12 septembre 2016

Le mythe de l’exceptionnalisme hébreu

Grâce à des écrits – hiéroglyphiques pour l'Égypte, cunéiformes pour la Mésopotamie – il est établi qu'à la fin du IVe millénaire (période du bronze ancien), des migrations massives sont venues de pays voisins (notamment d'Arabie) soit sous la poussée d'invasions, soit à la suite de modifications climatiques qui désertifient ces pays d’origine). Ils entrèrent dans une région plus vivable, que l'on a appelée depuis le «  Croissant fertile », qui s'étend de la Mésopotamie à l'Égypte. Les premiers arrivants, les Araméens, se fixèrent dans ce qui est aujourd'hui la Syrie. Ils constituèrent un centre de civilisation dans le pays qu'à partir du milieu du IIe millénaire on appela Canaan[1]. Les migrations de nomades hébreux, plus tardives, s'intégrèrent d'une manière généralement pacifique à la population autochtone qui, déjà sédentarisée, constructrice de villes fortifiées ne pouvait être affrontée militairement.
A la lumière des progrès de l’archéologie, toute la prétendue histoire des Hébreux, telle que les rabbins les plus obscurantistes de l'actuel État d'Israël veulent l’utiliser pour justifier ce qu'ils considèrent comme leur pays d'origine, comme propriété qui leur eût été concédée par une donation signée Dieu, se révèle de plus en plus n'être que pure «mythologie»; avec elle, c’est toute la légitimation historique de l'actuel «État d'Israël» qui peut être  ouvertement qualifiée de telle par les «nouveaux historiens» israéliens dont on peut rappeler la formule audacieuse : « […] jusqu'à présent il n'existait, depuis la création de notre État, qu'une mythologie [2] ». Ceci est aussi vrai de la Thora : aucune trace archéologique, aucun document qui ne soit biblique ne permet de lui apporter une confirmation historique. Un savant aussi attaché à sauver l’historicité de la Bible que le P. de Vaux (O.P.), reconnaît, avec tous les autres chercheurs, qu’on ne trouve nulle part « d’allusion explicite aux patriarches hébreux, au séjour en Égypte, à l’exode, même pas à la conquête de Canaan, et il est très douteux que le silence soit jamais rompu par de nouveaux textes[3]. » L'histoire des tribus hébraïques, dont les religions de l'Occident chrétien ont voulu faire une «histoire universelle» au sens où, en plein XVIIe siècle Bossuet voyait dans le dieu d’Israël le vrai dieu,  qui règne dans les cieux et dont dépendent les empires[4], cette histoire n’est que le produit du brassage syncrétique des traditions plusieurs fois millénaires des peuples nomades venue d’une Arabie dont le  climat était de plus en plus désertique et aride, et convergeant dans ce que l'on appelle le Croissant Fertile, où ils trouvèrent une pâture régulière pour leurs troupeaux, c’est-à-dire des possibilités bien meilleures pour la sédentarisation.
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La première et la seule fois où le nom d’Israël apparaît dans une inscription, c’est sur une stèle exaltant, vers 1225 av. J.-C., les victoires du pharaon Merneptha (fils et successeur de Ramsès II): dans l’énumération de ses victoires, il est dit que, s’emparant de villes palestiniennes, il a détruit aussi Israël : « Israël est dévasté. Sa race (sa semence) n’existe plus. » Pas un mot de plus sur Israël, si sur la stèle, ni dans toute la littérature égyptienne. Ainsi, pour ne retenir que l’exemple le plus significatif : à ce qui fut, selon la Bible, l’apogée de la puissance d’Israël, ni le nom de David, ni son histoire, ne figurent dans aucune source extérieure à la Bible – ni texte, ni inscription, ni vestige archéologique. La mort de Salomon « est le premier événement de l’histoire d’Israël qui puisse être historiquement daté » parce qu’on peut enfin établir un rapport historique comparatif avec la chronologie de l’empire néo-assyrien qui, elle, est fiable, car fixée avec certitude par les calculs astronomiques[5].
En réalité les preuves se sont accumulées, depuis plus d'un siècle, pour démolir une à une toutes les légendes sur l'exceptionnalisme hébreu. et il en est ainsi de tous les thèmes fondamentaux de la profession de foi judaïque : d’abord celui de la Création, dont on retrouve le mythe, identique, dans toutes les religions ; puis le monothéisme même, qui non seulement n’est en rien consubstantiel à la tradition biblique mais apparaît ailleurs bien plus tôt; puis le thème du juste souffrant et enfin, plus important que tout sans doute, le mythe de la Promesse.
Roger Garaudy 
Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy