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8 février 2020

Plaidoyer pour un livre et son auteur

Plaidoyer pour un livre et son auteur, par Marc
©Tous droits réservés. Reproduction interdite sans accord de l'auteur et de l'administrateur


Rarement un livre n'aura suscité un tel déferlement de haine, de colère et de fureur envers son auteur que l'ouvrage de Roger Garaudy '' Les mythes fondateurs de la politique israélienne'' (1). L'ensemble des médias et la classe politique française se sont unis pour lyncher et brûler sur la place publique cet écrit, et marquer son auteur du sceau de l'infamie, pour le restant de sa vie et même après sa mort. Les rares, très rares soutiens, comme l'abbé Pierre, ont été aussitôt vilipendés et jetés aux chiens ( pour reprendre la phrase célèbre du Président Mitterrand après le suicide de Pierre Beregovoy).



1 janvier 2020

Voeux 2020

A toutes et tous, voeux sororels, fraternels et militants d'émancipations personnelles et collectives ! Bonne année les vivant.e.s !
Jean Lurçat, dessin pour son recueil de poésies "Mes domaines", détail

6 décembre 2019

La censure de Facebook

Facebook interdit désormais dans ses profils, statuts, pages et groupes, tout lien vers le blog "Roger Garaudy A contre-nuit". Le blog a donc supprimé sa page et le groupe associé.
Nous ne publions pourtant ici rien qui puisse être assimilé à une action illégale susceptible d'être incriminée en justice.
Chaque facebooker appréciera la conception de la liberté d'expression qui préside à de tels blocages, ainsi que la façon dont on traite un auteur évidemment "à contre-courant", parfois contestable (du moins les tribunaux en ont jugé ainsi), mais dont on a cependant parfaitement le droit de présenter un panorama critique de la vie et de l'oeuvre, comme nous le faisons depuis plusieurs années.
Nous vous invitons à faire connaître le blog dans vos réseaux:
- hors de Facebook  (Twitter, Instagram,...)  par le lien direct 
http://rogergaraudy.blogspot.com
- et sur Facebook par le lien-relais 
http://acontrenuit.blogspot.com

22 octobre 2019

Rappel de la ligne éditoriale

©Roger Garaudy A contre-nuit. Droits réservés. Reproduction autorisée avec mention de  la source
La ligne éditoriale du blog découle de la synthèse présentée ci-dessous  entre les deux versions de la Déclaration des Devoirs rédigées en 1997 puis en 1998 par Roger Garaudy. Cette synthèse reprend les termes exacts de l'auteur, sans y ajouter quoi que ce soit. Seul l'ordre des paragraphes de la déclaration de 1997 a été modifié. Le texte de 1998 est surligné en marron.

La différence fondamentale entre l'évolution biologique et l'histoire humaine, c'est que l'homme n'a pas fait la première alors que la seconde est son œuvre.
L'homme n'a donc pas seulement une nature; il a une histoire. Il est habité, qu'il en soit conscient ou non, par toutes les créations antérieures de la culture humaine. Il est bénéficiaire et responsable de cet héritage. Ceci comporte le devoir de participer de façon créatrice à son enrichissement pour continuer cette humanisation de l'homme.
Distinguant l'homme de l'animal, ce devoir est le fondement de tous les autres.


L'Humanité, dans la diversité de ses composantes, est un tout indivisible.
Le devoir primordial des communautés et de leurs membres est de servir cette unité et son développement créateur.

Il exclut toutes les tyrannies et garantit tous les droits.
Il exclut toute prétention à l'exclusivité et à la domination d'une croyance, d'une nation, d'un groupe comme d'un individu. L'humanisation de l'homme étant l'oeuvre des cultures de toutes les familles de la terre, tous nos devoirs s'ordonnent en fonction de cette universalité : toute action et toute pensée ne peut acquérir valeur humaine que si elle tend à donner à tout enfant, à toute femme, à tout homme, quelles que soient sa culture d'origine, sa foi ou son terroir natal, les moyens économiques, politiques, culturels ou spirituels de développer toutes les possibilités humaines, créatrices, qu'il porte en lui.
Toute organisation sociale qui se veut humaine ne peut avoir d'autre but. Est ainsi abolie, comme négation tribale de l'unité humaine, la prétention de quiconque à s'autoproclamer « peuple élu ».

Il garantit la liberté d'expression à tout humanisme (c'est-à-dire à toute doctrine servant les intérêts de l'humanité comme un tout), comme la liberté d'expression, de foi ou de pratique à toute religion (c'est-à-dire à toute croyance attribuant une origine divine à cette unité) ; à toute aspiration nationale apportant la contribution de sa culture spécifique à la symphonie de cette unité mondiale ; à l'épanouissement, en tout individu (quel que soit son sexe, son origine, sa vocation) de toutes les possibilités créatrices qu'il porte en lui.

20 juin 2019

Principes d'une politique

© Droits réservés. Reproduction autorisée avec mention de l'auteur et du lien vers l'article

Si on refuse l’exploitation/aliénation de l’Homme sous le Capital, et la destruction des communautés, l’individualisme de jungle, et le mode de croissance mortifère pour l’homme et la nature, qui en résultent ;
Si on refuse aussi de céder aux «pestes émotionnelles - nationalisme, fascisme, stalinisme, intégrismes » (Raoul Vaneigem);
Si on admet enfin  avec Rousseau que  l
’inégalité des fortunes et l’absence d’une foi en des valeurs absolues - qui fassent aimer à chacun son devoir humain plutôt que son intérêt personnel - sont les deux obstacles à une véritable démocratie;
 4 principes peuvent être énoncés pour une pratique politique transformatrice/révolutionnaire.
 1 - Principe de base, qui n’a rien de nouveau, comme les suivants, mais prend avec la phase actuelle de la mondialisation du Capital et la révolution cybernétique une importance à la fois symbolique et pratique : agir en tout en intégrant la dimension planétaire des problèmes, de leurs solutions, et des luttes pour faire gagner parmi ces solutions les émancipatrices contre les régressives (les «pestes»). Il n’y a pas plusieurs mondes dont l’un – le monde occidental – devrait être «défendu» contre les autres. Contre les tenants du «choc des civilisations», soutenir que le monde est un, que ce monde un est à transformer, et que chaque communauté ne pourra agir qu’en se sentant  partie libre, et reconnue comme telle par les autres parties, de ce UN.
 2 - Substituer à la propriété privée des moyens de production et d’échange, dans laquelle trouvent sa source l’exploitation du travail, l’aliénation des hommes et le pouvoir d’Etat (au service de la classe propriétaire), une «association où le libre épanouissement de chacun est la condition du libre épanouissement de tous». La propriété n'a de légitimité que  si elle est fondée sur le travail vivant et  concourt au développement de tous. Nous retrouvons ainsi la voie montrée par Marx aux communistes : «Dans tous [les] mouvements, ils mettent en avant la question de la propriété  [comme] la question fondamentale». 
3 -  A partir de là, et compte tenu du fait que la propriété collective, bien que nécessaire, n’est pas suffisante pour émanciper les hommes, chercher à créer les conditions d’une politique exercée à partir de la base, c’est-à-dire dégagée des contraintes de la centralité du pouvoir, réification de toute révolution. Le parti prolétaire moderne - «parti» au sens historique du mot - a à prendre en charge l’animation des formes nouvelles du pouvoir politique, structuré de bas en haut à partir des «conseils»: autodétermination des buts de chaque communauté et autogestion des moyens.
4 - Se dégager de la conception statistique, comptable, de la politique – les fameuses «majorités» et «minorités» - pour chercher au contraire à créer dans la société une «atmosphère d’UNanimité, en quoi finalement consiste, selon Teilhard de Chardin, l’ultime et fuyante essence de la Démocratie», ou l’intérêt général de Rousseau - l’union des forces du travail, de la jeunesse et de la culture.  

Ou bien l’inconscience de l’anarchie d’une guerre de tous contre tous, qui conduit à la «ruine commune»des classes en lutte ou à la victoire de l’une des «pestes»; ou bien la prise de conscience de la primauté du TOUT pour sauver l’espérance et la vie. Passer, selon les mots de Roger Garaudy, de l’individualisme à la communauté, du positivisme à la foi en des valeurs supérieures, du particularisme à l’universalisme.  Et donc «la transformation révolutionnaire de la société tout entière » (Marx).
A.R

19 mai 2019

Doriot et Garaudy,ce que le jour ne doit pas à la nuit...

A la suite du passage au parti d'extrême-droite Rassemblement National de Marine Le Pen d'un élu de la Région AURA adhérent du Parti de Gauche (La France Insoumise), Andrea Kotarac, dans un article intitulé Passer d’un extrême à l’autre, une vieille tradition française, Patrick Aulnas, sur le site Contrepoints introduit son argumentation par deux exemples:

"Jacques Doriot (1898-1945), d’abord membre du Parti communiste, est exclu en 1936 et crée le Parti populaire français, parti de type fasciste. Il deviendra un ardent collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale et combattra sur le front russe avec le grade de lieutenant de la Waffen-SS.

Le philosophe Roger Garaudy (1913-2012) a lui aussi été pendant longtemps membre du Parti communiste, avant de se rallier au gauchisme autogestionnaire en 1968. Il est exclu du Parti communiste en 1970. Il devient ensuite un adepte très actif des thèses écologistes avant de dériver complètement : conversion à l’islam, antisémitisme et négationnisme."

Les deux exemples marquants que l'auteur a trouvé sont donc deux communistes. En quoi les communistes furent-ils des "extrémistes", le lecteur ne le saura pas, c'est tellement évident sans doute pour l'auteur qu'il n'est nul besoin d'expliquer.

Réunir dans un même opprobre le fasciste, traître et complice des bourreaux nazis Doriot et le résistant et déporté Garaudy, estimer que l'autogestion relève du "gauchisme", faire des défenseurs de l'écologie des "adeptes" (le mot à une connotation en rapport avec les sectes), classer dans les dérives une "conversion" religieuse (qui n'existe d'ailleurs pas puisque Garaudy a toujours refusé que l'on qualifie ainsi son cheminement spirituel), voilà qui relève pour le moins de l'approximation, et nuit gravement à la mémoire de Roger Garaudy.

Passons sur la référence à la condamnation pour antisémitisme et négationnisme; les habitués de ce blog savent qu'une décision de justice injuste (lisez la défense de Garaudy, pour juger par vous-mêmes), prise grâce à une loi de circonstance et portant sur un seul des dizaines d' ouvrages de Roger Garaudy, ne fait pas biographie de la vie d'un homme.

Ni l'autogestion, ni l'écologie, ni l'islam ne relevant d'un quelconque "extrêmisme", pas plus que le communisme, Garaudy est donc un bien mauvais exemple du passage d'un extrême à l'autre. Toute sa vie a au contraire été marquée par la fidélité à la fois à Marx et à Jésus par-delà les communautés qui furent les siennes et la recherche permanente des voies de l'émancipation des hommes, du dialogue des civilisations et des cultures. Le contraire des idéologies nationalistes, fascistes, racistes, xénophobes, le contraire d'un Doriot.

26 avril 2019

Transcendance et politique révolutionnaire

Il faut bien, à la fin des fins, que les choses changent ! Raoul Vaneigem par exemple nous y exhorte ; «L’exploitation de l’homme par l’homme nous a rendu étrangers à notre propre existence», «Survivre nous a jusqu’à présent empêchés de vivre», «La tradition des espoirs abolis  n’a que trop duré», «Nous sommes habités par une pluralité de mondes possibles dont la porte du rêve entrouverte ne nous dévoile qu’une brève lueur», « Ce n’est pas à un éternel retour que j’aspire. C’est à un éternel commencement» ("De la Destinée").
Si l’on refuse, avec l’exploitation et l’aliénation de l’Homme sous le Capital, la destruction des communautés humaines, l’individualisme de jungle, le mode de croissance mortifère pour la planète et pour l’espèce, qui en résultent ;  si l’on refuse de céder à ce que Vaneigem appelle «les pestes émotionnelles - nationalisme, fascisme, stalinisme, intégrismes » -, alors transcendance et politique révolutionnaire ont vocation à se rejoindre.

Jean Picard le Doux, "Flore des Tropiques", tapisserie
Quatre principes peuvent être énoncés pour illustrer cette rencontre où l’intime se mêle au collectif.

En finir positivement avec la propriété privée des moyens de production et d’échange en lui substituant une «association où le libre épanouissement de chacun est la condition du libre épanouissement de tous» ("Le Manifeste"). Ce qui veut dire que le libre épanouissement des uns ne saurait être une entrave, voire un empêchement, au libre épanouissement des autres et de tous, d’où la nécessaire abolition de la propriété privée, dans laquelle trouvent sa source l’exploitation du travail, l’aliénation des hommes et le pouvoir d’Etat (au service de la classe propriétaire), c’est-à-dire les structures matérielles et idéologiques causes du non-épanouissement du grand nombre. Les révolutionnaires retrouvent la voie montrée par Marx aux communistes : «Dans tous [les] mouvements, ils [les communistes] mettent en avant la question de la propriété, quel que soit le degré de développement qu’elle ait pu atteindre : c’est la question fondamentale» . Premier principe.

Second principe: se dégager de la conception statistique, comptable, de la politique – les fameuses «majorités» et «minorités» - pour chercher au contraire à créer dans la société une «atmosphère d’unanimité, en quoi finalement consiste l’ultime et fuyante essence de la Démocratie» (Teilhard de Chardin). 

A partir de là, et compte tenu du fait historique que ni la propriété collective ni la tension vers l’unanimité ne sont suffisantes bien que nécessaires pour émanciper les hommes, chercher à créer les conditions d’une politique exercée à partir de la base,  par les «masses», c’est-à-dire dégagée des contraintes de la centralité du pouvoir. La centralité du pouvoir est réification de toute révolution. Le prolétariat (la classe ouvrière), organisé en parti - parti au sens historique du mot - a à prendre en charge le contrôle des formes nouvelles du pouvoir politique, structuré de bas en haut à partir des «conseils». Troisième principe.

Enfin, quatrième et dernier principe, qui n’a rien de nouveau tout comme les trois premiers mais prend avec l’hyper-mondialisation du Capital et la révolution cybernétique une importance à la fois symbolique et pratique : agir en tout en intégrant la dimension planétaire des problèmes, de leurs solutions, et des luttes pour faire gagner parmi ces solutions les émancipatrices contre les régressives (les pestes dont parle Vaneigem). Il n’y a pas plusieurs mondes dont l’un – le nôtre, le monde occidental – devrait être «défendu» contre les autres. Contre les tenants du «choc des civilisations» (Huttington), soutenir que le monde est un, que ce monde un est à transformer en un autre monde, lui aussi un, et qu’on ne pourra agir qu’en se sentant partie de ce un, partie de ce tout. Faire un avec le tout, comme nous y invite Roger Garaudy, inspiré par toutes les grandes sagesses.


Alain Raynaud

© Tous droits réservés. Reproduction autorisée avec mention de l'auteur et lien vers l'article

24 avril 2019

Au jardin du "Clos des Roses"...

  
Paulette en 2018

Née à MURAT SUR VEBREen 1918, Paulette GARAUDY 
est décédée le 11 avril 2019 à NYONS.Après un recueillement au Funérarium du Grand Tilleul à Nyons, lors de la cérémonie du 23 avril 2019 au Crématorium "Le Coudoulet", à ORANGE, Françoise - sa fille - a dit un mot d'adieu:
Maman

Tu es née le 11 mai 1918 dans un petit hameau au fin fond du Tarn à CATONNIERES. Tu as vécu à la ferme, et à 14 ans ta maman veuve ne pouvait t’élever. Tu as été placée et les personnes qui t ont recueillie t’ont permis de passer le concours de l’École Normale.
Grâce à eux tu es devenue institutrice ton premier poste d’enseignante c’était à  la SOUQUE un tout petit village entre le TARN et l’Hérault. A quelques kilomètres un jeune instituteur Maurice LAUTIER a lui aussi été nommé en 1940. Vous vous êtes rencontrés, aimés et mariés, Jacques mon grand frère est né.
C'est la guerre, dans la région, la résistance s’organise et Maurice intègre et dirige un maquis FTPF. Quel courage tu as eu ! Tu étais agent de liaison, tu promenais ton bébé et transportait des courriers, des armes, de la nourriture pour le maquis. Mais le jour de la Libération, Maurice est mort au combat, il a été assassiné par les allemands .Une douleur qui ne s’effacera jamais.
Ta vie de militante a malgré tout continué, tu as dirigé un journal régional tu as été au cœur de l’aventure de la verrerie ouvrière d’ALBI.  En 1948, tu as participé activement à la grève des mineurs de Carmaux pour les soutenir et aider leurs familles. Là tu as rencontré papa un professeur de philosophie et député communiste du TARN. Dans un de ses livres il a écrit : "En Paulette je retrouve un centre solide, elle me cloue à l’essentiel, elle est la santé. Elle est mon ordre et ma mémoire. Quand elle parle, il semble que sa bouche  entre ouverte, aspire le soleil ".
Jean est né en 1948 et moi en 1951. A cette date toute la famille et Mémé, ta maman, nous sommes partis vivre en région parisienne à Chennevières-sur-Marne car papa a été élu député de PARIS. Il était souvent, trop souvent absent pour toi, il était professeur, militant, responsable politique. Toi tu as dû tout porter sur tes épaules : Les finances étaient maigres,  et tu as dû gérer 3 enfants, les maladies, le secrétariat de papa et ton travail d’institutrice qui te passionnait. Ce sont des centaines et des centaines d’enfants à qui tu as appris à lire. Beaucoup n’ont jamais oublié leur "maîtresse d’école", adultes certains sont même revenus te voir.
Quand tu as pris ta retraite, toute seule tu as appris  a écrire à la machine pour déchiffrer, taper, corriger les livres de papa, tu répondais aux courriers, classais et rangeais la bibliothèque. Tu as partagé avec lui une vie passionnante, hors du commun, mais éprouvante pour ta vie de femme. Il t’appelait "mon soldat inconnu", c’est plus que mérité.
Vos dernières escapades à plus de 85 ans : l’Afrique du sud pour rencontrer Mandela et le Chili où vous avez été invités par la communauté d’EMMAUS, de beaux souvenirs tu en parlais encore souvent.
Tu l’as accompagné, soigné, soutenu jusqu’à sa mort en 2012, il avait 99 ans. Deux ans après tu es tombée, un séjour à l’hôpital et puis ... Nyons tu avais 96 ans. Là, tu as été entourée et soignée très chaleureusement par une équipe formidable.
Je ne peux terminer sans parler de ton jardin, de ton magnifique jardin. Il y avait au moins une centaine de rosiers, des couleurs flamboyantes à chaque saison avec toutes les fleurs, les haies, les arbres dont tu t’es amoureusement occupés.
La maison s’appelait ‘’le clos des roses ‘’personnes ne repartait sans un bouquet!
Au revoir notre maman, mère courage, femme exceptionnelle.

                                          

                                                          Tes enfants JEAN et FANOU

Roger Garaudy dans le jardin du "Clos des Roses"


16 avril 2019

Notre Dame de Paris incendiée

NOTRE DAME DE PARIS BLESSÉE MAIS SAUVÉE.

Des milliers, des millions de personnes, souvent des malheureux, des pauvres et des brigands, ont construit, animé, habité, prié dans ce lieu. On y a aimé, parfois bien parfois mal, Dieu et les hommes, on y a étudié, on y a construit un pays. Ses cloches ont sonné aux malheurs et aux bonheurs du peuple. Etre triste de sa destruction partielle c'est être en empathie avec tous ceux-là, d'hier et d'aujourd'hui. C'est nous aimer nous-mêmes dans une image grandiose, de souffrance, de sacrifice et de fierté, de notre histoire. L'heure viendra de chercher les causes de l'accident; aujourd'hui il est permis d'être juste triste et de l'assumer , sans que nous voyions opposer à cette tristesse (comme cela apparait déjà sur les "réseaux") les drames humains innombrables qui jonchent effectivement la planète.

A.R
©Tous droits réservés. Reproduction autorisée avec mention du lien et de l'auteur

20 mars 2019

Fiche "Garaudy"sur le Wiki de "Dissidence.fandom.com"

[REPRODUCTION POUR INFO SANS MODIFICATION MAIS A PRENDRE AVEC DES PINCETTES, ROGER GARAUDY NE S'ETANT JAMAIS RAPPROCHE NI  DE L'EXTREME-DROITE NI DE DIEUDONNE ! Les éléments faux sont cadrés en marron]

Roger Garaudy est un homme politique, philosophe et écrivain français né le 17 juillet 1913 à Marseille et mort le 13 juin 2012 à Chennevières-sur-Marne.
Membre important du Parti communiste français de 1933 à 1970, il en est finalement exclu pour des prises de positions inadéquates avec la ligne du parti. Il se rapproche ensuite des milieux écologistes puis de l'extrême-droite.
Garaudy, issu d'une famille partagée entre athéisme et catholicisme, se convertit au protestantisme dans sa jeunesse. Il se convertit ensuite au catholicisme et finit par se convertir à l'islam en 1982.
C'est une personnalité éminemment polémique, qui est connue pour avoir contesté l'existence du Goulag durant sa période au PCF, puis ensuite l'existence de la Shoah et des chambres à gaz. Roger Garaudy a été condamné en justice pour ses propos négationnistes.

15 février 2019

Introduction...à Alain Badiou

Récemment invité par une association amie à introduire une conférence d'Alain Badiou sur le thème de "la jeunesse", conférence qui fut finalement annulée pour des raisons personnelles du conférencier, j'avais écrit m'adressant au philosophe-militant, très éloigné théoriquement de Roger Garaudy, un petit texte dont je n'hésite pas à dire qu'il était une sorte d'hommage, texte que je vous fait aujourd'hui partager. Car les gens qui pensent librement méritent de se rencontrer par-delà les aléas du temps et de la philosophie de comptoir.
Bonjour Alain Badiou, vous avez été à plusieurs reprises l’invité des Amis du Temps des Cerises puis des Amis de l’Humanité, associations partenaires, toutes deux créées et animées par André Bellerose. Aujourd’hui, c’est en tant que membre de ces deux associations et comme lecteur bienveillant et critique, que j’ai l’agréable devoir de vous introduire. Je dis « de vous introduire » parce que, n’étant ni philosophe ni journaliste,  vous présenter en deux minutes sans aligner les banalités serait parfaitement superficiel et au fond sans intérêt.
 Pour lever un coin du voile nommé Badiou, je convoquerai donc plutôt quelques-unes de vos fréquentations personnelles les plus célèbres, car ne dit-on pas « dis moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es » ?

Et d’abord, ce qui en dit aussi beaucoup, qui ne fréquentez-vous pas ?
Vous ne fréquentez pas les salons à la mode que sont les plateaux des grandes chaînes de télévision, d’autant qu’en sont désormais écartés les rares animateurs frondeurs. Vous n’êtes pas non plus dans les arcanes des pouvoirs, à la recherche des faveurs qu’ils accordent aux courtisans. Vous ne fréquentez pas ces « nouveaux » philosophes et moralistes qui, à longueur de livres prétendument « grand public » et de chroniques écrites, radiophoniques ou télévisuelles, nous prônent l’obéissance à l’autorité de fait, autorité qui au bout du compte est celle de la domination mondiale du capital et de sa traduction politique: la démocratie de marché. Non, ceux-ci vous ne les fréquentez pas.
Arrivent maintenant quelques uns de vos amis, ou de vos maîtres, parfois même adversaires respectables mais que vous aimez tous, ainsi que vous le proclamez dans votre « Petit Panthéon portatif ». De Lacan à Derrida, de Sartre à Foucault, d’Althusser à Deleuze, de Lacoue-Labarthe à Natacha Michel, ils vous ont préservé de ce que vous nommez les « potions qu’on veut nous faire avaler ». Potions dont, en héritier fidèle, vous contribuez à votre tour à nous préserver aujourd’hui.

Derrière ces penseurs, j’aperçois des visages  mondialement connus: Mao, Marx, Platon, par exemple, trois communistes, mais aucun réductible aux deux autres, et vous-même irréductible aux trois. C’est que l’idée communiste, vous vous colletez avec…depuis toujours peut-être. Sans remonter à  Mai 68 – ce que vous faîtes pourtant dans ce récent petit livre « On a raison de se révolter » - sans remonter donc à cette période, vous interrogez depuis longtemps le communisme tel qu’il fût dans le but d’inventer le communisme tel qu’il sera. En tout cas vous y apportez votre contribution. Non en prophète évidemment, mais en militant.
Au milieu des années 80, bien avant donc cet « Eloge de la politique » paru en 2017, vous écriviez : « Le marxisme achève sa première existence…Nous devons refaire le Manifeste ». Pas refaire un texte - encore que ! - mais rebâtir une politique populaire. Pas revenir aux anciennes formules, mais en faire vivre de nouvelles. Et toujours, pas seulement interpréter le monde - pour reprendre la formule de Marx - mais le changer.

Fidélité à une visée émancipatrice, c’est la vraie politique. Et, pour chacun et chacune d’entre nous, et surtout pour la jeunesse, c’est « La vraie vie » comme l’indique votre ouvrage. La vraie vie qui ne va pas « de soi » et exige apprentissage et prise de risques.
Vous avez fait un « Eloge des mathématiques » dont je ne vous tiens pas rigueur, un « Eloge du Théâtre » (vous êtes aussi un auteur de théâtre), puis un « Eloge de l’amour » et cet « Eloge de la politique » écrit avec Aude Lancelin, nous espérons donc de vous aujourd’hui un « Eloge de la jeunesse ». De la jeunesse qui, plus que de toute autre chose, a besoin, dans les brouillards du temps présent,  de découvrir des chemins vers la vérité. Lui proposer ces chemins, n’est-ce pas la tâche principale, sinon unique, du philosophe en lutte contre les nouveaux sophistes ?

Car la jeunesse doit être la première de nos préoccupations.
J'enfonce, apparemment du moins, une porte ouverte, mais en compagnie du Président Mao, excusez du peu !,  à qui j’emprunte ma conclusion : « Vous les jeunes, vous êtes dynamiques, en plein épanouissement, comme le soleil à huit ou neuf heures du matin. C’est en vous que réside l’espoir ».


 Alain Raynaud
© Droits réservés. Reproduction autorisée avec mention de l'auteur et lien 


28 janvier 2019

La guerre des pauvres

"LA GUERRE DES PAUVRES", Récit, Eric Vuillard, Actes Sud, 2019. 8,50€.

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En une "brochure" (non le terme n'est pas péjoratif, il convient bien à ce jaillissement !), une brochure inspirée, haletante, où le lecteur lui-même reprend difficilement souffle, Eric Vuillard ramasse en images d'un réalisme et d'une symbolique exacerbés - façon Eisenstein - l'histoire de la vie, du "grand oeuvre" et de la mort de Thomas Müntzer, héritier "objectif" lointain de John Wyclif et de Jan Hus, qui au début du 16e siècle prêcha et essaya d'organiser la révolte du petit peuple du Saint Empire Romain Germanique - qu'on a appelée "La guerre des paysans" - contre la propriété, le pouvoir et l'argent des "Princes impies" et de leur Eglise (fut-elle luthérienne).

Eric Vuillard nous fait partager, et comprendre, le vacarme qui agitait l'époque, la fureur émancipatrice qui animait Müntzer, la colère et le désir de justice qui fit se lever, de Mulhouse à Erfurt, et mit sur les routes dans tout l'Empire des dizaines de milliers de paysans, mais aussi d'ouvriers et d'artisans. Se lever, marcher, se battre, souffrir, être trompés ou se tromper, se rassembler (pourquoi ?) dans cette morne plaine de Frankenhausen, y être vaincus par l'armée professionnelle des Princes, exterminés, et notre prophète décapité.

Mais les paroles dites l'ont été pour toujours: que l'on "croit" ou non en Dieu, celles de Thomas Müntzer résonnent encore à nos oreilles, pour qui veut bien les écouter et les comprendre. Loin des thèses universitaires d'histoire ou de philosophie, voire de théologie, en écrivain passionné, Eric Vuillard a fait ce qu'il fallait pour cela. Voici la conclusion (prometteuse) du livre:"Le martyre est un piège pour ceux que l'on opprime. Seule est souhaitable la victoire. Je la raconterai".

A.R.

22 juillet 2018

Politique et religion. Inédit de Roger Garaudy

L’intégrisme naît toujours d'un double détournement du religieux et du politique: politisation de la religion ou sacralisation de la politique. Toute loi devenant sacrée et toute infraction sacrilège.
Les premières sociétés furent fondées sur cette indistinction: les dieux donnant la terre et la loi, des peuplades du Proche-Orient aux tribus  du Pacifique, à celles de 1’Afrique et de 1'Amérindie. Ils sont garants de 1’intégration de la communauté. Le mythe est la caution de la légitimité du pouvoir.
Apparaît ainsi une constante éternelle et une indissoluble unité: la religion assignant à la société ses fins, et la politique 1'organisation des moyens pour les atteindre.
Pourrait-on concevoir, aujourd'hui encore, une religion authentique qui n’eut point de dimension politique ou une politique digne de ce nom qui n'eut pas de dimension religieuse, c'est-à-dire indifférente au choix des fins dernières de 1'homme et de son histoire ?
Une politique sans âme. Une religion sans corps.

Une religion de notre temps peut-elle se tenir en marge des problèmes de la justice sociale, des rapports entre le Tiers Monde et le monde riche, de la guerre et de la paix, du pouvoir et du monothéisme païen de 1'argent, de la sauvegarde des équilibres naturels ?
Inversement quel homme d'Etat oserait -, même si telle est sa pratique -, prendre à son compte, sans masque, la doctrine de MACHIAVEL, et définir la politique comme 1'art de gouverner efficacement sans préoccupation d’ordre moral?

18 juillet 2018

Pour une politique transcendante

© Droits réservés. Reproduction interdite sauf autorisation de l'auteur

Il faut dire clairement ce que nous entendons par «politique» : pas décrire un théâtre d’ombres, ou dresser un état de lieux dont chacun voit bien qu’ils sont dévastés, pas non plus s’inscrire dans une prospective mécaniste où ce qui est continue indéfiniment à être, mais détecter ou introduire de la transcendance dans la vie de la société, éclairer par là-même les fractures d’un Etant et esquisser un Devenir différent. Pas question donc de description, mais de révolution. De la révolution telle que définie par Garaudy : «Une révolution, ce n’est ni une bourrasque de violence ni un simple changement des équipes au pouvoir; une révolution, c’est, dans la vie d’un peuple, ce qu’est une conversion dans la vie d’un homme, c’est-à-dire un changement radical des fins, des valeurs et du sens de la vie et de l’histoire». 
Cette définition nous permet d’explorer ce que peut être une politique transcendante.

Une révolution c’est pour un peuple comme une conversion pour un homme, «un changement radical des fins, des valeurs et du sens de la vie et de l’histoire». Ce qu’Alain Badiou nomme «processus de vérité».
Qu’est-ce qu’une conversion ? Au sens premier, dit le Larousse, c’est passer de l’incroyance à une croyance, ou changer de croyance, spécialement en matière religieuse. La sécheresse de ces définitions ne rend pas compte du séisme qu’est pour un être humain une authentique conversion, non imposée administrativement, socialement ou psychologiquement, mais au contraire volontaire et vécue en vérité, c’est-à-dire en totale sincérité.
La psychologie n’explique rien de la conversion d’une femme ou d’un homme. Dans une conférence prononcée à Alger en 1986 , Roger Garaudy dit l’impossibilité à expliquer ou simplement décrire le processus de conversion de l’extérieur: «La psychologie peut […] étudier […] toutes les formes de l’aliénation humaine, mais pas les conversions ni les créations, tout ce qui est le propre de l’homme. J’apprends plus sur l’homme dans un roman de Dostoïevski, dans les Upanishads de l’Inde, chez Tchouang Tsen en Chine, ou dans un poème de Roumi ou d’Attar, que dans les traités de psychanalyse ou de psychologie». Et, dénonçant l’influence négative de la psychanalyse, il poursuit: «Cette mécanique des instincts et des pulsions tend à adapter l’homme au désordre social établi, et non pas à lui enseigner comment changer un monde aliénant pour en faire un monde donnant à l’homme la possibilité de s’épanouir humainement […] En réduisant, en confondant une prétendue libération sexuelle avec la libération humaine, elle détourne en défoulement individuel  les forces qui pourraient subvertir un ordre social et politique aliénant».
Pour rompre avec l’aliénation, je dois me convertir, me transcender, créer en moi directement ou indirectement un évènement qui ne s’inscrit pas dans l’ordre «normal» du monde de l’aliénation. Les conditions matérielles et morales aliénantes existantes ne peuvent me conduire à cette rupture. A la naissance du révolutionnaire il y a, comme dans la conversion, ce que Garaudy nomme «un acte de foi». On ne nait pas révolutionnaire, on le devient. Aragon présente ainsi les choses :
«Il me faut bien à la fin des fins atteindre une mesure à ma démesure
  Pour à la taille de la réalité faire un manteau de mes fictions» . 

L’acte de foi c’est ce moment où l’homme aliéné brise ses chaînes et devient un révolutionnaire. A partir de ce moment, il utilise les sciences et les techniques non pour en faire les fins de la révolution, qui sont bien plus grandes, mais pour les mettre à son service.

Alain Raynaud

(Pour celles et ceux qui sont intéressé.e.s par ce texte, je peux fournir sur leur demande les références des citations, que je n'indique pas d'emblée pour ne pas surcharger la lecture)

1 juillet 2018

Simone Veil au Panthéon

Simone Veil avait pris position en 1996 contre la Loi Fabius-Gayssot qui a notamment permis deux ans plus tard de condamner, à tord selon nous, Roger Garaudy. Cet épisode parmi d'autres permet de comprendre quelle femme courageuse et d'une totale indépendance d'esprit elle était. 
Extrait du Nouvel Economiste , n 1051, du 7 juin 1996, p. 6: "Simone Veil [déportée à Auschwitz, ancien ministre] souhaite l'abrogation de la loi Gayssot qui permet d'engager des poursuites contre les personnes niant l'existence du génocide juif par les nazis: "Cette loi a donné l'impression que l'on avait des choses à cacher. Or de nombreux travaux d'historiens ont été faits et sont tout à fait clairs. Au fond, cela me paraît presque monstrueux de pouvoir empêcher les gens de contester. Sans cette loi, jamais il n'y aurait eu une polémique avec l'abbé Pierre. Il ne faut jamais donner l'impression que l'on porte atteinte à la liberté d'expression, même sur un sujet de ce genre."

14 juin 2018

Piqûre de rappel...

MISE AU POINT (déjà publiée sur Facebook, mais ce genre de rappel n'est jamais inutile pour que chacun comprenne bien le sens de mon "intervention" sur internet) : 
Mon  engagement  "garaudiste"   est "historique" puisqu'il date de la fin des années 60.  Sur la toile et les réseaux sociaux, il est clairement indiqué dans l'intro de mon profil Facebook où j'indique que je gère la page "Roger Garaudy A contre nuit" liée à un groupe public (« Roger Garaudy Dialogues ») et au présent blog « Roger Garaudy A contre nuit ». 
Sur ce blog , qui est critique et non pas d'un adepte vers son gourou, j'indique non moins clairement en plusieurs endroits (par ex ici  ou ici) que je ne partage pas le point de vue de Roger Garaudy sur tous les sujets. 
Que son oeuvre soit ignorée, déformée, caricaturée, boycottée, ne me semble cependant ni juste ni justifié - même si la "justice" s’est prononcée défavorablement sur un point, et un seul, de cette œuvre aux multiples facettes - car nous pouvons aussi y trouver des analyses et des propositions pour aider à comprendre le monde et y construire un avenir à visage humain. 

Je suis de ceux qui pensent qu'Internet peut servir (aussi) à instruire les gens: le seul sujet où j’ai, par mes connaissances et mes relations, quelque chose à apporter aux autres dans le cadre d’un dialogue véritable, fait d'enrichissements réciproques, est la vie et l'oeuvre de ce philosophe-militant. C'est donc autour de lui que j'ai construit la majeure partie de mon intervention sur la toile. Libre à chacun de s’y intéresser ou pas, les arguments étant par ailleurs acceptés quels qu'ils soient y compris vigoureusement critiques, les (rares) allusions perfides, sous-entendus diffamatoires et insultes au contraire rejetés systématiquement.

23 avril 2018

Dieu, Giordano Bruno, Teilhard et Garaudy

© Droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation de l'auteur


Quand Copernic et Kepler décrivent un univers limité par des sphères fixes, Giordano Bruno pense que l’univers est infini, car Dieu, cause infinie, ne peut produire que de l’Infini. Cause (Dieu) – et effet (Univers), fusionnent dans l’Infini, et c’est le «Tout-Un» où «l’âme du monde» produite par Dieu imprègne les «monades» - unités les plus simples composant les formes et la matière. Dieu et le Monde ne font qu’un ; à quoi bon donc se quereller, souvent dans le sang, comme le font les fanatiques de tous bords, Catholiques, Réformateurs et Juifs ?

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Le jésuite Teilhard de Chardin, accusé lui aussi de panthéisme à une autre époque, échappe au bûcher mais le Vatican lui refuse toute sa vie «l’imprimatur» pour ses œuvres non strictement scientifiques, qui circulaient cependant sous le manteau dans les milieux intellectuels, et furent donc publiées seulement après sa mort. Que nous dit-il ?
«Saisir la présence du courant divin sous la membrane […] des phénomènes, - la Transcendance créatrice à travers l’Immanence évolutive ?». «Poète, philosophe, mystique, on ne peut guère être l’un sans l’autre. Poètes, philosophes, mystiques, le long cortège des invités à la vision et au culte du tout […]» . «Il semblait, jadis, n’y avoir que deux attitudes […] possibles pour l’homme : aimer le ciel ou aimer la terre. Voici que, dans l’espace nouveau, une troisième voie se découvre : aller au ciel à travers la terre. Il y a une communion (la vraie) à Dieu par le monde».
Tout Teilhard ne se réduit pas à ces formules, mais elles disent cependant assez la rupture avec l’orthodoxie catholique, y compris avec Saint Paul dont pourtant le Père ne se démarque jamais explicitement, et la continuité avec Giordano Bruno sur l’idée que dieu peut être rencontré en tout lieu, en toute chose et en tout être du Monde. Teilhard remet d’ailleurs son «panthéisme» «sur ses pieds» (comme Marx fit avec la dialectique de Hegel…) en affirmant haut et fort que «le Monde ne tient pas par en bas» mais «par en haut», ce que j’appelle néo-panthéisme faute de mieux.

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Garaudy a vécu et pensé avec Marx, Jésus et Muhammad , mais, quelle que soit la communauté où il milita – parti communiste, christianisme, oumma islamique – il y fit sienne l’aspiration du maître soufiste Ibn Arabi : «devenir l’homme universel, c’est-à-dire faire de sa propre vie un lieu de la manifestation du divin». Cité par Garaudy alors que ce dernier n’était pas encore musulman (en 1979), Ibn Arabi dénonce aussi l’illusion consistant à «imaginer que le monde est une réalité autonome, séparé de Dieu, alors qu’il n’est rien en soi […] Il n’y a dans l’existence que ce qui désigne l’Un ; il n’y a dans l’imagination que ce qui désigne le multiple» (ce multiple que Teilhard appelle aussi dispersion) et «toute particule du monde est le monde entier».  
Giordano Bruno n’avait probablement pas lu Ibn Arabi, Teilhard non plus, mais Garaudy les connaît tous les deux et la filiation est évidente. Décrivant son propre itinéraire, Garaudy écrit:  «Venu vers l’Islam avec la Bible sous un bras et Marx sous l’autre, je m’efforce de faire vivre dans l’Islam, comme dans le marxisme, les dimensions d’intériorité, de transcendance et d’amour», dimensions qui, font de Dieu «ni un être ni un maître», «mais un acte : dire Dieu c’est choisir une manière de vivre», assumer «une présence en nous de l’exigence, responsable et libre, de notre propre dépassement […] ‘Dieu est plus près de nous que notre veine jugulaire’, dit le Coran». 
Si l’on va au fond des choses, le panthéisme apparent de Giordano Bruno, Teilhard de Chardin et Garaudy, n’en est en réalité pas un. Le panthéisme postulant Dieu partout finit par le voir nulle part, ouvrant ainsi la porte à un athéisme de fait, alors que le neo-panthéisme de, nos trois marginaux, au classique dieu en toutes choses ajoute en réciprocité  toute chose – et tout homme – en dieu : «Tous les êtres sont en moi et moi je ne suis pas contenu en eux […] Porteur des êtres et non enfermé en eux, je suis l’acte qui fait être», développe la Bhagavad Gita des hindous.

Roger Garaudy a écrit un livre, «Le projet espérance» , dont le titre est inspiré du «Principe  Espérance» d’Ernst Bloch. Celui-ci est souvent présenté comme théorisant «une espérance sans transcendance», je lui préfère l’expression «une transcendance sans dieu». Qu’il soit simplement dit ici et maintenant qu’Ernst Bloch, parce qu’il fait de la réalisation d’un possible utopique le moment d’une rupture, de la constitution d’un «front», nomme en réalité Espérance une animation de l’homme – animation : du latin «anima», l’âme -, qui pourrait s’appeler Transcendance sinon Dieu, n’en déplaise au marxiste Bloch…et à Marx lui-même, ce que Garaudy prend pleinement à son compte, avec la «bénédiction» de Teilhard : «Jusqu’ici les hommes n’avaient pu entrevoir la transcendance qu’en fermant les yeux. C’est désormais les yeux ouverts, en scrutant la complexité du monde, qu’ils découvrent le courant qui les porte vers l’esprit ». 

Alain Raynaud

(Pour eux qui sont intéressés par ce texte, comme par le précédent, je peux fournir sur leur demande les références des citations, que je n'indique pas d'emblée pour ne pas surcharger la lecture)

21 avril 2018

La foi comme rupture

© Droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation de l'auteur

Rupture, la foi l’est d’abord par rapport à la preuve.
La preuve est contenue dans son objet, l’intelligence doit pénétrer l’objet pour la découvrir et l’expliciter. La foi est extérieure à son objet, elle est un faisceau de lumière dirigé sur lui.
De la foi en Dieu Pascal dit qu’elle «est différente de la preuve. L’une est humaine, l’autre est un don de Dieu». De la foi en général, la foi laïcisée, la même chose peut d’une certaine façon être dite : le Beau, le vrai, l’Idéal, ne peuvent être déduits d’un Réel observé, analysé, décortiqué et finalement réduit à une formule logique ou mathématique. Ce Beau, ce Vrai, cet idéal proviennent d’ailleurs que de la sphère-Monde. Comme Dieu qui «pour pouvoir paraître en ce monde […] s’en retire» et «pour y faire éprouver son omniprésence […] est contraint de s’absenter», paradoxe que relève François Jullien, le Beau le Vrai et l’Idéal sont forcément extérieurs au monde, sans quoi ils n’auraient pas la force qui nous attire souvent irrésistiblement à la Frontière de ce monde ; comme le Dieu reconnu par Lacan, pour ex-ister ils sont contraints à s’ex-traire du Monde, juste là où nous avons encore la capacité d’aller les chercher : cette capacité se nomme Transcendance, extérieure certes au monde mais interne au sujet que, tel Don Quichotte, nous espérons devenir par notre quête.
Comme l’amour humain, la foi est donc essentiellement connaissance et reconnaissance de l’altérité. La rupture est l’affirmation d’un possible différent du réel, déjà présent dans ce réel mais à révéler, ou situé hors du réel et à inventer – inventer aux deux sens de créer et de découvrir un trésor.
Il y a donc de l’immanence dans toute transcendance, divine comprise, car le sujet, supérieur, aspire à dépasser l’individu, inférieur, que je suis au présent. Cette transition de l’inférieur vers le supérieur implique ce que Gérard Eschbach appelle «un espace de transcendance», une potentialité, espace à investir, potentialité à activer – et «cet acte […] à la fois de décision et de création : décider du supérieur et le faire surgir », Roger Garaudy le nomme Acte de foi.
La foi n’est pas un état donné une fois pour toutes par une entité, dieu ou autre, disposant d’une souveraineté sur l’Homme. La foi n’est pas uniquement le fait d’une grâce, n’en déplaise à Saint Paul. Une telle causalité ferait de l’Homme une marionnette aux mains de cette entité, la transcendance en résultant serait aliénation et non libération. La foi n’est pas un être extérieur et supérieur à l’Homme, elle est l’homme lui-même ayant découvert le transcendant et construisant consciemment, volontairement, passionnément, son rapport avec lui.
Dans «Le 21e siècle, suicide planétaire ou résurrection ?», Garaudy écrit : «La croyance est une manière de penser, la foi est une manière d’agir». Le «croyant» ne partage donc pas nécessairement cet art de vivre qu’est la foi. Dans l’histoire, histoire des religions mais pas seulement, les «croyants» et les «hommes de foi» se sont souvent opposés, parfois avec une extrême violence.
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Alain Raynaud