18 juillet 2018

Pour une politique transcendante

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Il faut dire clairement ce que nous entendons par «politique» : pas décrire un théâtre d’ombres, ou dresser un état de lieux dont chacun voit bien qu’ils sont dévastés, pas non plus s’inscrire dans une prospective mécaniste où ce qui est continue indéfiniment à être, mais détecter ou introduire de la transcendance dans la vie de la société, éclairer par là-même les fractures d’un Etant et esquisser un Devenir différent. Pas question donc de description, mais de révolution. De la révolution telle que définie par Garaudy : «Une révolution, ce n’est ni une bourrasque de violence ni un simple changement des équipes au pouvoir; une révolution, c’est, dans la vie d’un peuple, ce qu’est une conversion dans la vie d’un homme, c’est-à-dire un changement radical des fins, des valeurs et du sens de la vie et de l’histoire». 
Cette définition nous permet d’explorer ce que peut être une politique transcendante.

Une révolution c’est pour un peuple comme une conversion pour un homme, «un changement radical des fins, des valeurs et du sens de la vie et de l’histoire». Ce qu’Alain Badiou nomme «processus de vérité».
Qu’est-ce qu’une conversion ? Au sens premier, dit le Larousse, c’est passer de l’incroyance à une croyance, ou changer de croyance, spécialement en matière religieuse. La sécheresse de ces définitions ne rend pas compte du séisme qu’est pour un être humain une authentique conversion, non imposée administrativement, socialement ou psychologiquement, mais au contraire volontaire et vécue en vérité, c’est-à-dire en totale sincérité.
La psychologie n’explique rien de la conversion d’une femme ou d’un homme. Dans une conférence prononcée à Alger en 1986 , Roger Garaudy dit l’impossibilité à expliquer ou simplement décrire le processus de conversion de l’extérieur: «La psychologie peut […] étudier […] toutes les formes de l’aliénation humaine, mais pas les conversions ni les créations, tout ce qui est le propre de l’homme. J’apprends plus sur l’homme dans un roman de Dostoïevski, dans les Upanishads de l’Inde, chez Tchouang Tsen en Chine, ou dans un poème de Roumi ou d’Attar, que dans les traités de psychanalyse ou de psychologie». Et, dénonçant l’influence négative de la psychanalyse, il poursuit: «Cette mécanique des instincts et des pulsions tend à adapter l’homme au désordre social établi, et non pas à lui enseigner comment changer un monde aliénant pour en faire un monde donnant à l’homme la possibilité de s’épanouir humainement […] En réduisant, en confondant une prétendue libération sexuelle avec la libération humaine, elle détourne en défoulement individuel  les forces qui pourraient subvertir un ordre social et politique aliénant».
Pour rompre avec l’aliénation, je dois me convertir, me transcender, créer en moi directement ou indirectement un évènement qui ne s’inscrit pas dans l’ordre «normal» du monde de l’aliénation. Les conditions matérielles et morales aliénantes existantes ne peuvent me conduire à cette rupture. A la naissance du révolutionnaire il y a, comme dans la conversion, ce que Garaudy nomme «un acte de foi». On ne nait pas révolutionnaire, on le devient. Aragon présente ainsi les choses :
«Il me faut bien à la fin des fins atteindre une mesure à ma démesure
  Pour à la taille de la réalité faire un manteau de mes fictions» . 

L’acte de foi c’est ce moment où l’homme aliéné brise ses chaînes et devient un révolutionnaire. A partir de ce moment, il utilise les sciences et les techniques non pour en faire les fins de la révolution, qui sont bien plus grandes, mais pour les mettre à son service.

Alain Raynaud

(Pour celles et ceux qui sont intéressé.e.s par ce texte, je peux fournir sur leur demande les références des citations, que je n'indique pas d'emblée pour ne pas surcharger la lecture)

15 juillet 2018

Sur le populisme culturel

« Populiser » la culture sous prétexte de la populariser, c’est refuser de la Démocratiser, c’est la « démographiser » c’est-à-dire massifier la platitude pour mieux traiter le peuple en moins que rien, en le réduisant en cohue compulsive de consommation. C’est réduire la création à un amas d’ « œuvres » sans souci de leur véritable valeur esthétique, immédiatement absorbables par le déferlement des pulsions, le défoulement populacier qu’elles provoquent chez la foule rendue et maintenue foule c’est-à-dire vulgaire et inculte selon le cynisme mesquin des maîtres de l’institution sociale.

Camille Loty Malebranche    Lire ICI en entier

12 juillet 2018

Critique d'un livre de Garaudy par un anticommuniste professionnel (juillet 1968)

Jean-François Revel, « l’Express », 1er juillet 1968

Le P.C. de Garaudy et d'Aragon (extrait)
[...]
Pour toutes ces raisons, je conseille vivement à tous ceux qui voudraient rester communistes ou le devenir d'éviter soigneusement de lire l'ouvrage de M. Garaudy : Peut-on être communiste aujourd'hui?* 
Ce livre offre l'exemple parfait d'une pensée à la fois éclectique et sectaire, dogmatique et opportuniste. L'auteur joue le rôle, on le sait, de grand conciliateur, d'ambassadeur philosophique du P.C. auprès de diverses familles spirituelles de tous horizons. C'est M. Bons Offices. Mais il a une conception de la conciliation assez curieuse, qui rappelle celle de Maître Jacques dans L'Avare
Dans le même chapitre, la même page, le même paragraphe, M. Garaudy condamne et justifie Staline, la Chine, le structuralisme, non pas sous des angles différents, mais en juxtaposant des raisons qui s'excluent. Le matérialisme athée le conduit à étreindre les chrétiens. Il annonce que le Parti a renoncé à la révolution violente, puis fait immédiatement l'éloge du coup de Prague. Il juge sévèrement l'absence (passée) de démocratie à l'intérieur du Parti, mais il termine son livre sur cette citation d'un poème mystique d'Aragon, auquel il souscrit sans réserve:  
Acheter le livre
"L'essentiel n'est pas ce que traînent de brume  Et de confusion les hommes après eux  Car le soleil pour nous et devant nous s'allume Il est mon Parti lumineux."  
Ce n'est pas "faire de l'anticommunisme", mais tout le contraire, que de signaler que la mise en circulation d'un tel livre, écrit par le philosophe officiel du Comité central, risque de convaincre définitivement la jeunesse de l'impuissance intellectuelle du P.C. Si les communistes ne veulent pas voir se multiplier sur leur gauche les "groupuscules" dans les années qui viennent, ils devraient autoriser M. Garaudy à prendre un peu de repos. 




*Peut-on être communiste aujourd'hui ? par Roger Garaudy. Grasset, 400 pages, 19 Francs. 

9 juillet 2018

"J'ai changé parfois de communauté, jamais de but" (Roger Garaudy)

ACHETER LE LIVRE
[Ebauche de présentation du livre publié chez Laffont en 1989.NDLR]
Disant de quoi je meurs et pour quoi j'ai vécu, ce livre n'est pas une confession, ni un testament, ni une biographie.
Les explorateurs qui tentaient d'atteindre le Pôle, avant que la mâchoire des glaces, se refermant sur leur navire, arrêtât leur aventure, faisaient dépôt de leurs expériences dans un "cairn" dressé sur la banquise : au delà de leur échec final, et grâce à ces repères, d'autres au moins pouvaient poursuivre 1'épopée, utilisant le savoir des morts.
Je voudrais que ce livre jouât un rôle analogue pour d'autres chercheurs de pistes n'ayant plus à creuser ce qui fut mon chenal: j' en ai éprouvé les passes et les impasses.
J'ai fait ce tour du siècle en solitaire.
A 1'écoute de toutes les conjugaisons du Verbe Dieu : de 1' Inde au Yucatan, de la Chine à 1’Islam. De ces moissons multiples il est temps de nouer la gerbe.
Mon itinéraire fut parfois orienté, parfois perverti par la rencontre personnelle et passionnelle de quelques uns de ceux qui ont fait ou défait ce siècle: de Staline à Fidel Castro et Che Guevara, de Sartre à Picasso, Saint John Perse ou Dom Helder Camara.
Je voudrais que rien de ce qu'ils m'ont apporté, recherche fraternelle ou affrontement, ne fût enseveli avec moi.
Je puis aujourd'hui saisir en plénitude le projet fondamental de ma vie, autour duquel s'ordonnent toutes mes aventures d' âme, de la politique à 1'amour, de la poésie à la foi: une philosophie de 1'acte rompant avec la philosophie de 1'être qui règne, en Occident, depuis Aristote.
La conclusion majeure de mon expérience militante est celle-ci: la transcendance-et non le déterminisme-est le postulat nécessaire de toute pensée et de toute action révolutionnaire.
Ce fut 1'idée directrice de 1'action pour le dialogue chrétien -marxiste dont je fus pendant vingt ans 1'organisateur en Europe et en Amérique.
Ma reconnaissance du message coranique exprime la même visée: il unit au delà de ses perversions historiques les dimensions de transcendance et d'intériorité du christianisme, et le principe de leur incarnation dans les structures sociales.
Cet "Appel aux vivants" interpelle certains et dérange le plus grand nombre : mes livres furent traduits en 27 langues, et 17 thèses de doctorat, dans le monde , ont été consacrées â mon oeuvre ; en France "L'Appel aux vivants", après "Parole d' homme" a touché un million de gens, mais mon arrêt de mort littéraire fut prononcé en 1982 quand j'ai voulu appliquer ce critère politique en ne respectant aucun tabou.
Et c’est de quoi je meurs.
Il ne s'agit pas de ma personne, mais du boycott de toute tentative de ma part, depuis six ans, d'exprimer cette question centrale qui pose aux vivants un problème de survie, car les dérives du siècle, avec ses conservatismes aveugles et ses révolutions mutilées, nous conduisent à la mort.
Mon espérance demeure intacte.
Il est possible d'étouffer un temps ma parole, non de contourner la question qu'elle pose: elle est enracinée dans tous les drames du siècle.
Pour faire prendre conscience de cette synthèse nécessaire: transcendance et révolution, je n'ai cessé de chercher la force sociale qui pût en être porteuse et donner un visage à 1’espérance.
J'ai changé parfois de communauté, jamais de but.
Ma joie la plus grande est d’être resté fidèle, à 75 ans, aux rêves de mes vingt ans.

Roger Garaudy

        -------------------------------------------
 [Ebauche du plan du livre. Au final le plan changera peu, sauf certains titres de chapitres. NDLR]
1 - NE DU FEU.
J'ai eu vingt ans en 1933. Livres brûlés à Nuremberg ; blé brûlé de la "crise". Né du feu. Kierkegaard et Marx. Dieu m'est une question, le marxisme une espérance. Le premier jour de ma vie.
2 - L'ANNONCIATRICE.
L'amour d'une femme donne à Dieu un visage.
3 - LA GUERRE ET LES DEMONS DE L'ESPRIT.
4 - L' EXPERIENCE D' ANTEE: la déportation de 1'âme. Au Sahara.
5- LE HUITIEME JOUR DE LA CREATION: libération d'un peuple et de Prométhée(1945).
6 - LE TOURNANT DES REVES, 1956 : quand le soleil se couche à 1'Est.
7 - PRINTEMPS DES HOMMES (mai 1968), et 1' <>
{février 1970). Résurrection ?
8 - APPEL AUX VIVANTS pour la reconquête de 1'espoir.
9 - LE DERNIER MESSAGE: L'Islam n'est pas une religion nouvelle née avec Mohammed. Eternité de 1'esprit.
10 - UN ROMAN D'AMOUR; le dialogue des cultures et de la foi.

EPILOGUE : A contre - nuit

[Document Archives personnelles de RG]

6 juillet 2018

In defence of the sacred, by Yehudi Menuhin

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NUMERIQUE
Life was not created full-blown for once and forever. Only fundamentalists may
believe this; yet it is gospel. Therefore, a new religion is needed based on both
perennial religious values and virtues - on the concepts of total unity - encompassing the interdependence of ail parts - continuity - eternity - infinity - and the inevitability of constant change and adaptation to energy in motion, with its demand for ever new equilibriums between altering speeds, temperatures, directions, gravities, pressures, spaces - a religion tuned to contemporary knowledge and experience.
The extraordinary phenomenon of life occurs when the balance of forces,
temperatures, speeds, etc. achieve a high degree of permanence within a restricted range of extremes, compatible with the environmental requirements of living cells.
The human biped is by definition a religious animal. God has never rested (I
doubt he took Sunday off), and as life has evolved from rich and slimy matter to an ever-growing choice of alternatives, based on memory of cause and effect, consciousness and imagination eventually spawned in man the key philosophic and
religious questions of "how" and "why".
Now, the vanity of man is such that he must have, he must know the answers.
No self-respecting man can admit to any suspicion of ignorance, even if, from remote
sources of the memory of species, fanciful imagery, he constructs a tale which is totally
unprovable, even unlikely, even downright false.
These free interpretations of our inalienable philosophic and religious selves are
the religions of our day, as of every past day. They ail contain the same core of that
need to understand, of that faith that there is a higher order, which we can only revere,
respect, worship, fear, flatter, sacrifice to, pray to and beg of; a power, like fire, a
volcano, the sun; a mind, perhaps an old man, a king seated on his throne - someone
like us, who knows, who has a purpose, whose servants we are - an all-knowing Deity,
who surely knows "how" and "why". If we could only win or curry His favour, we
should be protected and spoilt forever, each in the paradise of our choice, as in those
"safe-havens" for the wealthy in Florida.
We, of course, already know how he created us, how we came to be - and
perforce, every interpretation, every religion, every fascinating myth, is different. But
none of us can explain who made God, because if he made us, surely we could not
have made or invented Him.
Yet that is what happened. Every myth has served to reinforce the cultural,
social and economic structure of its followers, of the believers. Every King had to be
divinely appointed - ordained, anointed by the High Priests, the vicars of God on earth.
Whether in the case as the sun-worshipping Aztecs, who believed that virgins' blood
was essential to placate the setting sun - equally red - to ensure the sunrise next
morning, or any other King who, once made and chosen by his people, following some
great conquest, invoked the Gods to lend him their own total authority. Yet, where the
institution exists, weathered and tamed, domesticated, as it were, and I am speaking of
Constitutional Monarchy, it must be guarded lovingly and fiercely by the twin steeds of
tradition and heredity.
But now, however beautiful, meaningful, truly symbolic are the religious myths
of creation, however glorious are religious works in music, architecture, sculpture,
painting, and literature, however true they appeared to their separate cultures in the
past, and however much progress they have made in formulating ever more abstract
models of worship, compatible with each other - as monotheism, for instance -, they
have not yet formulated a belief which can now be accepted by, reconciled with,
reconciled to, ail other religions.
In the evolving history of religion, it is perfectly clear that we are evolving from
the fixed and arbitrary to a more fluid truth, which recognizes the forever changing in
the forever being, i.e. the unity of the whole, of the total sum of energy, of will, of
purpose, remaining constant, whilst the myriad relationships of the parts are in
constant flux.
I believe that every cell, every atom of organic and inorganic matter, is
inhabited by, possessed of eternity and infinity (the binding substance), which in the
human being leads to infinite and eternal ambitions, visions, utopias and the powerful
drives which occur when the infinite and the eternal are translated into material size
and power, rather than into the creation in art, in craft, in thought, in social harmony,
in education, in science, in the understanding and pursuit of beauty, knowledge and
utility, in short, in creative living, which alone can justify life which men serve as an
ideal of those infinite and eternal values implicit in every part of ourselves and in our
environment.
It is really a matter of what we hold sacred. Do we wish to worship monsters?
Are we in danger of worshipping "success" or a temporal power above our own lives
and the life of others, who would lead us to war and butchery?
I am convinced that our new world demands newly spelt-out sacred values, a
new religious concept, perfectly compatible with the principles of worship and prayer,
but newly formulated to recognize our own being as sacred, and thus every other one
as well - our own responsibilities to each other and to our extended living
environment, always acknowledging our humility in ignorance, our pride in our
growing understanding and knowledge, our capacity to create a more just world, and
our capacity to reject out-dated reflexes, false ambitions, perverted ideas and motives,
from our civilization. We must cultivate both harmony and courage; we must retain
divine intolerance against the intolerable, against the destruction of species, the
degradation of air and water as of body and mind; we must preserve the intolerant holy
crusades against racism, against every kind of superiority, expressed in contempt and
exploitation, whether of children, natives, communists, capitalists, Jews, Protestants,
Catholics, the illiterate or any other groups. We must be tolérant to those who teach,
protect and help.
This creed must form an inalienable part of our new religion; namely, that the
protector has the responsibility, the protected the right; the powerful, the teacher, the
informed, the skilled, the surgeon, or, for that matter, the driver and the cook, have the
responsibility whilst the passenger, the guest, the patient, the sick, and the poor have
the right - but these should also be trusted with responsibility.
A person's worth is not dependent on whether he or she is formally employed
or unemployed. Every person is important and carries equal title to rights and
responsibilities.
The rights include the right to life-long education, shelter, food, dress, hobbies,
specialties, music, theatre, sport, holidays, locomotion, free time - as long as he or she
do no harm to themselves, family, neighbour or society. If they do, society must be
protected, and the perpetrator helped.
The responsibilities would include the obligation to help, to serve, to teach, to
learn, and to work in reciprocity with others.
The freedom beyond these rights and responsibilities, if the individual so
wishes, is to scale the ladder of achievement as high as possible, as freely, as
imaginatively and as resourcefully as the talent and ambition of each one can take
them.
This, then, is religion, economy, social order, creative living, the arts and the craft and
education, rolled into one - one platform for thought and action.

Yehudi Menuhin
(2000)

(Texte en anglais paru en français dans “Le 21e siècle, suicide planétaire ou résurrection”)

1 juillet 2018

Simone Veil au Panthéon

Simone Veil avait pris position en 1996 contre la Loi Fabius-Gayssot qui a notamment permis deux ans plus tard de condamner, à tord selon nous, Roger Garaudy. Cet épisode parmi d'autres permet de comprendre quelle femme courageuse et d'une totale indépendance d'esprit elle était. 
Extrait du Nouvel Economiste , n 1051, du 7 juin 1996, p. 6: "Simone Veil [déportée à Auschwitz, ancien ministre] souhaite l'abrogation de la loi Gayssot qui permet d'engager des poursuites contre les personnes niant l'existence du génocide juif par les nazis: "Cette loi a donné l'impression que l'on avait des choses à cacher. Or de nombreux travaux d'historiens ont été faits et sont tout à fait clairs. Au fond, cela me paraît presque monstrueux de pouvoir empêcher les gens de contester. Sans cette loi, jamais il n'y aurait eu une polémique avec l'abbé Pierre. Il ne faut jamais donner l'impression que l'on porte atteinte à la liberté d'expression, même sur un sujet de ce genre."

29 juin 2018

Un Sindbad nocturne, par Salah Stetié

Salah Stetié présente le poème de Roger Garaudy "A contre-nuit"

... Donc Protée est aussi Orphée. L'homme à la richesse
intérieure si profuse qu'elle a pu en sembler contradictoire à
ceux pour qui la contradiction est dommageable - alors que, tension et nostalgie, elle est l'un des moteurs de l'être -, cet homme à mesure qu'il avance dans la vie, et que la vie devient voie et destin, cet homme se veut simple et il  expérimente en lui-même, là où véritablement il est, une simplicité : à la façon sauvage et naïve dont l'herbe pousse. La poésie, je le dis, est l'acte du plus simple. Elle est soit le fait d'une éruption, d'une irruption brutale de l'enfoui dans notre plein jour de "civilisés", c'est-à-dire d'amputés définitifs d'une dimension en nous qui est la plus créatrice et que la "civilisation" a pour principale mission de tuer, soit elle est, la poésie, un retour à pas lents, par chemins et sentiers contemplatifs, vers le pays silencieux de l'origine : de toute façon il s'agit, pour qui s'accomplit lyriquement dans la violence élémentaire ou dans le recueillement propitiatoire, de se débarrasser de tout l'encombrant et de tout l'inutile pour satisfaire à l'essentiel. Orphée regroupe autour de lui les animaux et jusqu'aux plus fauves d'entre eux, c'est-à-dire autant de pouvoirs simples. Simple, donc, mais non primitive, la poésie avance le visage nu devant le point du jour : en ce sens, elle est première. Il me semble que la quête de Roger Garaudy depuis toujours s'identifie à cette recherche, chez quelques-uns urgente et impérative, de cela qui est le jour d'avant, jour premier qui fut, rêve-t-on, justice et justesse et paix entre les hommes, justice et justesse et paix entre le coeur de l'homme et sa conscience - au double sens intellectuel et moral du mot conscience -, harmonie et paix et justesse entre le coeur de l'homme et le cosmos. A l'inverse d'un Kafka prophétisant sombrement : "Le Messie ne viendra pas le dernier jour, mais le jour d'après", Garaudy restera, à travers les mille accidents d'une vie toute d'engagements passionnés et tendus, l'homme de l'espérance intacte.

23 juin 2018

Et puis encore...Par Roger Garaudy



Christophe prit conscience de sa destinée qui
Picasso. La Danse. 1925
était de charrier, entre les frères ennemis, comme
une artère, toutes les forces de vie de l'une à
l'autre rive.
Romain ROLLAND, Jean-Christophe

Je relis ces pages et je revis ma vie. Avec le
sentiment que tout est à refaire, et la certitude que
si c'était à refaire je referais le même chemin. Non
pas que j'aie atteint le but, mais parce que je crois
que c'est dans cette direction qu'il fallait marcher.
A dix-sept ans, au sortir du lycée, et quittant
pour toujours un ami, nous avons échangé nos
« portraits »; je terminais le mien par cette définition:
je suis une sphère qui court après son centre.
Je n'ai pas cessé de l'être. Mais j'ai pris conscience
que le centre c'est cette course même.
Je voudrais partir de là pour désigner l'essentiel.
Ce livre est fait de cris. Parce qu'il est fait de vie.
Tous ces cris partent de la même vision ou de la
même indéracinable foi à laquelle je suis parvenu à
travers un demi-siècle de tâtonnements.
Elle était là, toujours, sans doute depuis le
commencement, et je n'arrivais pas à la saisir. Je
retrouve dans les élucubrations de mes carnets du
temps où j'étais élève au lycée Henri IV (j'avais dix-
huit ans), l'esquisse de ce que j'appelais pompeusement
« philosophie de l'amamus » ! C'était une
sorte d'anti-Descartes : la première certitude n'est
pas cogito, je pense. Mais amamus, nous aimons!

19 juin 2018

"Une histoire de l'avenir..."


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Projet de présentation du livre "Mon tour du siècle en solitaire" [archives personnelles de RG]

16 juin 2018

Réflexions sur "l'affaire Garaudy"

Je vous envoie ce travail bien modeste inspiré par l’affaire Garaudy [La publication des Mythes fondateurs de la politique israélienne et le lynchage médiatique et judiciaire qui s’ensuivit, NDLR]


Commençons par ce qu’il est convenu d’appeler la pensée unique. Voici des extraits d’une superbe conférence qui traite sereinement de ce thème épineux et polémique :

« Ceux qui se sont donné pour but d’empêcher la libre confrontation des idées se font gloire de ne pas débattre (…), parce que le refus du débat épargne d’avoir à réfuter, c’est-à-dire permet de faire l’économie d’une discussion intellectuelle dont, il faut bien le dire, les tenants de la bien-pensance ont aujourd’hui rarement les moyens. (…) On ne réfute plus les idées qu’on dénonce, on se contente de les déclarer inconvenantes ou insupportables. La condamnation morale dispense d’un examen des hypothèses ou des principes sous l’horizon du vrai et du faux. Il n’y a plus d’idées justes ou fausses, mais des idées conformes, en résonance avec l’esprit du temps, et des idées non conformes, dénoncées comme intolérables. (…) Un livre peut ainsi être dénoncé, même si ce qu’il contient correspond à la réalité. » (Alain de Benoist, 2003 ; le texte intégral de la conférence est disponible gratuitement sur Internet)

14 juin 2018

Piqûre de rappel...

MISE AU POINT (déjà publiée sur Facebook, mais ce genre de rappel n'est jamais inutile pour que chacun comprenne bien le sens de mon "intervention" sur internet) : 
Mon  engagement  "garaudiste"   est "historique" puisqu'il date de la fin des années 60.  Sur la toile et les réseaux sociaux, il est clairement indiqué dans l'intro de mon profil Facebook où j'indique que je gère la page "Roger Garaudy A contre nuit" liée à un groupe public (« Roger Garaudy Dialogues ») et au présent blog « Roger Garaudy A contre nuit ». 
Sur ce blog , qui est critique et non pas d'un adepte vers son gourou, j'indique non moins clairement en plusieurs endroits (par ex ici  ou ici) que je ne partage pas le point de vue de Roger Garaudy sur tous les sujets. 
Que son oeuvre soit ignorée, déformée, caricaturée, boycottée, ne me semble cependant ni juste ni justifié - même si la "justice" s’est prononcée défavorablement sur un point, et un seul, de cette œuvre aux multiples facettes - car nous pouvons aussi y trouver des analyses et des propositions pour aider à comprendre le monde et y construire un avenir à visage humain. 

Je suis de ceux qui pensent qu'Internet peut servir (aussi) à instruire les gens: le seul sujet où j’ai, par mes connaissances et mes relations, quelque chose à apporter aux autres dans le cadre d’un dialogue véritable, fait d'enrichissements réciproques, est la vie et l'oeuvre de ce philosophe-militant. C'est donc autour de lui que j'ai construit la majeure partie de mon intervention sur la toile. Libre à chacun de s’y intéresser ou pas, les arguments étant par ailleurs acceptés quels qu'ils soient y compris vigoureusement critiques, les (rares) allusions perfides, sous-entendus diffamatoires et insultes au contraire rejetés systématiquement.

6 juin 2018

"Un morceau de vrai pain..."

Acheter le livre
Lettre de Roger Garaudy à Bernard Moitessier
Suite à la lecture du manuscrit de « Tamata et l’alliance » (paru en 1993 chez Arthaud)

Le 17 février 1988
Cher Bernard Moitessier,
Votre manuscrit, ce serait peu de dire que je l’ai lu : je l’ai lu, je le mache et le remache, comme lorsque m’arrivait, en prison, un morceau de vrai pain, celui qui fait chaud dans les veines et vous refait sentir vos racines avec la vie.
Cet univers d’enfant que vous portez en vous, où tout parle, se parle, et vous parle…Ce n’est pas seulement avec Xaï que vous parlez « de l’intérieur »…Cette connivence, cette fraternité avec la forêt et l’écureuil, avec la mer et ses dauphins, les yeux de la pirogue et les crabes transparents, le « bonheur de la terre » qui pousse en vous, par vos pieds, [illisible]pareils à des racines.
Dans vos pages, comme chez vous vendredi dernier, j’entends le chant d’univers, secret perdu pour qui n’a vécu que dans dans des maisons de pierre.
L’univers devenu notre corps indivisible, que vous rendez présent :  «nage seulement dans ce nuage, où ton corps se transforme en danse de l’eau», et l’on devient la fibre, et l’on entre dans la fente pour calfater.
Et ce sentiment que «nous participons ensemble à un acte créateur», que nous vivons la naissance ou la révélation d’un dieu chaque fois qu’un effort nous tire un peu plus haut que nous-même…comme le fruit devient «sacré» pour l’enfant qu’il appelle à dépasser sa force et sa mort, à la pointe du cocotier.
Ce monde où les dieux sont là, pas comme ceux d’Homère pour regarder du dehors nos combats, mais pour y participer…L’alliance avec eux pour «vivre autrement».
Je garde cette image de vous, simulant le macaque au doigt pointé vers là-haut, où passent les dieux, ce sautillement, ce cri, et vos pieds vous tirant sur leurs racines.
Votre vie et votre livre réveillent «le secret de ces choses qu’on fait naître de rien en regardant l’essentiel».
Comment le dire autrement qu’avec vos mots ? Votre écriture est autre chose qu’un style : une manière de vivre. La toucher ou la retoucher serait la faire mentir. Mr Bernard Moitessier est tout d’une pièce ; il ne se négocie pas, il ne se livre pas (sauf lorsqu’il le fait lui-même comme dans votre deuxième Version du Prologue). Il est là, en bloc, comme l’Himalaya, à prendre où à laisser.
Je prends, et surtout je suis pris, à pleins bras.

Fraternellement,
Roger Garaudy



[Archives personnelles de RG] 

3 juin 2018

1913-1995. Ebauche de biographie.

 Il n'est pas facile de définir un homme tel que Roger Garaudy tant le personnage
possède de facettes1. Il est vrai qu'il s'est produit en ce siècle plus de changement
qu'en cinq mille ans d'histoire écrite. Que peut-on donc dire d'un homme qui non
seulement a eu la chance d'assister à ces prodigieuses mutations, mais qui de surcroît
en a été pleinement acteur? De son propre aveu, la grande affaire de sa vie fut d'en
trouver le sens et celui de l'histoire...2
Roger Garaudy est né à l'aube de la première guerre mondiale (le 17 Juillet
1913) d'une mère ouvrière modiste et d'un père employé comptable. Son père étant
revenu mutilé de la guerre 14-18, il fut boursier, pupille de la nation pendant toute sa
scolarité. Il fait ses études au lycée de Marseille, au lycée Henry IV de Paris puis à la
faculté de lettres d'Aix et celle de Strasbourg.
Roger Garaudy a 20 ans lorsque Hitler devint chancelier. Ses années de
jeunesse furent marquées par les convulsions d'un monde au prise entre les
bouleversements économiques et les déchirements politiques. L'année 1933 est donc
pour lui l'année des grands engagements : c'est en tant que chrétien qu'il demande
son adhésion au parti communiste français.
En 1936, il obtient son agrégation de philosophie. De là, il part pour Albi où
l'attend un poste de professeur, l'année suivante il est élu membre du bureau fédéral
de la fédération communiste du Tarn. De ces années d'immédiat avant guerre deux
rencontres marquèrent sa vie:
- A Noailles, il est présenté à Maurice Thorez, alors secrétaire général du parti
communiste français. Cette rencontre jouera un rôle décisif dans l'engagement
politique de Roger Garaudy car ce dernier ne cessera d'être un ami et un conseiller
critique, lui permettant de déjouer le pièges des hautes responsabilités politiques.
- Au printemps 1939 il adresse à Romain Rolland son premier essai littéraire, Le
premier jour de ma vie (roman d'amour entre une mystique et un militant). Une
réponse de 8 pages3 l'exhortant à poursuivre l'oeuvre de Christophe en "reliant les
grandes forces de vie" préfaça à jamais la mission dont que s'attribua Roger Garaudy.
Lorsque la guerre éclate, Roger Garaudy est versé dans une division d'infanterie
nord-africaine en raison de son lourd dossier de R.P (Propagandiste révolutionnaire). Il
gagnera une croix de guerre et deux citations sur le front. Le 14 septembre 1940, il
est arrêté pour avoir tenté de reconstituer clandestinement le parti communiste. Sur le
procès verbal d'arrestation était inscrit :"individu dangereux pour la défense nationale
et la sécurité publique".
Roger Garaudy passera 33 mois en déportation. Cette expérience de la mort
restera fondamentale pour son existence car elle lui permettra de mettre sa vie en
perspective. La transcendance du vécu donnera désormais une profondeur toute autre
à l'oeuvre de ce philosophe. Durant ces mois de geôle, il donnera des cours sur les
prophètes à un auditoire hétéroclite, souvent ouvrier et généralement athée.
Libéré le 16 juin 1943, Roger Garaudy sera pour 2 mois rédacteur en chef du
journal parlé de Radio-France [A Alger, NDLR]. Il en sera renvoyé pour avoir dénoncé les lenteurs de l'ouverture d'un second front. Il prend alors un poste de professeur au lycée Delacroix qu'il quitte très vite à la demande d'André Marty (dirigeant de la délégation du PCF en Algérie) dont il devient le proche collaborateur. Il devient aussi pour une année,
directeur du plus grand hebdomadaire d'alors, Liberté. En octobre 1944 Roger
Garaudy rentre clandestinement en France.
Dès la libération il devient permanent du Parti Communiste. Responsable
communiste, il sera élu député du Tarn en 1945 et restera parlementaire jusqu'en
1962. Durant cette période il restera un communiste militant et s'illustrera dans des
actions telles que la résurrection de la verrerie ouvrière d'AIbi en 1946, ou la grève des
mineurs de Carnaux en 1948. La même année, après des recherches approfondies
dans les archives vaticanes, il publie un reportage critique sur la hiérarchie catholique.
En 1949 il parcourt 14 pays d'Amérique Latine. Parti en compagnie de Paul
Eluard4, il se fera dans ces pays des amitiés précieuses dont Pablo Neruda ou le
général Cardenas. A son retour Roger Garaudy publie un reportage réquisitoire contre
l'exploitation et l'oppression de l'Amérique Latine.
De 1951 à 1955, Roger Garaudy est en Vacance parlementaire en raison de la
nouvelle loi électorale. Ces années sont mises à profit pour soutenir le 25 juin 1953,
sous la présidence de Gaston Bachelard, une thèse ayant pour thème la théorie de la
connaissance chez Helvétius. La même année, il part pour l'U.R.S.S. en tant que
correspondant du journal l'Humanité. Il met à profit cette année non seulement pour
parcourir le pays, mais aussi pour préparer un nouveau doctorat ayant pour thème la
liberté. Cette thèse, soutenue le 5 juillet 1954 devant l'institut de philosophie de
l'académie des sciences de l'U.R.S.S., lui vaut d'être le premier Français reçu docteur
es sciences [en URSS, précision ajoutée par RG].
Dès 1955 Roger Garaudy reprend, jusqu'en 1962, sa place dans l'hémicycle de
l'assemblée nationale. Il sera d'ailleurs vice-président5 de cette assemblée de 1956 à
1958. C'est à cette même époque qu'il prend conscience de la possibilité d'un dialogue
entre les grands courants de la pensée contemporaine. Cette nouvelle espérance le
conduit à écrire Perspective de l'homme en 1959. Dès cet instant des dialogues
prennent place entre catholique, Marxistes et existentialistes. Pendant près de dix
années Roger Garaudy sera un des principaux acteurs des débats qui eurent lieu
entre théologiens chrétiens et philosophes Marxistes. Dans cet esprit il crée en 1960
le Centre d'Etude et de Recherche Marxiste (CERM); Centre qu'il présidera pendant
dix ans. Et il organise dans le même sens les semaines de la pensée Marxiste.
1962 marque la fin de la carrière parlementaire de Roger Garaudy. Elu sénateur
en 1960, il quittera ses fonctions dès 1962 parce qu'il s'ennuie. Il qualifiera d'ailleurs lui
même ces quatorze années "d'années perdues au parlement". Libéré de ses mandats
politiques Roger Garaudy poursuit sa carrière d'universitaire et d'intellectuel engagé.
En 1965 il publie De l'anathème au dialogue, petit livre qui sera pour tous le livre clé du
dialogue entre chrétiens et marxistes.
L'année 68 qui fut l'année des folles espérances pour des milliers de personnes,
fut l'année où les rêves communistes de Roger Garaudy se brisèrent. Lors du coup de
Prague l'année suivante, le divorce entre Roger Garaudy et les hautes sphères
dirigeantes du parti se consomme lorsqu'il condamne l'intervention des troupes
soviétiques en Tchécoslovaquie. Un blâme public est publié contre lui dans
l'Humanité.
Le 6 février 1970, lors du dix-neuvième congrès du PCF Roger Garaudy résume
ses thèses entérinant ainsi la rupture avec les instances dirigeantes de parti. Il est
aussitôt dessaisi de toutes ses responsabilités (Bureau politique dont il était membre
depuis 12 ans, comité central où il avait été élu dès 1945, ainsi que le CERM dont il
était le fondateur), après la publication d'un livre blanc {Toute la vérité) où il fait le bilan
de son rôle dans le parti depuis 1960, il est définitivement exclu du parti.
Roger Garaudy se consacre alors pleinement à l'enseignement. Il donne ainsi
jusqu'à sa retraite des cours d'histoire de la philosophie et de théologie à la faculté
Arago de Paris ainsi que des cours d'esthétique à Poitiers. Il s'intéresse de plus en
plus à l'art qu'il définit comme le "langage du sacré". Il publiera plusieurs études sur la
peinture, la sculpture, la poésie, l'architecture et la danse dont Danser sa vie en 1973.
Dans le même temps, il s'initie à la pensée africaine et conçoit, écrit et réalise un long
métrage {Dyonisos noir) où il dégage l'apport des cultures africaines à la civilisation
universelle. Les voyages continuent et il pénètre les mystères de l'Asie en passant par
la Chine et le Japon.
1979 marque un nouveau tournant dans l'existence de Roger Garaudy. C'est
l'année où il lance son Appel aux vivants. Plus qu'un best-seller (190 000 exemplaires
seront vendus) ce livre est un véritable projet politique pour offrir un avenir humain à
l'homme. Et, deux années avant l'échéance présidentielle, il annonce sa candidature à
cette élection.
Les années 80 marquent aussi la rupture avec la pensée purement occidentale.
Depuis plusieurs années déjà Roger Garaudy percevait dans le Coran la continuité
des messages de la Torah et des Evangiles. A ce sujet, il publiait en 1981 Promesse de
l'Islam où il expliquait ce qu'était pour lui le message du Prophète. Le 2 juillet 1982,
une nouvelle page se tourne : Roger Garaudy se convertit à la foi Musulmane. Depuis
ce jour il n'a de cesse que d'en dénoncer les interprétations erronées qui ont cours à
notre Époque. Les voyages prennent la direction des terres d'Islam : Jordanie, Liban,
Iran, Irak, Turquie, Malaisie etc ) * ..
En 1983 Roger Garaudy publie l'affaire Israël (suivie par Palestine terre des
messages divins) où, s'appuyant sur des documents incontestés, i! établit la non
légitimité historique des revendications israéliennes pour la possession de la terre de
Palestine. La publication de ces ouvrages signera son arrêt de mort médiatique en
France.
En 1984, la mairie de Cordoue offrira la Tour Calahorra à Roger Garaudy afin qu'il
y crée un musée consacré à l'apport de la culture musulmane en Espagne. Ce musée
dont il est encore à l'heure actuelle président d'honneur reçoit plus de cent mille
visiteurs par an.
En 1989 il publie ses mémoires sous le titre évocateur de "Mon tour du siècle en
solitaire". Trois années plus tard Roger Garaudy dresse un bilan de notre société
actuelle dans deux livres, les Fossoyeurs et Intégrismes, où il met en lumière les grands
dangers qui menacent l'avenir humain.
Son dernier livre, Avons nous besoin de Dieu? replace Roger Garaudy sur l'avant-scène
des intellectuels. Malgré les réticences de la hiérarchie catholique, sa
démonstration sur Saint-Paul est approuvée par les plus grands théologiens [« de grands théologiens », rectifie RG]. De même cette question fondamentale, "Avons nous besoin de Dieu?", relance le débat entre la politique et la théologie.
Actuellement deux livres sont en préparation. L'un {Souviens-toi) consacré à
l'URSS [du temps de sa splendeur va sortir ces jours-ci]; l'autre (Le débat du siècle)
poursuivra les pistes lancées par Avons nous besoin de Dieu?.


A. Z
Juin 1995
[Archives de RG]