9 septembre 2019

"Un refus marxiste de l’homme non transcendantal"

                Né le 17 juillet 1913 à Marseille, décédé en 2012, résistant, communiste, enseignant, député, sénateur, écrivain et philosophe, humanisme et marxisme, membre du parti communiste dès 1933... après la Libération, Roger Garaudy entre au comité central du PCF :
             « Chacun porte en lui une part de son ennemi, et il est impossible  de mener jusqu’au bout et victorieusement la lutte de libération sans se libérer d’une partie de soi-même »
ACHETER
En 1970 il est exclu du PCF. Il se tourne alors vers la religion : le Christianisme avant de se convertir à l'Islam en 1982. Il viendra à l’Islam « l’Evangile d’une main et le Capital de l’autre » précisera-t-il :      
             « J’ai connu l’apparente plénitude du dogmatisme, le doute, puis la traversée du désert. Je ne serais pas ce que je suis si je n’avais pas été ce que je fus ; je n’aurais jamais su ce qu’est la foi qui n’est pas le contraire de la raison ; la foi c’est le moment  critique de la raison. »
Un de nos plus brillants intellectuels,  bannis dès les années 90 de tous les cercles qu’ils soient universitaires ou médiatiques, une des premières victimes d’un nouveau maccarthysme - celui qui touche à la question israélienne, la création de cet état, sa politique raciste et colonialiste, ses relais et ses officines ici en France -, son ouvrage publié en 1995 qui a pour titre "Les mythes fondateurs de la politique israélienne" : (vidéo-conférence ICI) - à ce jour sans doute l'étude la plus poussée sur les tenants et aboutissants de la création de l'Etat d'Israël, et le dessous des cartes de la politique de cet Etat -  fera de Roger Garaudy la victime d’un long acharnement jusqu’à sa « chute » et son bannissement professionnel, universitaire et médiatique. 
Il décédera dans l'indifférence quasi générale. 
*** 
Marxisme et foi chrétienne - « les temps sont venus où  catholiquen’est pas synonyme de romain, et oùle socialisme ne se réduit pas au marxisme-léninisme -, dialogue des civilisations, avec l’ouvrage « Appel aux vivants » écrit en 1979, Roger Garaudy nous invite à renouer avec des cultures non-occidentales pour la création d’un avenir à visage humain car à ses yeux «l’autre homme c’est ce qui me manque pour être pleinement humain ».

5 septembre 2019

Où allons-nous ?

Recension du livre de Roger Garaudy 
Acheter le livre (rare)

Après avoir écrit ses mémoires sous la forme d'un Tour du monde en solitaire (éditions Robert Laffont), Roger Garaudy continue à prêcher l'avènement d'une renaissance, à l'échelle planétaire, des idéaux de justice, de beauté et d'égalité, appelant au dialogue des cultures, thème qui lui est cher, et à une, « nouvelle relation » avec Dieu. Sur tous les sujets évoqués dans cet article, le philosophe français socialiste, chrétien et musulman, apporte son éclairage et donne un jugement toujours inspiré. Il aborde des bouleversements en Europe et se demande si c'est le socialisme qui s'écroule en Russie ou seulement sa perversion. Il se
penche sur le « monde malade », décrit son écologie dévastée, son Sud
« marginalisé », où se déroule le drame d'un « génocide par la faim ».
Il rappelle enfin certains épisodes de l'histoire contemporaine dominés par l'économisme et le nationalisme pour montrer leurs ravages. Où allons-nous ? est un livre qui nous interroge et nous pousse à nous interroger.


2 septembre 2019

Aragon et Garaudy: croisements...

Le sens du jeu
Aragon entre littérature et politique (1958-1968) EXTRAITS
Par Philippe Olivera
 In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 111-112, mars 1996. Littérature et
politique. pp. 76-84
Article source, à lire en entier ici:
https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1996_num_111_1_3169




29 août 2019

La transcendance, une dimension de l'homme

Revue théologique de Louvain
Les avatars contemporains du sacré, Mons (17-18 mai 1974)- Extrait
Par Julien Ries
In: Revue théologique de Louvain, 5e année, fasc. 4, 1974. pp. 515-516;
Article entier à lire ici:
https://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_1974_num_5_4_1362

[…]
L'humaniste marxiste français, Roger Garaudy, bien connu par la publication
d'une trentaine de livres, parla de Transcendance et révolution.

Pour Garaudy, la transcendance est une dimension de l'homme, de son
histoire, de son avenir. Dans l'expérience vécue qui montre à l'homme qu'il
est plus que le résultat des conditionnements, se trouve un dépassement.
Les nouveaux modèles de culture permettent de saisir, à travers les possibilités
permanentes de rupture avec les modèles antérieurs, l'émergence cachée
de l'homme. Enfin, la conscience de l'inachèvement nous montre que l'histoire
est née d'une multiplicité de possibles parmi lesquels un seul a triomphé.
Cette conscience de l'inachèvement défatalise le futur.

Le marxisme a conçu la révolution dans l'optique d'une loi de
correspondance. En effet, la révolution essaie de faire correspondre les rapports
politiques avec des systèmes économiques fondés sur le fait que les sciences sont
les forces de l'avenir. C'est au nom d'une loi de correspondance que les
révolutions de Marx et de Lénine ont renversé des structures sociales et politiques.
Si Marx est parti des forces productives, Lénine a retourné le schéma en
prenant d'abord le pouvoir afin d'établir la correspondance. Cette doctrine de la
révolution considère la croissance économique comme prioritaire et cela à
l'exclusion de toute transcendance.

Depuis 1968, les révolutions ne se font plus en vertu d'une loi de
correspondance. Une véritable conscience révolutionnaire s'est installée. Appuyée
sur un postulat de transcendance — la rupture avec le passé — elle fait le projet
d'un ordre social non encore existant. Dans cette conscience révolutionnaire
afflue, en surplus, une tradition prophétique qui insiste sur la relativité de
l'ordre établi et qui rappelle à l'autorité qu'elle n'est pas l'absolu. On assiste
à la mise en cause des lois et des valeurs d'une époque. Maintes fois, cette
mise en cause s'appuie sur des modèles religieux. Ainsi, la « Jésus révolution »
proclame l'amour actif du prochain en vue de réaliser, dans l'histoire humaine,
le royaume de Dieu. Pour certains courants théologiques, la paix est le
développement de la justice sociale. Le salut n'est rien d'autre que la libération de
l'homme : l'inégalité entre les hommes conduit nécessairement à une exigence
militante de la libération. Aussi, la théologie du développement est déjà
dépassée par la théologie de la libération. Cette dernière cherche son fondement
dans la vie d'un peuple.

Garaudy analyse rapidement les diverses influences qui ont amené la
naissance de la théologie de la libération. Il cite Blondel, Teilhard de Chardin,
Chenu, Jùrgen Moltmann et le dialogue chrétiens-marxistes. Dans l'action,
Blondel a vu une transcendance qui émerge de l'immanence. Par l'exaltation
de la participation de l'effort humain, Teilhard de Chardin a incorporé le
progrès du monde au développement du royaume de Dieu. Chenu a insisté
sur l'incarnation libératrice dans la construction du monde. La théologie
de l'espérance de Moltmann montre l'histoire humaine comme une
ouverture sur l'avenir. À côté de cette empreinte théologique, la théologie de la
libération porte la marque du dialogue avec la pensée marxiste qui proclame
la libération de toute aliénation et de toute oppression.

La théologie de la libération transforme la promesse eschatologique en lutte
pour la libération. L'union de la foi et de l'action politique doit amener la
création d'une société nouvelle. Transcendance et révolution se tiennent.
La foi apporte au socialisme sa dimension prophétique, le socialisme empêche
la foi de s'échapper du monde. Dans tout ceci, le sacré constitue le point
d'émergence. En effet la théologie de la libération part du postulat biblique
que la résurrection est l'affirmation du « tout est possible ». Elle y intègre
le postulat prophétique en vertu duquel une oeuvre humaine n'est jamais
fin dernière. Dès lors, il faut changer le monde puis changer le monde changé.
Pour cette théologie, la transcendance est une dimension de l'homme et le
sacré est immanent à l'oeuvre humaine.
[…]

Sur ce blog, tous les articles traitant du sujet ici évoqué Transcendance et Révolution:
https://rogergaraudy.blogspot.com/search?q=Transcendance+et+révolution


L'intervention intégrale de Roger Garaudy à Mons:
https://rogergaraudy.blogspot.com/2014/12/transcendance-et-revolution-par-roger.html

27 août 2019

20e anniversaire de la mort d'Helder Camara

« Dom Helder a été de la famille des prophètes, des sages et des saints »

"À l’occasion du 20e anniversaire de la mort, le 27 août 1999 à Recife au Brésil, de Dom Helder Camara, dont la cause de béatification est en cours à Rome, José de Broucker  évoque sa mémoire et témoigne de son actualité."



Roger Garaudy fut un ami de Don Helder. Sur le blog, tous les articles avec le libellé "Helder Camara":

http://rogergaraudy.blogspot.com/search/label/Helder%20Camara

26 août 2019

Garaudy aux débats du CCIF

Actes de la recherche en sciences sociales
Le Centre catholique des intellectuels français
Le dialogue comme négociation symbolique (EXTRAITS)
Par Jean Tavares


Le Centre catholique des intellectuels français
(CCIF) était une institution médiatrice de
l'intervention de l'Eglise dans le champ intellectuel à
travers une démarche de dialogue (négociation
symbolique) dont la manifestation apparente était la
production publique de discours, oral ou écrit. Vouloir
saisir les stratégies objectives à l'oeuvre dans ce
dialogue seulement par le décryptage de ce discours
public, qui est un discours censuré, serait prendre
comme point de départ ce qui est l'aboutissement
des stratégies de contrôle-censure qui ont mené à
sa production et qui ne peuvent être appréhendées
que par l'analyse des conditions sociales de
production des promoteurs du dialogue et du
fonctionnement et des moyens de contrôle de l'institution
comme lieu de négociation intellectuelle.

23 août 2019

Djelfa, archives et témoignages

Contribution à l’histoire du camp de Djelfa, archives et
témoignages (de Roger Garaudy à Max Aub)
par Bernard Sicot - EXTRAITS
In:
Exils et migrations ibériques au XXe siècle, n°3, 2009. Sables d’exil. Les républicains espagnols dans les camps d’internement au Maghreb (1939-1945) pp. 146-216

L’article source est à lire ici EN ENTIER :
https://www.persee.fr/doc/emixx_1245-2300_2009_num_3_3_862

19 août 2019

Parler des juifs...

Parler des Juifs ou ne pas en parler ?
par Séverine Boudier


• Peut-on aujourd'hui parler des juifs et d'Israël quand on n'est pas
juif?
• Quand on prétend parler des juifs, qu'essaie-t-on de dire ?
• Quand on parle des juifs, qui nous récupère ?
• Faut-il ne plus en parler ?
Ce sont les quatre questions que m'inspirent la polémique et
l'émotion soulevées par le soutien de l'abbé Pierre au livre de Roger Garaudy,
Les mythes fondateurs de la politique israélienne.

10 août 2019

L'islam et le socialisme, par Roger Garaudy

Document de travail (début des années 1980). Tenir compte de la date, la vision que l'on a aujourd'hui de l'islam (religion) et de la civilisation islamique ayant subi des changements importants du fait de l'évolution de la géopolitique internationale au cours des 40 dernières années.

Comme d'habitude, pour lire cliquez deux fois sur chaque image






Disponible sur demande au format PDF (formulaire de contact colonne de gauche du blog)

3 août 2019

Penser l'Afrique noire

Dans « Penser l’Afrique noire », l’ouvrage posthume d’Alassane Ndaw qui vient de paraître chez L’Harmattan Sénégal, l’auteur développe l’idée que la philosophie africaine se décline moins comme un fait attesté que comme un programme à réaliser...S’appuyant sur Roger Garaudy, le poète sénégalais défend la thèse selon laquelle la philosophie se fait « à la fois regard jeté sur les devanciers et vue sur les valeurs spirituelles du présent et sur la vie qui se poursuit... 

LIRE L'ARTICLE ICI

30 juillet 2019

"Faire un avec le tout" (Roger Garaudy)

"Vous devez être conscients que la paix n'est pas seulement l'absence de guerre mais un effort constant pour maintenir l'harmonie entre les peuples, entre chaque individu et entre les hommes et les autres êtres de cette planète". (Déclaration d'Haudenosaunée, 1979).

"Rompre avec le concept étroit de la libération de l'homme et commencer à voir la libération comme quelque chose qui doit s'étendre à l'ensemble du monde naturel". ( Discours d'Haudenosaunée au Monde Occidental, 1977).

(Extraits du livre de Helen Exley "Dans la beauté je marcherai. Paroles de Sagesse des Amérindiens", 1997)

23 juillet 2019

Picasso et l'art nègre

«Pablo PICASSO (1881-1973) et l’art nègre»,
par Amadou Bal BA

Picasso, génie du XXème siècle, est resté dans l'ombre pendant longtemps, jusqu'à ce qu'il découvre l'art nègre, à travers le cubisme et les masques africains. Cette influence durable l'accompagnée toute sa vie, à travers ses collections d'objets d'art africains, mais aussi sa solidarité constante avec les Noirs (Affiches Congrès de 1956 et festival mondial de 1966 et exposition à Dakar, en 1972).
LIRE L'ARTICLE ICI

15 juillet 2019

Le ''peuple élu'', une mystification ?

© Droits réservés. 
par Marc


L'idée d'un '' peuple élu'', choisi par Dieu, trouve son origine dans un texte de la Bible hébraïque(1) :

Car tu es un peuple saint, pour Yahweh, ton Elohim(2) ; Yahweh, ton Elohim, t'a choisi, pour que tu fusses son peuple qui lui appartînt entre tous les peuples qui sont sur la terre.
Deutéronome 7:6



Nous n'allons pas engager une discussion théologique ou philosophique sur ce sujet. Le débat serait stérile et resterait cantonné à des généralités.Les théologiens nous expliqueront que la divinité, être transcendant et tout puissant, est libre de faire ce qu'elle veut, sans  rendre compte à quiconque de ses actes et décisions. Yahweh ne déclare-t-il pas, par la bouche du prophète Malachie :

 Je vous ai aimés, dit Yahweh. Et vous dites : En quoi nous a-tu aimés ? Esaü n'est-il pas frère de Jacob ? dit Yahweh. Cependant j'ai aimé Jacob, et j'ai eu de la haine pour Esaü.
Malachie 1:1-3

Et pourtant, nous connaissons la fourberie de Jacob, qui n'a pas hésité, sur les conseils de sa mère, à user d'une  tromperie infâme envers son père malvoyant. Mais, encore une fois, selon les  théologiens, le dieu Yahweh  n'a pas à justifier de ses choix, même s'ils nous apparaissent choquants.

Ce qu'il nous faut analyser en premier lieu, ce sont les conséquences de cette ''élection'' des descendants d'Abraham. Ensuite, nous apporterons la démonstration que cette notion de '' peuple élu'' est une mystification.

11 juillet 2019

Et toujours...la confusion entre anti-sémitisme et anti-sionisme.

COURRIER DES LECTEURS adressé aux "Dernière Nouvelles d'Alsace" par un ami du blog

J’ ai lu avec intérêt l’article publié dans les DNA du dimanche 26 mai relatif à la manifestation de la ‘’Marche pour Jésus’’ organisée à Strasbourg la veille. J’ai cependant noté avec étonnement  les observations  relevées par votre journaliste. Voici ce qu’il écrit: «  Les manifestants se sont arrêtés en chemin devant la stèle Place des Halles( ancienne synagogue) pour manifester ‘’ leur soutien à la communauté juive et à Israël, en lien avec la recrudescence des actes antisémites et antisionistes’’ »
Si  manifester son soutien à la communauté juive est parfaitement respectable, par contre il est pour le moins étrange que des ‘’ marcheurs pour Jésus’’ manifestent leur soutien à Israël. Tout un chacun connaît le peu de cas qu’Israël fait du droit international en général et des droits de l’homme en particulier. Et je n’ai pas souvenir que dans les Évangiles, Jésus ait manifesté son soutien à un État quel qu'il soit. Mais plus grave à mes yeux, c’est lorsque les marcheurs pour Jésus mettent sur un même plan antisémitisme et antisionisme.  Sera-il bientôt interdit de critiquer les agissements répréhensibles de l'État d’Israël, sous peine d’être accusé d’antisémitisme?
Je ne doute pas de la sincérité de la majorité des marcheurs pour Jésus, mais je déplore que la  ‘’marche pour Jésus’’ , qui aurait dû rester apolitique, se soit ainsi engagée sur un terrain politique particulièrement conflictuel. C’est regrettable et certainement pas dans l’esprit du Christ.

Jean Marc PETITHORY



29 juin 2019

Georges Cottier: dialogue avec Roger Garaudy

COTTIER (Georges) ,Chrétiens et Marxistes. Dialogue avec Roger Garaudy , Paris, Mame, 1967 
par Henri Desroche .
Archives de sociologie des religions, n°25, 1968. pp. 182-183;

L’auteur s’était déjà signalé entre autres par son ouvrage sur L’athéisme du jeune Marx et ses racines hégéliennes (1959). La partie la plus intéressante de la présente étude serait peut-être la première partie sur la genèse et le contenu des thèmes du dialogue dans la théologie catholique. La suite bien que plus directement branchée sur ouvrage précité constituerait moins le dialogue annoncé par le sous-titre qu’un certain monologue théologique assorti d’interpellations à la cantonade adressées à Roger Garaudy et quelques autres. Monologue certes averti, érudit, attentif, mais aussi pointilleux et peut-être avec une teinte d’auto-suffisance. Le message demeure dans le genre littéraire que serait la réponse du représentant du Grand Roi à l’émissaire du Grand Turc, y compris pour le premier, le projet - sinon la prétention - de mieux connaître que le second le dossier pourtant plaidé par celui-ci.
Quelques points sont désagréables. L’escamotage par exemple du dossier parallèle ou contradictoire , de L. Althusser moyennant l’allégation : « Est-ce un hasard si plusieurs de ses disciples ont fini dans le camp des pro-chinois ?» (p 21). Ailleurs c’est en dire trop ou trop peu sur E.Bloch que de régler son compte en mentionnant ses «réflexions» sur le principe espérance comme ayant une «originalité marquée» (cf étude de P. Furter in Arch. 21 8-22). Décréter comme caduque la soi-disant «erreur des progressistes» (p 87) dans un verdict de cinq lignes n’est-ce-pas ignorer l’énorme phénomène qui se passe aujourd’hui en Amérique Latine ? Ailleurs encore quid de ce «fait certain» selon lequel l’idéologie marxiste est sur «la pente de l’usure» (p 68) et si ce fait est certain n’y a-t-il pas en sens contraire d’autres faits et non moins certains ? On pourrait aussi épiloguer sur la déclaration selon laquelle la propagande marxiste courante «nie l’existence du Christ» (p 181). Pauvre A. Robertson avec ses Origins of Christianity et sa controverse avec Khazdan. Et pauvre Engels suspect avoir légué à G. Mury la thèse «insoutenable» sur les deux christianismes apocalyptique et institutionnel ! (p 169). «C’est dans les sectes au cours de histoire se manifeste le courant apocalyptique constamment contrecarré par institution ecclesiale Cette thèse de Mury est pas soutenable historiquement .Elle du reste ses racines chez Engels qui comme l’on sait avait passé par une période de ferveur piétiste» (p 169). Des trois affirmations de cette seule phrase il n’en est aucune qui ne puisse être controversée : ni la thèse sur les deux courants qui, si elle se trouve très peu chez Engels, se trouve par contre largement et abondamment étagée dans opus de Troeltsch ; ni le fait «du reste» qu’elle a ses racines chez Engels ; ni le fait «comme on le sait» que celui-ci eut une adolescence piétiste; il n’y a rien de disqualificatoire dans aucune de ces trois qualifications et rien surtout qui puisse permettre de juger la sauvette un dossier aussi fondamental. Même pas si on ajoute un «Or le mouvement piétiste est anti-ecclésiastique». Bien fragile ce «or» pour le «donc» qu’on prétend en tirer. A moins qu’il ne agisse d’un «donc» à l’usage une théologie normative réfractaire à toute sociologie du Dissent ou du Sektentypus.
 Ce dernier point de vue est pas celui de l’auteur certes. Mais puisqu’il dialogue avec le marxisme n’est-il pas possible de suggérer que l’essentiel du marxisme et de sa critique religieuse se trouvent déjà dans Saint-Simon. Celui-ci, comme Engels et occasionnellement Marx, privilégie historiquement le catholicisme comme facteur de l’édification européenne. Dès lors leur critique est essentiellement que cet «européisme religieux» que fut le catholicisme est la fois dépassé dans le temps et débordé dans l’espace, nourrissant ainsi un appel à sa propre relève par le système d’une nouvelle conviction globale. Mais dans l’appréhension de ce système se trouve emmêlée la double filière que Cottier récuse : la filière attestante, institutionnelle, constantinienne d’une part et autre part la filière contestataire, dissidente, apocalyptique. L’ironie est que le dialogue entrepris par Cottier risque de se trouver canalisé et enclos au sein de la première filière entre ce on pourrait nommer une Chrétienté «avec» christianisme et une chrétienté «sans» christianisme (déjà H. Gouhier avait avancé ce second label pour cerner le saint-simonisme). Et, chose curieuse, plutôt que dans les contre- positions de Cottier ce serait dans certains textes de Garaudy cités ici (sa prospective esthétique 95 et ss) qu’on pourrait apercevoir ce qu’on pourrait intituler: un christianisme sans chrétienté, ce troisième homme ou ce troisième partenaire que la vague diplomatique des dialogues semble tenir pour nul et non avenu.
 Tout se passe en effet comme si l’axe horizontal du dialogue entre un christianisme et un marxisme également établis se trouvait de plus en plus traversé par l’axe vertical d’un christianisme et d’un marxisme également contestés, et contestés non par l’un ni par l’autre, mais chacun par ses propres «protests within» ou «without» pour reprendre les catégories de Wach La limite de ouvrage de Cottier est, semble-t-il, de se cramponner au dialogue entre deux establishments, on serait tenté de dire entre deux magistères. Du coup son genre littéraire demeure étranger à trois dossiers : le dossier des sciences des religions qui ne sont pas plus marxistes que chrétiennes ; le dossier de l’esthéticien Garaudy et de ses dimensions d’auto-contestation ; le dossier enfin de l’axe vertical, celui, par exemple, de cet autre dialogue entre le marxiste contestataire Fidel Castro et le groupe contestataire catholique au congrès culturel de la Havane en janvier 1968. Dossier de paradoxes; Fidel Castro souligne ce qui serait le paradoxe du marxisme : « Ce sont les paradoxes de histoire Comment quand nous voyons des secteurs du clergé devenir des forces révolutionnaires, allons-nous nous résigner voir des secteurs du marxisme devenir des forces ecclésiastiques ? ». N’y aurait-il pas un paradoxe parallèle et complémentaire qui serait celui du christianisme et le dialogue entre ces deux paradoxes ne serait-il pas une trame à croiser avec la chaîne des sentences que nous lisons ici ?

28 juin 2019

Humanisme marxiste

Jean Lhomme
 Revue économique, volume 10, n°5, 1959. pp. 803-804

Garaudy (Roger) – « Humanisme marxiste. Cinq essais polémiques ». Paris , Editions sociales, 1957

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« Pourquoi je suis marxiste » est la question laquelle répond une brève introduction de l’auteur. Itinéraire intellectuel qu’il est instructif de connaître plus un titre. «  Le chemin de la liberté passait par la dictature du prolétariat. Et mon adhésion au parti de la classe ouvrière était le commencement de ma liberté » (p 13). Ainsi s’explique que, délibérément, les cinq essais qui nous sont présentés soient qualifiés par leur auteur de « polémiques ». Polémique en effet contre le R.P Bigo dans le premier essai consacré aliénation ;  contre le R.P Calvez dans le deuxième consacré la dialectique de la nature et au matérialisme (R.G  est visiblement fort agacé - cf pp 106 et suiv- de voir tellement de religieux écrire et publier sur le marxisme et dans un sens qui bien entendu ne lui agrée pas toujours) ; contre J.-P Sartre dans le troisième essai sur la dialectique et la liberté. C’est dans ce dernier texte que nous semble apparaître, par delà des controverses souvent circonstancielles, l’effort constructif le plus original, celui qui est relatif la conception bourgeoise de la liberté : les pages 205 à 212 précisent très exactement les critiques que le marxisme oppose à une pareille conception. Les pages qui suivent (212 sqq.) retracent dans le même esprit évolution du libéralisme jusqu’à notre époque. Et sans adhérer le moins du monde au marxisme on peut bien reconnaître combien l’ambivalence des termes liberté, libéraux, libéralisme a servi des desseins fort peu désintéressés.
 L’essai intitulé « Des Intellectuels » étudie successivement la situation de ces derniers (classification en trois groupes pp 238-239), puis les problèmes qui se posent eux. On ne peut manquer d’évoquer ici les pages que Schumpeter consacrées à ces mêmes intellectuels : décidément que on soit marxiste ou schumpeterien les intellectuels ne sont pas faciles interpréter !
R.G résume ainsi p 282 leur attitude : «  La position de parti n’est qu’un autre nom de leur volonté d’enraciner leurs créations dans les deux grandes forces avenir de notre époque : la classe ouvrière en lutte pour le socialisme et la méthode scientifique du matérialisme historique toute- puissante parce elle est vraie ».
Quant au dernier essai efforce définir un «  parti ouvrier révolutionnaire ». De tous c’est le plus politique, celui qui souligne le mieux la relation entre classe (sociale) et parti (politique).
 Ouvrage au total instructif une évidente sincérité et que on rangera parmi ceux qui précisent avec le plus de netteté les attitudes actuelles du marxisme sur plusieurs problèmes Importants.


Jean LHOMME

27 juin 2019

A propos de "L'alternative" de R. Garaudy (1973)

Autogestion et rationalité 

Raison présente  Année 1973  26  pp. 69-74
Fait partie d'un numéro thématique : Marxisme et monde musulman
Lire ici des extraits du livre de Garaudy
Notre temps souffre du politique ; il a mal au politique. Le malaise de notre civilisation se traduit par un refus qu'on voudrait croire sporadique, mais qui se révèle fréquent, de participer à la gestion des affaires publiques : l'abstention massive et récente des jeunes électeurs américains à qui l'on vient d'accorder le droit de vote est révélateur de cette tendance.
Tout se passe comme si la démocratie manquait de démocrates ; comme si nous étions désormais incapables de fonder une espérance politique sans recourir à la promesse messianique de temps meilleurs. Le militantisme déchristianisant du début de ce siècle s'est embrigadé derrière un seul modèle et parfois derrière un seul chef, réinstaurant par là-même, avec le sectarisme et le culte, la religiosité. Il n'est donc pas surprenant que des voix s'élèvent pour prêcher la nouvelle vérité. L'échec du projet politique ne tient pas à sa reconfessionnalisation subreptice, mais bien au contraire à son trop peu de religiosité : «Le marxisme ne peut être l'authentique briseur de chaînes que s'il est capable d'intégrer ce moment chrétien, ce moment divin de l'homme » (1). La vérité du marxisme est dans le christianisme ; autant dire que l'efficacité du rationalisme politique est dans la foi. Roger Garaudy d'ailleurs n'hésite pas à le dire : ceux qui vont répétant que ce sont les circonstances qui forment les hommes sont des athées vulgairement positivistes ou des positivistes vulgairement athées, incapables qu'ils se révèlent d'expliquer comment de circonstances conservatrices peut naître la conscience révolutionnaire. Or la seule explication, pour l'auteur, réside dans le recours à la transcendance :
«Cette subjectivité active, qui est jaillissement sans fin de la transcendance, l'image du Christ en a donné l'exemple : lorsque avec lui le Dieu des transcendances lointaines est entré dans l'histoire quotidienne des hommes, il l'a fait en briseur d'idoles et de chaînes, en passeur de frontières, détruisant les tabous et se situant par-delà la justice, le bien et le mal, au nom d'un amour transcendant précisément toutes ces limites historiques, et faisant de lui, selon l'expression du théologien protestant Roland de Pury, le vrai homme, l'homme que Dieu lui-même, Dieu seul a pu être, toute autre humanité que la sienne ne pouvant être qu'inhumaine » .
Ce qui a contribué à rendre jusqu'ici la réflexion tâtonnante, c'est la perversion cléricale de l'Eglise et du Mouvement Socialiste. Le sursaut d'authenticité qui, sur l'un et l'autre des deux plans requiert «le moment de la subjectivité » assure la coïncidence de la foi et de la conscience révolutionnaire ; la «preuve » c'est qu'il est historiquement faux de lier d'une part le matérialisme philosophique et l'athéisme à l'action révolutionnaire, et d'autre part la religion au conservatisme. D'ailleurs l'athéisme de Marx n'est pas «métaphysique » mais «méthodologique ». S'autorisant alors d'Ernst Bloch, redécouvrant le fondement nécessaire de tout marxisme vivant dans «le principe de l'espoir », Garaudy avance deux thèses complémentaires : 1° La vraie foi est révolutionnaire. 2° Le vrai révolutionnaire a la foi. La double conversion qui se trouve ici prônée n'est en somme qu'un retour aux sources du christianisme d'une part, du marxisme de l'autre, et, comme elle doit devenir un phénomène de masse, elle implique une révolution culturelle. C'est à Lénine, cette fois que Garaudy demande l'inspiration, et le texte qu'il évoque reste incontestablement d'une brûlante actualité. Dénonçant dans un article Sur la coopération, un socialisme pratiqué pour le peuple et non par le peuple, Lénine ne voyait de remède à une telle bureaucratisation que dans le contrôle ouvrier et paysan sur la gestion des affaires dans leur entreprise. Mais cette solution implique un tel degré de culture, qu'une véritable révolution culturelle est la condition sine qua non du socialisme. De sorte que l'alternative chrétienne offerte au militant révolutionnaire s'inscrit dans l'alternative globale de l'autogestion qui seule peut éviter au socialisme de dégénérer en stalinisme. La thèse donc à laquelle se trouve ici confronté le rationalisme politique peut se résumer comme suit :
1° Le socialisme sera d'autogestion ou il ne sera pas.
2° La révolution culturelle est la condition de l'autogestion.
3° La révolution culturelle implique la réunification de la subjectivité chrétienne et de la subjectivité révolutionnaire.
4° Tout chrétien authentique est révolutionnaire et tout révolutionnaire authentique est chrétien.

25 juin 2019

Serge Perottino, "Garaudy et le marxisme du XXe siècle"

par Jacques Baufay
Revue Philosophique de Louvain. Quatrième série, tome 75, n°28, 1977. pp. 714-715;

Serge Perottino, « Garaudy et le marxisme du XXe siècle » (Seghers-
Philosophie). Paris, Seghers, 1974.

En moins de cent pages, — le reste de l'ouvrage est fait de textes
choisis par Garaudy lui-même — , l'auteur a pu esquisser une
remarquable évocation du célèbre philosophe français. Après avoir indiqué
les diverses influences qui pesèrent sur l'élaboration de la pensée de
Garaudy, — en même temps que l'originalité de celui-ci vis-à-vis de
chacune — , il développe sa présentation en trois chapitres (I.
Subjectivité et création artistique; II. Transcendance et révolution;
III. Dialectique de l'histoire et modèles du socialisme), montrant à
merveille comment le philosophe s'efforce d'articuler subjectivité et
transcendance, sans verser dans l'irrationalisme (existentialiste ou
chrétien), mais en construisant «une théorie de la subjectivité qui ne
soit pas subjectiviste et... une théorie de la transcendance qui ne soit
pas aliénée » (pp. 27 et 52). La transcendance, pour Garaudy, devient
dimension de l'homme : dimension particulièrement évidente dans
l'art, qui explore et construit les possibles nouveaux de l'homme et
rend visible l'univers invisible du possible (p. 40) — et quand il s'agit
de l'homme, répète Garaudy, le possible fait partie du réel (p. 63) — .
Philosophie contemporaine 715
D'où la grande importance de l'esthétique pour un philosophe
marxiste, s'il est vrai que le point de départ du marxisme, comme
son point d'arrivée, c'est l'acte créateur de l'homme (p. 37). Ceci
explique pourquoi Garaudy (qui fut l'élève de Jean Nabert) évoque
volontiers l'influence, trop négligée à ses yeux, de la philosophie
fichtéenne de l'acte sur la formation du marxisme.
On sait l'admirable volonté qui anime Roger Garaudy. Cela le
conduit peut-être à tendre au-delà du supportable (pour l'orthodoxie,
tout au moins) certains thèmes marxistes. Voir, par exemple, les pages
sur la «conscience-reflet», où le penseur communiste estime que le
travail est acte de transformation de la nature et de soi-même, mais
précédé de la conscience de ses fins (p. 152); et que la conscience du
but précède le travail accompli (p. 94). Voir encore les réflexions
émouvantes qu'il consacre à l'amour, la mort, la religion, en tâchant
de respecter l'esprit et la lettre de Marx.
L'ouvrage se termine par une précieuse biographie, qui met en
lumière le lien unissant vie et pensée chez le philosophe, et une
bibliographie reprenant les écrits de Garaudy et les études
consacrées à son oeuvre, y compris les travaux en cours.

Jacques Baufay



24 juin 2019

"Lénine", par Roger Garaudy

Revue Philosophique de Louvain
Roger Garaudy, Lénine
Joëlle van Drooghenbroeck
 In: Revue Philosophique de Louvain. Quatrième série, tome 71, n°11, 1973. pp. 608-609;

Roger Garaudy, « Lénine » (Coll. S.U.P. « Philosophes»).  Paris, Presses univ. de France, 1968.

Ce petit ouvrage, qui comporte à la fois une présentation de la biographie, un exposé de la philosophie et un choix de textes de Lénine, développe la thèse suivant laquelle Lénine allie les qualités de militant politique et celles de philosophe, convaincu qu'il était de ce qu'une sous-estimation du théorique ou du pratique produirait soit le règne absurde d'une spontanéité aveugle, soit la contemplation stérile d'une histoire écrite. Cette thèse est condensée dans cette phrase : « ce qui caractérise fondamentalement l'oeuvre de Lénine, qui est indivisiblement politique et philosophique (et l'auteur indique clairement les étapes de ce propos), c'est d'avoir débloqué la dialectique vivante de l'histoire proprement humaine, enrayée par les régimes d'oppression qui font de milliers de travailleurs non les sujets actifs mais les objets passifs de l'histoire » (p. 65).
D'un accès aisé, cette étude n'en a pas moins des mérites techniques
incontestables. Elle joint heureusement la synthèse à l'analyse soigneuse
des articulations de la démarche de Lénine.

Joëlle van Drooghenbroeck

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Lire ici de larges extraits du "Lénine" de Roger Garaudy:
https://rogergaraudy.blogspot.com/search?q=Lénine