22 décembre 2011

Quel avenir pour le Parti communiste ? (1995)

  le 8 Février 1995


L'important, c'est de savoir quel est l'avenir de ce parti. Je crois qu'actuellement il y a trois problèmes majeurs indissolublement liés et tout à fait capitaux. Celui de la faim dans le monde, celui du chômage, et celui de l'immigration. Pour moi, les trois ne font qu'un.
Jusqu'à présent, j'entends parler, pour le problème du chômage, de la croissance. Mais la croissance ne fait pas d'emplois. Elle en élimine. Marx avait déjà vu que la machine enlève l'homme de la production.
Deuxièmement, j'entends parler de partage du travail. Mais je pense qu'il faut surtout se dire: la croissance a augmenté de tant, la productivité a augmenté de tant, et le temps de travail est resté le même. A mon sens, un des projets essentiels, si l'on veut vraiment changer, c'est d'exiger l'indexation du temps de travail - du temps de travail, pas des salaires - sur la productivité.
Le fond du problème, c'est de changer les rapports avec le tiers-monde. Tant que 3 milliards d'êtres humains sur 5 demeureront insolvables, on parle d'un marché mondial mais on ne donne pas de travail à l'ensemble du monde. La seule solution, c'est donc un changement radical de nos rapports avec le tiers-monde. S'il y a un changement dans le Parti, ce doit être, à mon avis, celui-là. Ce changement radical consisterait très simplement: 1° à annuler la dette; 2° à supprimer l'aide par le haut, c'est-à-dire par les gouvernements, parce qu'elle passe en armement et en pots-de-vin, aussi bien du côté des donneurs que des bénéficiaires; 3° à faire directement ces prêts par l'intermédiaire d'organismes de base: de coopératives, de syndicats, de groupements de producteurs... Que chacun de ces prêts se fasse sur un projet précis, concernant l'amélioration du sort des populations, avec priorité pour les paysans afin d'atteindre l'autosuffisance alimentaire. Je pense à des forages de puits, à des routes, des hôpitaux. A mon avis, un parti qui ne pose pas ce problème est incapable de résoudre les problèmes mondiaux et, par conséquent, ne change pas. Pour moi, seul le Parti communiste a vocation pour avancer dans ce sens. C'est ce que j'attends de lui.

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy