17 septembre 2012

Qui sera ton Dieu ? Par Roger Garaudy. Quatrième partie:De Jésus à Paul, naissance de la théologie de la domination




« Dieu s'est fait homme pour que l'homme puisse devenir Dieu »
«Le Christ n'est pas partagé : il n'est ni barbare, ni juif, ni grec, ni homme, ni femme : c'est l’homme nouveau, l’homme de Dieu, transformé par l’Esprit Saint.», Protreptique XI, 112
Clément d'Alexandrie, père de l’Église
Saint Jacques, disciple de Jésus et animateur de la communauté de Jérusalem soulignait avec la plus grande force que c'est un devoir inconditionnel que nous avons à l'égard des pauvres, Saint Jacques dans son Épître écrivait : « Riches, votre richesse est pourrie » (Jb 5-1) et « A quoi nous servirait d'avoir la foi si nous ne faisions pas les oeuvres, si un frère ou une sœur n'ont rien à manger tous les jours, sans que tu lui donnes de ta subsistance, à quoi servirait ta foi. La foi est inopérante sans les œuvres .», ce qui signifie que l'homme est justifié par ses oeuvres et pas seulement par sa foi[1]. Il affirmait ainsi le contraire de ce qui fait le fondement de la théologie de la domination de Paul.
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Dieu, au cours de l'histoire, a toujours représenté les plus hautes espérances des hommes : la paix, la justice, la pureté, le bonheur.
Les religions ont-elles répondu à ces espérances  ?
Le christianisme est la seule religion proclamant que Dieu s'est fait homme. Jésus représente en effet, par les paroles et les actions qui nous sont contées dans les quatre Évangiles, la forme la plus haute de la vie, celle qu'on espérait d'un Dieu.
Les pères de l'Église d'Orient, de saint Grégoire de Nysse († 394) en Cappadoce (Turquie actuelle), à saint Ignace d'Antioche († vers 110) dans l'ancienne Syrie, à Clément d'Alexandrie († 215), en Égypte romaine, ont tous proclamé le sens merveilleux du message :  « Dieu s'est fait homme pour que l'homme puisse devenir Dieu. Dieu s'est incarné pour déifier l'homme » écrit saint Athanase d'Alexandrie (Contre les Ariens 1, 39). Contre toute théologie de la domination, il rappelle que Jésus fut pauvre et sans pouvoir : « Le caractère tout entier du christianisme est dans l'abaissement de la divinité. » (Ib. 29)
Certains, comme saint Polycarpe de Smyrne (+156), ignoraient l'Ancien Testament comme il le dit dans sa lettre aux Philippiens (12, 1) d'autres comme Tertullien (né à Carthage en 155), refusent avec autant de force l'influence grecque : « Misérable Aristote qui leur a enseigné la dialectique», écrit il, contre les prédications des chrétiens influencés par les Grecs (Proscription des hérétiques, VII, 9) Tous relèvent le trait essentiel du message de Jésus, qui s'adresse en priorité aux pauvres. Saint Grégoire de Naziance (329-390), s'adressant à des moines, insiste pour qu'ils soient « pauvres en vue du Royaume, et rois par leur pauvreté ». (Discours contre les ariens, VI, 2) Dans ses poèmes il écrit : « Laissez ‑nous donc, vous autres, repus des biens de ce monde. » (Poèmes, II, 1) Pour tous, comme l'écrit l'un d'eux, les riches ne sont que les usufruitiers de leurs « biens ».
L'Église romaine officielle, dès qu'elle en eut le pouvoir, (le christianisme devenant religion d'État à la fin du IVe siècle) ne tenta d'imposer ni la paix ni la justice : mais la persécution des «hérésies» (c'est-à-dire des «choix» différents de celui de 1a monarchie romaine de l'Église ; des croisades contre les musulmans, ou contre les cathares, des «guerres de religion», à la bénédiction du colonialisme baptisé «Évangélisation» des «païens», jusqu'au soutien aux dictatures les plus sanglantes des temps modernes, comme celles de Mussolini, de Franco ou d'Hitler. Quant à la justice pour les pauvres, furent «oints«, les rois les plus oppressifs comme des «rois très chrétiens». Bossuet, dans sa controverse contre Jurieu, approuvait encore, au XVIIe siècle, l'esclavage des Noirs.
Ce n'est que dans le sillage des «philosophes des lumières», précurseurs de la Révolution française, que l'abbé Raynal, et, sous la Révolution, l'abbé Grégoire, militèrent pour l'abolition, s'affirmant en actes la lutte contre la « traite des nègres ». Lorsqu'un puritain noir, John Brown, en 1859, tente un soulèvement, il est pendu, sans même une protestation de l'Église officielle. Seuls les «quakers» exclurent les esclavagistes, mais ni les hiérarques de l'Église anglicane en Grande-Bretagne, ni les Églises institutionnelles en Amérique, n'abordèrent de front cette pire négation de l'humanité, tout en continuant de se réclamer de celui qui avait subi le supplice réservé aux esclaves : Jésus.
Nous pourrions faire des constatations analogues pour l'Islam qui fut pendant des siècles, l'instructeur de l'Europe, aussi bien dans les sciences – où il fut, comme le reconnut le savant franciscain Roger Bacon (1220-1292) l'initiateur de la méthode expérimentale – que dans la philosophie, avec Averroës, dont saint Thomas d'Aquin, son adversaire catholique, a reçu l'héritage grec, ou dans la mystique, où Ibn Arabi fut l'ancêtre spirituel de saint Jean de la Croix. Or l'Islam d'aujourd'hui n'apporte aucun projet d'avenir, ni par ses dirigeants, dont les plus riches, rois du pétrole, ne font que perpétuer les rites, en pratiquant, en fait, le monothéisme américain du marché, ni par ses opposants, qui veulent, à juste titre, défendre leur identité, mais en la recherchant dans le seul passé. L'imitation de l'Occident comme l'imitation du passé les enferment dans deux impasses.
L'on ne peut guère aujourd'hui parler de judaïsme au sens que lui donnèrent ses merveilleux prophètes. Il se divise maintenant, lui aussi, en sionistes, disciples de l'athée Théodore Herzl, qui n‘ont recours au mythe ancien de la Promesse – « la puissante légende », disait Herzl – que pour justifier une politique nationaliste et colonialiste où le dieu d'Israël est remplacé par l'État d'Israël, et en « hommes noirs», avec leurs partis dits «religieux», qui fabriquent, au nom d'une «orthodoxie» vétilleuse, fondée sur une lecture littérale de la Thora, des assassins de droit divin, comme celui qui tua le premier ministre Rabin, ou celui qui massacra les Arabes qui priaient au Tombeau des Patriarches.
Les hommes de foi juifs, qui ont gardé le sens de l'Universel, comme le furent Einstein, Martin Buber, Yehudi Menuhin et son père le rabbin Moshe Menuhin, (qui dénonçait le sionisme dans son livre, The Decadence of Judaism[2]) ou aujourd'hui ceux qu'on appelle à tort « les nouveaux historiens » israéliens (les Benny Morris, Zimmerman, Ilan Pappe, Tom Seguev et bien d'autres savants courageux) car, comme le dit Benny Morris : « Pourquoi nous appelle-t-on «nouveaux historiens» et non pas «historiens» tout court, car jusqu'à présent il n'existait depuis la création de notre État qu'une mythologie ? », tous ceux-là sont une minorité sans pouvoir, à la différence de leurs dirigeants officiels qui ont colonisé les Etats-Unis où ils détiennent les « secrétariats d'État», c'est-à-dire le ministère de la guerre, des affaires étrangères, des finances, les trois principaux chefs de la CIA et la majorité au sein du tout puissant «Conseil de la sécurité nationale», et sont ainsi à la tête du nouveau totalitarisme du monothéisme du marché.
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Vingt siècles après Jésus, Nietszche, qui, dans son livre L'Antéchrist oppose Jésus, pour lequel il exprime son admiration (Jésus, dit-il apporte la « bonne nouvelle », c’est l’évangéliste de la vie), à Paul le «dys-angéliste» apporte la «mauvaise nouvelle»
Jésus constitue un moment sans précédent dans l'histoire en ce sens que cet homme est le plus débile et le plus démuni entre tous les hommes. Rien dans l'histoire antérieure ne laissait prévoir une inversion aussi radicale en ce qui concerne l'idée que les hommes avaient jusque là des dieux. Le théologien espagnol Gonzalez Faus a ce commentaire : « En Jésus se découvre une chose tout à fait nouvelle, en rupture radicale avec l'Ancien Testament[3]. » Plus loin, il ajoute: « Le Dieu que nous révèle Jésus n'est pas celui de l'Ancien Testament[4]. » Le théologien Dodd est écrit : « Les logia de Jésus n'ont pas de parallèle dans l'enseignement juif... il apporte quelque chose d'entièrement nouveau qui ne peut être concilié avec le système traditionnel[5]. » Le pasteur Stauffer d'ajouter: « Jésus annonce un nouveau message de Dieu, une nouvelle religion, une nouvelle morale qui n'est pas liée à la Thora. »
Or dès l’origine, Paul se substitue à Jésus: «Christ parle en moi» (II Cor. XIII, 3), Paul, qui déclare: «Oui, je souhaiterais être anathème, être moi-même séparé du Christ, pour mes frères, ceux de ma race, les Israélites à qui appartiennent l'adoption, la gloire, les alliances, la loi, le culte, les promesses et les pères, eux enfin de qui, selon la chair, est issu le Christ qui est au-dessus de tout.» (R 9, 3-5), s’enclenche le processus d’escamotage de la révolution des pauvres.
L’Église actuelle s’inscrit dans cette droite ligne paulinienne, lorsqu’un archevêque de Paris, Mgr Lustiger, peut écrire que Jésus ne pouvait naître que dans le «peuple élu» et qu'il s'en soit laissé féliciter - sans mot dire - le jour de son entrée à l'Académie française, où sa réceptionniste, Hélène Carrère d'Encausse, ajoute cet éloge : «Vous récusez fermement l'idée selon laquelle vous auriez abandonné votre identité juive… Le Christ rappelez-vous, est né à  Bethléem, en Judée, et les rois mages allant vers Lui, demandaient à tous : où est le roi des juifs ? Le Christ n'est pas né là par hasard, dites-vous: il ne pouvait être né ni chinois, ni enfant de l'Afrique. Le Messie n'est le Messie que parce qu'Il est du peuple élu par Dieu… jusqu'à la venue en gloire du Messie, le juif demeure et il demeure juif, qu'il soit chrétien ou non.»
Aux origines chrétiennes
Il faut se souvenir que nous n’avons que des données d’origine chrétienne sur la vie de Jésus: à part la mention du supplice d’un certain Chrestos dans Suétone, autour de 100 ap. J.-C., les sources extra-chrétiennes sont muettes. Et l’on se pose rarement la question de l’ordre chronologique des textes canoniques eux-mêmes, supposant a priori que les Évangiles sont contemporains de la fin de la vie du Christ, que les Actes des apôtres ont été rédigés par son disciple Luc, et que les Épîtres se succèdent en ordre chronologique confus, celles de Paul, qui n’a jamais connu Jésus venant logiquement les dernières. Or le tableau, tels que l’ont reconstitué les exégètes chrétiens depuis que ces questions les intéressent (XVIIe siècle), est très différent. L’Église entretient un flou aimable sur ces questions et l’on se garde bien de dire aux fidèles que les Épîtres de Paul sont antérieures aux Évangiles canoniques et que les auteurs, lorsqu’il furent témoins de la vie de Jésus, insèrent leurs souvenirs personnels, ses paroles et ses actions, dans le cadre de la théologie de Paul qui les a précédés. La chronologie sur laquelle s’accordent aujourd’hui les exégètes chrétiens (la source de la chronologie est dominicaine) est celle-ci :
– Épîtres de Paul:
            Premières lettres de Paul (aux Thessaloniciens) : an 50 ;
            Épîtres de Paul aux Romains, aux Corinthiens et au Thessaloniciens: an 57;
            Dernières lettres (de Rome) : an 63 ;
– Évangile de Marc : an 64 ; Son auteur, Jean-Marc, n’a sans doute pas connu Jésus mais était proche de l’apôtre Pierre; d’après la tradition patristique, il a consigné l’enseignement donné par Pierre à Rome. Il a aussi accompagné Paul quelque temps puis l’a quitté avant une réconciliation finale.
– Actes des apôtres: dans les années suivant l’an 64; l’auteur est l’évangéliste Luc, médecin grec d’Antioche, disciple de Paul qui avait fondé l’Église de cette ville.
– Évangile de Luc : an 80-90 ; 
– Évangile de Matthieu : an 80-90 ; l’auteur, Matthieu ou Lévi, est un disciple de Jésus. Son Évangile original, perdu depuis l’origine (les Pères de l’Église n’en disposaient déjà plus) a probablement été écrit en araméen, entre 40 et 50; la version grecque daterait d’après  80. On pense qu’il dépend de Marc ou qu’ils dépendent tous deux d’une source grecque commune. Il a aussi utilisé des œuvres de Luc. L’original araméen a été écrit pour un public juif.
– Évangile de Jean : fin du 1er Siècle[6].
On a découvert en 1954, en Haute Égypte, Les pensées de Jésus recueillies dans ce qu'on appelle indûment L'Évangile de Thomas, car il ne raconte pas la vie de Jésus, mais recueille seulement ses propos. Enfouis dans le sol par des disciples, ils avaient échappé aux destructions des nouveaux maîtres. Les auteurs de la "Synopse" de l'École biblique de Jérusalem, les pères Boismard et Benoît reconnaissent : « Il semble qu'ils nous permettent d'atteindre une forme de la tradition évangélique antérieure à la rédaction des Évangiles canoniques[7]. »
Tout le corpus canonique accepté par l’Église romaine est donc largement influencé, sinon dominé, par la personne et la pensée paulinienne qui rompt radicalement avec la nature du message de Jésus.
Paul dit (Act 26, 22) « Les Prophètes et Moïse ont prédit tout ce qui devait arriver et je n'ai rien dit de plus », effaçant ainsi toute la vie terrestre de Jésus et, avec elle, tout son sens. Il est significatif qu'il ne parle jamais de Lui dans ses Épîtres, ne citant ni une seule de ses paroles, ni de ses Actes: ce qui l’intéresse c’est tout ce qui est avant sa vie – la descendance de David – et après sa mort – la Résurrection en tant que miracle de la puissance de Dieu. La « bonne nouvelle » n'est pas pour lui la vie de Jésus dont les paroles et les actes rompent avec tout le passé et surtout avec les dieux tout puissants. La traduction œcuménique de la Bible, commente ainsi, dans une note, les paroles de Paul : « L'Évangile n'ajoute rien en un sens à l'Ancien Testament, du fait que ce qu'elle dit a été annoncé antérieurement. Il s'agit de démontrer que la foi chrétienne est authentiquement incluse dans la foi d'Israël[8]. » Ainsi Jésus ne serait que l'acteur obéissant d'un scénario écrit dans l'Ancien Testament. Essayer de faire croire aux juifs que le règne n'arrivera pas à la fin des temps mais qu'il est déjà arrivé avec Jésus, est un judaïsme réformé qui escamote ce qu'il y avait d'unique et de sans précédent dans la levée de Jésus.
Comment est-on passé du Jésus universel des pauvres à ce chef de guerre sectaire?
Paul s’est autoproclamé « Apôtre », c’est-à-dire l’un de ceux qui ont été envoyés par Jésus, parce qu’il eut, dit-il, sur le chemin de Damas, la vision du Christ. Elle est décrite diversement par lui-même et par ses disciples: C'est tantôt une "vision céleste" (Act. XXVI, 19) semblable à celles de l'Ancien Testament; tantôt une "révélation" (G 1, 12) qui ne s'accompagne d'aucune description ; tantôt une rencontre, non pas avec Jésus, mais avec le Christ (traduction grecque de "messie" dans la langue des Hébreux) qui lui assignait sa mission nouvelle (Ph 3, 7-14). Il ajoute toujours le nom de Christ (qui est une fonction : celle de messie), au nom de Jésus (qui est un nom propre), pour authentifier sa qualité d'apôtre qui a vu Jésus. Luc, dans son récit de la conversion de Saul, a cette phrase: «Saul reprenait des forces et confondait les juifs qui vivaient à Damas, leur affirmant qu’il [Jésus] était le Christ.» (Act. IX, 22)]
Paul veut établir la continuité entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Les Actes des Apôtres (28, 23) précisent expressément que Paul "parle de Jésus à partir de la Loi et des Prophètes." Rien n'est plus significatif que sa prédication à la synagogue d'Antioche de Pisidie (Ac 13, 13-39). Invité par les chefs de la synagogue, «après lecture de la Loi et des Prophètes» à prendre la parole, Paul commence à réciter le credo deutéronomique résumant l'histoire d'Israël : l'élection divine (17), l’exode d'Égypte (17), le don de la terre de Canaan et l'extermination de sept nations qui y vivaient (19) et enfin le règne de David, que Dieu considère comme un roi « selon son cœur » (22), «au service du plan de Dieu» (36) dont il «a accompli toutes les volontés» (22).
Paul ajoute une rallonge au credo historique de ses coreligionnaires : dans les quatre premiers versets de son épître aux Romains, il énonce les thèmes majeurs de «son Évangile», qui constitueront pour vingt siècles, l'essentiel du credo des Églises chrétiennes.
« Paul, serviteur du Christ-Jésus, apôtre par vocation, mis à part pour annoncer l'Évangile de  Dieu, que d'avance il avait promis par ses prophètes dans les Saintes Écritures concernant son fils, issu de la lignée de David ‘selon la chair’, établi Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection des morts, Jésus-Christ notre Seigneur » (Rom. 1, 1-4).
« C'est de sa descendance (de David ) que Dieu, selon sa promesse, a fait sortir Jésus le Sauveur d'Israël » (Ac 13, 23).
«La population de Jérusalem et ses chefs ont méconnu Jésus» (Ac 13, 27) et l'ont condamné, «accomplissant ainsi les paroles des Prophètes» (Ac 13, 27) et «tout ce qui était écrit, à son sujet» (Ac 13, 29). Mais Dieu l'a ressuscité des morts (Ac 13, 30) par une nouvelle preuve de sa puissance et de sa sollicitude envers Israël.
Dans sa première épître aux Corinthiens (1, 3-4) il complète ce credo en y ajoutant la rédemption : «Christ est mort pour nos péchés, (selon les Écritures). Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures.»
L'accent mis sur la référence aux Écritures (deux fois invoquées en deux lignes) souligne la préoccupation majeure de Paul d'insérer Jésus dans la tradition juive. Dès lors la vie propre de Jésus n'a plus aucune raison d'être évoquée.
Tout ce paulinisme politique est né de la volonté de faire de David, comme le dit Paul : « par excellence, le roi selon le cœur de Dieu » (Ac 13, 22) et que le Catéchisme de 1992 reprend textuellement (p. 154). Quant à la vie de Jésus, ses paroles et ses actes, les évangélistes, utilisant les faits pour en faire des sermons, nous en rappellent quelques fragments qu'ils juxtaposent aux épisodes décemment avouables de ceux de David, toujours avec le même souci de passer du réel à l'apologétique.
La formidable brèche qu'il avait ouverte dans l'histoire des hommes et des dieux en faisant émerger la transcendance, non de l'extériorité de la puissance d'un monarque terrestre, mais au contraire, du plus démuni des hommes, non du «Très Haut» mais du «Très Bas », était ainsi colmatée. Par une systématique régression l'on revenait à la conception traditionnelle du Dieu roi et du roi Dieu. Comme l'écrit Gonzalez Faus : « Jésus est déduit et nous ne rencontrons en Jésus que le Dieu que nous connaissons ou que nous croyons connaître. De cette manière Jésus ne révèle rien[9]
C'est finalement la version qu'adoptera l'institution : L'Église qui, suivant «la tradition» de Saint Paul, ne portera plus le nom de Jésus mais celui de « christianisme » (un mot qui fut créé à Antioche, au passage de Paul (en 43) (Actes XI, 25-26). Désormais était né un «judéo-christianisme». Le nom même d’Eglise apparaît pour la première fois chez Saint Paul dans son Épître aux Corinthiens. (XIV, 12)
Bien que le Christ de Paul ne soit pas Jésus, resteront condamnés, par l'Église institutionnelle, des disciples de Jésus, s'efforçant d'imiter sa vie et non celle du condottiere taré : David. Parlant de la foi, c'est surtout eux que nous évoquerons. Des Pères de l'Église à saint Jean de la Croix et, de nos jours leurs héritiers directs qui sont les théologiens de la Libération.

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Les problèmes se posent dès l’abord avec la généalogie de Jésus. L'essentiel, pour Paul, c'est que le Christ soit le descendant, l'héritier, et même, selon son expression, "Le fils de David selon la chair ". Pour établir cette filiation davidique les évangélistes Matthieu et Luc sont d'abord obligés de se référer aux textes de l'Ancien Testament (en l'occurrence le premier livre des Chroniques (I et II) et d'y inclure le nouveau Messie : le Christ-Jésus. Ce n'était pas une tâche facile si bien que les deux généalogies ne concordent pas : chez Luc, de David à Jésus s'écoulent quarante-deux générations (trois séries de deux fois sept selon l'arithmétique sacrale des Hébreux); chez Matthieu il y en a seulement vingt-six. Et il n'y a que deux noms d'ascendants communs aux deux listes : Salatiel et Eliakim. Mais de toute façon on n'aboutit qu'à Joseph, le père "légal" de Jésus, dont il est difficile de dire qu'il est son père "selon la chair " et saint Paul, lui, évite l'obstacle, en disant seulement que le Christ-Jésus est "né d'une femme". (G 4, 4 ) dont il ne dit même pas le nom et ne parlera jamais plus. La Vierge Marie n'a-t-elle pas d'importance pour les catholiques ?  Ce qui est sûr, c'est qu'elle n'a aucune place dans les Épîtres de saint Paul[10]. Quel que soit le jugement qu'un médecin positiviste puisse porter sur le plan physiologique, la virginité est un magnifique symbole. Bien sûr il fallait bien que Jésus naisse quelque part, sans exterritorialité géographique, mais il n'est le fils d'aucun homme particulier.
Il n’y a aucune communauté de comportement entre David et Jésus, dans les rares éléments que nous apprenons de la vie de Jésus dans les Évangiles. Dans ses Épîtres, Paul ne s'intéresse à Jésus que parce qu'il a permis un rassemblement populaire important, qui a pu faire croire qu'il était le «Messie» venu pour restaurer le Royaume de David (c'est ainsi d'ailleurs qu'il est salué pour beaucoup à son entrée à Jérusalem). Nulle part, Paul ne fait allusion à la naissance ou à l’enfance de Jésus, non plus qu'au reste de sa vie, il ne dit jamais qu’il mange et dort là où on l'invite, comme tout SDF. Matthieu, sous l’influence de Paul transforme le récit de sa naissance pour le rendre conforme à la tradition juive du Messie, sauveur politique: chez lui,  l'hommage des pauvres bergers de Luc (Lc 2, 7) est remplacé par la visite des rois d'Orient et l’offrande leurs riches cadeaux: « Où est le Roi des juifs ? » demandent-ils (Mt 2, 2). Pour cette visite à sa Majesté une étoile éclaire leur marche (Mt 2, 9) sans qu'il soit question, chez lui, d'étable et de mangeoire.
De même, le dernier cri déchirant de Jésus, « Mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (qui ne cesse de retentir au plus profond de nous -même ) est remplacé par -une mise en scène qui surpasse - et de loin - celle des «Folies Bergères »: « Les rideaux du sanctuaire se déchirent en deux de haut en bas ; la terre tremble, les pierres se fendent, les tombeaux s'ouvrent, etc.» (Mt 27, 51-52) Ces funérailles à grand spectacle impressionnent évidemment la foule (Mt 54). Étrange conversion déterminée par le spectacle de tels prodiges. Le P. Segundo (S.J.) souligne avec raison «la difficulté de reconnaître dans le ressuscité le Jésus historique»[11].
A partir du récit de sa mort et surtout de sa Résurrection, en laquelle saint Paul voit un signe miraculeux de la «puissance » de Dieu, (replaçant l’histoire de Jésus dans la tradition mésopotamienne générale, au même titre que la Création, le Déluge ou la sortie d'Égypte), il élimine l'humble et triste vie de Jésus (et même de sa mort puisque né «sans domicile fixe » il meurt de la mort la plus infamante ; celle que l'on réservait aux esclaves : la crucifixion) puisque rien de tout cela ne correspondait aux espérances du peuple juif. Pour effacer cette déception, saint Paul, transforme sa mort comme il avait transformé sa naissance (par la voix de son disciple Matthieu) et fait de sa résurrection un phénomène triomphal qu'il situe dans un décor grandiose. Tout commence donc, pour Paul, après la mort de Jésus, avec cette Résurrection en fanfare qui va métamorphoser en Roi des Rois ce nouveau David qui reviendra même (après sa première venue ratée) escorté par «les anges de la puissance afin de tirer vengeance de ceux qui ne connaissaient pas Dieu.» (2 Th. I, 8) Dès lors, Jésus, à qui l'on attribue désormais, avec Paul, la fonction hébraïque de Christ (c’est-à-dire  de messie ), devient inutile au narrateur. Tout se passe comme si, avec Jésus, rien ne s'était passé. Dieu est redevenu le dieu régional traditionnel, créateur et maître du monde : « Il est le Seigneur par qui toute chose existe.» (I, Cor, VIII, 4) « Tout est créé par Lui et pour Lui.» (Col. I, 15)
La logique de la pensée paulinienne faisait dire à Jésus, après sa mort, le contraire de ce qu'il a dit et fait pendant sa vie. Il transforme en roi et Dieu de puissance, le charpentier de Nazareth. La mort a été engloutie par la victoire .(I, Co. XV,55). « C'est par le pouvoir de Dieu qu'il vit.» (II, Co. XIII, 4)
Paul fait de la Résurrection une victoire sur les royaumes de la terre, tous soumis à sa vindicte et leur écrasement (I. Cor. XV, 25), comme dans le Psaume 110, hymne à la puissance, en l'honneur du condottiere David dont on fait de Jésus l'étrange héritier. Ainsi Jésus est ramené, sous le nom de Christ, au droit commun des dieux de la puissance. Pour les juifs, Dieu protège et donne à ses fidèles la victoire sur les autres. C’est pourquoi ils couvrent de quolibets Jésus sur sa croix : Dieu ne l'en a pas décloué comme il délivra DANIEL, des griffes des lions . (Dan; VI, 24)
Cet abandon de Dieu est pour eux la preuve qu'il n'est pas le Messie. Paul retourne l'argument et en fait le dogme de la Rédemption : Jésus est mort par un décret divin pris de toute éternité pour racheter les hommes de leur péché. L'on comprend alors pourquoi la vie propre de Jésus n'a plus d' importance; ce n' est pas sa vie qui est cause de sa mort (elle était décidée à l'avance). I1 ne meurt pas pour avoir violé les lois les plus sacrées des juifs et pour avoir refusé de reconnaître la divinité de l'empereur (qui, pour les Romains était en Dieu) alors que Jésus conseille de «rendre à Dieu ce qui est à Dieu».
La Résurrection de Jésus, qu'il présente comme un « miracle de la puissance de Dieu », devient la preuve de la réalisation des promesses : « Nous vous annonçons la Bonne Nouvelle. La promesse Dieu l'a pleinement accomplie quand il a ressuscité Jésus » (Actes XIII, 3) continuant les bienfaits de David comme l'annonçait Isaïe (LV, 3) . D'autre part il convainc les masses des non-juifs (en particulier les Grecs) que ce Dieu était le plus puissant. Ils avaient toujours identifié les dieux avec la puissance. Paul, à la fois dans l'esprit des juifs et des Grecs, donne à Jésus les traits classiques des dieux anciens, et d'abord : la puissance, la puissance de détruire et de créer, comme Yahvé le «dieu des armées», et comme Zeus « qui manie la foudre. » Les auteurs des Synoptiques influencés par l’Évangile de Paul, parlent des miracles qui sont attribués, à Jésus, comme si c'étaient des miracles de la puissance.
Mais pour cette «restauration» régressive ramenant Jésus au niveau des dieux tribaux, la vie de Jésus, même dans les épisodes parcellaires que nous en donnent les Évangiles, ne pouvait fournir le moindre élément pour le transformer ainsi en Dieu de puissance : de sa naissance misérable à sa mort infamante, ce prédicateur errant, qui en réalité refusait l’idée de faire des miracles, mais les attribuait au contraire à la foi, ce martyr que l'on souffletait, et que l'on couronnait, par dérision, d'une couronne d'épines, ne pouvait servir à rien pour recréer un héros de cape et d'épée à la manière de David dont saint Paul nous annonce que ce Christ (nouveau David) reviendra et règnera. « Il est dit qu'il doit interpeller le peuple jusqu'à ce qu'il ait mis ses ennemis sous ses pieds. » (I Cor:XV, 26) comme il était prévu par David dans le Psaume 109.
Les récits eux-mêmes nous prouvent que c'est bien Paul qui a fait de son «Christ » le «Roi des juifs »: s’il s’était présenté ainsi, le préfet romain n'aurait pas hésité un instant à le condamner à mort comme séparatiste à l'égard de l'Empire ou comme usurpateur du nom de Dieu. Alors que Ponce-Pilate, après l'interrogatoire de Jésus, déclare : « Je ne vois rien qui mérite condamnation dans cet homme.» (Luc, 23, 4) aux grands prêtres « collabos »  qui répondaient à Pilate: « Nous n'avons pas d'autre Roi que César.» (Jean, XIX, 15), au mépris même de leur propre Thora ne reconnaissant d'autre roi à Israël que Dieu même. (Samuel XII, 12, par ex.) Ce sont les grand prêtres et les pharisiens qui excitent la foule pour exiger sa condamnation (comme ce sont aujourd’hui des associations sionistes, qui ont remplacé le dieu d'Israël par l'État d'Israël, comme les grands prêtres d'alors défendaient leurs prérogatives politiques auprès de l'Empereur romain, et non le peuple juif, qui font passer les intérêts de l'État avant la défense de la foi juive). La doctrine de Paul use des mêmes artifices, et c’est ce qui assurera son succès.
Ce Jésus qui refusait de juger, qui s’adressait aux pécheurs, voici qu’il est maintenant déguisé par Paul en justicier ultime, et que la parole admirable: «moi, je ne juge personne» (8, 28) cède dans  la bouche de Paul à cette phrase terrible évocatrice du «dieu des armées»: «le Christ Jésus viendra juger les vivants et les morts.» (II, Tim IV, 1) Pourtant Paul, dans le récit de Luc, avait assisté au supplice d’Étienne, mort en suppliant, en écho aux paroles de Jésus sur la Croix: «Seigneur, ne leur impute pas cela comme péché» (Act., VII, 59); Paul se garde bien, dans les deux récits qu’il donne de sa conversion, de rappeler cet épisode (Act., XXII, 3-15 et XXVI, 9-18)]

Quant aux pauvres auxquels Jésus était envoyé en priorité, et qui demandait à ses disciples d'abandonner tout, saint Paul est pour les riches d'une prévenance touchante : il est l’initiateur de la tradition qui confondra «la charité» avec l’«aumône». Il suffirait pour cela de confondre Jésus et le Christ, de confondre l’enseignement de Jésus et celui de saint Paul.
La théologie de la domination était fondée pour vingt siècles selon les méthodes de David, accomplissant fidèlement, comme Josué, les «volontés» du Dieu des armées.
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Est-il simplement honnête, après trois siècles d’exégèse et vingt siècles de catéchèse, d’adopter le nom de « christianisme »? Christ était la traduction grecque du mot hébreu « messie », celui qui revient restaurer le royaume de David, alors que l’on appelait jusque-là les disciples de Jésus les « saints ». Paul désigne son enseignement comme « mon Évangile » (Romains II, 16), et jamais l’Évangile de Jésus. Il préfère dire « l’Évangile de Dieu », car celui-ci est le Dieu d’Israël, dont il ne cesse de se réclamer.
Ce « judaïsme » réformé ou « judéo-christianisme »de Paul, ne constitue pas une rupture avec l’épopée légendaire du peuple juif, mais assimile simplement le christianisme avec ce « reste » du peuple hébreu que Dieu a épargné après chaque trahison de la majorité de la tribu. Paul leur promet le retour du Christ qui écrasera les rois. Comme si sa vie propre et son horrible mort, son angoisse, et ses doutes mêmes, tout ce qui, dans sa vie, est divinement humain, ne suffisait pas pour nous rendre visible le Père invisible. Même un païen, le centurion, au pied de la Croix, n'attend pas la résurrection pour dire: « vraiment cet homme était Fils de Dieu. » (Mc. XV, 39)
Tout commence pour Paul avec la Résurrection. La Bonne Nouvelle n'est pas la vie de Jésus dont les paroles et les actes brisent avec tout le passé et même avec tous les dieux de puissance. Comme si croire à la Résurrection n’était que la croyance en un événement miraculeux du passé, et non pas la foi vécue et agissante: Jésus est vivant. La Résurrection, ce peut être tous les jours : un passage à une vie nouvelle, un passage du non-sens, (c’est-à-dire de la mort) au sens, sans lequel il n'y a pas de vie proprement humaine. Ce n'est pas une Résurrection matérielle et miraculeuse survenue il y a deux mille ans, avec le retour d'un corps dont on peut palper les plaies. Avons-nous besoin de « preuves », comme du « tombeau vide » ou du « suaire de Turin » ?
La Résurrection n'appartient pas au passé, pas davantage à l'avenir comme la promesse d'une « fin des temps » pour que nous bénéficions de la clémence de Dieu.
Par contre Paul écrit: « c'est le plan de Dieu tout entier que je vous ai amené » (Ac. XX, 27). Pour que la Résurrection soit vraiment « un miracle de la puissance de Dieu » il fallait que se produise quelque chose de semblable à la vision d'Ézéchiel (XXXVII,1-14) où`les squelettes sortent de sous la terre et se réhabillent de chair. Paul, prudemment, parle de « corps spirituel » (I Cor, XV, 44) ou de « corps de gloire» (Ph. V, 21).
Les apôtres, pour employer, dans leur pastorale, des termes plus accessibles au peuple, parlent franchement de corps physique. Les Pères de l’Église continuent dans cette voie. Au IIe siècle, dans son Traité sur la résurrection des morts, Tertullien cite longuement la vision d'Ézéchiel et, se référant à saint Paul, il conclut : « C'est proprement de la Résurrection des corps qu'il s'agit chaque fois que l'on parle de la Résurrection des morts. » (XVIII,12) Ainsi, tout advient du dehors (d’un décret éternel de Dieu) et n’advient qu’une fois grâce à ce miracle de la puissance.
L’Église judéo-chrétienne, à laquelle Paul a attribué l’héritage de l’Ancien Testament, va donc endosser tous les mythes et tous les syncrétismes qui constituaient son passé fictif, et d’abord celui de la « Création » à celui du messie, héritier biologiquement et symboliquement, du condottiere David.
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Saint Paul n'a pas seulement « re-judaïsé » le christianisme. Il l'a hellénisé. Son succès fut d'autant plus grand qu'après la destruction de Jérusalem par les Romains en 70, les juifs, dispersés à travers toute la Méditerranée du Sud, furent de plus en plus pénétrés de culture grecque.
Après avoir rappelé, selon une locution proverbiale à l'époque (depuis le « Ploutos » d’Aristophane au Ve siècle av. J.-C.) : « La racine de tous les maux c'est l'amour de l'argent.» (I T VI, 10) dans l’Épître centrale aux Romains « le mot même de pauvre n'apparaît pas une seule fois. Il ne s'agit pas – dit-il aux riches - de vous mettre dans la gêne.» (II, Cor, VIII, 14) Encore seront-ils récompensés par les largesses. « Ainsi amasseront-ils pour eux-mêmes un bel et solide trésor pour l'avenir, afin d'obtenir la vie véritable». (I.Tim VI, 19), ne leur est demandé par Paul que leur « superflu pour les bonnes œuvres ». (Cor. IX, 8)
Avec saint Paul il y a parfaite continuité. Paul n'était pas seulement un organisateur de talent qui avait «créé» des «Églises» dans les grands centres du Proche Orient tels qu’Antioche ou Éphèse, c’était aussi un homme de culture à la fois juive et grecque, qui put répandre «son» Évangile (pas celui de Jésus mais, disait-il, celui de Dieu), à travers toute la «diaspora» juive.
Déjà, dans son discours aux Athéniens il avait fait la preuve de son assimilation profonde de leur culture: sa plus grande force fut de greffer cette culture sur la conception juive de l'histoire. Il y réussit - si bien que, vingt siècles plus tard, l'un de ses critiques les plus durs, Nietszche, le condamne pour avoir fait du christianisme, et pour des siècles « un platonisme pour le peuple ».
Pour présenter son message il s'efforce de le rattacher aux formes de pensée et de croyance de ses auditeurs. D'abord, et comme c’est son habitude, il ne parle pas ni la vie, ni de la mort de Jésus mais évoque seulement, à la fin de son discours, et interrompu par les moqueries de l'assistance, de sa résurrection. Tout le reste de son exposé fait exclusivement référence à la tradition grecque. Avec humour et, pour capter leur bienveillance, il déclare qu'il les considère comme des hommes presque «trop religieux» (17-22). Il a, dit-il, remarqué dans Athènes une stèle dédiée «au dieu inconnu» (en réalité il n'en existe pas de telles mais seulement « aux dieux inconnus », pour le cas où l'on en aurait oublié quelques-uns, ce qui priverait le peuple de leurs menus services). Par une audacieuse assimilation il leur dit: « Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître c'est ce que je viens, moi, vous annoncer: le Dieu qui a créé l'univers,… et qui est le Seigneur du ciel et de la terre.» (17, 23-24)
Aussitôt il multiplie les allusions, les références, les citations même des maîtres de la culture gréco-romaine. Ce Dieu, dit-il «n'a pas besoin du service de mains humaines » (17, 25), ce qui revient à exclure la fabrication des idoles, attitude défendue à cette époque par les stoïciens, et particulièrement par Sénèque et qui se concilie évidemment très bien avec l’interdiction générale de la représentation du divin que prêche la religion juive. Il poursuit avec une citation du poète Épiménide (VIe siècle av. J.-C.): « en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être, comme l'ont dit certains de vos poètes » (17, 28), idée reprise par Platon dans sa triade de la vie, du mouvement et de l'être. Il enchaîne sur un autre thème stoïcien : l'unité du genre humain « Nous sommes de sa race » (17, 28), citation tirée des Phénomènes d'ARATOS (IIIe siècle av. J.-C., philosophe proche de Cléanthe ).
C'est là un «double langage», familier aux Grecs, et qui devient une constante dans le langage de l'Église institutionnelle encore à venir: parler de la paix sans désigner le fauteur de guerre, de l'amour et l’on pratique l'inquisition, on tolère l'esclavage ou le colonialisme. Les contradictions abondent en effet chez Paul, elles seront la porte ouverte à tous les malentendus. Ainsi, il proclame magnifiquement :« il n'y a plus ni juifs ni Grecs ni esclaves ni hommes libres, il n'y a plus l'homme et la femme » (Rom, X, 12) avant de dire (Rom I, 16) que le salut est pour quiconque croit, «du juif d'abord puis du Grec», puis «Esclaves obéissez à vos maîtres d'ici bas, avec crainte et tremblement d'un cœur simple comme au Christ.» (I, Cor VII, 20-22) et « Femmes soyez soumises à votre mari» (Eph. V, 22;Col III, 18), ou encore « Je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de dominer l'homme. Qu'elle se tienne donc en silence.» (Tim. II, 12) « en toute soumission » (Tim. II, 11), « Si la femme ne porte pas le voile qu'elle soit tondue ». (I, Cor. XI, 6).
Ce christianisme hellénisé connut un succès si grand qu'il devint une force dans l'Empire romain : d'après le recensement de l’empereur Trajan (98-117), un sujet de Rome sur dix était judéo-chrétien (pendant longtemps les Romains ont confondu juifs et chrétiens).
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Est-ce que la fidélité à Jésus implique, oui ou non, une option préférentielle pour les « pauvres » à qui d’abord Jésus a porté son message ?
Est-ce que le judéo-christianisme de Paul, qui ignore la vie humaine de Jésus, peut nous conduire à croire que Jésus est un second David, condottieri au service de n’importe quel pouvoir ?
L'attitude de Paul, demandant aux riches de faire aux pauvres l'aumône de leur « superflu », sans pour cela se mettre dans la gêne, est-elle compatible avec l'appel de Jésus à se dépouiller de « tout », si l'on veut le suivre ?
Peut-on dire enfin, dans l’esprit de la création d'un judaïsme réformé (Jésus étant seulement le messie d’Israël) que Jésus est le messie d’Israël, que le vrai Dieu est celui d’Israël et que Jésus n'est plus que l'acteur obéissant d'un scénario écrit dans l'Ancien Testament, n'ayant pas creusé cette brèche immense dans l'histoire des hommes et des dieux, en faisant émerger la transcendance non du pouvoir d'un Roi, mais du dénuement du plus démuni des hommes ?
Le judaïsme réformé de Paul restaure le pouvoir du « Dieu des armées ». A Jésus il fait dire après sa mort, le contraire de ce qu’il a professé toute sa vie : il en refait un Dieu tout-puissant qui reviendra « avec les anges de sa puissance ».
Nos «croyances» religieuses actuelles, prisonnières de cette conception anthropomorphique de Dieu, ne se sont pas séparées de ces illusions. Même lorsque l'homme n'est plus sous la menace d'une «loi» divine, avec ses péchés et ses interdits, il n'est pas moins dépouillé de sa responsabilité:même nous rappelant que l'homme n'est plus sous la domination de la "Loi", le pouvoir arbitraire absolu demeure avec la « grâce ».
Tout événement humain obéit au « plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté », comme l'écrit encore le catéchisme de Jean-Paul II  reprenant, en 1992, les formules exactes du concile de Trente (1545-1563) qui reprenaient elles-mêmes les formules de saint Paul dans l’Épître aux Philippins : « C'est Dieu qui fait en vous le vouloir et le faire. » (Ph. II, 13) « C'est par grâce, ce n'est donc pas en raison des œuvres » précise Paul aux Romains (11, 6) Et la grâce est un «don gratuit» de Dieu « Vous n'y êtes pour rien. » insiste Paul (Eph. II, 8). 
De saint Paul à Nicée (325)
Nous considérerons donc que Paul est le fondateur à la fois du christianisme institutionnel et de la théologie de la domination.
L'Église, au IVe siècle dans l'empire romain, qui commençait à se diviser et à se désintégrer, devenait une puissance avec laquelle les empereurs eux-mêmes devaient compter, soit en la persécutant, comme le fit, par exemple, Domitien, soit en faisant alliance avec elle, comme le fera Constantin.
Cette Église était, pour Paul, l'équivalent du "reste" des fidèles que Dieu avait épargné avec Noé (Gn, VII, 23), ce "reste" pur sorti de la souche de Jessé  (Is. XI, 1-9) avec David. Ce "reste" est épargné par Dieu à chaque étape de l'histoire du salut, pour bénéficier de "l'élection". Paul ajoute (Romains XI, 5): "Et c'est la même chose aujourd'hui, il y a un reste élu par grâce." En clair: l'Église a pris désormais la succession du "peuple élu".
L'empereur Constantin vit tout le parti qu'il pouvait tirer de cette sacralisation de « l'obéissance ». Il fit donc du christianisme la religion officielle de l'Empire, et s'attacha â mettre fin aux divisions idéologiques entre les chrétiens. Si Dieu est le monarque tout puissant qui commande à Moïse, puis à Josué l'extermination des autres peuples, Jésus est-il le "fils de ce Dieu" ?. C'est pourtant de ce salmigondis qu'est constitué le "judéo-christianisme", selon lequel la religion d'Israël et celle de Jésus ne font qu'un, Le mot "obéissance", si cher à saint Paul et à la monarchie romaine, n'est jamais employé par Jésus. Il est repris avec emphase par le Catéchisme de 1992[12], citant une fois encore les propos de Saint Paul sur cette soumission à l'autorité quelle qu'elle soit « Fût-ce Néron », disait Saint Augustin.
Or au début du IVe siècle, la soumission à l'Église est menacée par la prédication d'un prêtre d'Alexandrie: Arius dont on connaît mal la pensée, puisque ses oeuvres, à l'exception d'une lettre, ont été détruites par l'orthodoxie: nous ne pouvons donc reconstituer hypothétiquement sa position qu'à partir de ce que nous en ont rapporté ses adversaires, en particulier Hilaire de Poitiers.
Arius veut, semble-t-il, préserver l'unité de Dieu contre la tendance à lui substituer un Jésus-Dieu, créateur de toutes choses comme déjà l'avait dit saint Paul : « Jésus-Christ, par qui existe toute chose. » (I Co 8, 4) [réf. fausse; est-ce Col. I, 16?]« Tout est créé par lui et pour lui. » (Col. I, 16)
Le mot-clé de l'arianisme est le verset de saint Jean: « Le Père est plus grand que moi », (14, 28) et toutes les formulations qui excluent l'identité : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » (Jn 20, 17) que saint Hilaire de Poitiers cite pour le réfuter, ainsi que la formule de Paul: « Le fils lui-même se soumettra alors à celui qui lui a tout soumis. » Jésus, selon Arius, « procède » de Dieu (une expression de Plotin, philosophe du IIIe siècle ap. J.-C.; c’est une idée inspirée de l'Inde). Il est, comme tous les hommes, « à l'image de Dieu », sa plus parfaite image ; celle d'un messager entièrement fidèle à tout ce qui découle de l'unité divine et en témoignant par sa vie et sa mort. Il est donc l'image visible du Dieu invisible. "Qui m'a vu a vu le Père."
Le succès de cette prédication d'Arius est tel que la polémique divise toutes les Églises d'Orient. Constantin, dont l'objectif est l'unité de l’empire, voit dans ces déchirements un trouble de l'ordre public. Les tentatives de conciliation ayant échoué, Constantin décide d'employer la manière forte. Il vient de battre son rival, l'empereur d'Orient Licinius, et il entre victorieusement dans sa capitale, Nicomédie, en 324. Aussitôt il convoque un concile dans une ville proche : Nicée, en 325, pour condamner Arius, que le patriarche d’Alexandrie avait déjà excommunié en 319, en une formule abrupte qui permette de distinguer le rebelle des sujets soumis. L'empereur fait savoir aux pères du concile que quiconque n'acceptera pas la décision finale sera exilé sur-le-champ. D'après le témoignage même d'Athanase d’Alexandrie, principal adversaire de l’arianisme, présent au concile, dans son livre: « Sur les décrets du synode de Nicée, fer de lance de l'attaque contre Arius, les pères "avaient d'abord espéré pouvoir extirper les blasphèmes des ariens par des mots empruntés aux Écritures[13]." Mais l'empereur voulait un critère clair pour distinguer une orthodoxie qui réaliserait l'unité idéologique de son empire, et une hérésie qu'il se chargeait de réprimer.
Ses conseillers choisirent l'expression de "homoousios" pour dire que le Fils était "de la même substance" que le Père. Choix apparemment étrange car la foi chrétienne tentait ainsi de s'exprimer dans une forme purement grecque. Or le concept fondamental de la philosophie grecque, celui de "l'être" (ousia) est totalement étranger à la fois à la tradition juive d'un Dieu vivant, créateur, et à la tradition évangélique, où Dieu est amour, relation, et non pas "être" au sens grec. La confusion était d'autant plus grande que le mot "hypostase" est utilisé à Nicée comme un synonyme de "substance": ce qui est dessous, ce qui est l'être vrai sous l'apparence extérieure.
Ce mot "homoousios" venait de la tradition gnostique et avait été condamné, un demi-siècle avant, par le concile d'Antioche, en 268, déclarant hérétique et excommuniant l'évêque d'Antioche, Paul de Samosate, pour avoir employé ce mot qui ne figurait nulle part ni dans l'Ancien ni dans le Nouveau Testament. Il était donc sûr que ni Arius ni ses amis ne l'accepteraient. C'est ce que voulait l'Empereur. Les ariens durent s'exiler aussitôt, et trois autres évêques qui, après le concile, déclarèrent n'avoir voté que par crainte de l'empereur et se rétractèrent, furent destitués par Constantin et exilés en Gaule: le fond du problème n'était pas doctrinal mais politique et disciplinaire.
Il fallut à Nicée obéir aux injonctions de l'empereur. Il importait donc au salut de l'Empire que ce Jésus fût un Dieu comme les autres, comme ce Jupiter dont Constantin était, et restera jusqu'à sa mort, le Pontifex maximus (souverain pontife). « L’Empereur se pense tout naturellement comme le chef du peuple chrétien; nouveau Moïse, nouveau David, à la tête du véritable Israël, celui de la nouvelle Alliance[14]. » Le concile de Nicée, en 325, établit définitivement l'orthodoxie paulinienne. Son savant historien, le P. Boularand écrit : « Paul a directement inspiré les rédacteurs du Concile de Nicée[15]. » Le P. Segundo, lui aussi, note que ce concile "semble se limiter à amplifier la confession de foi de Paul". Le concile proclame que le "fils de Dieu, Jésus de Nazareth, a la même nature, ou la même substance, ou le même être, que le Dieu unique qu'adoraient les juifs, ainsi que certains philosophes grecs qui rejetaient le polythéisme[16]. » Ainsi Jésus est entré dans le droit commun des anciens dieux. IL est LE créateur : « Tout est créé par lui et pour lui». (Col I, 15), créateur d'un monde intouchable.
Un exemple typique des obstacles apportés à la foi par le « symbole de Nicée » :
L’esprit n’est pas un être mais une force, en nous, qui nous appelle au dépassement. On traduit "logos", qui n'est, en grec, que l'ordonnance rationnelle des choses, comme si Dieu n'était pas au delà de nos concepts et de notre raison. A Nicée, on a employé, pour désigner Dieu, les termes grecs qui en sont la négation:
-on a parlé de "personne "en traduisant en grec "prosopon" et en latin « persona » qui, l'un et l'autre, signifient "masque", le contraire même de l'intériorité de la personne humaine (divine) telle que la conçoit le christianisme.
-on a parlé de Jésus comme de "consubstantiel" à Dieu, décalque du mot grec "homoousios" qui repose sur la notion aristotélicienne de « ousia », traduit en latin par « substancia », c’est-à-dire la chose qui est au dessous de l'apparence, le contraire exact d'un Dieu qui ne peut être qu'au dessus de toute chose et leur créateur, reproduisant en français le mot grec correspondant à substance: "hypostasis" toujours la chose au dessous de l'apparence. On en a fait « l'hypostase », qui présente le seul avantage d'être inintelligible à qui n' est pas linguiste.
La recherche de Dieu exige de nous extraire du vocabulaire grec sur l'être. Le P. Daniélou, qui était un merveilleux spécialiste de l'histoire de l'Église primitive, me disait un jour: « Toutes 1es hérésies des premiers âges sont nées de ce que l’on a tenté de traduire dans la langue et la culture des Grecs, une expérience christique totalement étrangère à cette langue et à cette culture. »
De là sont nées, en effet, les polémiques insensées entre les « chrétiens », les juifs et les musulmans. Ces derniers accusant les chrétiens de « trithéistes », ce qui est inévitable du point de vue abstraitement « monothéiste » des juifs et des musulmans, si l’on parles de Dieu, de Jésus et de l’Esprit en termes de « substance ».
C'est en effet, pour Constantin, le meilleur garant d'un consentement populaire au statu quo. L'empereur s'intéresse si peu à la doctrine que, trois ans après Nicée, il change d'avis, réhabilite Arius et ses partisans. Il appuie désormais les adversaires de Nicée et ne se fera baptiser qu'en 337, à la veille de sa mort, par un évêque arien ! Ainsi commençait une nouvelle étape de l'histoire de l'Église jusque-là persécutée : celle du « constantinisme ». L'Église devenait désormais une institution d'État.
Le "constantinisme" est né à Nicée.
Il s'agit pour Constantin de « faire des évêques des fonctionnaires au service de l'État[17] » en leur donnant, par exemple, un arbitrage sans appel pour les procès civils; à la fin du siècle, l’empereur Théodose fait du christianisme la religion d’État et interdit les cultes païens sous peine de mort. L'Église préside ainsi aux destinées de l'empire. Elle en fut, de fait, le successeur, lorsque le dernier empereur fut détrôné par les Ostrogoths en 476.
Ayant en main la réalité du pouvoir, le christianisme paulinien, de persécuté devient persécuteur. Il s'était jusque-là contenté de brûler les livres "hérétiques" (c'est pourquoi nous n'avons, par exemple, d'Arius ou de Marcion, que les citations choisies qui en ont été faites par leurs adversaires.
Nicée, mise en œuvre de la théologie de la domination
L'empereur Constantin (306-343) fait régner dans son Empire une « terreur policière, marquant au fer rouge les soldats et les ouvriers des usines d'État[18]. » Il assassine « son beau père, ses trois beaux-frères, son fils aîné, Crispus[19], et sa deuxième femme, Faustia »
Tel fut, digne successeur, en effet, de David, le «roi chrétien» qui marque une date décisive dans l'histoire de l'Église en autorisant le christianisme.
Désormais commençait la conquête, avec son cortège de persécutions et d'horreurs. Pour n'en citer que les principales: le priscillanisme, hérésie espagnole dont nous ne savons rien, sinon l’acharnement avec laquelle elle fut combattue, est condamnée d’abord par l’Église, qui anathémise son chef, Priscillien, évêque d'Avila, à deux reprises, puis par l’État, en la personne de l’empereur Maximin, qui le fait exécuter à Trêves en 385.
En Afrique, au début du IVe siècle, saint Augustin, évêque d’Hippone (près de Carthage), fait appel (avec l'appui de son maître saint Ambroise, évêque de Milan) aux légions romaines pour terroriser et massacrer les "chrétiens", donatistes et circoncellions qui n'acceptaient pas la réintégration des évêques "collabos" des Romains au temps de l'occupation (les donatistes) ou les révolutionnaires (circoncellions) qui voulaient abolir à la fois les privilèges des anciens colons romains et mettaient en cause les privilèges des nouveaux propriétaires terriens.
Il fallut attendre un édit de Théodose pour interdire l'infanticide. En 314 , peu après l’édit de Milan qui avait instauré la paix de l’Église (qui ne fut appliquée en Orient qu’avec la victoire de Constantin sur l’empereur d’Orient Licinius, en 324), le troisième canon du synode d'Arles, les soldats qui décident d'appliquer le principe évangélique : "Tu ne tueras point !" sont excommuniés. (op. cit.p.364)
L'évêque Nestorius, qui refusait de désigner la Vierge Marie comme «Mère de Dieu», est non seulement déposé mais, saint Cyrille, qui défend "l'orthodoxie", obtient qu'il soit exilé, puis relégué pendant quatre ans dans les déserts d'Égypte, où il mourra en 450.
En 451, Eutychès, théoricien de l'hérésie opposée au nestorianisme, le «monophysisme», qui niait l’humanité du Christ, est à son tour condamné par le concile de Chalcédoine. Mais comme il a beaucoup de partisans, sa condamnation n’empêche pas le monophysisme de se propager et tout le Ve siècle est agité de cette querelle: le pouvoir impérial n’hésite pas à envoyer l'armée pour réprimer sauvagement la résistance populaire.
En fait, en 325, à Nicée, ce n'est pas Constantin qui s'est converti au christianisme, c'est l'Église hiérarchique qui s'est convertie à l'Empire, pour s'y soumettre d'abord, pour le dominer ensuite. Adoptant toutes les structures de l'autorité impériale: les évêques deviennent de véritables préfets, le pape prenant le titre traditionnel des grands « prêtres » païens: celui de « Grand Pontife ».
 L'histoire entière de l'Occident est dominée par l'histoire de l'Église, et l'Europe n'a jamais été définie en dehors de cette Église: elle est "la chrétienté" (et ne sera jamais rien d'autre, même lorsqu'elle a essayé, plusieurs siècles après sa dislocation en "nations" par les traités de Westphalie (1648), de faire croire qu'on pouvait le ressusciter en remplaçant l'Église, par le "marché" dit commun, le dollar, ou son futile vassal : l'Euro).
 L'histoire de cette « Europe » de cette "chrétienté" qui, seule, l'a constituée, est une histoire sanglante, marquée d'abord par la persécution, même physique, des hérésies. 
Le père Laberthonière, dans son beau livre, Le réalisme chrétien qu'il oppose à l'idéalisme grec, s'efforce de concilier la spiritualité rayonnante à laquelle elle prétend, et l'histoire séculière, totalitaire, de l'Église institutionnelle. Cette opposition est en effet réelle mais il serait fâcheux d'y voir une simple contradiction interne  ou des "bavures" indésirables.
Il y a en effet des courants, surtout depuis Nicée, entre une Église de plus en plus dominatrice de l'Occident, de son "paulinisme", de Nicée au Catéchisme de 1992, et le sillon lumineux de ceux qui entendaient rester fidèles - sans connivence ni rivalité avec les "pouvoirs établis" disons-le aussi, sans compromis avec le constantinisme officiel - depuis Arius reconnaissant en Jésus le messager le plus fidèle de Dieu, jusqu’à Donat en lutte contre les anciens "collabos" de l'occupant romain, c'est à dire contre les compromis de saint Augustin (et de son complice et protecteur romain saint Ambroise), qui prétendaient séparer, dans "La cité de Dieu", une vie intérieure coupée des obligations iniques du pouvoir établi. Il y a donc une lignée de fidèles au "phylum christique", comme disait le P. Teilhard de Chardin, (qui, pour avoir voulu vivre selon la loi de Jésus s’est, lui aussi, attiré les foudres de la Curie romaine).
Nous ne pouvons les citer tous, car des milliers de "chrétiens" ont voulu, fût-ce au prix de la persécution et de la mort, vivre à l'imitation de celui que le cardinal Daniélou appelait « l’asiate Jésus », en rappelant que "le grand foyer d'expansion du "christianisme", durant les quinze premières années, a été la Syrie, avec son centre à Antioche où le nom de "chrétiens" fut, pour la première fois, donné à la "communauté" (Actes 11, 26) lors du passage de Paul. Daniélou précise que « le mot a une résonance politique »[20]. Il désigne en effet les partisans de "chreistos" (c'est à dire non plus du Jésus historique mais de celui exerçant la fonction de « Messie » (en grec: chreistos) propre à la seule tradition juive.

Cette fidélité à Jésus s’exprimera avant et après le concile de Nicée (325), moment décisif dans l'histoire de la chrétienté et de l'Europe entière dont le Père Boularand écrit: « Si le synode d'Antioche (265) a condamné l'homoousios, c'est au sens où Paul le comprenait et s'en servait pour dénier au Fils toute distinction personnelle d'avec le Père »[21]. Dans sa première Épître aux Corinthiens il attribue la création au Père et au Fils… dans l'Épître aux Colossiens, l'Apôtre réaffirme le principe que tout a été créé par le Fils, « est en lui que toutes choses ont été créées. .. tout a créé par lui et pour lui.  Il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui....car en lui habite toute la plénitude de la divinité ». (1, 19) Le même auteur constate alors que c'est en 49 que ce christianisme paulinien commencera « sa destinée triomphale »[22]. Elle le fera dans le prolongement du "messianisme" juif, attendant le sauveur David, guerrier qui restaurera leur pouvoir temporel.
Cette répression ne parvient pas à endiguer le monophysisme qui gagne les populations de la Nubie et de l'Asie du Sud, enracinement qui ne sera pas étranger aux premières conversions à l'Islam, tout comme l'arianisme facilitera la pénétration musulmane en Espagne à partir d'une foi commune : Jésus est un grand prophète, mais il n'est pas Dieu.
Il est remarquable que l'Islam fut longtemps perçu comme une "hérésie chrétienne". C'est ainsi qu'en traite saint Jean Damascène, au chapitre 101 de son livre sur les Hérésies. Au XIIIe siècle encore, Dante, au chant XXVIII de son Enfer, place Mahomet parmi les "schismatiques", dans le même huitième cercle que le pape Boniface VIII.
Une maladie de l’Islam
L’Islam, porteur lui aussi à ses origines d’un message révolutionnaire, connaît bientôt la même décadence, la même tendance à la réduction de la soumission à Dieu à une soumission à l’ordre établi.
Ce qui caractérise la décadence de l'Islam c'est:
1°) La tendance à réduire les principes de l'Islam à l'application qui en fut faite aux premiers siècles et dans une société restreinte au Proche Orient. Le message du Coran était universel, comme celui de Jésus, cette tradition devenait particulariste (les hadith ont été produits dans les trois premiers siècles de l'Islam et en portent naturellement l'empreinte historique).
2°) La sharia, la loi de Dieu, n'était plus, chez les « littéralistes », un principe d'application universelle fondée sur des lois très générales, applicables aux sociétés les plus diverses : Dieu seul commande, Dieu seul possède, Dieu seul sait, condamnant toute prétention au droit divin du pouvoir, condamnant toute domination de la richesse, condamnant tout dogmatisme, toute prétention à un savoir achevé.
La sharia se réduit, pour les intégristes, à l’interprétation littérale de quelques versets sur le vol, l'héritage, ou le statut de la femme. qui étaient des cas particuliers de l'application des principes à des sociétés différents de la notre.
La prétention «d'appliquer la sharia» en confondant la sharia divine, telle qu'elle est définie dans le Coran, avec le «fiqh» c'est à dire les applications humaines qui en ont été tentées au cours de l'histoire, en y mêlant les interprétations de juristes plus ou moins obnubilés par les pressions du pouvoir, est aujourd'hui la principale maladie de l'Islam. Ayant pleinement raison dans ses refus de la décadence de l'Occident et des hypocrisies de son «droit», dans son refus de toutes les séquelles du colonialisme et de la "collaboration" avec le "monothéisme du marché" que prétendent imposer les États-Unis et leurs vassaux d'Occident par les diktats du F.M.I., «l'islamisme» est paralysé lorsqu'il s'agit de construire l'avenir. Ce qu'il est convenu d'appeler «islamisme» est, aujourd'hui, une maladie de l'Islam, parce qu'il confond la sharia, (voie morale éternelle et universelle, ouverte, au nom de Dieu, par tous les prophètes) avec la législation qu'elle peut inspirer à chaque époque pour résoudre les problèmes de cette époque.
Cette maladie consiste, par exemple, à vouloir appliquer un code pénal du VIIIe siècle (tel que les mains coupées pour vol, à des sociétés où le vol, sous forme, par exemple, de spéculation, n’exige pas d’avoir des mains). La loi divine, la sharia, unit tous les hommes de foi, alors que prétendre imposer aux hommes du XXIe siècle cette législation arabe antique est une oeuvre de division qui donne une image fausse et repoussante du Coran. C'est un crime contre l'Islam.
Prétendre appliquer littéralement une disposition législative sous prétexte qu'elle est écrite dans le Coran, c'est confondre la loi éternelle de Dieu, la sharia (qui est un «invariant» absolu, commun à toutes les religions et à toutes les sagesses) avec la législation destinée au Moyen-Orient qui était une application historique, propre à ces pays et à cette époque, de la loi éternelle). Les deux figurent bien entendu dans le Coran mais la confusion des deux et leur application aveugle - refusant cette «réflexion» à laquelle ne cesse de nous appeler le Coran - nous rend incapables de témoigner du message vivant, du Coran vivant et éternellement actuel, du Dieu vivant.
Une véritable «application de la sharia» n'a rien à voir avec ce littéralisme paresseux. Elle suppose que l'on retrouve, derrière chaque prescription du Coran, sa raison d'être, le principe qui l'a inspirée, et les conditions historiques dans lesquelles elle a été appliquée. Et surtout, et plus encore, que l'on situe chacune de ces démarches dans l'ensemble de la révélation coranique. La sharia, c'est chacun de nos actes commandés par la volonté de Dieu révélée par l'ensemble du Coran, et non pas une lecture littérale, détachant tel verset de la totalité coranique et historique qui lui donne son sens.
Ainsi seulement la sharia peut être, à chaque époque, un ferment de développement et de vie de la société. Pour jouer ce rôle, plus indispensable que jamais à une époque où les fondements de la civilisation occidentale se sont écroulés, la loi de Dieu ne peut pas être considérée comme ayant cessé de vivre depuis douze siècles. De vivre, c'est-à-dire d'inspirer l'action des hommes à toutes les étapes de l'expérience universelle de l'humanité. Alors seulement, elle pourra nous dire comment vivre, de l'Orient à l'Occident, en considérant, (4, 48) : «Nous avons donné à chacun d'eux une voie (sharia) et un. programme (minhaj).»
À la lumière des deux précédents versets, il est clair que la voie, la sharia a valeur universelle puisque elle est commune en particulier à tous les gens du Livre ; elle nous désigne les fins transcendantes; alors que le «programme» ou la «méthode» sont les moyens permettant, en chaque moment de l'histoire, de faire pénétrer les valeurs transcendantes.
Cette distinction entre la sharia, l'orientation religieuse et morale vers Dieu, et les «programmes» ou les «méthodes» dont Dieu a laissé à l'homme la responsabilité de les appliquer toujours dans les conditions concrètes de leur société et de leur temps, est soulignée par le sens du mot sharia, le chemin vers la source, magnifique façon de dire : le chemin vers Dieu.
La sharia est en effet présente et identique dans les trois livres révélés:
Le Coran proclame à plusieurs reprises que Dieu seul possède «Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre appartient à Dieu» (2, 116 et 284 ; 3, 109, etc.).
Comme le Deutéronome disait : «À l’Éternel, ton Dieu, appartiennent les cieux, la terre, et tout ce qu'elle renferme» (10, 14).
Comme l'Évangile, (Paul dans 1 Co 10, 26) «La terre et tout ce qu'elle contient appartient à Dieu.» Il en est de même, dans les trois Livres, pour «Dieu seul commande» et «Dieu seul sait».
Il est de notre responsabilité de trouver en chaque moment les moyens historiques de réaliser ces fins transcendantes, comme le Coran nous en donne l'exemple pour la communauté de Médine.
Une sharia qui n'apporterait pas de réponse aux problèmes, dont dépend la survie du monde, ne permettrait pas à l'Islam d'affirmer son aptitude à créer un avenir à visage humain et divin, en face de la faillite du modèle occidental de croissance, de jouissance, et de puissance, que ce soit dans sa version capitaliste, ou sa version socialiste.
Tel est l'enjeu du problème de l’« I'tihad » : une lecture historique du Coran et l’intelligence de ses paroles.
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Lorsque le Coran ordonne, à propos du Ramadan:
«Mangez et buvez jusqu'à ce que l'on puisse distinguer à l'aube un fil blanc d'un fil noir. Jeûnez ensuite jusqu'à la nuit.» (II 187) il est évident que ce commandement s'adresse à un peuple dont la situation géographique est telle que la durée du jour et de la nuit ne diffère pas notablement. Chez des Esquimaux, pour qui la nuit peut durer six mois, l'application littérale du verset signifierait la mort.
Ce n'est là qu'un exemple extrême de l'impossibilité d'un littéralisme prétendant ne tenir aucun compte de la géographie ou de l'histoire sous prétexte de refuser toute interprétation du Coran qui n'en respecterait pas aveuglement la lettre: toutes les discriminations appartiennent à l'histoire d'un pays ou d'une époque, à l'égard desquels le Coran marquait une rupture. Le Coran rappelle à huit reprises (III, 95; IV, 124 - XIII, 23; XVII, 40 ; XL, 40 ; XLIII, 17 -, XLVIII, 6 ; LVII, 18) que Dieu ne distingue, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes, qu'entre ceux qui font le bien et ceux qui font le mal.
Au-delà de toutes les vicissitudes de l'histoire, est ainsi affirmé le principe éternel, abolissant toute hiérarchie entre l'homme et la femme, instaurant non pas seulement leur égalité ou leur «complémentarité», mais leur " unité ontologique " : «Votre Seigneur vous a créés d'un seul être», est-il dit au premier verset de la Sourate «Les femmes» (IV, 1). Un seul être divisé en deux, égaux en dignité, et divers seulement par leurs fonctions.
La discrimination à l'égard des femmes et leur subordination à l'homme est une tradition de tout le Proche-Orient, comme en témoignent, par exemple, bien des siècles avant la prédiction du Prophète, les Épîtres de saint Paul: «Je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de dominer l'homme. Qu'elle se tienne en silence» (I Tim. II 12) «en toute soumission.» (II,11) «Que les femmes se taisent dans les assemblées.» (I, Cor. XIV, 34 ; 1. Tim.I,12) «Si la femme ne porte pas le voile qu'elle soit tondue.» (1, Cor. XI, 6). Le port du voile pour les femmes n'est donc nullement une obligation religieuse. C'est une tradition propre à tout le Proche-Orient .
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Voici donc ce qu’il reste, après «le passage rectificateur» des hommes de loi, de pouvoir et de tradition, des deux «théologies de la libération» de Jésus et de Mahomet.
Un Dieu "créateur", monarque absolu, ne procède plus que par commandements et par interdits, définissant une fois pour toutes le Bien et le Mal : la « morale » de l'homme se réduit à l'obéissance, son péché à la révolte, conformément aux lectures littérales de la Bible ou du Coran, les injonctions correspondant aux conditions historiques et prophétiques de siècles antérieurs. Le Talmud exige de maudire les morts des cimetières chrétiens, de cracher sur leurs tombes, et d'insulter leurs mères. Les commentaires littéralistes de la Bible, assimilant un peuple entier aux vilenies de leurs grands prêtres, ont dénoncé et persécuté les « juifs » comme un peuple "déicide" justifiant les pires exactions, telle que l'imposition par saint Louis de la « rouelle » (le disque jaune cousu sur le vêtement, ancêtre de l'étoile de même couleur imposée dans un autre siècle). Au nom du même arbitraire (« Dieu le veut ») des prédicateurs de croisades, comme saint Bernard, ont appelé au massacre des musulmans, à Jérusalem, par le « chrétien » Godefroy de Bouillon.
Plus tard, au moment où les dimensions de «la terre habitée» de l’empire romain et du Proche Orient s’élargissaient brusquement aux continents éloignés, la très catholique Isabelle d'Espagne demandait le privilège de l'Inquisition contre les juifs et les musulmans de son pays, et un pape "partageait" l'Amérique latine entre les colonisateurs espagnols et portugais, sous prétexte d’« évangélisation ». Il ne s'agit point d'histoire ancienne: il n’est pas si loin le temps où Jean Paul II envisageait de « canoniser » Isabelle, où  le ceinturon des soldats allemands portait la devise « Got mit Uns » (Dieu avec nous) et où l'unanimité des évêques allemands, réunis à Fulda, conjurait le peuple allemand d’aider le Führer « dans sa grande lutte contre le bolchevisme », où l’« épiscopat français » (à l’exception  de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse),  invitait à la « collaboration sans réserve avec l'occupant », où le primat d'Espagne, au nom de son Église, assimilait le coup d'État de Franco à une "croisade" contre l'athéisme, où les « talibans » d'Afghanistan (portés au pouvoir par les dollars et les armes des Américains) prétendaient être les guerriers d'Allah et réduisaient les femmes à la servitude, où le cardinal Spelman appelait "soldats de Dieu" l'armée américaine au Viêt-Nam, et où le théoricien du Pentagone, Samuel Huntington, opposait dans son Choc des civilisations, « la civilisation judéo-chrétienne à la barbarie orientale ».
D'une manière plus générale, et indépendante de l'instrumentalisation politique des religions, les « docteurs de la loi », dans toutes les religions dites "révélées", nous transmettent des "commandements" et des interdits élaborés il y a des siècles par des juristes occupés à répondre aux besoins de leur temps, mais ne nous disent pas ce qu'il faut « créer » pour construire un avenir à visage humain et divin.
C'est au nom de cette curieuse « éthique » religieuse, qu'un peuple américain, infantilisé par les médias répandant cette idéologie, votent en masse pour un "serial Killer" (un tueur en série), qui, gouverneur du Texas, fait exécuter dix condamnés en trente jours, sans même que leur culpabilité ait été démontrée. Les mêmes, se réclamant du même Dieu créateur, s'indignent (à juste titre) de la peine irréversible de la "main coupée" mais, à 66% demeurent partisans de la non moins irréversible peine de mort (par piqûre télévisée, par chaise électrique, ou par gazage mortel).
Cette mise en question de quelques-uns des "dogmes" millénaires n'est pas une crise de la foi mais une crise de la culture dans laquelle elle s'est jusqu'ici exprimée.
Le gouffre est aujourd’hui plus insurmontable encore entre l’enseignement du catéchisme et l’actuelle vision de l’univers. Comment un monarque créateur ferait-il de cette minuscule parcelle d'univers:  La Terre, l'unique objet de ses préoccupations, le centre unique et exemplaire de toutes les hiérarchies du maître et de l'esclave, comme du Bien et du Mal, comme si "la tragédie optimiste" de l'univers devait se jouer sur cette seule scène, minuscule jusqu'au dérisoire ?
Cela nous conduit à dénoncer une autre incohérence: celle des sanctions éternelles d'un paradis et d'un enfer chez les prêtres d'une religion d'amour. Les porte-parole d'un Dieu "clément et miséricordieux" exigeaient ainsi des châtiments "éternels", sans possibilité de repentance ou de rachat et qui miseraient moins sur l'amour de Dieu (chez 1a mystique musulmane Rabiah de Bassorah, ou chez sainte Thérèse d'Avila) que sur la peur des châtiments et l'appétit de la récompense.
D'ailleurs que signifieraient la "culpabilité" et la responsabilité si la liberté de l'homme n'était pas au principe de ses actes? Si l'on en croit saint Paul écrivant: « C'est Dieu qui fait en vous le vouloir et le faire. » (Ph. II, 13), et qui ajoute « c'est par la grâce que vous êtes sauvés vous n'y êtes pour rien, c'est le don de Dieu. » (Eph. II, 10)

Roger Garaudy

A SUIVRE

[1]. Jb 2, 14-16 et 20-24.
[2]. Moshe Menuhin, The Decadence of Judaism in our time, 1. Palestine, the Jews and the Arabs. 2. The case of the Jews and of Judaism versus «Jewish» political nationalism. 3. Quo vadis Zionist Israel? , Beyrout, Institute for Palestine studies, 1969.
[3]. J. I. González Faus, , Accesso a Jésus, Salamanque, édition Siguieme, 1980, page 161.
[4]. Ibd, p. 218
[5]. Dodd, Charles Harold, Les Paraboles du royaume de Dieu, traduit de l'anglais par Hélène Perret et S. de Bussy, Traduction de The Parables of the Kingdom, Paris, Éditions du Seuil, 1977 p.99
[6]. Chronologie tirée de la Bible de Jérusalem, Synopse des quatre Évangiles en français. 1, Texte avec parallèles des Apocryphes et des Pères...,  P. Benoit, directeur de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem de 1964 à 1972, membre de la Commission biblique pontificale et M.-E. Boismard, 2e éd. rev. et corr. par P. Sandevoir, Paris: Éd. du Cerf, 1972. vol. 2, Commentaire de P. Benoit et M.-É. Boismard par M.-É. Boismard ; avec la collab. de A.  Lamouille et P. Sandevoir ; préf. de P. Benoit, ; Paris: Éd. du Cerf, 1972. Vol. 3, L'Évangile de Jean, commentaire par M.-É. Boismard et A. Lamouille,..., avec la  collab. de G. Rochais,  Paris : Éd. du Cerf, 1977.
[7]. Synopse, I, XI.
[8]. Traduction œcuménique de la Bible [Texte imprimé] : édition intégrale, 13e éd. Paris : Éd. du Cerf, les Bergers et les mages, 1977.
[9]. J. I. González Faus, op. cit.
[10] Alors que reconnue « Vierge », elle est citée seize fois dans le Coran.
[11]. J. L. Segundo  Qu'est-ce qu'un dogme ?, préf. par José Ignacio González Faus ; trad. de l'espagnol par Francis Guibal, (traduction de El dogma que libera : fe, revelación y magisterio dogmático),  Paris, les Éd. du Cerf, 1992,  I, 15.
[12]. Op. cit., p.397.
[13] Voir P. Ephrem BOULARAND s. j. L'Hérésie d'Arius et la foi de Nicée., éd. Letouzey et Ané. 1972, tome II p. 304)
[14] Jean DANIELOU, Nouvelle histoire de 1'Eglise, tome I, p. 283
[15] E. BOULARAND, id., p.355
[16] . Juan Luis Segundo, Le Christianisme de Paul: l'histoire retrouvée, trad. de l'espagnol par Francis Guibal, (traduction de Jesus de Nazareth : la historia perdida y remplazada), Paris : Ed. du Cerf, 1988, p. 304
[17]. J. L. Segundo  Qu'est-ce qu'un dogme ?, préf. par José Ignacio González Faus ; trad. de l'espagnol par Francis Guibal, (traduction de El dogma que libera : fe, revelación y magisterio dogmático),  Paris, les Éd. du Cerf, 1992, p. 286
[18]. Nouvelle histoire de l'Église. 1, Des origines à saint Grégoire le Grand [604], par Jean Daniélou [S.J.] et Henri Marrou..., sous la  direction de L. J. Rogier, R. Aubert, M. D. Knowles… Paris, Éditions du Seuil, 1963, p.212.
[19] Le fils aîné de Constantin, Crispus, est tué par son père en 326, un an après le concile de Nicée.
[20]. Nouvelle histoire de l'Église, p. 53.
[21]. Boularand, id., p.351.
[22]. Id. p.59.

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Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy