20 février 2017

Michel Collon: Les 10 commandements du parfait diaboliseur

04 Avr 2016

« Antisémite », « complotiste », « ami des dictateurs », « rouge-brun »,  « confusionniste » ! De nombreux journalistes ou écrivains qui critiquent les Etats-Unis ou Israël sont victimes de ces accusations graves répandues en boucle sur Internet. Alors, vous vous dites peut-être : « Il n’y a pas de fumée sans feu, cet auteur doit quand même avoir quelque chose à se reprocher. Je m’abstiens de le lire ou de l’écouter. ».
Attention ! Tel est peut-être justement le but recherché par une campagne de rumeurs : dresser un cordon sanitaire autour d’auteurs qui dérangent ! Sur Internet, où on trouve à boire et à manger, nous avons donc tous intérêt à nous poser les questions que, dans un tribunal, doit se poser un juge intègre et consciencieux :
  1. Ai-je entendu les deux parties ?
  2. M’a-t-on présenté des preuves fiables ?
  3. Essaie-t-on de me manipuler ?
Alors, pour permettre à chacun de se faire librement une opinion sans être manipulé, voici une petite observation des trucs et procédés qu’on retrouve dans toutes ces campagnes de diabolisation. Dix critères pour juger si le dossier est sérieux ou bidon.

Les 10 commandements du parfait diaboliseur :

  1. NE DONNE PAS LA PAROLE A L’ACCUSE !
Le diaboliseur ne vérifie jamais auprès de « l’accusé » l’exactitude des faits reprochés, ni s’il existe une explication différente de ces faits ou si l’accusé aurait éventuellement changé d’avis. Tout se passe comme si connaître la vérité ne l’intéresse pas.
  1. CACHE LES TEXTES QUI TE CONTREDISENT !
Le diaboliseur ne fournit pas de preuves. Même quand « l’accusé » a écrit exactement le contraire de ce qu’on lui reproche, le diaboliseur cache soigneusement ces textes à son public.
  1. CACHE TES MOTIVATIONS !
Le diaboliseur fait semblant de s’attaquer à une seule cible, qui serait dangereuse mais isolée. Cependant, quand on considère l’ensemble des cibles, tout le monde devient « conspi » ou « antisémite » : Ziegler, Chavez, Castro, Le Grand Soir, Lordon, Ruffin, Kempf, Carles, Gresh, Bricmont, Bourdieu, Wikileaks, Morin, Mermet, Boniface, Enderlin, Cassen, Siné, Bové, Péan, Godard, Jean Ferrat, Seymour Hersh et même des analystes juifs Hessel, Chomsky, Finkelstein. Vous ne l’aviez pas remarqué mais ce sont tous des « complotistes », des « antisémites » ou les deux ! En fait, on diabolise ainsi tous ceux qui critiquent les Etats-Unis ou Israël.
  1. RECOPIE LES MEDIAS !
Le diaboliseur ne remet jamais en cause l’info des médias officiels. Bien qu’il ait été prouvé que chaque guerre est accompagnée de désinformation, le diaboliseur recopie cette version médiatique officielle comme si elle était totalement fiable. Et si l’accusé la met en doute, c’est la preuve de son « complotisme » et de sa mauvaise foi. Même quand il se prétend de gauche, le diaboliseur ne se gêne pas pour réutiliser les positions et arguments de la droite.
  1. FAIS SEMBLANT DE NE PAS COMPRENDRE !
Le diaboliseur supprime toute nuance dans le discours de sa cible. Par exemple, quand Washington attaque la Libye ou la Syrie, si vous démontrez que des intérêts économiques ou stratégiques sont en jeu, que la guerre ne fait qu’aggraver les problèmes et qu’il vaut mieux chercher une solution négociée, alors vous « soutenez les dictateurs ». Même si vous avez écrit exactement le contraire.
La confusion est systématiquement créée entre « s’opposer à la guerre » et « soutenir un dictateur ». Le diaboliseur fait semblant de ne pas comprendre la différence entre les deux. Son vrai but est de manipuler l’émotion légitime du public et l’empêcher de raisonner.
  1. EMPECHE LE DEBAT SUR TES PROPRES OPINIONS !
Le diaboliseur prend soin de ne pas dévoiler ses propres positions, et parfois aussi ses financements. Il n’avoue jamais qu’il s’appuie sur des think tanks et lobbies financés par des grandes puissances. Il ne dit jamais qu’il soutient tel gouvernement, telle guerre ou telle politique néolibérale et pourquoi. Ce n’est pas le débat qui l’intéresse, mais d’exclure « les mauvais » du débat.
Pour cette raison, la plupart des diaboliseurs avancent masqués. Parfois la même personne utilise divers pseudonymes. Autre technique de manipulation : les diaboliseurs se citent les uns les autres en boucle afin de donner l’impression que « tout le monde le dit ».
  1. COLLE DES ETIQUETTES !
Pour discréditer, le diaboliseur cache la véritable position et les arguments du diabolisé. Il se contente de lui coller des étiquettes : « antisémite », « complotiste », « ami des dictateurs ». Ou des termes flous sans valeur objective : « controversé », « peu crédible ». La véritable position du diabolisé est ainsi caricaturée.
  1. INSINUE PLUTOT QUE D’EXPLIQUER !
Pour éviter d’être poursuivi en justice pour diffamation, le diaboliseur remplace souvent l’accusation claire et nette par une insinuation indirecte. Il crée une impression générale de suspicion pour refuser la discussion franche.
  1. PRATIQUE L’AMALGAME POUR NOIRCIR !
Son dossier étant vide d’arguments pour critiquer la cible, le diaboliseur pratique l’amalgame. Il associe sa cible – sans aucune logique – à d’autres personnes ou mouvements : « Machin a rencontré Chose qui lui-même a rencontré Truc qui est lié à l’extrême droite, donc Machin est d’extrême droite ». Variante : Machin a soutenu Truc il y a dix ans, et depuis Truc est devenu d’extrême droite, alors Machin est responsable de cette évolution et est aussi d’extrême droite. Aberrant ! Sauf si le but est de noircir à tout prix.
  1. FRAPPE ET FOUS LE CAMP !
Le diaboliseur applique à sa manière un principe de la guérilla : « Frappe et fuis ». Il refuse soigneusement tout débat contradictoire. Il consacre de longs textes ou des émissions entières à dénigrer en prenant soin que le diabolisé ne puisse se défendre. Les sites diaboliseurs censurent les droits de réponse et même les questions de leurs propres sympathisants. Car toute discussion franche les démasquerait.

Source: Investig’Action

19 février 2017

Un livre et une matraque

Des faits divers récents ont, une fois de plus, mis sur le devant de l’actualité des actes de répression disproportionnés. Forcément, ils choquent d’autant plus que chacun se dit qu’il aurait pu en être la victime expiatoire.
Le plus léger, celui sur lequel nous allons nous attarder, c’est cette dame verbalisée par la nouvelle brigade anti-incivilités mise en place par la Mairie de Paris. Déjà, on avait compris qu’il s’agissait surtout de faire la chasse aux sans-abris et aux mendiants mais on voit que, comme il fallait s’y attendre, elle va éviter les quartiers, les rassemblements où les incivilités, les dégradations sont fréquentes pour traquer les étourdis et quelques vrais indifférents au bien public mais isolés, donc faciles à aborder et à sanctionner.

L’avenir sera-t-il celui de nos espérances ou bien celui de nos cauchemars ?


Aujourd’hui on sait que l’Histoire ne suit jamais le chemin qu’on lui trace. Non qu’elle soit par nature erratique, ou insondable, ou indéchiffrable, non qu’elle échappe à la raison humaine, mais parce qu’elle n’est, justement, que ce qu’en font les hommes, parce qu’elle est la somme de tous leurs actes, individuels ou collectifs, de toutes leurs paroles, de leurs échanges, de leurs affrontements, de leurs souffrances, de leurs haines, de leurs affinités. Plus les acteurs de l’Histoire sont nombreux, et libres, plus la résultante de leurs actes est complexe, difficile à embrasser, rebelle aux théories simplificatrices. (…)
L’avenir sera-t-il celui de nos espérances ou bien celui de nos cauchemars ? Sera-t-il fait de liberté ou bien de servitude ? La science sera-t-elle, en fin de compte, l’instrument de notre rédemption ou bien celui de notre destruction ? Aurons-nous été les assistants inspirés d’un Créateur ou bien de vulgaires apprentis sorciers ? Allons-nous vers un monde meilleur ou bien vers « le meilleur des mondes » ? Et d’abord, plus près de nous, que nous réservent les décennies à venir ? une « guerre des civilisations », ou la sérénité du « village global » ? Ma conviction profonde, c’est que l’avenir n’est écrit nulle part, l’avenir sera ce que nous en ferons. Et le destin ? demanderont certains, avec un clin d’œil appuyé à l’Oriental que je suis. J’ai l’habitude de répondre que, pour l’homme, le destin est comme le vent pour le voilier. Celui qui est à la barre ne peut décider d’où souffle le vent, ni avec quelle force, mais il peut orienter sa propre voile. Et cela fait parfois une sacrée différence. Le même vent qui fera périr un marin inexpérimenté, ou imprudent, ou mal inspiré, ramènera un autre à bon port. (…)
Je ne voudrais pas me contenter de cette image marine, qui a ses limites ; il me paraît nécessaire d’exprimer les choses plus clairement : la formidable avancée technologique qui s’accélère depuis quelques années, et qui a profondément transformé nos vies, notamment dans le domaine de la communication et de l’accès au savoir, il ne servirait à rien de se demander si elle est « bonne » ou « mauvaise » pour nous, ce n’est pas un projet soumis à référendum, c’est une réalité ; cependant, la manière dont elle affectera notre avenir dépend en grande partie de nous. (…)
Bien que la population de la planète ait presque quadruplé en cent ans, il m’apparaît que, dans l’ensemble, chaque personne est plus consciente que par le passé de son individualité, plus consciente de ses droits, un peu moins sans doute de ses devoirs, plus attentive à sa place dans la société, à sa santé, à son bien-être, à son avenir propre, aux pouvoirs dont elle dispose, à son identité - quel que soit par ailleurs le contenu qu’elle lui donne. Il me semble également que chacun d’entre nous, s’il sait user des moyens inouïs qui sont aujourd’hui à sa portée, peut influencer de manière significative ses contemporains, et les générations futures. A condition d’avoir quelque chose à leur dire. (…)
A condition, surtout, de ne pas se blottir chez soi en marmonnant : « Monde cruel, je ne veux plus de toi ! »


Amin Maalouf "Les identités meurtrières", Ed. Grasset, Paris, 1998.



(Texte proposé par A.D)

18 février 2017

Le troisième héritage (8). Quand la Méditerranée était un lac musulman

Suite et fin de la publication de l'Introduction du livre de Roger Garaudy "Promesses de l'islam".
La préface du livre, écrite par Mr Mohammed Bedjaoui, peut être lue à: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2014/02/islam-et-dialogue-des-civilisations.html
Luc Collès, que je salue, a publié une analyse de ce livre dans un cadre universitaire: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2013/03/enseignement-pour-une-approche-de.html [A.R]



Il convient même de rappeler que cette tolérance de l'Islam n'était
pas sans péril pour la pureté de la foi. Ainsi, lorsqu'à partir de 661, la
dynastie omeyyade s'empare du califat et qu'elle s'installe à Damas,
non seulement elle s'imprègne de l'influence de l'Empire romain de
Byzance et en adopte les structures et les hiérarchies, mais un
tournant dangereux s'opère dans l'histoire de l'Islam : après les quatre
premiers califes « bien guidés », tous anciens compagnons du Prophète,
Abu Bakr, Omar, Uthman et Ali les Omeyyades s'intéressent
beaucoup plus au pouvoir politique pour lui-même qu'à sa signification
religieuse; et cette séparation est déjà rupture avec l'esprit
profond de l'Islam.
En outre, après le transfert du califat, de l'austère Arabie du Nord
au luxe byzantin de Damas, d'autres moeurs se répandent. Les
distributions de terres aux dirigeants arabes se multiplient dans les
territoires occupés : de grands domaines se constituent au profit de
citadins arabes vivant grâce aux revenus que leur procurent leurs
fermiers indigènes. Les impôts des non-musulmans s'alourdissent. Les
monnaies d'or et d'argent des anciens Empires de Byzance et de Perse
sont frappées par les nouveaux maîtres qui, au mépris des principes
de l'Islam, instituent une dynastie de princes héréditaires. Avec
les Omeyyades, le califat islamique s'était transformé en empire
arabe.
A partir de la cour fastueuse de Damas, où affluaient toutes les
richesses des pays conquis, les étoffes et les vins comme les esclaves et
les oeuvres d'art, l'expansion se poursuivit selon trois axes principaux :
l'Asie Mineure, où trois sièges de Constantinople se soldèrent par des
échecs ; l'Asie centrale, où furent conquis l'Afghanistan en l'an 700,
puis Boukahra (706-709), le Khoresme et Samarcande (710-712) et le
Ferghana (713-714). A u sud, les généraux arabes atteignirent l'Indus
en 711, l'Afrique du Nord et l'Espagne : un camp militaire fut créé à
Kairouan en 670, Carthage fut prise en 698, le Maroc en 708. En mai
711, un général arabe, Tariq, passait en Espagne et, à la tête de
chrétiens dissidents, occupait Cordoue puis Tolède. En 732, un
commando d'Abd al-Rahmân, vraisemblablement au retour d'un raid
sur Saint-Martin-de-Tours, se heurtait, à Poitiers, à l'armée de
Charles Martel, ce qui marqua la limite extrême de l'avancée
musulmane en direction du nord de la Gaule, bien que, dans les
années qui suivirent, les Arabes aient atteint Narbonne, la vallée du
Rhône et la Provence méditerranéenne.
Anatole France, dans la Vie en fleur, marque avec humour la
signification de cette bataille de Poitiers dont l'histoire occidentale a
voulu faire un symbole de l'affrontement entre l'Orient et l'Occident
comme autrefois pour l'escarmouche de Marathon entre les Perses et
les Grecs : « M. Dubois demanda une fois à Mme  Nozière quel était le
jour le plus néfaste de l'histoire. Mme  Nozière ne le savait pas. C'est,
lui dit M. Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la
science, l'art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie
franque. »
La boutade d'Anatole France n'était fausse que sur la chronologie,
car l'épanouissement d'une culture et d'une civilisation spécifiquement
musulmanes ne commença vraiment qu'après la révolution de
750, puisqu'il s'agit bien d'une révolution, et non pas simplement d'un
coup d'Etat ou d'un changement de dynastie.
Avant même la floraison de sa culture propre, l'Islam avait créé les
conditions nécessaires à un renouveau de la civilisation, à l'épanouissement
d'une nouvelle jeunesse du monde.
D'abord en créant, du fait même de l'ampleur de cet empire
naissant, un espace mondial d'échanges commerciaux et culturels, où
allaient se brasser les richesses et les cultures de trois continents :
celles de l'Europe hellénisée et romaine, celles de la profonde Asie,
de l'Iran à l'Inde et à la Chine, celles de l'Afrique.
A cette communauté immense, les musulmans avaient apporté une
langue commune, l'arabe, capable de véhiculer sur tout son territoire
toutes les forces de vie des plus vieilles et des plus riches cultures du
monde ; plus encore, elle leur avait apporté une foi commune en
laquelle chacun, sans renier sa sagesse ou son Dieu, pouvait en
retrouver la source.
Une telle mutation, touchant à tous les aspects de la civilisation,
faisait éclater les structures anciennes. La vocation universelle de
l'Islam ne pouvait plus s'exprimer seulement à travers la domination
arabe des Omeyyades.
A partir de 750, avec la dynastie des Abbassides, s'affirme une
communauté nouvelle, arabo-musulmane, où les musulmans non
arabes auront leur place à part entière.
La umma, la communauté musulmane (et pas seulement arabe),
retrouve, selon la visée première du Prophète, son fondement
religieux, trop souvent occulté sous la domination unilatéralement
politique des Omeyyades.
Le califat change de capitale ; en 762, il fonde, comme centre de
l'Empire, Bagdad, sur le Tigre, tout proche de Ctésiphon, l'ancienne
capitale de la Perse sassanide. Il y a là plus qu'un symbole : les
structures politiques et administratives, et les cadres mêmes qui en ont
la charge, sont plus proches de l'ancien Empire iranien que du style
gouvernemental byzantin des Omeyyades.
Cette profonde mutation se manifeste par un changement de la
politique extérieure et intérieure. A l'extérieur, il n'y aura plus
désormais de grande conquête mais seulement une défense des
frontières. En revanche, à l'intérieur de cette aire géographique
immense, une expansion commerciale sans précédent prend son
essor : de Bagdad, les marchands musulmans, par Bassorah, attei-
gnent l’Inde où ils créent des comptoirs et font leur jonction avec les
négociants chinois.
Par voie de terre, ils établissent des échanges intenses avec la Syrie
et l'Egypte mais aussi, à travers l'Iran, avec l'Asie centrale et la
Chine.
Enfin, la Méditerranée, où aboutissent les pistes caravanières du
Sahara, après la conquête de la Sicile et de la Crête, devient un lac
musulman. La possession de la boussole et du gouvernail d'étambot
donne aux musulmans, pour plusieurs siècles, une suprématie maritime
absolue. « Pendant toute cette période, écrit Ibn Khaldun, les
musulmans l'emportaient sur la plus grande partie de la Méditerranée.
Leurs flottes y croisaient en tous sens [...] Les chrétiens n'y pouvaient
pas même faire flotter des planches1. »
De 750 jusqu'au milieu du XIe siècle, c'est-à-dire jusqu'au moment
où, aux deux pôles de l'Empire, se multiplient les menaces (celles des
Turcs en Iran et à Bagdad, celles des chrétiens en Palestine et en
Espagne, où s'effondre le califat de Cordoue), la domination musulmane
connaît trois siècles d'apogée, apportant, en tous les domaines
de la culture, une première contribution capitale à la civilisation
universelle.
Avant d'aborder la période moderne où l'Islam sera à la source de
la Renaissance de l'Occident, avant de réaliser sa propre renaissance
et d'ouvrir aujourd'hui un nouvel avenir, nous ferons un bilan de sa
première floraison.
[ Pour lire la suite, acheter le livre]

Roger Garaudy. Introduction de « Promesses de l’islam », Seuil , 1981
(Articles 1 à 8 du blog) pp 17 à 45

17 février 2017

Le troisième héritage (7). L'expansion de l'islam



Roger Garaudy avec Salma al Farouki

L'expansion de l'Islam ne saurait donc être expliquée seulement par des causes extérieures telles que l'incontestable affaiblissement, voire
la désintégration, des empires vaincus (Empire romain d'Orient,Empire de la Perse sassanide, Empire wisigoth d'Espagne) et moins encore par des causes uniquement militaires.
L'Empire romain d'Orient et l'Empire perse sassanide, les deux« grands » de l'époque, s'étaient effectivement épuisés dans des
guerres ininterrompues entre eux pour l'hégémonie et la domination du Proche-Orient, notamment de 604 à 628.
Il est vrai aussi que les deux empires rivaux avaient eux-mêmes
introduit les tribus arabes dans leurs affaires en utilisant ces cavaliers
guerriers du désert comme mercenaires pour défendre les « marches
» avancées de leurs Etats.
Les Perses sassanides avaient installé à Hira, tout près de Ctésiphon,
leur capitale, la tribu des Banou Lakhm, dont ils firent une
dynastie arabe, les Lakhmides, qui avaient la charge, comme vassaux,
de guerroyer en permanence contre les Romains. Réciproquement,
les empereurs de Byzance avaient choisi une autre famille arabe, celle
de Ghassan, nomades dans l'actuelle TransJordanie, pour en faire, en
529, les princes ghassanides, convertis bientôt au christianisme
« monophysite » (celui qui refusait de reconnaître la double « nature »
de Jésus), particulièrement populaire de la Syrie à l'Egypte.
Ce furent là des facteurs favorables aux victoires futures des Arabes
musulmans.
Mais les raisons profondes de cette expansion fulgurante qui, au
lendemain de la mort du Prophète, en douze années, de 633 à 645,
permirent d'assurer la suprématie arabe en Palestine, en Syrie, en
Mésopotamie comme en Egypte (cette première vague ne s'arrêtant
que devant des obstacles naturels : les chaînes de montagnes du
Taurus, en Asie Mineure, et celles de l'Iran oriental, et, à l'ouest, les
déserts de Cyrénaïque et de Nubie), furent des raisons internes, liées à
l'essence même de l'Islam.

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SELECTION D'ARTICLES

Archives Garaudy PDF sur Calameo

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy