7 septembre 2016

Une lettre d'Emmanuel Lévinas



Lettre manuscrite d’Emmanuel Lévinas à Roger GARAUDY du 4 décembre 1965

Cher Collègue,

Je ne vous ai pas encore dit ma gratitude pour votre livre « De l’anathème au Dialogue » et pour la très aimable dédicace qui m’a ravi et m’a étonné par l’inattendu des lectures qu’elle attestait. Merci de tout cœur. J’ai ouvert votre livre presque aussitôt après l’avoir reçu pendant l’une de ces insomnies qui m’attendent dans les chambres d’hôtel (à Poitiers ou ailleurs). Il n’a pas vaincu cette insomnie ! J’en ai lu presque les trois quarts d’emblée et l’ai achevé dans le train. On ne peut dire avec plus de clarté et de droiture – et de poésie au sens que vous donnez à ce mot – la possibilité que vous cherchez à ouvrir et à maintenir ouverte ; je pense pour ma part y être préparé par une tradition intellectuelle qui n’a jamais su séparer le « spirituel » de la relation avec l’autre homme et qui, contrairement à ce que pense sur ce point un Kierkegaard, ne trouve pas dans l’être de point assez élevé que l’éthique ne puisse atteindre.

Je me réjouis beaucoup de faire votre connaissance mercredi prochain. Je viens exprès pour vous entendre – et pour vous voir après chez la Pucelle – mercredi un jour plus tôt.

Croyez, mon cher Collègue, à mes sentiments les meilleurs.

Signature
[NDLR : « mercredi prochain »= 8 décembre 1965]




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Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
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Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy