24 juin 2015

Pour une nouvelle formulation de la foi chrétienne, par Roger Garaudy



 
Lovis Corinth. Le Christ rouge. 1922
Aujourd'hui ce que l’on appelle la crise, sans toujours prendre conscience de sa profondeur, c'est la désintégration du tissu social: 1'affrontement aveugle d'appétits concurrents conduit à 1'absence de toute finalité humaine de nos sociétés capitalistes, à un individualisme du repliement sur soi, qui juxtapose des millions de solitudes et de désespoirs par absence de but.

Les questions sur le sens de notre histoire commune, et sur le sens de la vie de chacun émergent du quotidien. Le désir confus et angoissé de sortir du cercle de ce qui est fermente en chacun.



Les interrogations majeures naissent des couches sociales les plus caractéristiques de notre temps, celles qui constituent «le bloc historique nouveau » porteur de 1'avenir: ouvriers travaillant à la chaîne, dont la vie personnelle est étouffée par la répétition de gestes vidés de sens, techniciens et ingénieurs dont notre société fait des technocrates interrogés sur les moyens et jamais sur les fins, scientifiques ayant une vision positiviste du monde dominée par 1’entropie [1], la loi de la mort.



Pour que la Bonne Nouvelle de 1'Evangile devienne en chacun une espérance vivante, une nouvelle formulation de la foi est nécessaire.

Comment dire la foi chrétienne dans un langage que puissent entendre des hommes et des femmes d'aujourd'hui, des hommes et des femmes qui ne la partagent pas encore ?

Tout ce qui est tué, chez des millions d’hommes et de femmes, par le mécanisme quotidien, DIEU et la foi, ne peut être, au départ, éprouvé par eux que comme une absence, un vide à combler.

La foi, cette manière de vivre de la vie de tous, d’être responsable de 1'avenir de tous, d’ avoir conscience que notre histoire, n’est pas déjà écrite, déjà finie, mais qu'elle doit être inventée et inventée par tous, cette foi doit s’enraciner dans les préoccupations d’aujourd'hui, les plus lancinantes, les plus immédiates, les plus quotidiennes.

Nous devons partir des angoisses, des protestations, des révoltes élémentaires pour en dégager le mouvement plus profond qui les suscite, le sens, 1’orientation.

Comment peut émerger aujourd'hui le besoin de la foi, à partir de l'expérience quotidienne de la vie des multitudes, et comment répondre à ce besoin?




La foi ne peut plus s'enraciner dans la peur, dans le sentiment d’impuissance devant les forces de la nature, comme dans les sociétés pre-techniciennes.L’homme n’est que trop convaincu de sa domination sur la nature, et, devant la faillite de cette maîtrise il s'interroge sur la nécessité et la valeur de cette domination.



La foi ne peut plus s'enraciner dans la crainte et le respect du pouvoir social: mime si les rouages sont pour lui une énigme, il n'y voit plus aucun mystère, et s'il redoute ce pouvoir, il le méprise et cherche seulement à le fuir.



La foi, à notre époque, surgit du sentiment d'une mutilation: le travail aliéné, répétitif, la fausse religion positiviste de la technique et des moyens, le scientisme prétendant tout réduire en raison et incapable d'assigner à 1'homme des buts, tout cela fait naître aujourd'hui des interrogations et des révoltes inspirées par la conscience confuse d'être mutilés d'une dimension humaine première et fondamentale, la dimension spécifiquement humaine de la création.



L'ennemi de toute foi demeure la suffisance et le contentement de soi.

Le problème est de faire prendre conscience à 1'homme insatisfait, au contestataire, au rebelle, que son effort pour briser le cercle est le signe d'un désir plus essentiel. Qu'il est habité par les autres et habité par Dieu.

Le problème est de 1'aider à revendiquer, contre un monde, dont toutes les structures tendent à étouffer cette revendication première, son héritage de fils de DIEU.



Le premier médiateur est peut-être le poète. Celui qui rompt avec ce positivisme déshumanisant qui cherche à nous convaincre que ce qui ne se réduit pas à la raison abstraite n'existe pas, nous incarcère dans un monde de choses immuables, dans le cercle de ce qui est.

Au delà du concept qui manipule les objets, il y a 1'amour qui appelle les sujets. Il y a 1'utopie et le poème qui désigne les projets et qui éveille en nous le désir de les réaliser. C*est ce que les contestataires de 1968 avaient spontanément senti en jetant à vieux monde figé ce défi fulgurant: "L’imagination au pouvoir."

Nous devons restituer au langage poétique sa signification ontologique comme indicatif de transcendance, comme annonciation et ferment de 1'avenir, et comme créateur d'être, de 1’être nouveau.

Car la poésie, 1'art en général, n'est pas seulement un langage: elle rappelle à 1' homme que le possible fait partie du réel. Que le réel n’est pas seulement ce qui existe déjà, le prétendu cercle de ce qui est. Que la réalité la plus réelle est créée par notre liberté.

DIEU n'est pas de 1’ordre des mots et des choses. Il est de 1’ordre du poème. Il ne peut en être parlé que par images. Avec les images de chaque temps et de chaque peuple. Avec des images qui nous font sentir qu'il n'y a pas de cercle de ce qui est, mais qu'il existe une infinité de possibles, que je ne peux jamais concevoir ou imaginer qu'une fraction de 1’être.

Exprimer la foi dans le langage de notre temps, c'est aider à prendre conscience que la création n'est pas achevée. Que DIEU habite cette création continuée. Que le monde est le poème commencé de 1'univers.



DIEU n'est pas un être mais un acte.

L'acte même de cette création continuée.

Un acte qui ne s'accomplit qu'à travers des hommes.

DIEU se taira toujours si tu ne lui prêtes pas ta bouche.

DIEU n'agira jamais si tu ne lui prêtes pas tes mains.

C’est pourquoi nous sommes totalement responsables de notre histoire.

Responsables sans consolation.

DIEU a toujours été présent, il est toujours présent dans tout acte inspiré par la foi, 1'espérance et 1'amour.

Chaque acte d'amour, chaque grande oeuvre d’art, chaque invention et chaque création, chaque sacrifice, chaque utopie concrète, chaque révolution inaugurant un avenir plus humain de 1'homme, nous révèle cette présence permanente de DIEU, cette dimension divine de 1'homme.

Chaque souffrance aussi. Chaque fois qu'un homme se lève pour refuser le malheur et crie, c'est DIEU qui t'appelle. Et tu n'es jamais seul: des millions d'yeux te regardent et leur regard est le regard de DIEU. Des millions de bouches t'appellent et leur clameur est la provocation de DIEU.

Tous les hommes ne forment qu'un seul homme. Ils sont les feuilles d'un seul arbre. Tous leurs corps sont ton corps, que 1’on assassinait à AUSCHWITZ, en SIBERIE, au VIETNAM , que 1’on étouffe à PRAGUE , que 1’on torture au CHILI.

L'amour, avant d'être un sentiment, est une manière de vivre: de vivre de la vie de tous, de ne vivre qu'habité par tous. Responsable de tous.

La faim de millions d'hommes, de 1'A5IE à la CORDILLERE des ANDES, doit devenir ta faim. Car tu en es, pour ta part, responsable: tu affames cet homme et tu 1’assassines si tu ne fais rien. Je ne te demande pas: qu'as-tu fait pour le nourrir? Mais d'abord: qu'as-tu fait pour empêcher qu'on 1’affame ? Car ce marché, qui est le contraire de 1’amour, ce marché mondial condamne à la faim un milliard d'hommes, que fais-tu pour le détruire ?

Plus tu seras capable d'amour, plus tu seras prêt à comprendre ce qu'est l’acte de DIEU.

Plus tu seras créateur, plus tu seras prêt à comprendre ce qu’est 1’acte de DIEU.

Etre homme c’est participer à cet acte.





DIEU ne serait-il donc rien en dehors de 1’acte de 1'homme ?

-Non, DIEU ne se réduit pas à 1'acte de 1'homme comme il n'est contenu dans aucune parole de 1'homme. Quand je dis: DIEU, c’est pour rappeler qu'il les déborde toujours, qu'aucune parole ne peut prétendre enfermer toute la vérité, qu'aucun acte ne se suffit à lui-même. La création n'est jamais achevée. Nous ne pouvons jamais nous arrêter, satisfaits, et dire: cela est bien car nous avons atteint le but.

Si je dis: DIEU, c’est pour rappeler qu'il est au delà de tout ce que nous faisons. Au delà même de ce que nous ferons.
Il est tel que tu ne peux rien savoir de ce qu'il est, mais être seulement à 1' écoute de ce qu'il fait en JESUS-CHRIST, dans 1'histoire, en tout homme, et en toi.

Tu ne peux prétendre parler et juger en son nom sans devenir inquisiteur. Tu ne peux prétendre agir en son nom sans devenir tyran. Tu ne peux parler, juger, agir qu' à tous risques, sous ta seule responsabilité. En te souvenant toujours humblement de tes limites premières, que d' autres avant moi t'ont rappelées :

"Tout ce que nous disons de DIEU c'est un homme qui le dit."

"Pour trouver DIEU nous ne pouvons partir de lui, où nous ne sommes pas. Il faut partir de nous, où il est."





Un homme a vécu qui a accompli pleinement ces actes divins: ceux qui inspirent la foi, 1'espérance, et 1'amour.

Il lui fut demandé: "Es-tu Fils de DIEU ?"

Et il répondit: "Je le suis."

Il ajouta: "Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père."

Cet homme a vécu divinement sa vie d'homme. Seul un DIEU pouvait être aussi humain.

Il ne s'est jamais laissé déterminer par le monde qui 1'environnait.

Il est mort. Il est mort d'une vraie mort. Il est ressuscité.

Nous ne pouvons rien savoir ni dire de DIEU sinon que 1’acte de DIEU s’est exprimé pleinement dans la vie, la mort et la résurrection de cet homme, de JESUS-CHRIST.

Il nous a sauvés. Il nous a montré la liberté.

De lui nous avons appris ce qu'est 1'acte, c’est à dire le contraire de 1’entropie. L'acte, c'est à dire la création. L'inverseur de la dérive du monde vers la mort. L'acte, c'est à dire 1’initiative historique de 1'homme quand il invente son propre avenir. C’est seulement dans un homme, dans tout homme, et d'abord dans cet homme, que tu peux découvrir DIEU.

Chez Celui qui nous "appelle à la liberté"( GA. V, 13).

CHRIST est vivant. Il a rendu présent 1’acte de DIEU. Il révèle la présence de notre avenir dans notre aujourd'hui.Son incarnation, c’est la présence d'une espérance nouvelle au coeur de 1'histoire.



Cette espérance, comment pouvons-nous la faire vivre et triompher ?

Nous avons parfois le sentiment de notre impuissance.

JESUS CHRIST non plus n'avait pas la puissance.

Il a lutté pour que tout change.

Et pour que tout change il a seulement laissé toute la place, en lui, aux autres et à 1' acte de DIEU.

JESUS, ce raté, qui ne fut point roi des juifs, qui s'est incarné au contraire à la base, dans la vie d'un ouvrier, sans pouvoir, sans avoir, sans même ce savoir de 1’ orgueilleuse sagesse des grecs et des romains, ce raté qu'on couronna, par dérision, d’épines, que 1'on abreuva de soufflets et de coups de poings, que 1'on châtia du supplice des esclaves, que 1'on railla même sur son gibet: "Si tu es fils de DIEU, descends de la Croix!", ce marginal que les passants injuriaient, et que personne n'essaya de sauver, les histoires de son temps ne font même pas mention de lui.

Depuis lors les conquérants et les rois sont morts sans laisser la moindre trace dans nos vies d'aujourd'hui, les riches ont disparu avec leurs richesses, et LUI, lui seul, le raté palestinien, marche encore sur notre terre des pas d'éternité. Il  a donné une mesure nouvelle pour toutes les grandeurs. LUI seul nous interpelle encore. Il ressuscite chaque jour dans nos vies.





L’Eucharistie aussi peut s'exprimer dans le langage de notre temps, dans une philosophie de notre temps, qui ne soit pas une philosophie de 1’être mais de 1’acte.

Le pain et le vin ne sont pas des choses, à la manière d'un caillou, d'un nuage ou d'un fleuve. Le pain et le vin n’ existent que dans une communauté humaine. Une communauté de travail et d’ échange.

Depuis le travail- du grain semé jusqu'à 1'amour du pain partagé, toute la geste du pain nous rappelle que 1'homme est travail et que 1’homme est amour. Il y a le travail de 1'homme: semer le blé, moudre le grain, faire le pain. Il y a 1'amour de 1'homme dans le geste de rompre et de partager le pain, de le donner.

Le CHRIST n’ est pas dans le pain mais dans le pain partagé. Pas dans la chose, mais dans l’ acte du partage.

Mais tout le pain n’est pas partagé.

Le pain n’ est encore partagé que dans ce rite symbolique. Dans la liturgie de la MESSE et de la COMMUNION.

Partout ailleurs, le pain est vendu, mis sur le marché. Sur le marché qui recrée la jungle des fauves: si mon voisin a faim, tant mieux ! Je lui vendrai plus cher mon blé. Ce pain n’est plus travail d'homme: il devient marchandise, un rapport de concurrence, c'est à dire de servitude de celui qui n'a pas, de domination de celui qui a. Le marché, c'est le contraire du partage. Le marché c'est le contraire de 1' amour.



Tout ce qui est libérateur parle le même langage.
MARX dit la même chose que les prophètes. Son "CAPITAL" dit la même chose que la BIBLE. Retrouver partout l’acte au-delà de 1'être. Le rapport humain au delà du fétiche de la marchandise comme dit HARX, au delà de 1’idole comme disaient les prophètes.

Vivre, c'est vivre non dans un monde de choses mais d’action, où chaque jour 1’impossible devient possible.

Le pain n'est pas une chose, c'est un acte: celui de le produire et de le répartir. Un acte de concurrence, générateur de violence, lorsqu'il est marchandise; un acte d'amour lorsqu'il est partagé.

Le partage seul est humain. Le partage seul est divin. JESUS nous 1'a enseigné dans son dernier repas avant son exécution, dans la CENE du jeudi saint, lorsqu'il donne le pain et le vin, avant de tout donner, dans le sacrifice de sa chair et de son sang.

Manger ce pain-là t'engage. Tu ne peux le manger impunément. Tu as mangé et bu avec le CHRIST. Cela exige une nouvelle manière de vivre. Il faut que quelque chose change à la face du monde si tu prétends t'être abreuvé à la source de toute création et de tout changement. Manger le pain et le vin avec le Ressuscité, c'est anticiper le festin du Royaume où tout le pain et le vin seront partagés. C’est s’engager à préparer chaque jour 1'avènement de ce Royaume. L’Eucharistie n'est rien si elle n'est pas un feu qui se propage.



L'histoire du Salut c’est 1'histoire de la libération de 1'homme.

La création est le premier acte de salut, le premier acte de libération. Ils’accomplit chaque jour. Le DIEU des actes libérateurs a toujours marqué qu'une rupture est nécessaire pour créer un nouvel ordre. Une rupture dans nos vies, une rupture dans nos sociétés, une rupture dans notre histoire. Une rupture et un défi: un défi aux dérives catastrophiques qui nous tirent vers le bas, vers 1’abandon, vers 1'entropie.
La genèse de 1'homme est jalonnée de ruptures.

Lorsque, par son travail d'homme, c’est à dire par un travail précédé de la conscience de ses fins, précédé de son projet, surgissant dans la chaîne des causes,1'homme a fait brèche dans le cercle illusoire de ce qui est, 1’homme a fait brèche dans 1'instinct qui s’adapte à ce qui est, pour inaugurer le règne nouveau du travail qui crée, la première rupture était accomplie.

Celle qui inaugurait un nouvel âge de la vie, qui pouvait être danse, chant, poème.

Le travail de 1’homme depuis lors prolonge et continue la création lorsqu'il n'est pas aliéné, c'est à dire lorsque celui qui accomplit le travail n'est pas dépossédé de son fruit, lorsque le but et les moyens de ce travail ne lui sont pas imposés du dehors par un maître.



Le DIEU de la création, le DIEU de la libération, est aussi le DIEU de 1'Exode. Ce lui qui enseigne qu'aucun pouvoir n'est sacré. Celui qui a conduit un peuple à se libérer de 1'esclavage, de la servitude du Pharaon, de la misère du Pharaon, de la politique du Pharaon, des idoles du Pharaon. Et à faire lui-même sa propre histoire. L'Exode, 1’exode éternel, de ceux qui vivent, comme ABRAHAM, 1'aventure de DIEU, et la faim, et la brûlure du désert, c'est 1’acte de sortir, 1' acte de faire la brèche, d'ouvrir les chemins de la liberté à 1’appel de Celui qui fait toutes choses nouvelles. Le baptême de 1'exode, c'est 1’ acte de la liberté et de la création(I.Cor.10).



L’Incarnation est un autre acte libérateur: celui où "DIEU s’est fait homme pour que 1'homme puisse devenir DIEU" (Athanase. De incarnatione verbi. 54), créateur à 1’image de DIEU.



Et puis il y a la mort. Il n’y a pas la mort. La mort abstraite. Il y a des hommes qui meurent et d'autres qui les tuent. Cette mort n'est pas un fait. C’est un acte. Celle-là seule est révoltante. Millions de ceux que tue la faim, de 1'ASIE à la CORDILLERE des ANDES, de ceux dont la misère dégrade et abrège la vie, victimes des maîtres, et des bourreaux, et de toutes les guerres, suicidés du monde riche, tués par 1'absence de but, toutes ces morts là, que 1’on peut combattre, culminent avec la Croix du CHRIST. Car la Croix n'est pas le signe de la mort, mais du meurtre, des puissances qui détruisent 1'homme. Le CHRIST n'est pas mort. On 1'a tué. Et cela donne sens à sa Résurrection.

La mort du CHRIST est un acte humain. Une mort donnée et une mort choisie. Une mort qui nous révèle qu'il y a des causes - et d’abord la cause de 1'homme - que 1'on peut préférer à la vie. Et que c'est seulement par le choix volontaire de risquer la mort pour une telle cause que 1’on conquiert la liberté.

La Résurrection témoigne qu'il est possible de vaincre cette mort là. Qu'il est possible de vaincre 1'échec. Que la mort n’aura plus le dernier mot. Que la mort ne tue plus. A condition de la combattre.

La Résurrection nous révèle ce que peut être une histoire humaine libérée par la liberté de DIEU, vivifiée par 1'acte de DIEU: la création du nouveau, rendre possible 1’impossible.

Cette Résurrection est la matrice de toutes les insurrections. Cette Révélation est  le levain des révolutions. La Résurrection, c'est le style de la politique permanente de DIEU dans 1'histoire. C’est le modèle de 1'acte de DIEU ouvrant chaque jour l'histoire à un nouvel avenir, à travers le refus que 1' esclave rebelle oppose à ce qui est, à ce que tu crois être le cercle de ce qui est.

C’est ainsi que se crée notre histoire: 1'histoire indivisible de notre salut et de notre libération.



Une libération pleinière: pas seulement un transfert de pouvoir ou de propriété. Mais, par une communauté qui exclut le pouvoir de quelques uns et la propriété de quelques uns, la naissance d'un homme nouveau.

Car il est vain de croire qu'on peut résoudre nos crises et accomplir une révolution sans rien changer à notre manière d'exister.

La révolution du CHRIST n'est pas une révolution partielle, qui serait limitée à un seul pays: la PALESTINE, ou à un seul niveau: celui de 1'Etat ou de la propriété. C’est une révolution pleinière, qui implique la lutte contre toutes les oppressions et toutes les aliénations: celles de 1'argent, celles de 1'Etat, celles du péché, c'est à dire du repli individualiste sur soi, de la suffisance qui t’empêche de découvrir des possibles au delà de toi.



La bonne Nouvelle de 1'Evangile, c’est qu'il nous est possible d'inventer notre vie.

Pour la créer il n'y a pas de loi du CHRI5T, mais une poétique du CHRIST.

Pour trouver DIEU, ne lève pas tes yeux vers le ciel. Ouvre plutôt ton coeur à 1'appel du plus proche, celui dont tu te méfiais, que tu tenais à distance. Celui auquel tu fermais ta porte. Celui que tu fuyais comme un loup. Va le trouver et tu feras lever en lui un homme. Va le trouver et tu rencontreras DIEU.



Roger Garaudy

[1]NDLR: L'entropie est en thermodynamique la grandeur qui permet de mesurer le degré de dégradation d'un système (Larousse 2015)



Archives personnelles de Roger Garaudy
Vers 1974-1975

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Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy