14 décembre 2017

Jésus et Luther, même combat ?


https://www.herodote.net/Martin_Luther_1483_1546_-synthese-286.php
A l'occasion des célébrations des cinq cents ans de la Réforme , il m'a semblé instructif d'établir un parallèle entre Jésus et Luther. Rappelons au préalable l'événement survenu le 31 octobre 1517.

Ce jour-là, un moine Martin Luther, placarda sur la porte de l'église de Wittemberg( aujourd'hui en Saxe-Anhalt) un texte dénommé en latin'' Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum'' ou  ''Dispute sur la puissance  des indulgences'', plus connu sous le nom des 95 thèses.(1) Ce texte est à l'origine de la Réforme protestante en Allemagne.
 Si l'authenticité du document n'est pas contestée, la réalité de l'événement lui-même fait aujourd'hui l'objet de débats parmi les historiens. La date n'a pas été choisie au hasard, le 31 octobre était la veille de la Toussaint; le vaste public, devant venir le lendemain pour vénérer les reliques et diminuer son temps à passer au purgatoire, était, pour Luther la garantie d'une diffusion maximale de ses idées. 
Luther a rédigé ses 95 thèses comme support pour un débat, une dispute théologique,[dispute ayant à l'époque le sens de ''discussion ou débat'',] une pratique courante à l'époque. Conçues pour être diffusées dans un cercle restreint de théologiens, leur succès aurait surpris Luther lui-même. Les 95 thèses sont ensuite imprimées en grande quantité et largement diffusées. Devant leur retentissement, les autorités religieuses hésitent cependant à condamner Luther. Ce dernier continue de débattre avec les théologiens défendant la position de Rome comme Johann Eck lors de la fameuse dispute de Leipzig en 1519.

Quelle analogie entre le ministère de Jésus et le mouvement de réforme initié par Luther ?
https://www.biblicalarchaeology.org/daily/people-cultures-in-the-bible/jesus-historical-jesus/did-jesus-exist/

Relevons que tous deux, bien que séparés par 1500 ans, vivaient dans une société soumise totalement à l'emprise du pouvoir religieux. Nous avons du mal aujourd'hui, dans nos sociétés ouvertes et tolérante, à imaginer quelle pouvait être la mainmise des religieux sur les sociétés, juive de temps de Jésus, et catholique, du temps de Luther.
En Judée, le dirigeants religieux formaient une caste dominante. Les écrits des évangiles sont très révélateurs à cet égard. Au temps de Jésus, certes, ces dirigeants devaient composer avec la puissance romaine, mais il faut préciser que l'occupant romain n'interférait pas dans le domaine religieux, pour autant qu'il ne contestait pas la suprématie romaine. D'ailleurs, nous lisons dans  la Bible au livre des Actes, ch.24,1 à 4 :
24.1.Cinq jours après, arriva le souverain sacrificateur Ananias, avec des anciens et un orateur nommé Tertulle. Ils portèrent plainte au gouverneur contre Paul.
24.2.Paul fut appelé, et Tertulle se mit à l'accuser, en ces termes:
24.3.Très excellent Félix, tu nous fais jouir d'une paix profonde, et cette nation a obtenu de salutaires réformes par tes soins prévoyants; c'est ce que nous reconnaissons en tout et partout avec une entière gratitude. 
24.4. Mais, pour ne pas te retenir davantage, je te prie d'écouter, dans ta bonté, ce que nous avons à dire en peu de mots. 
  

11 décembre 2017

"Affaire des Mythes" (suite): le communiqué de l'Abbé Pierre du 30 avril 1996

Communiqué où l'on voit que l'Abbé, dont on dit alors qu'il "désapprouve" son ami Garaudy, lui renouvelle en réalité sa confiance !


[La Croix du 2 mai 1996]

7 décembre 2017

La mémoire violée ?

[Après la lettre de Jean Ziegler , en défense de Roger Garaudy dans "l'affaire des Mythes" nous publions aujourd'hui l'article - sommaire et pauvre en argumentation - de l' Humanité qui avait été publié deux mois auparavant. L'auteur n'a vraisemblablement fait que survoler le livre incriminé, ce qui se remarque notamment à la partie où il évoque l'holocauste dans un sens qui n'est pas du tout celui de Garaudy.
Nous publierons dans les jours qui viennent plusieurs textes ou articles qui firent dates à l'époque de la parution puis du procès des "Mythes fondateurs de la politique israélienne". ]

Révisionnisme
La mémoire violée

Si la loi Gayssot (qui sanctionne les propos racistes,
antisémites et révisionnistes) avait encore besoin
de démontrer son utilité, un récent écrit de Roger
Garaudy, dont fait état « le Canard enchaîné » et qui est
diffusé sous le manteau par l'obscure revue « la Vieille
Taupe » en apporte une terrible justification. L'auteur s'en
prend d'ailleurs à « la monstruosité de la loi Gayssot ».
Cette loi, qui porte le nom du député communiste, oblige
« la Vieille Taupe » à demeurer dans l'ombre.
Garaudy parle de « mythe du procès de Nuremberg »
allant jusqu'à soutenir : « Ce n'est pas un tribunal
international puisqu'il n'est constitué que par les
vainqueurs » ( !) Eût-il fallu y adjoindre quelques juges
nazis ?
L'auteur ose parler de « mythe de l'Holocauste ». Il
reprend les thèses des révisionnistes qui nient jusqu'à
l'existence des chambres à gaz. Parie de répression à
propos de Faurisson, dont la thèse universitaire visait à
tenir pour affabulations les exterminations nazies. Ecrit à
propos du film témoignage de Claude Lanzmann :
« Shoah-business ». Accuse de faux le témoignage d'Elie
Wiesel, survivant d'Auschwitz, sur les corps d'enfants
jetés et brûlés dans les fosses.
Dans « l'Humanité », Elie Wiesel déclarait il y a tout juste
un an : « Jamais dans l'histoire, il y a eu ce besoin
irrésistible de se souvenir, de tirer les leçons. (...) La seule
vengeance, la seule rétribution, c'est la mémoire. » C'est
cette mémoire-là que les révisionnistes voudraient tuer.
Mais combien est-il douloureux d'avoir à dire d'un
homme, dont l'humanisme a marqué une époque et qui
sut faire preuve de courage, qu'il participe aujourd'hui à
une insupportable entreprise. Avec ceux qui veulent
violer la mémoire.  

Jean-Paul Piérot

L’Humanité du 26-01-1996

3 décembre 2017

Au revoir Luc

UN MOT DE JACOB MAHI pour LUC COLLES
En Son nom l'Exalté, le Coran dit : "Nous appartenons Dieu et vers Lui se fera notre retour". Le Prophète Mohamed sur lui et sa sainte famille la paix dit : "Entretenez le rappel de celui qui détruit les passions, et divise les assemblées, la mort". Le Maitre l'Imam Sadek Charaf, sainteté sur son âme disait : "Le linceul n'a pas de poche". Ainsi tout est relatif dans la vie de l'humain, et sa seule vérité est sa finitude. Que la paix de Dieu et Sa grâce soient sur l'âme du Pr Luc Collès, Amen. A contre-nuit, comme l'était le Maitre Roger Garaudy, paix sur son âme, qui disait souvent : "Dire Dieu c'est dire que la vie a un sens", de la même manière le Pr Luc Collès avait une profonde humanité que j'ai découvert à travers ses écrits. Un grand homme d'espérance s'en est allé auprès de Dieu, l'Exalté. J'adresse à sa famille, ses proches, ses amis et tous, mes sincères condoléances. Un frère de pensée, de lutte et de dialogue, il était un homme de foi, un être de Dieu.
Fraternellement, paix sur son âme.

29 novembre 2017

1996: La lettre de soutien de Jean Ziegler

[Alors qu'il est menacé de procès pour "Les mythes fondateurs de la politique israélienne", Roger Garaudy reçoit le soutien de plusieurs personnalités dont celui de Jean Ziegler. Ce dernier, par la suite, a contesté l'utilisation qui aurait selon lui été faite de sa lettre. Cette dernière est pourtant parfaitement claire, et tout à l'honneur de son auteur. La voici telle qu'elle fut versée au dossier lors du premier procès par Jacques Vergès, un des avocats de Roger Garaudy.]


UNIVERSITÉ DE GENÈVE DEPARTEMENT DE SOCIOLOGIE
Laboratoire de sociologie du Tiers Monde
Laboratory for Sociology of the Third World
Societies

FACULTÉ DES SCIENCES
ÉCONOMIQUES ET SOCIALES

Monsieur le Professeur
Roger GARAUDY
Rue Su«y 69
F - 94430 CHENEVRIERES S/MARNE

Genève, !e 1er avril 1996

Mon cher Collègue et ami,

Je suis scandalisé par le procès que l'on vous fait.
La liberté d'expression est la respiration des sociétés démocratiques. Sans elle aucun débat politique raisonné ni - surtout - aucun débat scientifique ne sont possibles.
Etant moi-même en butte à des attaques judiciaires - provenant de spéculateurs, de financiers, d'un ex-dictateur  africain et autres - pour certains de mes livres et articles où je fais usage de mon droit à la critique, je sais le côté sournois de ces procès.
Toute votre oeuvre d'écrivain et de philosophe témoigne de la rigueur de vos analyses et de l'indéfectible honnêteté de vos intentions. Elle a fait de vous un des principaux penseurs de notre époque.
Vous vous êtes notamment attaqué - d'une façon raisonnée, documentée et rigoureuse - à l'ensemble des phénomènes intégristes, exposant leurs déviations dans tous les champs religieux : islamique, juif, chrétien. Vous êtes donc fréquemment aux prises avec l'incompréhension, l'hostilité même d'instances chrétiennes, juives et musulmanes.
Que vos adversaires vous affrontent sur le plan scientifique, discursif, analytique, je l'admets. Et vous seriez, je le sais d'expérience, le dernier à refuser le débat ouvert, argumenté et franc. Qu'en revanche on tente de vous faire taire par des moyens judiciaires, me parait totalement inadmissible.
Au-delà de votre personne et de votre oeuvre ce sont l'exercice de l'analyse scientifique des phénomènes sociaux, le droit à la critique, en bref : la liberté académique qui sont ainsi mis en cause. Et ceci concerne et menace l'ensemble de la communauté scientifique.
C'est pour toutes ces raisons que je vous exprime ici ma solidarité et mon admirative amitié.

Professeur Jean Ziegler
Directeur du Laboratoire de sociologie
des sociétés du Tiers monde,
Faculté des Sciences Economique et
Sociales, Université de Genève

Adresse postale: Université de Genève, Département de sociologie, UNI - MAIL,

102, Bd Carl-Vogt, CH-1211 Genève 4 • Tél. (4122)705 83 26/17 Fax (4122)7814100



25 novembre 2017

21 novembre 2017

Luc Collès est mort


En tant qu' administrateur du blog "Roger Garaudy A contre-nuit" - Roger Garaudy qu'il appréciait et sur lequel il avait réfléchi et écrit (lire ici tous ses articles sur ce blog) - je présente à la famille et aux amis de Luc mes condoléances émues. A Luc dont, ne l'ayant jamais rencontré autrement que par ses écrits, par notre correspondance et par la pensée, je n'ai pu qu'entrevoir la profonde humanité, j'adresse par delà l'espace-temps le salut d'un frère en Espérance.

Voici le message de Françoise Garaudy à la famille de Luc: 
" Je vous adresse toutes mes sincères condoléances suite au décès de votre époux.
Un être exceptionnel s'éteint. Ils n'avaient pas le même âge mais avec mon père Roger Garaudy ils étaient frères de pensée, frères de lutte pour un dialogue des cultures. C'était un grand humaniste.
C'est un homme qui n'est plus là et qui nous manquera beaucoup."





10 novembre 2017

Lettres de Don Helder Camara à Roger Garaudy (2) - 1973




[Les livres auxquels Don Helder fait référence sont Danser sa vie et L'alternative - Voir la bibliographie sur le blog]

6 novembre 2017

Lettres d'Helder Camara à Roger Garaudy (1) - 1967

A Genève en 1967 Garaudy et Don Helder Camara


[Le livre auquel Helder Camara fait allusion est "Le problème chinois"]

30 octobre 2017

La rejudaïsation de Jésus


Le titre peut sembler provocateur ou tout au moins étrange. Jésus n'est-il pas juif, élevé dans les rites judaïques, circoncis le huitième jour selon la loi selon l'évangéliste Marc '' le huitième jour auquel l'enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus...et quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur -  suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur – et pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit dans la loi du Seigneur''(Ev.selon Luc, ch.2, 21-24).

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Certes, mais son message tout entier marque une rupture avec les prescriptions tâtillonnes de la loi judaïque. Roger Garaudy l'affirme avec force en écrivant : '' Toute la vie de Jésus, ses paroles, ses actes,sont en effet une remise en question de la foi et de la culture juives....Une remise en question de la Loi écrite, celle de la Torah et de ses tabous, ..une contestation du rituel, même le plus décisif, le sabbat.....''(1)

Roger Garaudy analyse les textes de Paul pour relever que '' le Christ de Paul n'est pas Jésus. Le dieu de Paul n'est pas le Dieu de Jésus....''(2). A cet égard, la lecture de la  lettre aux Hébreux(3) est édifiante et apporte un éclairage complémentaire. L'auteur en est inconnu, mais de toute évidence, il s'agit d'un Juif, ou Hébreu, soucieux d'expliquer à ses contemporains juifs, ou hébreux, la vie de Jésus et son message, mais en les revêtant d'une dimension judaïque. Ce narrateur est donc parfaitement en phase avec Paul, mais ce faisant, il va aller lui-aussi, à transformer Jésus et son message.

26 octobre 2017

Lénine philosophe, par Roger Garaudy. Conclusion

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Lénine, nous l'avons vu, avait éprouvé le besoin de
retrouver les grandes sources de la dialectique marxiste,
notamment dans la Science de la logique de Hegel au
moment même où se déchaînaient, dans la guerre mondiale,
les plus violentes contradictions du capitalisme. Sans avoir
eu connaissance des oeuvres philosophiques de jeunesse
de Marx, et notamment des Manuscrits de 1844, il en
retrouve par lui-même l'inspiration hégélienne fondamentale,
et de même que Marx, après cette période d'assimilation
critique et d'intégration de l'héritage hégélien,
dégage, dans une perspective indivisiblement dialectique
et humaniste, les contradictions majeures de son
temps et le mouvement historique rendant nécessaire et
possible le dépassement du capitalisme, de même Lénine,
dans la même perspective indivisiblement dialectique et
humaniste, dégage les contradictions nouvelles d'une phase
du développement du capitalisme que Marx n'a pas pu
connaître : l'impérialisme, et crée les instruments de
connaissance et de combat qui permettront de les surmonter
par une révolution socialiste.
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Comment la méthode dialectique est appliquée par
Lénine à l'analyse économique, c'est ce dont témoignent
les centaines de pages des Cahiers économiques de Lénine,
dont l'importance, pour la compréhension de son oeuvre,
est comparable à celle des « Grundrisse » de Marx (Fondements de la critique de l'économie politique qui sont les travaux préparatoires pour le Capital) . De cette masse de
matériaux et de réflexion sur leur mise en oeuvre dialectique,
Lénine tirera cette courte brochure sur L'impérialisme,
stade suprême du capitalisme (1916), qui constitue
un chapitre nouveau de la dialectique du Capital: Lénine
y analyse les contradictions nouvelles du capitalisme à cette
phase de son développement où la libre concurrence, par
le jeu de ses contradictions immanentes, s'est renversée
en son contraire : le régime des monopoles, qui détruit la
concurrence à un certain niveau pour la reproduire à un
niveau plus élevé, entre monopoles.


23 octobre 2017

Hommage à Jacques Berque

Le Collège des Bernardins, l’Observatoire d’études géopolitiques et le Centre Maurice Hauriou de l’Université Paris Descartes ont organisé un colloque d’hommage sur le thème « Jacques Berque, artisan du dialogue des civilisations » au Collège des bernardins (Paris) le 5 octobre 2017. 

Ce colloque, qui a réuni une très nombreuse assistance d’universitaires, d’étudiants et de chercheurs, a porté sur la pensée politique et religieuse de Jacques Berque (1910 – 1995). Orientaliste, expert du monde arabe et de l’Islam, titulaire de la chaire d'histoire sociale de l'Islam contemporain au Collège de France de 1956 à 1981, Berque fut l’un des plus grands islamologues du XXe siècle et un penseur du dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. Les travaux ont permis de jeter la lumière sur l’œuvre de l’homme en tant qu’orientaliste distingué, spécialiste du monde arabe et savant de l’Islam mais également en tant que militant de la cause des peuples et défenseur des identités et des spécificités, mettant ainsi l’accent sur la diversité des centres d’intérêt de ce penseur considérable.

20 octobre 2017

Lénine philosophe: 1914-1923. Par Roger Garaudy

Résister à la campagne haineuse contre les "bolchéviques", Lénine, la révolution d'Octobre 17, campagne multipliant les livres d'historiens professionnels de l'anti-communisme primaire, les articles de presse et les émissions à la radio (la télévision faisant paradoxalement plutôt mieux...), tel est le but qu'à la mesure de ses moyens poursuit le blog. Nous publions aujourd'hui l'avant-dernier extrait du livre que Roger Garaudy consacra à Lénine aux Presses Universitaires de France.
Il est remarquable que jusqu'en 1914, Lénine ait conservé,
pour définir la dialectique, les conceptions de Kautsky,
alors que sa pratique révolutionnaire dépassait de très
loin ces conceptions et cette théorie de la dialectique. La
faillite de la IIE Internationale, aux premiers jours de la
guerre, incite Lénine à réfléchir sur les fondements théoriques
d'une aussi profonde trahison. Jusque-là Lénine
définissait la dialectique comme le faisait Kautsky, c'est-àdire
comme « la théorie de l'évolution » en y juxtaposant
curieusement, sans en indiquer le lien : « la théorie de la
relativité de la connaissance ».
En 1913 encore, dans son Karl Marx, destiné à L’Encyclopédie
Granat,
Lénine définissait la dialectique comme
théorie du développement sous sa forme la plus générale :
théorie de l'évolution de la nature entière et de l'histoire
de la connaissance. Lénine, qui ne pouvait s'appuyer sur
les oeuvres philosophiques de Marx (notamment les Manuscrits
de 1844
et le texte complet de l'Idéologie allemande,
que les dogmatiques « orthodoxes » de la IIe Internationale,
répétons-le, se gardaient bien de publier), révise et enrichit
sa conception antérieure de la dialectique en remontant
à la même source que Marx : la Logique de Hegel, qu'il
étudie passionnément en 1915. Qu'au coeur même de la
tourmente Lénine éprouve le besoin de consacrer plusieurs
mois à l'étude de Hegel, en la considérant comme une tâche
politique, cela montre l'importance capitale pour lui de
cette réflexion nouvelle sur la dialectique. On peut dater
avec précision ce moment décisif dans la pensée philosophique
de Lénine : le 4 janvier 1915, il écrit au secrétaire
de rédaction des Éditions Granat pour demander s'il est
« encore temps d'apporter (à son Karl Marx) quelques corrections
à la section sur la dialectique », question sur
laquelle, dit-il, il travaille depuis quelques semaines.
En lisant les Cahiers philosophiques (qui avaient été
exclus du temps de Staline, des Oeuvres complètes de Lénine,
tout comme les Manuscrits de 1844 des OEuvres de Marx,
parce qu'ils étaient incompatibles avec une interprétation
dogmatique du marxisme), il est possible de définir quel
genre de « corrections » Lénine désirait apporter. Dans le
déchaînement des contradictions de la guerre, et au moment
où la faillite de la IIe Internationale montre comment la
lutte pour le socialisme se transforme en son contraire,
Lénine éprouve le besoin de repenser fondamentalement le
concept de la dialectique qui ne peut être simplement cette
théorie de l'évolution qui conduit Kautsky à l'opportunisme
et à la trahison. Le premier point sur lequel porte
cette nécessaire révision, c'est une détermination plus
complexe des rapports de la pensée et de son objet, pour
exclure toute interprétation mécaniste et fataliste de la
théorie du reflet.

16 octobre 2017

Hommage à Khadafi le 20 octobre à Paris


HOMMAGE A MOUAMMAR KADHAFI
GUIDE DE LA JAMAHIRIYA LIBYENNE 
 A l’occasion du sixième anniversaire de la mort du dirigeant libyen et africain, Mouammar Kadhafi, nous rendons hommage à sa personnalité, sa figure historique et nous attirons l’attention des peuples du monde sur le fait que la conspiration internationale menée par l’impérialisme international et le sionisme mondial, visant à éliminer tous les progressistes et combattants pour la liberté, la justice et la véritable égalité dans le monde, est devenue de jour en jour, plus claire et fait de Kadhafi et de tous les combattants internationaux des héros historiques inscrits en or dans le registre de l’histoire de l’humanité et dans la mémoire des peuples

14 octobre 2017

Lénine philosophe (suite): 1905-1914. Par Roger Garaudy

IL Y A 100 ANS LA REVOLUTION D'OCTOBRE EN RUSSIE

Le grand fait nouveau, en 1905, c'est la prodigieuse initiative
historique des masses russes au cours de leur première
révolution. Lénine souligne à plusieurs reprises que
cette révolution a un caractère spontané. Or, ce prolétariat
russe est allé plus loin dans l'action que les théoriciens les
plus avancés : loin de rester dans les limites de la conscience
« trade-unioniste », il a créé une forme nouvelle d'État :
le Soviet, et c'est à partir de cette expérience que Lénine
élaborera la théorie concrète de la doctrine du prolétariat
dans L'État et la Révolution. Il en avait été ainsi pour
Marx qui n'avait pas la prétention de déduire les formes
que prendra la révolte avant que celle-ci n'ait éclaté.
Observateur et analyste passionné de tous les modes d'organisation
spontanée du prolétariat : syndicats, chartisme,
Commune de Paris, Marx n'a complété le Manifeste
communiste , qui restait évasif sur la forme de l'État
prolétarien, qu'après l'initiative historique du peuple de
Paris, créant la Commune.
Lénine procède ainsi. Il note d'abord que la grève
commencée le 3 janvier 1905 aux usines Poutilov de
Pétersbourg, point de départ de la révolution, « fut tout
à fait spontanée », et qu'aussitôt « le mouvement a
revêtu un caractère politique ». « La transition extrêmement
rapide du mouvement, d'une base purement économique
à une base politique... en dépit du manque (ou de
l'insignifiance) de l'action social-démocrate consciente,
voilà ce qui saute aux yeux ».
Lénine, loin de spéculer à partir de schémas élaborés
dans d'autres situations , prend pour base de sa réflexion
théorique « l'histoire, dont les masses ouvrières étaient les
artisans sans la social-démocratie » .
A partir de l'initiative historique des masses dans la
Révolution de 1905, Lénine apporte de nouveaux développements
théoriques à la conception du Parti et à celle de
la Révolution, qui ne contredisent pas les thèses de Que
faire ?, mais qui les intègrent dans un ensemble plus vaste,
qui les dépasse et exclut les interprétations dogmatiques
et unilatérales. Il ne s'agit pas de revenir à la spontanéité
contre la conscience, mais de donner à l'initiative spontanée
sa juste place et, par là même, de mieux définir le rôle
de la conscience, dans son rapport dialectique avec l'initiative
spontanée.

7 octobre 2017

Lénine philosophe (suite): de 1894 à 1905. Par Roger Garaudy

[NDLR: NOUS POURSUIVONS LA PUBLICATION DE LARGES EXTRAITS DU LIVRE DE ROGER GARAUDY SUR LENINE PHILOSOPHE. CETTE PUBLICATION TOMBE "A PIC" AU MOMENT OU UNE SERIE D'OUVRAGES D'IDEOLOGUES DE  L'ANTI-COMMUNISME VISCERAL PRESENTE LENINE COMME UN AFFREUX DICTATEUR, LES COMMUNISTES COMME DES BOURREAUX, LA REVOLUTION D'OCTOBRE 1917 COMME L'ABOMINATION DE L'HISTOIRE]

Lénine écrit ses premières oeuvres au moment où meurt
Frédéric Engels. Sur le plan international, le marxisme
« orthodoxe » est représenté par Kautsky, théoricien dont
l'autorité est incontestée dans la IIe Internationale.
En 1880, il a publié un petit ouvrage sur la démographie et
le progrès social où, appliquant mécaniquement le darwinisme
à la sociologie, il transforme la dialectique révolutionnaire
de Marx en une métaphysique de l'évolution.
L'ouvrage fondamental de Kautsky : La doctrine économique
de Marx (1887), qui eut un immense succès, est le
prototype des ouvrages de vulgarisation dogmatique du
marxisme. C'est une réduction positiviste de la pensée de
Marx à des lois économiques. Toute réflexion sur le fondement
philosophique est exclue. Le marxisme est présenté
comme une vérité achevée, à la manière d'un catéchisme.
L'idée maîtresse de l'oeuvre, c'est que le déterminisme
structurel du capitalisme est tel que le système s'achemine
inévitablement et automatiquement à sa perte.
Cette conception de l'automatisme, de la nécessité mécanique,
est le fondement théorique de l'opportunisme. Tout
en élevant « une protestation implacable » contre le régime
politique et social existant, la doctrine de Kautsky justifiait
la passivité, puisque le socialisme devait naître d'une
évolution inéluctable. II suffisait de s'organiser et d'attendre.
Ces conséquences furent longtemps masquées, chez Kautsky,
par son exceptionnelle « érudition » marxiste (il
connaît Marx et Engels par coeur, dira Lénine), par sa
très grande culture et son talent littéraire d'exposition,
par ses études historiques et statistiques remarquablement
informées : la perversion fondamentale du marxisme
ne pouvait apparaître qu'au moment où, une situation
révolutionnaire se présentant, il fallait passer delà connaissance
à l'action. Jusque-là, les analyses « descriptives »
du développement capitaliste de l'agriculture, par exemple,
pouvaient être fort riches. C'est pourquoi le détachement de
Lénine à l'égard de Kautsky s'opérera en deux temps :
d'abord dans la période qui a suivi la Révolution de 1905
où Kautsky, après une analyse théorique juste de cette
révolution (à laquelle il n'avait pas eu à participer), commença
à soutenir les courants menchevicks, et surtout au
moment de la guerre de 1914, où la théorie de l'automatisme
révéla toute sa malfaisance opportuniste et conduisit
Kautsky à justifier le chauvinisme d'abord, puis toutes les
forces hostiles à la Révolution socialiste d'Octobre, sous prétexte
que la Russie n'était pas « mûre pour le socialisme ».
Mais, dans un premier temps, et surtout jusqu'en 1905,
Lénine s'appuya sur l'oeuvre de Kautsky pour combattre,
en Russie, les idéologies rétrogrades empêchant la prise de
conscience, par le prolétariat, de sa mission historique.
Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy