26 mars 2015

Un texte inédit de Roger Garaudy sur Teilhard de Chardin. L'unité de la science et de la foi



Le Père Teilhard de Chardin, en découvrant le point où le mouvement de la recherche scientifique et le mouvement de la foi se rejoignent et fusionnent jusqu’à n’être plus qu’un seul mouvement de l’homme tout entier, a ouvert une voie nouvelle. J’avoue n’en avoir pas d’abord aperçu la portée, ni dans mes « Perspectives de l’homme », ni même dans mon livre « De l’anathème au dialogue », où je sépare trop la connaissance et la foi.

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Dans la perspective de l’orthogénèse de fond du Père Teilhard, dans ce mouvement ascendant défini par la « loi de complexité-conscience », et dont l’homme est le plus beau phylum et le plus beau fruit, l’esprit humain saisit d’une même vue, par la science l’unité et le sens de l’évolution qui le porte et, par la révélation qui éclaire prospectivement sa route, l’unité de l’alpha et de l’omega, l’unité de la Révélation et de la parousie finale, si bien que la distinction provisoire de la connaissance et de la foi s’abolit peu à peu : la foi devenant de plus en plus transparente à la pensée claire jusqu’à ce que, dans la vision béatifique de l’homme, jusque là pèlerin du temps, enveloppe d’un seul regard d’éternité, triomphant de la mort, l’unité totale de l’univers et de l’esprit. Ce regard, qui est à la fois celui de son intelligence la plus lucide et de sa foi la plus pure, saisit dans l’unité de la connaissance et de l’amour, la poussée humaine vers « l’en-avant » et l’appel divin vers « l’en-haut », unité accomplie dans le Christ qui est individuellement promesse et accomplissement.
Je m’excuse d’avoir ainsi empiété sur le terrain de la théologie, mais je devais ce témoignage à qui m’a découvert ce sens profond du message du Père Teilhard. Le Père de Lubac a pu me reprocher avec juste raison de n’avoir pas, jusqu’ici, compris l’intuition centrale de l’œuvre de Teilhard : celle qui nous fait saisir en nous l’Etre dans son opération et qui nous suggère, dans l’unité croissante de la science et de la foi, de la connaissance et de l’amour, ce sentiment unique évoqué par notre poète Claudel :
 « Je m’attendais à une réponse, mais je reçus dans mon âme et mon corps
    Plus qu’une réponse : le tirement de toute ma substance
    Comme le secret enfermé au cœur des planètes,  le rapport propre
    De mon être à un être plus grand. »
Je voudrais ajouter que chez le Père Teilhard, cette passion de l’univers par laquelle chaque goutte d’eau prend conscience qu’elle est habitée et portée par le mouvement entier de la mer, ce langage indivisiblement scientifique et prophétique pour lequel l’homme se sent entraîné par l’amour au-delà de ses propres limites, constitue le défi le plus fort qui puisse être accueilli par un incroyant. Le Père Teilhard nous aide à comprendre, dans l’esprit et la langue de notre temps, ce que peuvent être la Révélation et la Foi, comme si la science et la foi avaient un même destin, délivraient le même message, évoquaient une même Présence, nous animaient du même mouvement joyeux.

Roger Garaudy

Archives R.G. Texte dactylographié non daté

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy