec affection. Je vous remercie, vous et votre
femme, de la confiance que vous me témoignez depuis tant d'années, et que
vous exprimez seulement aujourd'hui. C'est par de telles adhésions de l'âme,
secrètes, muettes, que je me suis senti soutenu, aux heures les plus solitaires
de ma vie.
Je suis heureux que vous repreniez la mission de CHRISTOPHE, qui est de
relier entre elles les grandes forces de vie, saines et sincères. Et cette union
n'est nulle part plus souhaitable qu'entre les forces religieuses de foi et
d'amour agissant, et les forces de foi et d'action sociale. Sur le terrain des faits,
une alliance conditionnelle est aujourd'hui facilement réalisable. Mais vous
voulez davantage, et je le voudrais aussi. Nous voudrions, par une union intime,
la réalisation de l'intégralité de la personne humaine.
C'est le plus haut idéal de l'esprit. Il ne faut pas se désespérer, s'il est difficile
au plus grand nombre d'y atteindre. Ce serait déjà beaucoup, s'ils en
concevaient la vision et le désir. La vie est faite pour aspirer éternellement à
plus d'espace, plus d'éternel. L'étemel n'est jamais fixé, jamais atteint. Il est en
marche. Il est le mouvement même pour y atteindre.
Peut-être, d'ailleurs, minimisez-vous l'obstacle qui sépare les "libres penseurs"
des chrétiens. Celte "fissure pour la grâce", que vous implorez pour vos frères
communistes, dans "leurs âmes cuirassées d'orgueil", - ce n'est pas tant
l'orgueil qui les en défend ! Vous vous trompez. C'est quelquefois l'humilité. Je
le disais précisément, il y a quelques jours, à un jeune abbé qui venait me voir.
Il me parlait de l'humilité, comme l'une des principales vertus de l'esprit. Et je
lui disais : "C'est elle qui m'a interdit la foi". - Et lui : - c'est elle qui m'y a
introduit."
Là est le tragique du malentendu. Là est aussi sa grandeur. Chez les meilleurs
des incroyants, l'ardeur de vie, l'élan, l'action, le dévouement à la tâche, à la
cause, ou au prochain, sont dépouillés de la certitude de l'absolu - de tout
absolu. Ils ne le nient pas. Mais ils ne se croient pas le droit de l'affirmer, n'en
ayant aucune raison sûre. Et ils se bornent à penser selon la raison qui leur est
donnée, tout en sachant sa relativité ; que pourrait leur reprocher un DIEU ?
Ne sont-ils pas de bons serviteurs, loyaux, fidèles, qui font la tâche qui leur est
confiée ? S'ils sont infirmes, un père en veut-il à son fils aveugle ? ce n'est pas
aux autres fils, qui voient ou qui croient voir, de se substituer au père dans ses
jugements. Que chacun croit ou ne croit pas, mais fasse sa tâche,
honnêtement, sincèrement, en s'efforçant de comprendre, en tolérant et en
aidant son prochain ! L'intégralité de l'homme se réalisera en la totalité (des
puissances actives et fécondes) du genre humain. Libre aux meilleurs d'en
façonner en eux l'ébauche !
Je ne lis jamais plus de manuscrits : car je suis vieux, souffrant, chargé de
tâches, dont j'ai à peine le temps d'accomplir le plus urgent. - Mais j'ai lu le
vôtre, et je vous demande la permission de vous en parler, en toute franchise
fraternelle.
L'oeuvre est inégale. Elle est, en certaines parties, chargée de pensée profonde
et pathétique. En d'autres (celles de la fin) elle n'est pas arrivée à son point de
maturité. Sa qualité et son défaut est d'être une Confession, qui ne peut pas
cire complète, et qui sait mal s'objectiver. Selon mon impression, (qui peut
être fausse), il était un peu trop tôt pour l'écrire, vous n'avez pas assez de recul.
11 me semble que les éléments autobiographiques, qui sont le plus vrai et le
meilleur, se mêlent à des éléments d'invention, peut-être faits pour les
dépasser ; et ils ne s'accordent pas bien ensemble. La vie qu'on rêve, à vingt
cinq ans, et dont on s'enchante, s'ajuste souvent assez mal à la vie qu'on a ; et
en dépit de nos préférences, c'est la vie qu'on rêve, qui a tort (au moins en art).
Je l'ai éprouvé, pour mon compte, quand j'écrivais ma première oeuvre, où
j'avais mis toutes mes fièvres : je sentais vrai (je le croyais), j'écrivais faux. Et
j'oscillais entre le mièvre et le brutal.
Je suis surtout frappé par la deuxième partie de votre récit.
C'est le plus solide, le plus viril. Et c'est le noeud de la tragédie de pensée. Vos
hommes me semblent plus vrais et plus vigoureusement peints que vos
femmes, - sans doute parce que celles-ci, vous les aimez - Il y a pourtant
beaucoup de touches excellentes dans la figure de MILAINE.
Un malentendu qui s'élève entre les deux amants greffe sur le problème
principal une autre question, qui est plutôt suggérée que proposée en termes
nets, et qu'il eut peut-être été mieux d'écarter, car elle complique inutilement
la difficulté : c'est l'opposition protestantisme - catholicisme. Elle met l'accent,
dans tout le livre, sur le pur et rigide esprit protestant. Et le livre n'est nulle part
meilleur que quand cet esprit s'exprime dans toute sa pureté, dégagé des
autres effluves : car, dans ceux-ci, il se contraint, - ou se raidit - il n'est jamais
tout à fait à son aise
La conclusion est trop hâtive. L'apaisement - qui doit venir - est obtenu trop
brusquement, par volonté de finir. L'harmonie, "qui est la plus belle quand elle
s'opère entre les dissonances" (vous connaissez la parole d'HERACLITE que
j'aime à citer), ne peut-être le fruit que d'une longue suite d'épreuves et
d'efforts, sanctifiés par un loyal amour, tendre et vaillant. Et c'est pourquoi :
l'histoire du "PREMIER JOUR DE MA VIE" gagnerait à être écrite lorsqu'on en a
parcouru déjà le ou les suivants.
Voici mes premières impressions, - trop rapides - Elles gagneraient à profiter du
conseil que je viens de donner ; - attendre d'avoir relu et médité à loisir.
- Mais je suis pressé par le temps.
Pour l'instant, j'en ai assez vu pour connaître le grand sérieux et la solidité du
fond de votre âme et de votre art. J'ai pleine confiance dans votre avenir.
J'adresse au jeune couple mon affectueuse amitié, et vous prie de me croire,
cher Roger GARAUDY, votre cordialement dévoué.

Romain ROLLAND

Source: Mes témoins, Editions  A contre-nuit, pages 11 à 15, 

VOIR AUSSI: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2012/10/1939-romain-rolland-roger-garaudy.html