10 février 2016

Une grande espérance, en commun



La véritable difficulté posée par l'Homme n'est pas de savoir s'il est le siège d'un Progrès continué; mais c'est bien plutôt de concevoir comment ce Progrès va pouvoir se poursuivre longtemps au train dont il va sans que la Vie n'éclate sur elle-même ou ne fasse éclater la Terre sur laquelle elle est née. Notre monde moderne s'est fait en moins de dix mille ans; en deux cents ans il a changé plus vite qu'au cours de tous les millénaires précédents [que dirait Teilhard s'il écrivait en 2016! NDLR]. Avons-nous jamais songé à ce que pourra être psychologiquement notre planète dans un million d'années ? Au fond, ce sont les utopistes (non les "réalistes") qui ont scientifiquement raison: eux du moins, même si leurs anticipations font sourire, ils ont le sens des dimensions vraies du phénomène humain.

Le Progrès, s'il doit continuer, ne se fera pas tout seul.
Si vraiment un champ presque illimité s'ouvre devant nous dans l'avenir, quelles doivent être, pratiquement, nos dispositions par rapport à cette marche en avant ? J'en vois deux, qui peuvent se résumer en cinq mots: une grande espérance, en commun.
a)- Une grande espérance, d'abord. Un goût passionné de grandir, d'être, voilà ce qu'il nous faut. Arrière donc les pusillanimes et les sceptiques, les pessimistes et les tristes, les fatigués et les immobilistes ! La Vie est perpétuelle découverte. La Vie est mouvement.
b)-En commun. Pour avancer, toutes les directions ne sont pas bonnes. Mais une seule fait monter, celle qui par plus d'organisation mène à plus de synthèse et d'unité. Arrière donc, ici encore, les purs individualistes, les égoïstes, qui pensent grandir en excluant ou en diminuant leurs frères - individuellement, nationalement, ou racialement. La Vie se meut vers l'unification. Notre espérance ne sera opérante que si elle s'exprime en plus de cohésion et plus de solidarité humaine.
Nous n'avancerons qu'en nous unifiant.

Pierre Teilhard de Chardin
Réflexions sur le Progrès,Oeuvres, Ed Seuil, Tome V, pp 95-97

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Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy