28 octobre 2012

Il n’y a rien de commun entre Roger Garaudy et les pseudo-penseurs de la droite vichyste, genre Faurisson

Publié le 14-06-12

Roger Garaudy est mort. Il était âgé de plus de  quatre-vingt-dix-neuf ans. Les chaînes d’information françaises ont toutes, sans exception, annoncé sa disparition avec la même formule :«Garaudy, figure du négationnisme, est décédé ». Et voilà comment on fausse l’histoire en réduisant une vie à un acte sans le restituer  à l’identique.Garaudy a écrit «Les mythes fondateurs d’Israël». Il ne nie pas la shoah ni la politique d’Hitler, mais il conteste les chiffres et surtout l’instrumentalisation de la shoah pour permettre à Israël d’agir à sa guise, d’asservir un peuple, d’occuper des territoires. Il n’y a rien de commun entre Roger Garaudy et les pseudo-penseurs de la droite vichyste, genre Faurisson. Tout simplement parce que le défunt n’était animé que par des positions politiques et non pas raciales. Il n’était pas antisémite,  ni anti quoi que ce soit par ailleurs.
Il n’y a pas d’échelle de Richter de l’honneur. Ce que les Juifs ont subi en Europe, essentiellement, le peuple Rwandais en a souffert certes selon d’autres modalités. Ce que subissent les peuples palestinien et syrien, nous rappelle, chaque jour, la proximité que l’humanité peut avoir avec les fauves.Mais Roger Garaudy, c’est toute une histoire, celle du 20ème siècle. Issu d’une famille protestante, rigoriste, il devient l’un des philosophes en vue du parti communiste français, un cran en-dessous d’Althusser tout de même, mais une voix qui porte. Comme tous les intellectuels communistes de l’époque, il refuse de voir les ravages du stalinisme.Garaudy commence à douter à la fin des années 70. Il est viscéralement attaché à l’aspiration égalitaire. Il sait que c’est cette aspiration qui a fondé le progrès social de l’humanité. Mais il reprend langue avec la foi. Il se convertit d’abord au christianisme, dans le sillage des églises de l’Amérique Latine, les curés rouges comme on les appelait à l’époque. Puis il découvre Ibn Arabi et se convertit à l’islam, cette fois marqué par la révolution iranienne et pensant que ferveur religieuse et aspiration égalitaire pouvaient mener à l’émancipation de l’homme.

Le philosophe et le dogme
La première des injustices faite à Garaudy vient du monde musulman. Il a été traité en trophée de guerre. Un communiste qui rejoint l’islam, c’est la preuve de la supériorité de celui-ci, puisque le communiste en question est un penseur.Seulement, Garaudy est un philosophe, un vrai. Alors, il questionne la religion qu’il a adoptée. Il se penche sur les incohérences ou ce qu’il considère comme telles, reprend des thèses de la «batinya», expurge des textes anciens, en somme, il réfléchit. Mais chez ces gens-là, on ne réfléchit pas, monsieur! On se soumet. Roger Garaudy a fait l’objet d’une fatwa  du célèbre Ibnalbaz, théologien officiel de la famille Al Saoud. «Roger Garaudy est un impie et un athée. Il n’est pas apostase parce qu’il n’a jamais adhéré à l’islam. En conséquence, il n’y a aucune obligation religieuse de le tuer». Cette fatwa a dû désarçonner Garaudy, rejeté par une religion qu’il a choisie justement parce qu’il pensait qu’elle faisait plus de place à la quête d’émancipation de l’homme.L’œuvre la plus importante de Roger Garaudy n’est pas un livre. C’est le centre qu’il a laissé à Cordoue, financé par les Saoudiens, soit dit en passant.
Dans ce centre, on découvre l’islam de Cordoue, ce qu’il a réalisé en termes d’avancées technologiques, mais surtout, non pas la tolérance, mais la convivialité entre les trois religions.Garaudy a vécu tourmenté entre l’attachement à l’égalité et la foi. Bien avant lui, Maxime Gorki, bolchévique croyant, a tenté de rallier Lénine à l’idée d’une église rénovée au lieu de l’athéisme militant. On peut ne pas être d’accord avec Roger Garaudy qui était stalinien d’abord avant de devenir musulman. Il est cependant révoltant que l’on réduise cette figure du 20ème siècle, qui a posé une problématique très actuelle, celle de la relation entre la religion, fait sociétal prégnant, et l’aspiration égalitaire, à un prétendu «négationnisme».Laissons  le mot de la fin à une autorité religieuse. Voilà ce que le Dalaï-lama, chef spirituel du bouddhisme, l’une des religions les plus importantes du monde dit, dans un livre, entretien avec stéphane Hessel, l’auteur de «indignez- vous !», grand athée devant l’Eternel : «Je crois qu’il est possible de développer des qualités humaines comme la compassion, la tolérance et l’intégrité même sans foi, sur la base de valeurs qui ne découlent pas nécessairement de la religion. Je qualifie ces valeurs universelles d’éthique séculière. Le terme séculier, ici, ne veut pas dire irrespect ou non-respect de la religion. Mais , bien au contraire, le même respect à l’égard de toutes les religions et des non-croyants ».
Roger Garaudy a passé un siècle à tenter de marier deux utopies, celle du communisme qu’il n’a jamais renié sauf dans son aspect d’athéisme militant, et celle de l’homme transcendé par la croyance dans un au-delà qui lui imposerait des vertus sur terre. Sans partager cette angoisse, on se doit de respecter une démarche qui mettait l’homme et son devenir au centre de ses préoccupations. Honte à ceux qui ne voient en lui qu’un négationniste, alors même qu’il n’a jamais nié l’entreprise de destruction systématique des juifs par Hitler!

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy