16 août 2010

Une nouvelle naissance de l'homme: Jésus

Environ sous le règne de Tibère, nul ne sait exactement où ni quand un personnage dont on ignore le nom a ouvert une brèche à l'horizon des hommes.
C'était sans doute ni un philosophe ni un tribun, mais il a dû vivre de telle manière que toute sa vie signifiait: chacun de nous peut, à chaque instant, commencer un nouvel avenir.
Des dizaines, des centaines peut-être, de conteurs populaires ont chanté cette bonne nouvelle. Nous en connaissons trois ou quatre.
Le choc qu'ils avaient reçu, ils l'ont exprimé avec les images des simples gens humiliés, des offensés, des meurtris, quand ils rêvent que tout est devenu possible: l'aveugle qui se met à voir, le paralytique à marcher, les affamés au désert qui reçoivent du pain, la prostituée en qui se réveille une femme, cet enfant mort qui recommence à vivre.
Pour crier jusqu'au bout la bonne nouvelle, il fallait que lui-même, par sa résurrection, annonce que toutes les limites, la limite suprême, la mort même, ont été vaincues.
Tel ou tel érudit peut contester chaque fait de cette existence, mais cela ne change rien à cette certitude qui change la vie. Un brasier a été allumé. Il prouve l'étincelle ou la flambée première qui lui a donné naissance.
Ce brasier, ce fut d'abord une levée de gueux, sans quoi, de Néron à Dioclétien, "l'establishment" ne les aurait pas frappés si fort.
Chez cet homme l'amour devait être militant, subversif, sans quoi, lui, le premier, n'aurait pas été crucifié.
Toutes les sagesses, jusque-là méditaient sur le destin, sur la nécessité confondue avec la raison. Il a montré leur folie, Lui le contraire du destin. Lui, la liberté, la création, la vie. Lui qui a défatalisé l'histoire.
Il accomplissait les promesses des héros et des martyrs du grand éveil de la liberté. Pas seulement les espérances d' Isaïe ou les colères d' Ezéchiel. Prométhée était désenchaîné, Antigone désemmurée. Ces chaînes et ces murs, image mythique du destin, tombaient devant lui en poussière. Tous les dieux étaient morts et l'homme commençait.
C'était comme une nouvelle naissance de l'homme.
Je regarde cette croix, qui en est le symbole, et je rêve à tous ceux qui ont élargi la brèche: de Jean de la Croix qui nous apprend, à force de n'avoir rien, à découvrir le tout, à Karl Marx, qui nous a montré comment on peut changer le monde, à Van Gogh, et à tous ceux qui nous ont fait prendre conscience que l'homme est trop grand pour se suffire à lui-même.
Vous les receleurs de la grande espérance que nous a volée Constantin, gens d'église, rendez-le nous! Sa vie et sa mort sont à nous aussi, à tous ceux pour qui elle a un sens. A nous qui avons appris de lui que l'homme est créé créateur.
Pouvoir de créer, attribut divin de l'homme, elle est là, mon hostie de présence réelle, chaque fois que quelque chose de neuf est en train de naître pour agrandir la forme humaine, dans le plus fol amour ou dans la découverte scientifique, dans le poème ou la révolution.

Roger Garaudy, POUR VOUS QUI EST JESUS-CHRIST?  EDITIONS FOI VIVANTE 1971 , extrait cité dans "Mon tour du siècle en solitaire", de R. Garaudy, Robert Laffont éditeur, 1989, pp 228-230.
Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy