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5 février 2020

Apartheid en Ecuador

El filósofo francés Roger Garaudy sostenía que en América Latina y en los pueblos pobres, como parte del proceso implacable de dominación, se asesinaban todos los días escritores, científicos, artistas; talentos formidables como los de Cervantes Saavedra, William Shakespeare, García Márquez, Pablo Neruda, Gabriela Mistral, Tolstoi, Dostoiyewski, Gorki, Hemingway, Stembeich, Pablo Picasso, Bethoveen, Mozart, y muchísimos otros genios singulares, con la fórmula perversa de no brindar educación, en forma planificada, a niños y jóvenes de esas sociedades.
Diego C. Delgado Jara
LIRE L'ARTICLE EN ENTIER ICI

1 janvier 2020

La laïcité dévoyée


Pour Angela Davis, "la laïcité a été transformée en arme contre les musulmans"
par Clément Arbrun

"Je n'accepte plus les choses que je ne peux pas changer, je change les choses que je ne peux pas accepter" déclarait Angela Davis, l'une des activistes les plus emblématiques du paysage américain. Mais que peut-on changer à la victoire de Donald Trump, à l'échec de la gauche et aux troubles de la société contemporaine ? Interrogée par Mediapart, l'icône anti-capitaliste de l'afro-féminisme l'affirme : "Nous avons sous-estimé l'attrait idéologique du racisme, de l’antisémitisme, de la misogynie et de la xénophobie". Douloureux constat que cette hégémonie de "la suprématie blanche" pour l'ex-adhérente des Black Panthers, qui en profite pour pointer du doigt les incohérences du système bi-partisan de vote américain.

Pour cette représentante de la fierté noire, le féminisme consiste à "transformer la société". Un appel révolutionnaire qui convient peu à la démocrate Hillary Clinton, à ses yeux "version étriquée" de cette lutte des sexes. En point d'orgue, l'intellectuelle exprime son inquiétude quant à l'islamophobie, dont l'omniprésence se traduit jusqu'en France. Ce qu'elle déplore en étudiant notre situation politique ? "La manière dont la notion de laïcité a été transformée en une arme contre les musulmans et la confusion entre le terrorisme et l'Islam...malheureusement, tout cela me rappelle les méthodes de Donald Trump". Plus qu'une analyse, un avertissement...

25 octobre 2019

Monothéisme du marché...


Intervention de Jamel El Hamri sur la radio France Maghreb 2 dans l'émission "Le Grand Forum" animée par Christophe Frot du lundi au vendredi de 16h a 18h (aout 2019.

20 octobre 2019

Muerte y marxismo humanista

Juan Luis Ruiz de la Pena, Muerte y marxismo humanista. Aproximaciôn teolôgica (Agora). Salamanque, Ed. Sigueme, 1978.
Revue Philosophique de Louvain. Quatrième série, tome 78, n°39, 1980. pp. 460-461

Il s'agit, à partir d'une anthropologie philosophique ou de ce que Adam Schaff appelle la philosophie de l'homme, de reconnaître et de défendre, en unissant thèses chrétiennes et marxistes, le concept d'humanisme contre les tendances déshumanisantes, donc antihumanistes, qui se font jour actuellement, spécialement dans le rationalisme scientifique. L' (auteur). croit à la rencontre de ces thèses qui expriment des préoccupations, des convictions communes. Le point de départ est le fait de la mort que ne peut escamoter aucune anthropologie. Certes, la mort pose à l'homme des questions troublantes et l'affecte même d'un coefficient de finitude, c'est-à-dire de nullité ontologique. Ni Prométhée, ni Titan ne peuvent éluder sa fatale nécessité. Plus profondément: la finitude de l'homme ne prouve-t-elle pas la fin à venir de l'humanité? Le jeune Marx pose nettement le problème: «La mort apparaît comme une dure victoire de l'espèce sur l'individu et paraît contredire l'unité de l'espèce; mais l'individu déterminé est seulement un être générique déterminé et, comme tel, mortel».
Afin d'étayer sa recherche, l'(auteur) se réfère à Roger Garaudy, c'est-à-dire à une théorie marxiste de la subjectivité. A une espérance sans Dieu répond ainsi un humanisme qui accepte une certaine transcendance de la personne; à la mort de l'homme, s'oppose la résurrection de l'humain qui permet le choix et le risque de créer. Le sens de la vie devient une intégration dans la totalité par l'amour. Cependant, il reste difficile de définir la mort: continuité biologique ? rationalisation de la vie? A l'intérieur d'une anthropologie à laquelle des penseurs comme Ernst Bloch, Kolakovski, Schaff et Garaudy donnent une coloration religieuse, l'humanisme marxiste récupère les notions de sujet et de transcendance, de vie et de mort. L'(auteur) lui oppose la réponse chrétienne : la résurrection du Christ apportant la réponse de Dieu à la mort de l'homme. Alors le mystère de la mort devient le mystère même de la personne, celui-ci étant le mystère de la transcendance divine. Demeure la vraie question: le marxisme peut-il accepter cette conclusion, et plus généralement, l'humanisme n'est-il pas le contrepied absolu de toute religion révélée? L'espérance fondée sur un néant est-elle encore une espérance?


André Reix.

1 octobre 2019

Les femmes, la vie et l'amour

par Geneviève Gontier
In: Population, 24e année, n°2, 1969. p. 378

Les femmes, la vie et l'amour. Semaine de la pensée marxiste à Bruxelles (16, 17, 20, 21 février 1967)
Paris, Éd. du Pavillon [1968]
Le thème de cette semaine était : « La femme et ses responsabilités dans le monde actuel ». Préfacé par Roger Garaudy, directeur du Centre d'études et de recherches marxistes à Paris, cet ouvrage est le compte-rendu des exposés, ainsi que de certaines interventions du public, lors de cette réunion. Dix orateurs ont pris la parole, dont les propos s'orientaient autour de quatre grands axes :
— le premier, « Travail égal, salaire inégal », donnait lieu à un rappel historique, à une prise de conscience de la situation actuelle et à l'adoption d'un certain nombre de recommandations ;
— le second, « La femme dans l'art », étudiant nettement le problème de la femme objet, déclare un peu rapidement que l'art est destiné aux mâles et insiste sur les difficultés sociales que rencontrent les femmes qui ont un tempérament artistique ;
— le troisième, dont le titre est le même que le titre général, faisait le tour des sujets trop importants pour être notés en si peu de phrases : le travail de la femme, la vie du couple et la contraception;
— le quatrième enfin, « La femme et ses responsabilités », envisage la rédaction du statut social de la femme, examine la participation des femmes à la vie économique, sociale et politique.
En conclusion, il faut faire appel à la justice et à l'amour fraternel, pour donner aux femmes leur place dans la société.


G. Go.

29 août 2019

La transcendance, une dimension de l'homme

Revue théologique de Louvain
Les avatars contemporains du sacré, Mons (17-18 mai 1974)- Extrait
Par Julien Ries
In: Revue théologique de Louvain, 5e année, fasc. 4, 1974. pp. 515-516;
Article entier à lire ici:
https://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_1974_num_5_4_1362

[…]
L'humaniste marxiste français, Roger Garaudy, bien connu par la publication
d'une trentaine de livres, parla de Transcendance et révolution.

Pour Garaudy, la transcendance est une dimension de l'homme, de son
histoire, de son avenir. Dans l'expérience vécue qui montre à l'homme qu'il
est plus que le résultat des conditionnements, se trouve un dépassement.
Les nouveaux modèles de culture permettent de saisir, à travers les possibilités
permanentes de rupture avec les modèles antérieurs, l'émergence cachée
de l'homme. Enfin, la conscience de l'inachèvement nous montre que l'histoire
est née d'une multiplicité de possibles parmi lesquels un seul a triomphé.
Cette conscience de l'inachèvement défatalise le futur.

Le marxisme a conçu la révolution dans l'optique d'une loi de
correspondance. En effet, la révolution essaie de faire correspondre les rapports
politiques avec des systèmes économiques fondés sur le fait que les sciences sont
les forces de l'avenir. C'est au nom d'une loi de correspondance que les
révolutions de Marx et de Lénine ont renversé des structures sociales et politiques.
Si Marx est parti des forces productives, Lénine a retourné le schéma en
prenant d'abord le pouvoir afin d'établir la correspondance. Cette doctrine de la
révolution considère la croissance économique comme prioritaire et cela à
l'exclusion de toute transcendance.

Depuis 1968, les révolutions ne se font plus en vertu d'une loi de
correspondance. Une véritable conscience révolutionnaire s'est installée. Appuyée
sur un postulat de transcendance — la rupture avec le passé — elle fait le projet
d'un ordre social non encore existant. Dans cette conscience révolutionnaire
afflue, en surplus, une tradition prophétique qui insiste sur la relativité de
l'ordre établi et qui rappelle à l'autorité qu'elle n'est pas l'absolu. On assiste
à la mise en cause des lois et des valeurs d'une époque. Maintes fois, cette
mise en cause s'appuie sur des modèles religieux. Ainsi, la « Jésus révolution »
proclame l'amour actif du prochain en vue de réaliser, dans l'histoire humaine,
le royaume de Dieu. Pour certains courants théologiques, la paix est le
développement de la justice sociale. Le salut n'est rien d'autre que la libération de
l'homme : l'inégalité entre les hommes conduit nécessairement à une exigence
militante de la libération. Aussi, la théologie du développement est déjà
dépassée par la théologie de la libération. Cette dernière cherche son fondement
dans la vie d'un peuple.

Garaudy analyse rapidement les diverses influences qui ont amené la
naissance de la théologie de la libération. Il cite Blondel, Teilhard de Chardin,
Chenu, Jùrgen Moltmann et le dialogue chrétiens-marxistes. Dans l'action,
Blondel a vu une transcendance qui émerge de l'immanence. Par l'exaltation
de la participation de l'effort humain, Teilhard de Chardin a incorporé le
progrès du monde au développement du royaume de Dieu. Chenu a insisté
sur l'incarnation libératrice dans la construction du monde. La théologie
de l'espérance de Moltmann montre l'histoire humaine comme une
ouverture sur l'avenir. À côté de cette empreinte théologique, la théologie de la
libération porte la marque du dialogue avec la pensée marxiste qui proclame
la libération de toute aliénation et de toute oppression.

La théologie de la libération transforme la promesse eschatologique en lutte
pour la libération. L'union de la foi et de l'action politique doit amener la
création d'une société nouvelle. Transcendance et révolution se tiennent.
La foi apporte au socialisme sa dimension prophétique, le socialisme empêche
la foi de s'échapper du monde. Dans tout ceci, le sacré constitue le point
d'émergence. En effet la théologie de la libération part du postulat biblique
que la résurrection est l'affirmation du « tout est possible ». Elle y intègre
le postulat prophétique en vertu duquel une oeuvre humaine n'est jamais
fin dernière. Dès lors, il faut changer le monde puis changer le monde changé.
Pour cette théologie, la transcendance est une dimension de l'homme et le
sacré est immanent à l'oeuvre humaine.
[…]

Sur ce blog, tous les articles traitant du sujet ici évoqué Transcendance et Révolution:
https://rogergaraudy.blogspot.com/search?q=Transcendance+et+révolution


L'intervention intégrale de Roger Garaudy à Mons:
https://rogergaraudy.blogspot.com/2014/12/transcendance-et-revolution-par-roger.html

11 juillet 2019

Et toujours...la confusion entre anti-sémitisme et anti-sionisme.

COURRIER DES LECTEURS adressé aux "Dernière Nouvelles d'Alsace" par un ami du blog

J’ ai lu avec intérêt l’article publié dans les DNA du dimanche 26 mai relatif à la manifestation de la ‘’Marche pour Jésus’’ organisée à Strasbourg la veille. J’ai cependant noté avec étonnement  les observations  relevées par votre journaliste. Voici ce qu’il écrit: «  Les manifestants se sont arrêtés en chemin devant la stèle Place des Halles( ancienne synagogue) pour manifester ‘’ leur soutien à la communauté juive et à Israël, en lien avec la recrudescence des actes antisémites et antisionistes’’ »
Si  manifester son soutien à la communauté juive est parfaitement respectable, par contre il est pour le moins étrange que des ‘’ marcheurs pour Jésus’’ manifestent leur soutien à Israël. Tout un chacun connaît le peu de cas qu’Israël fait du droit international en général et des droits de l’homme en particulier. Et je n’ai pas souvenir que dans les Évangiles, Jésus ait manifesté son soutien à un État quel qu'il soit. Mais plus grave à mes yeux, c’est lorsque les marcheurs pour Jésus mettent sur un même plan antisémitisme et antisionisme.  Sera-il bientôt interdit de critiquer les agissements répréhensibles de l'État d’Israël, sous peine d’être accusé d’antisémitisme?
Je ne doute pas de la sincérité de la majorité des marcheurs pour Jésus, mais je déplore que la  ‘’marche pour Jésus’’ , qui aurait dû rester apolitique, se soit ainsi engagée sur un terrain politique particulièrement conflictuel. C’est regrettable et certainement pas dans l’esprit du Christ.

Jean Marc PETITHORY



29 juin 2019

Georges Cottier: dialogue avec Roger Garaudy

COTTIER (Georges) ,Chrétiens et Marxistes. Dialogue avec Roger Garaudy , Paris, Mame, 1967 
par Henri Desroche .
Archives de sociologie des religions, n°25, 1968. pp. 182-183;

L’auteur s’était déjà signalé entre autres par son ouvrage sur L’athéisme du jeune Marx et ses racines hégéliennes (1959). La partie la plus intéressante de la présente étude serait peut-être la première partie sur la genèse et le contenu des thèmes du dialogue dans la théologie catholique. La suite bien que plus directement branchée sur ouvrage précité constituerait moins le dialogue annoncé par le sous-titre qu’un certain monologue théologique assorti d’interpellations à la cantonade adressées à Roger Garaudy et quelques autres. Monologue certes averti, érudit, attentif, mais aussi pointilleux et peut-être avec une teinte d’auto-suffisance. Le message demeure dans le genre littéraire que serait la réponse du représentant du Grand Roi à l’émissaire du Grand Turc, y compris pour le premier, le projet - sinon la prétention - de mieux connaître que le second le dossier pourtant plaidé par celui-ci.
Quelques points sont désagréables. L’escamotage par exemple du dossier parallèle ou contradictoire , de L. Althusser moyennant l’allégation : « Est-ce un hasard si plusieurs de ses disciples ont fini dans le camp des pro-chinois ?» (p 21). Ailleurs c’est en dire trop ou trop peu sur E.Bloch que de régler son compte en mentionnant ses «réflexions» sur le principe espérance comme ayant une «originalité marquée» (cf étude de P. Furter in Arch. 21 8-22). Décréter comme caduque la soi-disant «erreur des progressistes» (p 87) dans un verdict de cinq lignes n’est-ce-pas ignorer l’énorme phénomène qui se passe aujourd’hui en Amérique Latine ? Ailleurs encore quid de ce «fait certain» selon lequel l’idéologie marxiste est sur «la pente de l’usure» (p 68) et si ce fait est certain n’y a-t-il pas en sens contraire d’autres faits et non moins certains ? On pourrait aussi épiloguer sur la déclaration selon laquelle la propagande marxiste courante «nie l’existence du Christ» (p 181). Pauvre A. Robertson avec ses Origins of Christianity et sa controverse avec Khazdan. Et pauvre Engels suspect avoir légué à G. Mury la thèse «insoutenable» sur les deux christianismes apocalyptique et institutionnel ! (p 169). «C’est dans les sectes au cours de histoire se manifeste le courant apocalyptique constamment contrecarré par institution ecclesiale Cette thèse de Mury est pas soutenable historiquement .Elle du reste ses racines chez Engels qui comme l’on sait avait passé par une période de ferveur piétiste» (p 169). Des trois affirmations de cette seule phrase il n’en est aucune qui ne puisse être controversée : ni la thèse sur les deux courants qui, si elle se trouve très peu chez Engels, se trouve par contre largement et abondamment étagée dans opus de Troeltsch ; ni le fait «du reste» qu’elle a ses racines chez Engels ; ni le fait «comme on le sait» que celui-ci eut une adolescence piétiste; il n’y a rien de disqualificatoire dans aucune de ces trois qualifications et rien surtout qui puisse permettre de juger la sauvette un dossier aussi fondamental. Même pas si on ajoute un «Or le mouvement piétiste est anti-ecclésiastique». Bien fragile ce «or» pour le «donc» qu’on prétend en tirer. A moins qu’il ne agisse d’un «donc» à l’usage une théologie normative réfractaire à toute sociologie du Dissent ou du Sektentypus.
 Ce dernier point de vue est pas celui de l’auteur certes. Mais puisqu’il dialogue avec le marxisme n’est-il pas possible de suggérer que l’essentiel du marxisme et de sa critique religieuse se trouvent déjà dans Saint-Simon. Celui-ci, comme Engels et occasionnellement Marx, privilégie historiquement le catholicisme comme facteur de l’édification européenne. Dès lors leur critique est essentiellement que cet «européisme religieux» que fut le catholicisme est la fois dépassé dans le temps et débordé dans l’espace, nourrissant ainsi un appel à sa propre relève par le système d’une nouvelle conviction globale. Mais dans l’appréhension de ce système se trouve emmêlée la double filière que Cottier récuse : la filière attestante, institutionnelle, constantinienne d’une part et autre part la filière contestataire, dissidente, apocalyptique. L’ironie est que le dialogue entrepris par Cottier risque de se trouver canalisé et enclos au sein de la première filière entre ce on pourrait nommer une Chrétienté «avec» christianisme et une chrétienté «sans» christianisme (déjà H. Gouhier avait avancé ce second label pour cerner le saint-simonisme). Et, chose curieuse, plutôt que dans les contre- positions de Cottier ce serait dans certains textes de Garaudy cités ici (sa prospective esthétique 95 et ss) qu’on pourrait apercevoir ce qu’on pourrait intituler: un christianisme sans chrétienté, ce troisième homme ou ce troisième partenaire que la vague diplomatique des dialogues semble tenir pour nul et non avenu.
 Tout se passe en effet comme si l’axe horizontal du dialogue entre un christianisme et un marxisme également établis se trouvait de plus en plus traversé par l’axe vertical d’un christianisme et d’un marxisme également contestés, et contestés non par l’un ni par l’autre, mais chacun par ses propres «protests within» ou «without» pour reprendre les catégories de Wach La limite de ouvrage de Cottier est, semble-t-il, de se cramponner au dialogue entre deux establishments, on serait tenté de dire entre deux magistères. Du coup son genre littéraire demeure étranger à trois dossiers : le dossier des sciences des religions qui ne sont pas plus marxistes que chrétiennes ; le dossier de l’esthéticien Garaudy et de ses dimensions d’auto-contestation ; le dossier enfin de l’axe vertical, celui, par exemple, de cet autre dialogue entre le marxiste contestataire Fidel Castro et le groupe contestataire catholique au congrès culturel de la Havane en janvier 1968. Dossier de paradoxes; Fidel Castro souligne ce qui serait le paradoxe du marxisme : « Ce sont les paradoxes de histoire Comment quand nous voyons des secteurs du clergé devenir des forces révolutionnaires, allons-nous nous résigner voir des secteurs du marxisme devenir des forces ecclésiastiques ? ». N’y aurait-il pas un paradoxe parallèle et complémentaire qui serait celui du christianisme et le dialogue entre ces deux paradoxes ne serait-il pas une trame à croiser avec la chaîne des sentences que nous lisons ici ?

27 juin 2019

A propos de "L'alternative" de R. Garaudy (1973)

Autogestion et rationalité 

Raison présente  Année 1973  26  pp. 69-74
Fait partie d'un numéro thématique : Marxisme et monde musulman
Lire ici des extraits du livre de Garaudy
Notre temps souffre du politique ; il a mal au politique. Le malaise de notre civilisation se traduit par un refus qu'on voudrait croire sporadique, mais qui se révèle fréquent, de participer à la gestion des affaires publiques : l'abstention massive et récente des jeunes électeurs américains à qui l'on vient d'accorder le droit de vote est révélateur de cette tendance.
Tout se passe comme si la démocratie manquait de démocrates ; comme si nous étions désormais incapables de fonder une espérance politique sans recourir à la promesse messianique de temps meilleurs. Le militantisme déchristianisant du début de ce siècle s'est embrigadé derrière un seul modèle et parfois derrière un seul chef, réinstaurant par là-même, avec le sectarisme et le culte, la religiosité. Il n'est donc pas surprenant que des voix s'élèvent pour prêcher la nouvelle vérité. L'échec du projet politique ne tient pas à sa reconfessionnalisation subreptice, mais bien au contraire à son trop peu de religiosité : «Le marxisme ne peut être l'authentique briseur de chaînes que s'il est capable d'intégrer ce moment chrétien, ce moment divin de l'homme » (1). La vérité du marxisme est dans le christianisme ; autant dire que l'efficacité du rationalisme politique est dans la foi. Roger Garaudy d'ailleurs n'hésite pas à le dire : ceux qui vont répétant que ce sont les circonstances qui forment les hommes sont des athées vulgairement positivistes ou des positivistes vulgairement athées, incapables qu'ils se révèlent d'expliquer comment de circonstances conservatrices peut naître la conscience révolutionnaire. Or la seule explication, pour l'auteur, réside dans le recours à la transcendance :
«Cette subjectivité active, qui est jaillissement sans fin de la transcendance, l'image du Christ en a donné l'exemple : lorsque avec lui le Dieu des transcendances lointaines est entré dans l'histoire quotidienne des hommes, il l'a fait en briseur d'idoles et de chaînes, en passeur de frontières, détruisant les tabous et se situant par-delà la justice, le bien et le mal, au nom d'un amour transcendant précisément toutes ces limites historiques, et faisant de lui, selon l'expression du théologien protestant Roland de Pury, le vrai homme, l'homme que Dieu lui-même, Dieu seul a pu être, toute autre humanité que la sienne ne pouvant être qu'inhumaine » .
Ce qui a contribué à rendre jusqu'ici la réflexion tâtonnante, c'est la perversion cléricale de l'Eglise et du Mouvement Socialiste. Le sursaut d'authenticité qui, sur l'un et l'autre des deux plans requiert «le moment de la subjectivité » assure la coïncidence de la foi et de la conscience révolutionnaire ; la «preuve » c'est qu'il est historiquement faux de lier d'une part le matérialisme philosophique et l'athéisme à l'action révolutionnaire, et d'autre part la religion au conservatisme. D'ailleurs l'athéisme de Marx n'est pas «métaphysique » mais «méthodologique ». S'autorisant alors d'Ernst Bloch, redécouvrant le fondement nécessaire de tout marxisme vivant dans «le principe de l'espoir », Garaudy avance deux thèses complémentaires : 1° La vraie foi est révolutionnaire. 2° Le vrai révolutionnaire a la foi. La double conversion qui se trouve ici prônée n'est en somme qu'un retour aux sources du christianisme d'une part, du marxisme de l'autre, et, comme elle doit devenir un phénomène de masse, elle implique une révolution culturelle. C'est à Lénine, cette fois que Garaudy demande l'inspiration, et le texte qu'il évoque reste incontestablement d'une brûlante actualité. Dénonçant dans un article Sur la coopération, un socialisme pratiqué pour le peuple et non par le peuple, Lénine ne voyait de remède à une telle bureaucratisation que dans le contrôle ouvrier et paysan sur la gestion des affaires dans leur entreprise. Mais cette solution implique un tel degré de culture, qu'une véritable révolution culturelle est la condition sine qua non du socialisme. De sorte que l'alternative chrétienne offerte au militant révolutionnaire s'inscrit dans l'alternative globale de l'autogestion qui seule peut éviter au socialisme de dégénérer en stalinisme. La thèse donc à laquelle se trouve ici confronté le rationalisme politique peut se résumer comme suit :
1° Le socialisme sera d'autogestion ou il ne sera pas.
2° La révolution culturelle est la condition de l'autogestion.
3° La révolution culturelle implique la réunification de la subjectivité chrétienne et de la subjectivité révolutionnaire.
4° Tout chrétien authentique est révolutionnaire et tout révolutionnaire authentique est chrétien.

23 juin 2019

Le christianisme primitif comme "paradigme": évolution d'une problématique (d'Engels à Garaudy), par Raymond Winling (1981)

Revue des Sciences Religieuses
 (extrait)

Résumé
Des penseurs marxistes contemporains comme E. Bloch, M. Machovec, Kolakoswki, Garaudy, opèrent un changement de perspective et cherchent à comprendre le christianisme primitif non plus tellement à travers l'expérience de la première communauté de Jérusalem qu'à travers le comportement et l'enseigne ment de Jésus. Sous ce rapport ils prennent en considération les acquis de l'exégèse récente. En même temps ils procèdent à une réévaluation du fait chrétien et s'efforcent d'en dégager les aspects positifs, la charge subversive et la valeur d'anticipation
 Revue des Sciences Religieuses, tome 55, fascicule 4, 1981. pp. 264-271;
doi : https://doi.org/10.3406/rscir.1981.2929

3 juin 2019

L'islamisme est une maladie de l'islam, par Roger Garaudy

L'islamisme est une maladie de
l'Islam. Et cette épidémie se présente
sous des formes très diverses.
Je voudrais donc en rappeler la principale
source, celle d'ailleurs, dont on
parle d'ordinaire le moins. Elle en est
pourtant le modèle idéologique par ses
interprétations les plus étroites de la
"tradition", et sa lecture la plus littérale
et la plus formaliste du Coran. Elle en
est l'aliment économique de loin le plus
important.

19 mai 2019

Doriot et Garaudy,ce que le jour ne doit pas à la nuit...

A la suite du passage au parti d'extrême-droite Rassemblement National de Marine Le Pen d'un élu de la Région AURA adhérent du Parti de Gauche (La France Insoumise), Andrea Kotarac, dans un article intitulé Passer d’un extrême à l’autre, une vieille tradition française, Patrick Aulnas, sur le site Contrepoints introduit son argumentation par deux exemples:

"Jacques Doriot (1898-1945), d’abord membre du Parti communiste, est exclu en 1936 et crée le Parti populaire français, parti de type fasciste. Il deviendra un ardent collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale et combattra sur le front russe avec le grade de lieutenant de la Waffen-SS.

Le philosophe Roger Garaudy (1913-2012) a lui aussi été pendant longtemps membre du Parti communiste, avant de se rallier au gauchisme autogestionnaire en 1968. Il est exclu du Parti communiste en 1970. Il devient ensuite un adepte très actif des thèses écologistes avant de dériver complètement : conversion à l’islam, antisémitisme et négationnisme."

Les deux exemples marquants que l'auteur a trouvé sont donc deux communistes. En quoi les communistes furent-ils des "extrémistes", le lecteur ne le saura pas, c'est tellement évident sans doute pour l'auteur qu'il n'est nul besoin d'expliquer.

Réunir dans un même opprobre le fasciste, traître et complice des bourreaux nazis Doriot et le résistant et déporté Garaudy, estimer que l'autogestion relève du "gauchisme", faire des défenseurs de l'écologie des "adeptes" (le mot à une connotation en rapport avec les sectes), classer dans les dérives une "conversion" religieuse (qui n'existe d'ailleurs pas puisque Garaudy a toujours refusé que l'on qualifie ainsi son cheminement spirituel), voilà qui relève pour le moins de l'approximation, et nuit gravement à la mémoire de Roger Garaudy.

Passons sur la référence à la condamnation pour antisémitisme et négationnisme; les habitués de ce blog savent qu'une décision de justice injuste (lisez la défense de Garaudy, pour juger par vous-mêmes), prise grâce à une loi de circonstance et portant sur un seul des dizaines d' ouvrages de Roger Garaudy, ne fait pas biographie de la vie d'un homme.

Ni l'autogestion, ni l'écologie, ni l'islam ne relevant d'un quelconque "extrêmisme", pas plus que le communisme, Garaudy est donc un bien mauvais exemple du passage d'un extrême à l'autre. Toute sa vie a au contraire été marquée par la fidélité à la fois à Marx et à Jésus par-delà les communautés qui furent les siennes et la recherche permanente des voies de l'émancipation des hommes, du dialogue des civilisations et des cultures. Le contraire des idéologies nationalistes, fascistes, racistes, xénophobes, le contraire d'un Doriot.

8 mai 2019

Lettre au "Monde" (8 septembre 1997)


Chennevières     8 septembre 1997


Monsieur le Directeur,

J'ai été mis en cause dans un article signé de M.BIFFAUD en première page du "Monde" daté du samedi 6 septembre 1997: 1'auteur prétend que je tiens pour "Mythes" la volonté active des nazis d’exterminer les juifs"alors que dans mon livre: "LES MYTHES FONDATEURS DE LA POLITIQUE ISRAELIENNE" je défie quiconque de trouver le moindre passage où le mot "juif" soit employé en un sens péjoratif. Au contraire j’y dénonce incessamment la barbarie nazie dont le racisme avait fait des juifs une "cible préférée d'HITLER (P.152 à 250). J'écris (p.157)" 1'une des idées les plus monstrueuses des nazis fut d'en vider 1'Allemagne puis 1'Europe (Judenrein)". J'ajoute
même que loin de faire "une comptabilité macabre" du nombre
des victimes "n’y eût-il qu'un seul homme persécuté pour sa
foi ou son appartenance ethnique, il n’y aurait pas moins eu
un crime contre 1' humanité tout entière"(p.159 à 257).
En aucun moment je ne confonds le "judaïsme", qui est une
religion que je respecte, avec le sionisme, qui est une
politique que je combats. Ce que je condamne c'est 1'utilisation politique par les sionistes d'Israël de 1' incontestable massacre de juifs, non sionistes par HITLER pour justifier leur politique à 1'égard des Palestiniens.
La politique provocatrice d'Israël est aujourd'hui le meilleur
aliment de 1'antisémitisme. Ma lutte contre ce sionisme est
donc inséparable de ma lutte contre 1'antisémitisme, qui est
un crime justement condamné par la loi.
Je vous rappelle que la "LICRA" fut condamnée pour m'avoir
accusé de «discrimination raciale» et d'antisémitisme. La Cour de Cassation du 4 novembre 1987, considérant qu'il s'agit de
"la critique licite de la politique de 1'Etat d'Israël et de 1'idéologie qui 1'inspire et non d'une provocation raciale".
Veuillez croire, Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.


R.GARAUDY

25 mars 2019

Garaudy, ou l'impossible synthèse, par Maurice Caveing (1973)

Garaudy ou l'impossible synthèse
par Maurice CAVEING
On aura lu sans doute la page entière d'interview qu'un quotidien vespéral de Paris qui ne dissimule guère ses attaches religieuses a consacrée à l'auteur de L'alternative. La date n'est pas si ancienne (1) qu'on ne puisse revenir sur ce raccourci assez saisissant des thèses qu'y soutient R. Garaudy. Du titre déjà, nous apprenons que «la dimension prophétique est fondamentale pour l'art, la foi, la politique », des sous-titres, que Dieu est «principe de liberté », que «le positivisme mutile l'homme », que Zorba le Grec est «un saint de notre temps, car il exprime l'essentiel par la danse ». Le journaliste qui assure l'interview — le même qui pendant les longs mois du Concile mit son zèle à persuader le lecteur que l'Eglise romaine avait été enfin touchée par la grâce — nous avertit que désormais Garaudy «s'aven ture sur le terrain de la Résurrection » et que sa proposition fondamentale est la suivante : «L'éclatement du christianisme traditionnel et du marxisme traditionnel rend possible une nouvelle rencontre de la révolution et de la foi. » Il s'agit de rien de moins, nous dit-on, que «d'articuler ce qui est censé être incompatible ». Naturellement, cette «articulation » ne peut se faire que sous l'égide de l'un des deux termes incompatibles : ingénument, H. Fesquet indique qu'il désirait obtenir du «philosophe marxiste » qu'il «aille au-delà de ce qu'il dit ou suggère dans son ouvrage ». Jusqu'où ? Usque ad aras, sans doute (2) ? On voulait
(1) Le Monde, 8 novembre 1972, p. 13.
(2) «Jusqu'aux autels. »
«parvenir à lui faire lever certaines ambiguïtés ». Lesquelles ? La référence à K. Marx ou la référence à K. Barth ? ou aux autres théologiens réformés que Garaudy cite en abondance pêle-mêle, œcuménisme oblige, avec des catholiques ?

23 mars 2019

"L'insurrection chrétienne" (Jean Cardonnel, 1975)

Au cours d’un débat sur son livre, quelqu’un – une femme, je crois bien – demanda abruptement à l’auteur (dont il faut rappeler qu’il est religieux) : « Oui ou non, croyez-vous en Dieu ? » La réponse jaillit : « Non. » A la fois spontanée, profonde et provocante. Après quoi il expliqua que c’était l’expression « croire en Dieu » et ce qu’on met dessous qu’il rejetait. On peut néanmoins douter qu’il « croie » à « Dieu ». C’est au Christ qu’il croit, par un don total, avec une violence passionnée. Au Christ, c’est-à-dire, à l’homme. Ecoutons-le : « L’idée de Dieu est profondément réactionnaire et régressive. (...) Dieu qui reste Dieu ne peut rien devenir. (...) Dieu est bien mort en Jésus-Christ. »
Donc : en l’homme, divin et tout un. Il n’y a pas la foi d’un côté, l’analyse politique de l’autre. « Dépolitiser l’incarnation, c’est désincarner. » Or tout s’incarne à tout moment. Il n’y a pas non plus un Créateur qui « fabrique des créatures » : il « suscite des créateurs ». La Création n’a pas été faite : elle se fait continûment, indéfiniment, et par l’homme. On retrouve ici les idées centrales de Roger Garaudy, intérieures à cette ré-union vécue. Ce qui conduit infailliblement, d’ailleurs, à rejeter le dogmatisme d’Eglise ou à être rejeté par le dogmatisme de parti.
LIRE LA SUITE SUR LE SITE DU MONDE DIPLOMATIQUE  https://www.monde-diplomatique.fr/1975/06/FLORENNE/33217 

16 mars 2019

Marx et l'écologie

En cette journée de marche sur le climat, rappelons la la position de Marx:
(extrait)

Loin d’être aveugle à l’écologie, Marx devait, sous l’influence des travaux de Liebig de la fin des années 1850 et du début des années 1860, développer à propos de la terre une critique systématique de l’« exploitation » capitaliste, au sens du vol de ses nutriments ou de l’incapacité à assurer sa régénération. Marx concluait ses deux principales analyses de l’agriculture capitaliste par une explication de la façon dont l’industrie et l’agriculture à grande échelle se combinaient pour appauvrir les sols et les travailleurs. L’essentiel de la critique qui en découle est résumé dans un passage situé à la fin du traitement de « La genèse de la rente foncière capitaliste », dans le troisième livre du Capital : « La grande propriété foncière réduit la population agricole à un minimum, à un chiffre qui baisse constamment en face d’une population industrielle concentrée dans les grandes villes et qui s’accroît sans cesse ; elle crée ainsi des conditions qui provoquent un hiatus irrémédiable dans l’équilibre complexe du métabolisme social composé par les lois naturelles de la vie ; il s’ensuit un gaspillage des forces du sol, gaspillage que le commerce transfère bien au-delà des frontières du pays considéré. (…) La grande industrie et la grande agriculture exploitée industriellement agissent dans le même sens. Si, à l’origine, elles se distinguent parce que la première ravage et ruine davantage la force de travail, donc la force naturelle de l’homme, l’autre plus directement la force naturelle de la terre, elles finissent, en se développant, par se donner la main : le système industriel à la campagne finissant aussi par débiliter les ouvriers, et l’industrie et le commerce, de leur côté, fournissant à l’agriculture les moyens d’exploiter la terre. »

11 décembre 2018

Roger Garaudy:L'important n'est pas le sujet mais le langage


Marc Chagall, Esquisse pour "La Guerre", Gouache et encre de Chine, 1964

Une oeuvre d'art n'est pas politique par son sujet. Pas plus, d'ailleurs, qu'elle n'est religieuse par son sujet.
Un portrait de Louis XIV par Rigaud est service de courtisan.
Une peinture de bataille d'Horace Vernet est affaire de journaliste.
Une sculpture d'Arno Brecker ou un tableau du «réalisme socialiste» relèvent, avec   plus ou moins de bonheur, de  la propagande.
Ce qui n'exclut nullement que, de l'icône de l a Trinité de Roublev à l'oeuvre de Daumier, des «Odes mystiques» de Roumi aux romans de Dostoïevski, du «Cuirassé Potemkine» d'Eisenstein au «Guernica» de Picasso, des poèmes de Claudel à ceux d'Aragon ou de Neruda, la foi ou la politique n'aient inspire des chefs-d'oeuvre. Ni le génie du Greco ni celui de Goya n'ont été ternis par la ferveur mystique ou la résistance nationale et politique.
Le problème des rapports de l'art et de la politique, comme de l'art et de la foi, se situent sur un autre plan que celui de sujet. Je ne connais pas de grand art qui ne soit, à la fois, politique et religieux. Politique parce qu'il interpelle une communauté, religieux parce qu'il ouvre, dans la vie, une brèche de transcendance.
L’Iliade est une épopée politique parce qu'elle appelle le  peuple grec à la conscience de son  unité et de ses valeurs, tout comme  Shakespeare réalise un théâtre politique en donnant à une nation le sens de la continuité de son message  historique, et, dans Hamlet, le pressentiment de ses contradictions et de ses ruptures.
Les «sujets» n'y sont pour rien. Bruegel peut  peindre la «Montée au Calvaire» ou Grunewald le Retable d'Isenheim, nul ne peut  s'y tromper: il s'agit de la «levée des gueux», de la résistance des Flandres, ou de la «Théologie de la révolution» de Thomas Munzer, et de la «Guerre des paysans».
Une création n'est ni politique ou religieuse ni comme «reflet», plus ou moins «embelli», d’un ordre existant, ni comme «projet» qui ne serait que le prolongement ou l'idéalisation de cet ordre, ou le cri de guerre d'un tract d'opposition. Ni sucrerie de Saint-Sulpice, ni  gesticulation «contestataire».
"Esperenza", sculpture sur bois de Segundo Guttierez
Une oeuvre est indivisiblement politique et création de la foi par son pouvoir d 'interpellation.
Interpellation d'une communauté et pas d'un cénacle (j'appelle «cénacle» un groupe
élitiste qui situe une oeuvre par rapport à une école ou un «style», et non par rapport à un mouvement historique global). Giotto ou Duccio, Balzac ou Hugo interpellent une communauté. Ingres ou Dali sont au service de la suffisance et de l'autosatisfaction d'un cénacle. Un masque africain est, à mon sens, l'exemple typique d'un art politique et religieux: condensation des énergies de la nature, des ancêtres, des dieux, il irradie, par la danse, effectuée sous le masque, cette énergie dans toute la communauté.
Interpellation et appel à la rupture, à la transcendance. Par la prise de conscience des mouvements profonds d'une époque, de ses angoisses et de ses espoirs, de ce qui meurt en elle, par la satire, comme Cervantes, ou le symbole, comme Kafka, ou de ce qui naît en elle et préfigure l'avenir, comme l'amour des poètes d'Occitanie, la foi visionnaire de Rembrandt , ou la réalité devenant tourbillon de lumière avec Delaunay.
Il n'y a d'art politique (ou religieux) que l'art prophétique, celui qui nous aide à inventer l'avenir en nous désignant une réalité plus réelle que le réel: celle du possible.
Cette politique et cette foi ne s'expriment, à chaque époque, en oeuvre d'art, qu'en inventant le langage nouveau donnant à cette «interpellation» sa plus grande puissance d'étonnement et de percussion. Dire un avenir neuf exige une nouvelle manière de le dire à un peuple neuf. Le génie consiste à inventer à la fois le message et le langage.
C'est pourquoi la pratique des arts et l'esthétique (comme réflexion sur l 'acte créateur) doivent, à mon sens, constituer la base de toute éducation  il n'y a pas d'enseignement plus révolutionnaire que d'apprendre à un enfant à aborder le monde on pas comme une réalité donnée, toute faite, mais comme une oeuvre à créer.


Article de Roger Garaudy dans la Revue hebdomadaire « Arts », 3 juillet 1981, p.7
[Les tableaux illustrent l'article du blog, non l'article de Garaudy dans la revue]

Picasso, "Les femmes d'Alger", 1955