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1 janvier 2020

Voeux 2020

A toutes et tous, voeux sororels, fraternels et militants d'émancipations personnelles et collectives ! Bonne année les vivant.e.s !
Jean Lurçat, dessin pour son recueil de poésies "Mes domaines", détail

24 décembre 2019

Projet de film sur Jésus, "Le sillon"

Maurice DENIS, "La Nativité", 1894
JOYEUX NOËL A TOUTES ET TOUS DANS LA FOI DE LA PAIX UNIVERSELLE


2 septembre 2019

Aragon et Garaudy: croisements...

Le sens du jeu
Aragon entre littérature et politique (1958-1968) EXTRAITS
Par Philippe Olivera
 In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 111-112, mars 1996. Littérature et
politique. pp. 76-84
Article source, à lire en entier ici:
https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1996_num_111_1_3169




9 avril 2019

La peinture abstraite et l'oeuvre de James Pichette, par Roger Garaudy

Il doit être possible de parler de la peinture abstraite en des termes qui ne soient ni ceux du réquisitoire, ni ceux de l'apologie.

On entend trop souvent parler de la peinture abstraite comme si elle était le dernier mot et l'aboutissement de toutes les formes d'art, et comme s'il ne devait désormais plus y avoir de peinture que celle-là. L'on entend trop souvent aussi parler de la même peinture abstraite comme si elle exprimait la
forme dernière et la plus monstrueuse de la décadence de la peinture, de la décadence tout court, et comme si elle devait être radicalement bannie.

Peut-être serait-il plus utile de chercher d'abord, tout simplement, à comprendre sa signification historique à travers l'histoire générale des arts, à comprendre aussi sa signification actuelle et ce qui en permet la lecture.
Peut-être alors verrions nous 
dans l'abstraction un moment
 nécessaire de toute peinture, 
même réaliste, et présent à toutes
les époques de l'histoire 
de l'art ; peut-être aussi verrions-nous
dans les formes de la 
peinture abstraite au début du XX* siècle
et à l'heure actuelle 
encore un moment du développement de la
 peinture moderne, 
un moment qui, comme tout moment de
 l'histoire des arts, 
n'est certainement pas dernier mais au contraire
 dépassable, 
mais par lequel il était légitime, et peut-être nécessaire, de
passer.

L'incandescence, 1956
C'est dans cet esprit et dans cette perspective que nous voudrions
présenter quelques réflexions sur la peinture abstraite en général, et sur l'oeuvre de James Pichette en particulier.
La tâche de l'art n'a jamais été une imitation ou une reproduction pure et simple de la nature. Même aux époques où
cette imitation et cette reproduction ont paru passer au premier plan des préoccupations de l'artiste et de la société dans laquelle il  vivait, pour laquelle il travaillait, il y a toujours eu, dans
l'art aussi bien du point de vue de l'artiste créateur que de celui qui en apprécie la beauté, un moment essentiel que nous
pourrions appeler le détour de l’humain.

25 décembre 2018

Roger Garaudy. Discours au Congrès international de la danse. Valladolid, 1992

TEXTE DU DISCOURS INAUGURAL CONGRES INTERNATIONAL DE LA DANSE
VALLADOLID LE 19 Octobre 1992
Roger GARAUDY

Martha Graham
Il n'y a d'art que sacré, car dans quelque religion que ce soit dire: DIEU c'est dire: la vie a un sens.
Non pas un sens déjà écrit avant nous et sans nous.
Mais l'exigence de rechercher à tous risques ce sens. Tout art véritable nous somme de poser la question du sens de notre vie, et projette devant nous de nouveaux possibles.
MARTHA GRAHAM disait que la danse doit pouvoir dire en son langage ce que MICHEL ANGE ou SHAKESPEARE ont dit dans le leur.
La danse est la synthèse de tous les arts, parce que tous les arts requièrent la participation de l'homme entier, et d'abord de son corps.

11 décembre 2018

Roger Garaudy:L'important n'est pas le sujet mais le langage


Marc Chagall, Esquisse pour "La Guerre", Gouache et encre de Chine, 1964

Une oeuvre d'art n'est pas politique par son sujet. Pas plus, d'ailleurs, qu'elle n'est religieuse par son sujet.
Un portrait de Louis XIV par Rigaud est service de courtisan.
Une peinture de bataille d'Horace Vernet est affaire de journaliste.
Une sculpture d'Arno Brecker ou un tableau du «réalisme socialiste» relèvent, avec   plus ou moins de bonheur, de  la propagande.
Ce qui n'exclut nullement que, de l'icône de l a Trinité de Roublev à l'oeuvre de Daumier, des «Odes mystiques» de Roumi aux romans de Dostoïevski, du «Cuirassé Potemkine» d'Eisenstein au «Guernica» de Picasso, des poèmes de Claudel à ceux d'Aragon ou de Neruda, la foi ou la politique n'aient inspire des chefs-d'oeuvre. Ni le génie du Greco ni celui de Goya n'ont été ternis par la ferveur mystique ou la résistance nationale et politique.
Le problème des rapports de l'art et de la politique, comme de l'art et de la foi, se situent sur un autre plan que celui de sujet. Je ne connais pas de grand art qui ne soit, à la fois, politique et religieux. Politique parce qu'il interpelle une communauté, religieux parce qu'il ouvre, dans la vie, une brèche de transcendance.
L’Iliade est une épopée politique parce qu'elle appelle le  peuple grec à la conscience de son  unité et de ses valeurs, tout comme  Shakespeare réalise un théâtre politique en donnant à une nation le sens de la continuité de son message  historique, et, dans Hamlet, le pressentiment de ses contradictions et de ses ruptures.
Les «sujets» n'y sont pour rien. Bruegel peut  peindre la «Montée au Calvaire» ou Grunewald le Retable d'Isenheim, nul ne peut  s'y tromper: il s'agit de la «levée des gueux», de la résistance des Flandres, ou de la «Théologie de la révolution» de Thomas Munzer, et de la «Guerre des paysans».
Une création n'est ni politique ou religieuse ni comme «reflet», plus ou moins «embelli», d’un ordre existant, ni comme «projet» qui ne serait que le prolongement ou l'idéalisation de cet ordre, ou le cri de guerre d'un tract d'opposition. Ni sucrerie de Saint-Sulpice, ni  gesticulation «contestataire».
"Esperenza", sculpture sur bois de Segundo Guttierez
Une oeuvre est indivisiblement politique et création de la foi par son pouvoir d 'interpellation.
Interpellation d'une communauté et pas d'un cénacle (j'appelle «cénacle» un groupe
élitiste qui situe une oeuvre par rapport à une école ou un «style», et non par rapport à un mouvement historique global). Giotto ou Duccio, Balzac ou Hugo interpellent une communauté. Ingres ou Dali sont au service de la suffisance et de l'autosatisfaction d'un cénacle. Un masque africain est, à mon sens, l'exemple typique d'un art politique et religieux: condensation des énergies de la nature, des ancêtres, des dieux, il irradie, par la danse, effectuée sous le masque, cette énergie dans toute la communauté.
Interpellation et appel à la rupture, à la transcendance. Par la prise de conscience des mouvements profonds d'une époque, de ses angoisses et de ses espoirs, de ce qui meurt en elle, par la satire, comme Cervantes, ou le symbole, comme Kafka, ou de ce qui naît en elle et préfigure l'avenir, comme l'amour des poètes d'Occitanie, la foi visionnaire de Rembrandt , ou la réalité devenant tourbillon de lumière avec Delaunay.
Il n'y a d'art politique (ou religieux) que l'art prophétique, celui qui nous aide à inventer l'avenir en nous désignant une réalité plus réelle que le réel: celle du possible.
Cette politique et cette foi ne s'expriment, à chaque époque, en oeuvre d'art, qu'en inventant le langage nouveau donnant à cette «interpellation» sa plus grande puissance d'étonnement et de percussion. Dire un avenir neuf exige une nouvelle manière de le dire à un peuple neuf. Le génie consiste à inventer à la fois le message et le langage.
C'est pourquoi la pratique des arts et l'esthétique (comme réflexion sur l 'acte créateur) doivent, à mon sens, constituer la base de toute éducation  il n'y a pas d'enseignement plus révolutionnaire que d'apprendre à un enfant à aborder le monde on pas comme une réalité donnée, toute faite, mais comme une oeuvre à créer.


Article de Roger Garaudy dans la Revue hebdomadaire « Arts », 3 juillet 1981, p.7
[Les tableaux illustrent l'article du blog, non l'article de Garaudy dans la revue]

Picasso, "Les femmes d'Alger", 1955

1 novembre 2018

Le 9 novembre sur France Culture

Pendant les Nuits de France Culture, plus précisément celle du vendredi 9 au samedi 10 novembre 2018  de 2h56 à 4h51.



Deux heures pour comprendre - La danse contemporaine (1ère diffusion : 19/02/1976)
Par Claude Hudelot - Avec Susan Buirge, Françoise Ferly, Anne-Marie Reynaud, Odile Azagury, Daniel Dobbels, Robert Wood, Georges Léon et Roger Garaudy 


                                          Avec les voix de John Cage, Merce Cunningham et                                                                                                         Martha Graham



4 septembre 2018

Le pop-art est-il de l'art ?

L'histoire du « pop art »... vaut d'être résumée : en 1917, le peintre français Marcel Duchamp envoie à New-York, à la Société des Artistes Indépendants, une « fontaine » (en réalité, un urinoir), en réaction contre l'absurdité du monde : tout est non-sens, l'art en premier lieu. Ce fut l'origine, en 1919, du mouvement « Dada », montrant le vide et l'inanité d'une société. Duchamp récidiva avec une roue de bicyclette posée sur un tabouret, avec un porte-vaisselle, avec un peigne rouillé, etc.
Cette réaction contre le non-sens de la guerre et du monde dont elle était l'aboutissement, allait donner avec Rauschenberg, son commis voyageur Léo Castelli, et la décomposition de la société américaine économiquement alors florissante, naissance au « ready made » et au « pop art », utilisant comme une « nouveauté », avec soixante-dix ans de retard, ce qui n'était qu'un « canular », pour dénoncer une époque, pour en faire une « école » et un « style ».
Rauschenberg collait sur une toile un oiseau empaillé ou même une chèvre sous prétexte de revenir à la réalité nue.
Cette importation, en Europe, de la désintégration de l'art comme de la société américaine, n'eut pas seulement pour effet majeur de transformer le cinéma, devenant, à quelques exceptions près, d'un art, une industrie. Il induisait tout un mode de vie, tel le racisme du « western » où le « bon lndien » est l'Indien mort ou le « collabo » de l'envahisseur, jusqu'au film d'épouvante fondé sur une technique sophistiquée des « effets spéciaux » devenus une spécialité d'Hollywood, ou plus encore un film de violence avec cent coups de feu par heure, traduisant la décomposition d'un peuple comme d'une civilisation ou d'un art. L'une des conséquences de cette pollution culturelle venue des États-Unis, avant-garde de la décadence, fut d'élever le vandalisme au niveau des Beaux-Arts, comme ce fut le cas pour les « colonnes » de Buren au Palais Royal et l'« empaquetage » du Pont-Neuf par Christo.
Il commence, le 13 septembre 1982, l'emballage du Pont-Neuf qui constitue évidemment, avec ses 43 000 mètres carrés de toile ignifugée et 11 000 mètres de corde, une affaire d'or. « C'est aussi intéressant, dit l'écrivain Vercors, que d'aller à Athènes admirer le Panthéon et de le trouver emballé. » Cette mascarade ne coûtera aux contribuables parisiens que 19 000 000 de francs.
Christo avait, sur ce point, perdu d'une courte tête sur Buren qui avait réussi à extorquer 22 000 000 de francs pour l'exhibition des furoncles de ses tronçons de colonnes zébré dans la Cour d'honneur du Palais-Royal.
De gauche ou de droite, la logique de l'anticulture se poursuit inflexiblement, fût-ce en défigurant Paris sous l'effet combiné de la contagion de la logique commerciale américaine et des intérêts spéculatifs des entreprises chargées des travaux.

Roger Garaudy, dans "Les Etats-Unis, avant-garde de la décadence", pages 68-69

5 août 2018

L'art est sacré...


L'art est sacré lorsqu'il ne me laisse pas intact, lorsqu'il me fait participer à une vie plus grande : l’église d'Auvers existe encore, et nous passons aujourd'hui devant elle comme devant n'importe quel édifice banal. Mais lorsque Van Gogh la transfigure, elle nous fait revivre une agonie, une résurrection. Les murs de pierre grise et les toits de brique sont devenus chair et sang, sous la poussée d'un ciel bleu torride et noirci de serpents de couleurs. Mes muscles se tendent pour résister à cet écrasement, ils sont parcourus par toutes les courbes de ces murs gémissants, de ces tuiles sanglantes, arc-bouté au sol pour résister à la tenaille des chemins reptiles qui l'enserrent déjà, et à la pesée du ciel. Je participe tout entier à cet effort vers une impossible victoire.


Roger Garaudy
«Le sacré dans l’art », article dans «Boréales » , n°58-61,  pages 1 à 5, extrait page 2  

19 septembre 2017

Le documentaire d'Abdennour Prado sur Roger Garaudy au Medimed 2017



Mi documental 'El legado vivo de Roger Garaudy' ha sido seleccionado para participar en el MEDIMED (Euro-Mediterranean Documentary Market & Pitching Fórum) que se celebrará en Sitges del 12 al 15 de octubre del 2017. Allí estaremos, insha Allah!


Mon documentaire "L' héritage vivant de Roger Garaudy" a été choisi pour participer au Medimed (euro-Mediterranean Documentaire Market & Pitching Forum) qui se tiendra à Sitges du 12 au 15 octobre 2017.
Nous y serons, inch Allah !

16 août 2017

L'art de la Renaissance et l'art du 20e siècle

L’homme occidental à travers son art (suite)


L'art de la Renaissance. L'économie marchande et la
concentration urbaine, le commerce à longue distance,
ont créé une forme nouvelle d'économie : le capitalisme.
La classe qui détient les formes nouvelles de la
richesse est en pleine ascension. Les découvertes
scientifiques et techniques, à la fois cause et conséquence
de cette métamorphose de l a société, l'exploration
des mondes nouveaux, tout relativise les valeurs
anciennes, fait passer l'esprit d'entreprise et d'aventure
avant les vertus anciennes de l'obéissance et de la  
                                                                                                  
 Dessin de Léonard de Vinci.
Les proportions du corps humain
d'après Vitruve. Vers 1492.
(Académie royale, Venise.)
résignation, les valeurs de la raison qui transforme le
monde avant celles de la contemplation et de la foi.
Le langage plastique est bouleversé par cette
nouvelle vision du monde et de l'homme. La perspective
n'est plus théocentrique comme dans l'art
byzantin ; l'espace n'est plus compartimenté, comme
dans la peinture gothique. La perspective est définie à
partir de l'homme, de l'homme individuel. Tout
s'ordonne à partir de son regard. Il est le centre et la
mesure de toutes choses. Il prend possession de
l'espace, qui devient le chantier de son activité. Tous
les compartimentages sont balayés et, jusqu'à l'horizon
d'un espace sans limite, règne un seul réseau géométrique
de rapports où tout est mesurable, transparent à la
raison, soumis à la maîtrise de l'homme q u i a pris la
relève de Dieu.
A l'humanisation du divin a succédé une divinisation
de l'homme.

L'art du XXe siècle.Cette esthétique de la
Renaissance, définissant la peinture comme reconstruction
du monde selon un plan humain, régnera
pendant trois siècles. Elle dégénérera en académisme
dès la fin du XVIIe siècle (c'est-à-dire qu'elle continuera
à mettre en oeuvre les mêmes formules mais sans être
vivifiée par l'expérience conquérante du monde qui en
était l'âme).
Elle ne commencera à être mise en question que
lorsque seront elles-mêmes mises en question les fins de
la vie et de l'histoire. Avec la Révolution française
germe l'idée que l'homme peut créer un autre ordre de
la société (au lieu de se limiter à reconstruire l'ordre
existant). La conception même de l'art s'en trouve
changée. Tout comme dans les sciences, la vérité
apparaîtra de moins en moins comme une concordance
de l'idée avec les choses, avec un monde tout fait ;
l'Allemagne de Goethe et de Fichte, comme l'écrira
Delacroix après Madame de Staël, « ne considérait
point l'imitation de la nature comme le principal objet
de l'art ».
Le rôle de l'art sera de plus en plus de créer un
univers autonome ayant ses lois propres. Il n'aura plus
pour tâche n i d'évoquer un ordre divin ni d'explorer
l'ordre naturel, mais de préfigurer un ordre futur, un
ordre possible.
Cette conception, née en Allemagne dès la fin du
XVIIIe siècle, se développa notamment avec Turner,
avec Delacroix, Baudelaire, puis Manet, Van Gogh et
Gauguin, Paul Klee, Matisse et Picasso, Delaunay et
Mondrian.
Dans cette nouvelle voie, les artistes cherchent des
confirmations de leurs recherches dans les arts non occidentaux:
Manet découvrira l'arabesque et l'aplat
de couleur chez les Japonais ; Van Gogh seul retrouvera,
Picasso,
« Femme à la Mandoline », 1909.
du dedans, l'âme de la peinture japonaise et pas seulement ses procédés; Matisse et Paul Klee découvriront les arts de l'islam ; les expressionnistes
allemands, les cubistes, les surréalistes, les arts de l'Afrique et de l'Océanie ; les peintres de l'« action painting » retrouveront la démarche de la peinture Zen et les abstraits, la calligraphie chinoise ou les grands mythes amérindiens.
En dehors de cet effort de renouvellement par une intégration des plus hautes découvertes de l'art de tous les peuples et de tous les temps, il n'y a que des aventuriers du « non-art », en quête d'aberrations inédites et capables seulement de refléter la désintégration d'un monde occidental de la croissance sans finalité humaine.
Un réseau commercial de galeries marchandes, relayé par la publicité, se charge de faire croire qu'il  s'agit là d'art et d'originalité subversive, et de donner à
ces déchets un prix.

En dehors des errants, les peintres occidentaux les
plus conscients cherchent à rejoindre, après vingt
siècles de sécession, la voie royale de l'art mondial :
« rendre visible l'invisible », comme l'écrit Paul Klee
et, selon un artiste Song du XIe  siècle : « Faire pousser
des branches nouvelles sur l'arbre de la réalité. »


Roger Garaudy
Comment l’homme devint humain
pages 306 à 313

14 août 2017

L'homme occidental et son art. Art byzantin et art gothique

L'art byzantin.
Nous choisirons, comme « origine
des temps » de l'art occidental, le moment où il se
détache de l'art byzantin, encore fortement influencé
par l'Orient.
L'art byzantin, qui a régné en gros du VIe au
XIIe siècle, de Byzance à Ravenne, est l'art de sociétés
fortement hiérarchisées et sacralisées. Mosaïques et
peintures d'églises présentent le Christ, la Vierge ou les
saints, sous la forme de « grands » de ce monde. Le
Christ n'est pas le Crucifié, mais le « Pantocrator » (le
souverain tout-puissant). L a Vierge n'est pas la mère
douloureuse mais la « Reine du monde », « en majesté» .
Le langage artistique propre à exprimer cette
« transcendance » (c'est-à-dire cette coupure avec le
monde quotidien des hommes, cette supériorité par
rapport à lui, sans commune mesure avec lui) est
nécessairement aux antipodes du réalisme : toute
particularité terrestre du geste ou de l'expression est
exclue. La couleur n'est pas celle qui éclaire la réalité et
l'histoire profane. Elle n'émane pas d'une source de
lumière naturelle. Elle est le rayonnement propre à des
êtres célestes. Elle vient du dedans d'eux-mêmes. Les
fonds d'or ou d'azur sombre font surgir les figures
comme des apparitions qui ne se situent pas dans un
décor ou un paysage terrestres.
La perspective même est hiérarchique et non
géométrique : la grandeur des figures ne dépend pas de
leur éloignement par rapport à nous mais de leur
importance dans la hiérarchie absolue des êtres.
C'est le monde vu du point de vue de Dieu.

L'art gothique.
La peinture et la sculpture
gothiques sont nées d'un changement profond de la vie
des hommes. Après le rétablissement des grandes routes
terrestres et maritimes de l'Europe (après l'arrêt des
invasions et les Croisades), avec la renaissance d'une
économie marchande et d'une civilisation urbaine,
avec le brassage des hommes et des idées qu'impliquent
ces échanges, les hiérarchies millénaires sont ébranlées.
Il y a moins de distance entre les hommes, et moins de
distance entre la terre et le ciel. L'attention se porte sur
ce qui, sur la terre, est en train de changer. Dieu même
paraît plus proche des hommes.
En sculpture, en peinture, comme dans le théâtre
des « mystères », c'est d'un Christ humanisé que l'on
retrace, jusque dans le détail prosaïque, les événements
de la vie qu'il a vécue parmi les hommes : aux images
triomphantes succèdent les images douloureuses de la
Flagellation, de la Mise en Croix, du désespoir de la
Mère lors de la descente de Croix. De simples gens sont
mêlés à la famille céleste, en continuité avec elle.
Le langage plastique exprime cette nouvelle
manière d'exister devant Dieu et les hommes : aux
symétries hiératiques de l'abstraction byzantine va se
substituer l'expressionnisme gothique, où l'arabesque
vivante sert à souligner le geste de l'homme, où
l'émotion déforme les corps ou fait grimacer les
visages.
L'espace n'est plus celui du ciel, mais celui de la
terre où se déroule une action. Il se compartimente,
comme dans le théâtre des « mystères » où chaque
scène se joue dans un cadre séparé. La lumière naît de
sources naturelles : le ciel, le feu d ' un foyer ou de
torches. Les couleurs sont le simple vêtement des
choses quotidiennes.

C'est une humanisation du divin.

Roger Garaudy
Comment l'homme devint humain
Pages 302 à 305                               [ A SUIVRE SUR L'ART DE L'HOMME OCCIDENTAL]