4 mars 2014

Coup de force occidental en Ukraine



Par Camille Loty Malebranche

Toute raison politique qui fait abstraction des rapports de force par l’obsession d’un empire à vouloir faire du monde entier sa basse-cour nonobstant les situations géopolitiques concrètes de ses cibles, est vouée à l’échec. L’obsession hégémonique sans considération des pôles d’influence n’est que géostratégie grossière et bellicisme inavoué. En relations interétatiques, l’ignorance intransigeante des rapports de force est toujours corruption de la raison politique quelles que soient les arguties et ratiocinations d’idéologues et de propagandistes d’empires qui accusent et dénigrent les autres puissances les empêchant de réaliser leur plan expansionniste de conquête. Et chose pérenne de l’histoire, pousser une puissance mondiale dans des circonstances dont l’acceptation signifierait pour elle de perdre la face, est toujours une déclaration de guerre même si elle est accoutrée de mots et de manières.

Le déferlement de l’impérialisme occidental dans les événements actuels en Ukraine, n’est pas sans nous alerter sur les dangers du bellicisme primitif, de la violence primaire des establishments d’un occident malade de sa raison, fourvoyé en sa rationalité de frénésie hégémonique. Rationalité spectrale, somme toute monstrueuse et tératogène. Rationalité grimaçante à l’heure du déclassement des puissances dudit occident dont la mainmise planétaire successivement colonialiste et néocolonialiste a été quasi totale pendant les cinq derniers siècles de l’histoire. Bellicisme aveugle et sot qui ne changera pas l’ordre de la multipolarité commencée en ce siècle, mais qui mettra inutilement le monde au bord d’hécatombes guerrières évitables.

En aucun cas, la Russie ne saurait accepter le coup de force occidental en Ukraine, à moins de consentir à perdre tout respect militaire, politique ou diplomatique, de renoncer totalement à être une puissance planétaire majeure naturellement dotée de son giron et d’abandonner tout rôle à jouer dans la politique mondiale et tout droit de regard sur les problèmes du monde. Et, disons que, vu le stade actuel de l’histoire où tout est tentative géostratégique de l’occident pour cibler le territoire russe, si moralement tout hégémonie est indue, celle de la Russie sur l’Ukraine tient de l’autodéfense et est donc compréhensible, ce, sans considérer l’aspect des
liens historiques, géographiques voire ethnolinguistiques entre les deux pays. Là, nous sommes loin de la domination étasunienne en Corée du sud ou à Taïwan.



Rationalité d’empire et danger de guerre

Une rationalité d’empire qui n’évolue pas pour ajuster ses ambitions et limites aux exigences de la marche de l’histoire, ne peut que basculer dans l’illégitimité et la provocation contre des puissances de pôles et espaces géopolitiques et économiques étrangers à son emprise.

L’occident ne fait que se pâmer dans la rêvasserie du maintien d’un ordre unipolaire du monde sous son sceptre, alors qu’il devrait s’atteler à consolider sa prépondérance dans l’étendue encore immense de ses patelins, notamment en changeant de méthode vis-à-vis des peuples et États de son giron, qu’il a martyrisés par son colonialo-esclavagisme et son impérialisme barbare et dévorant durant le dernier demi-millénaire.

Alors que la véritable raison politique en relation interétatique, surtout quand il s’agit de puissances militaires égales, est emmétropie, la cécité d’une rationalité fondée sur la cupidité, la rage d’expansion géopolitique, finit par rendre abjecte ladite raison. La folie de règne et la mégalomanie des establishments occidentaux de vouloir être maîtres de la planète à monopoliser - s’érigeant tyranniquement accapareurs des vies et des ressources de la terre entière - est vaine et dangereuse pour le minimum de paix et d’équilibre mondial. Une telle rationalité de prédation internationale sans limite ni retenue, ne fera qu’accroître horreurs et misères en ce vingt-et-unième siècle, tout en y multipliant les risques de conflagrations potentiellement apocalyptiques pour le monde que menace la horde des monstres du délire géostratégique, voraces vampires d’une hégémonie à tout coup férir et sans borne.


CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy