7 juin 2015

Les jugements en première instance dans le procès des "Mythes fondateurs de la politique israélienne" (1998)



Le philosophe Roger Garaudy est condamné pour contestation de crimes contre l'humanité
LE MONDE | 01.03.1998

ROGER GARAUDY a été condamné, vendredi 27 février, à un total de 120 000 francs d'amendes par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Le philosophe était poursuivi notamment pour « contestation de crimes contre l'humanité », après la publication de son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, diffusé une première fois en décembre 1995 par la librairie La Vieille Taupe, puis réédité, au printemps 1996, à compte d'auteur. Les associations qui s'étaient portées parties civiles ont obtenu chacune le franc symbolique de dommages et intérêts.
Le tribunal, présidé par Jean-Yves Monfort, a rendu cinq jugements, correspondant aux cinq actions engagées contre Roger Garaudy par le ministère public, des associations de déportés, la Licra et le MRAP. Ni le prévenu ni ses avocats, Me Jacques Vergès et Philippe Pétillault, n'étaient présents à la lecture du délibéré.
C'est dans une ambiance tendue que le président du tribunal a commencé la lecture des jugements. Dans le premier, qui vise uniquement la première édition du livre, le philosophe et l'éditeur de La Vieille Taupe, Pierre Guillaume, ont été relaxés respectivement des chefs de « contestation de crimes contre l'humanité » et de « complicité ». Les juges estiment que la preuve de la publicité de l'ouvrage, vendu exclusivement par abonnement aux adhérents de la maison d'édition, n'a pas été apportée par les parties civiles. Lors de son réquisitoire, le 15 janvier, le substitut du procureur de la République, François Reygrobellet, avait réclamé six mois de prison avec sursis et 150 000 francs d'amende à l'encontre de Pierre Guillaume.
Les quatre autres jugements concernent uniquement Roger Garaudy, pour la seconde édition de son livre. Dans une première décision, le tribunal le relaxe du délit de « provocation à la discrimination, la haine ou la violence raciales », souligant que l'ouvrage incriminé « n'incite pas le public » à un tel comportement. En revanche, il le condamne à 20 000 francs d'amende pour « diffamation raciale » à propos des passages de son livre consacrés à ce qu'il appelle le « Shoah business ». La même peine d'amende est retenue dans un autre jugement pour la même incrimination de « diffamation raciale », les juges estimant que l'« imputation d'une exagération du génocide à des fins politiques et cyniques porte à l'évidence atteinte à l'honneur et à la considération de l'ensemble de la communauté juive ».
Les deux derniers jugements visent le délit de « contestation de crimes contre l'humanité ». A ce titre, le philosophe a été condamné à deux peines d'amende, l'une de 50 000 francs, l'autre de 30 000 francs. Examinant un a un les passages incriminés, le tribunal estime que « loin de se borner, comme il l'affirme, à une critique de nature politique ou idéologique du sionisme et des agissements de l'Etat d'Israël critique parfaitement licite au regard des textes qui régissent la liberté d'expression , loin de limiter son propos à l'exposé objectif d'une polémique quant à l'existence des chambres à gaz nazies et de réclamer seulement, comme il le prétend, un "débat public et scientifique" sur cet événement historique, Roger Garaudy s'est livré à une contestation virulente et systématique de l'existence même des crimes contre l'humanité commis contre la communauté juive, empruntant pour ce faire largement à ce qu'une littérature révisionniste abondante a déjà publié sur le sujet. »
Roger Garaudy a annoncé son intention de faire appel « par principe ».

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Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy