12 mars 2016

Satan, démonisme, démence ou Providence ? Par Djouher Khater


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Les sens sont notre lien au monde qui nous en dessinent
 les contours et le représentent en ses moindres détails.
 Nos mouvements, nos actions et notre rapport au monde  en
 dépendent. Pourtant, en avons-nous toujours la
 représentation fidèle ? En percevons-nous  la réalité
 telle qu'elle est ou  se donne à voir ?


 En un mot, nos sens sont-ils fiables ? La réalité se
 donne t-elle jamais, à voir , quand au-delà de ce qui
 n'est perceptible que par le verre grossissant
 d'un microscope, la perception  peut être
 déformée,  faussée ou affinée ?

 Autant de facteurs ou de donnes qui  forcent un tout un
 chacun à aller au-devant de son destin,  en l'y
 conformant  par-delà les objectifs préconçus, en  le
 déviant  par des chemins tortueux et des voies
 sinueuses.  Pour  bien entendu, l'en dé-saisir quand
 telle est la volonté alterne, sans toutefois l'en
 détourner.

 Les causes sont nombreuses : Satan, le démon, la
 sorcellerie, la maladie mentale, l'hyper-sensibilité,
 la perspicacité, la guidance… Car  alors, soit que les
 choses sont perçues à contre-sens ou par des déviants ou
 faux-sens, soit elles sont perçues au-delà  des formes et
 de la  surface des apparences.

 Or,  il en faut du temps pour saisir la situation dans
 son ensemble, trouver la source des informations qui se
 déversent  se contredisant ou se complétant dénuées
  de clarté et de signification, trop souvent. Il en faut
 de même pour avoir la réaction utile, trouver la solution
 appropriée  ou tout simplement apprendre à jongler
 entre les donnes qui  laissent le principal concerné
 dans la confusion et la déroute.

  Le rapport au monde s'en trouve modifié,  altéré,
 voire bouleversé. Une autre direction inenvisageable
 jusque-là, un chemin de traverse insoupçonné... font
  irruption là où ils étaient ignorés ou non reconnus,
 menant vers l'autrement, voire vers l'ailleurs,
  soit une  dérive ou un monde opposé. Ou conduisent
 aussi paradoxal que ce soit, vers l'inconnu.

 Parce que cela peut arriver de façon continue ou par
 intermittence, et de façon intempestive, au moment où on
 s'y attend le moins, la personne à tendance à se
 lâcher quand elle a atteint ses limites.  Ou à vivre
 sur ses nerfs, entre le traumatisme de l'advenu et la
 terreur du devenant.

 Dans un cas comme dans l'autre, quand tout autour  de
 soi  s'effiloche peu ou prou et que l'on
 vit  dans le flou,  on ne saurait mieux faire que de
 prendre de la distance vis-à-vis de la situation ou du
 problème inhérent. Il n'y a pas d'autre  choix
 possible pour qui ne veut pas vivre dans la collusion
 permanente,  la guerre en soi et contre  les autres,
 qu'essayer  de lever le pied pour réduire
 l'impact du trauma des accidents de parcours en tous
 genres.

 Et ce d'autant plus que  la réalité appréhendée
 pourrait être un mirage, de l'illusion pure, un faux
 problème ou un subterfuge, ou autres barrières qui
 n'ont d'autre but que de semer la discorde, amener
 à l'usure pour  provoquer la casse ou le désordre.
 Elle pourrait  aussi être une simple dissonance
 fortuite induite par une perception déformée de la
 réalité,  prenant source dans un malaise, une déviation
 pathologique des sens. Mais elle pourrait aussi bien,  
 par-là les troubles hallucinatoires et les problèmes de
 communications,  quoique rarement, être un moment
 privilégié de vérité cruciale, une donne supérieure,
 la Guidance en somme.

 Comme il n'est pas aisé de faire la différence, de
 distinguer le vrai du faux, le recul seul peut empêcher
  la personne, acteur ou victime consciente ou inconsciente
 de tomber dans le piège des réactions extrêmes.

 De la panique tétanisante et l'indifférence  à la
 violence criminelle, à l'agressivité physique ou
 verbale... assassine ou auto-destructive, on ne peut que
 dresser la liste exhaustive des attitudes réactionnelles,
 tant elles sont complexes.


 Il s'agit  ne pas reconnaître à la situation
 « tragique» ce pouvoir d'anéantissement ou de
 destruction qui expulse hors du monde,  simplement en
 s'identifiant résolument comme partie du Tout. Il
 s'agit de se concevoir dans et pour la vie et non
 pas en dehors et à son extérieur. Il s'agit tout
 particulièrement de rester affectivement lié à cet autre,
  semblable si différent soit-il. Puisque le soi tout
 autant que  le moi sont  unis, malgré les aléas et
 les apparences par le sens commun en humanité, par et
 dans le même.

 En ce sens, la maîtrise de soi doit être de tout
 instant, autant que la vigilance. Si l'on ne veut
 ni des camisoles de force, ni des prisons de quelque
 type qu'elles soient, ni  simplement à titre
 d'exemple, d'une grosse méchanceté  plus ou moins
 vénéneuse ou d'une banale déviation des
 instincts , qui  inoffensives au départ,pourraient
 s'implanter comme un trait de caractère ou une drogue
 conduisant à  l’irréparable.


 Ce choix fait, des occasions d'un mieux-être ou
 d'une mise en route sont  ratées,  le tout
 accompagné d'un cortège de souffrances
  s'alourdissant une fois cumulées. C'est la
 rançon  de la résistance opiniâtre à l'infamie ou
 d'une dette à payer à la vie.

 Quelle soit  intermittente et factuelle ou  s'inscrive
 dans la durée, la résistance  de tout un chacun aux
 problèmes complètement dénués de fondement ou plus ou
 moins graves dépend de la capacité de l'homme à se
 conformer à la raison normée, ou aux  valeurs  d'un
 idéal d'humanité  transcendant.

 Et ce,  simplement, car  il y a un prix pour tout .
 Et pour qui veut être en accord avec les Lois de
 l'Univers dans un monde qui a pris une direction souvent
 contraire, le prix peut être  fort.

 Cela peut certes confiner à l'horreur, mais cela vaut
 tant et si bien  que de ce combat-là au moins on sort
 moins englué et plus léger.  On en sort rasséréné,
 pour y avoir appris à  appréhender la vie avec plus de
 liberté et donc de simplicité.  Ce que confirme le poète
 Charles    Baudelaire  en son célèbre : « Qui perd
 gagne ! »

 Une assertion de bon sens et une évidence pour
 d'aucuns, en leur souci  de conformité avec
 l'éthique universelle des valeurs humaines.
 Néanmoins  cette assertion semble être plutôt  loin de
 l'intime conviction de ce novateur patenté du
 symbolisme lyrique et réaliste. C'est dire qu'entre
 la réalité et le concept intellectuel ou créatif d'un
 marginal tel que C. Baudelaire, le fossé n'est pas
 prêt d'être passé.

 En effet, ce dernier qui n'avait pu souffrir  le rejet
 social, le mépris et  l'ostracisme de ses pairs en
 raison de la perversité de certains aspects de sa vie
 affective et/ou littéraire, ne s'est-il pas
 auto-détruit dans l'univers  des drogues en tout
 genre ?  Et ce, pour avoir été vilipendé et exclu du
 cercle académique des icônes de la littérature, au terme
 d'une mise au ban par la manœuvre d'un procès
 retentissant intenté par ceux mêmes auxquels il vouait
  pourtant un mépris sans honte .

 Cet homme  dont le génie littéraire a pourtant bien
 été  unanimement reconnu  à titre  posthume, était
 donc on ne peut mieux sûr de sa valeur littéraire et de
 ses facultés créatives innovantes. Pour autant,  cela
 valait-il la peine de s'en faire à tel point pour  une
 attitude et un évincement dictés par  la jalousie ou
 l'incompréhension plus que par des critères de
 sélection  raisonnés et équitables?

 Surtout,  que penser de qui s'enfonce dans le
 désespoir à cause d'une décision et d'un procès
 qu'il sait d'avance conformes à ses adversaires les
 plus iniques, lui qui se clame solitaire définitif pour
 avoir  cherché en vain dans son entourage, un visage
 humain. Quoi qu'il en soit, et à supposer la
 décision de justice en question éminemment  justifiée,
 méritait-elle l'attitude suicidaire du père de la
  modernité poétique  du monde civilisé d'alors ?
 Valait-elle  tant qu'un  artiste de stature  de
 Baudelaire finisse sur le trottoir  dans la force de
 l'âge, des effets des poisons ingurgités depuis
 l'adolescence pour à cause d'une enfance
 malencontreuse ?

 L'enjeu est on ne peut plus  vital, et l'exemple
 ci-dessus  l'illustre bien : se gouverner en toute
 situation et rester maître de soi ou se laisser gouverner
 par des états   émotionnels à la finalité pour le moins
 douteuse, quand elle n'est démentielle ou démoniaque,
 telle est la question !

  Si bien que se fier aveuglément et sans distinction,
  sans  questionnements et sans restrictions à la donne de
 ses propres  sens et instincts ou à celle des autres,
 réactions alternes incluses, débouche inéluctablement sur
 les complications les plus désarmantes. Qu'elles se
 présentent tant sous les signes affichés de l'amitié
 que des sentiments adverses n'y change rien.
 L'inconnu est là, toujours prêt à s'engouffrer
 en un hécatombe incontrôlable. Car en effet, sait-on
 jamais sur quoi  pourrait déboucher  toute
 expérience?

  Il n'y a cependant  pas de recette idoine, sinon de
 tenter d'aller à la source du fait ou du problème, au
 facteur déclenchant, de proche en proche. C'est à
 dire, de questionner ce qui de prime abord prétend
 justifier les  contresens  récurrents du fait, actes ou
 événements simples ou compliqués survenant séparément
 ou conjointement.


 Aussi, quand les troubles qui affectent le fonctionnement
 mental, réduisant ou annulant les antécédentes facultés
 affectives, cognitives ou relationnelles   peuvent relever
 du traitement  psychiatrique, ils nécessitent
 indubitablement un soutien psychologique et un traitement
 médical.  Le remède pourrait  être con substantif  au
 dés-envoûtement  encadré par un rituel  sûr,
 déterminé par la tradition spirituelle dudit patient et
 le rite de purification  correspondant.

 Les perturbations antécédentes qui ne représentent que
 des exemples succincts peuvent également se révéler être
 une ouverture sur le monde mystérieux de la spiritualité
 et déboucher sur un affermissement de la foi. Et ce, quand
 au final, les  faits ont un retentissement positif, et
 l'expérience qui en résulte est constructive en son
 ensemble.

 Ces voies peuvent être  explorées dans le même temps et
 à la fois, sans fixation aucune, car ces états peuvent
 être passagers provenant de l'une ou l'autre cause,
 se succédant ou se renforçant tant le psychisme
 déstabilisé est d'autant plus fragilisé et  la
 résistance caduque.

 Tout premièrement, le soutien de l'entourage immédiat,
 proches,  praticiens  et en règle générale  de
 l'environnement  social en rapport avec la personne
 souffrante est requis, et son efficacité se passe de
 preuves. Un chemin douloureux certes pour tous,
 l'apprentissage pouvant s'avérer long et
 coûteux, mais il n'est pas de meilleure voie de
 sortie possible. Dés lors qu'il ingère du respect
 et de l'amour restaurant  l'estime de soi et la
 dimension humaine balayés par la tourmente, et tient
 compte de tradition  religieuse propre au milieu
 d'origine du patient et en conseille notamment
 l'observance avec patience.

 Car la prière est pour ainsi dire, l'unique réaction
 saine vis-à-vis des perturbations en tout genre ou
 étrangetés intempestives qui viennent interrompre un
 processus évolutif  de quel qu'il soit.  Qu'elles
 soient banales ou sérieuses, et l'interruption
  minime, voire grave ou dramatique, il n'y a que la
 patience qui peut freiner la dérive, amoindrir la chute ou
 la descente en enfer et les distorsions et souffrances
 consécutives. En tout état de cause, et quelque soit la
 situation, le recours au détachement par la
 distanciation ou la dérision est effectivement efficace.
 Pour y arriver,  la prière  peut être un tremplin qui
 y conduit  à la longue .

 Outre le détachement, la patience et l'endurance sont
 essentielles  pour limiter  l'impact des supposés
 ou avérés satanisme, démonisme, démence ou autres.
  Et là encore, le rôle de la prière est prépondérant.
  Mais faut-il souligner, cette dernière n'est
 efficace et bénéfique qu'accompagnée de
 l'éthique des valeurs morales universelles présentes
 dans les rapports de la personne avec ses relations humaines
 et autres. Cela est requis pour l'instauration
 du minimum de bien-être  nécessaire à  l'équilibre
 de tout homme dans son environnement, lequel attend  
 de chacun un investissement drastique autrement plus
 exigeant que jamais auparavant.

 En effet,  il en faut du temps pour réaliser les méfaits
 de la modernité  dont la complexité impose une capacité
 d'adaptation  impossible tant la vitesse du
 changement est vertigineuse, d'autant que ce dernier
 se pose à contrario des aspirations légitimes d'une
 spirituelle vive. Il en faut du temps et de l'énergie
 pour s'en dégager et reconquérir un tant soi peu
 d'autonomie.

 Et ce d'autant plus que  la prière est  le pilier
 du lien primordial à l'universel,  à l'Univers
 dans sa diversité.  Elle sauvegarde et restaure tant et si
 bien l'équilibre psychique de toute personne
 qu'il n'y a rien de mieux pour
  l'environnement  propice à la convivialité. Ainsi,
 et du fait que les valeurs humaines universelles forment
  le socle d'une éthique correspondant  à
 l'innéité en sa structure inaliénable,  la prière
 est le vecteur qui recentre  l'homme sur sa nature
 conforme aux valeurs morales universelles.

 En toute situation donc, et on ne le répétera jamais
 assez, la patience permet de vaincre la détresse et la
 perdition récurrentes.  Mais il n'y a rien à espérer
 en dehors de la conformité à l'essence des valeurs
 défendues par les trois dernières spiritualités, ou
 plus exactement  par  leurs déclinaisons et adaptations
 imposées par l'histoire. Et sans exagération aucune .
 En cela que les modifications  introduites n’enlèvent
 rien aux normes qu'elles prônent, ces dernières
 étant éternelles, notamment pour ce qui concerne
 l'Islam, en ses textes basiques, car transcris à
 temps. En effet,  le Coran et Hadith sont indemnes de
 toute altération et portent  la religion en  sa
 forme ultime à échelle d'homme .

 Ainsi, parce qu'en leur essence les spiritualités vives
 sont conformes aux innéités de l'homme  non
 altérées  par les sédiments cultuels et culturels
 exogènes imposés par l'évolution des sociétés,
  l'arrimage aux  Commandements, Recommandations ou
 Obligations des unes et des autres est la meilleure
 protection possible contre les méfaits du satanisme, du
 démonisme et  leurs suppôts occultes et c'est de
 même un antidote à l'impact du stress inhérent aux
 exigences de  modernité. Enfin, le respect effectif des
 principes religieux sont également un rempart contre les
  méfaits du monde en ses réalisations les plus malsaines
 et ses volontés les plus destructives.

 En résumé, la conformité un tant soit peu,  par la
 prière,  l'invocation divine et la morale du bon bien,
 est la seule attitude  qui sauve tout être humain de
 l'enlisement dans les conflits absurdes, les faux
 problèmes et  l'épuisement. Cela  permet de se
 maintenir dans le cadre  de la foi et de la juste
 mesure des valeurs humaines universelles.

 Enfin, il incombe de fait, et à tout un chacun un tant
 soit peu sensé de ne pas s'infliger plus de
 souffrances  en se compliquant l'existence.  Il se
 doit d'abord et avant tout  d'assurer son
 équilibre, qui consiste stricto sensu en l'accord
  avec l'essence, l'innéité de son être
 d'homme et le respect de ses besoins vitaux. Car hors de
 cela, point de salut.

 Djouher  Khater

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Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy