22 juillet 2013

« La Vision/Conception de la Dignité selon Laurent Gbagbo : essai d’analyse »

« La souveraineté de la Côte d’Ivoire, c’est elle que je suis chargée de défendre. Et elle, je ne la négocie pas. J’appelle donc les Ivoiriens à se ressaisir et à ne pas compter sur autrui pour venir leur faire Roi. Celui qui te fait Roi a toujours un droit sur ton siège. »
Discours d’investiture du Président Laurent Gbagbo le 4 décembre 2010 au Palais présidentiel du Plateau
Laurent Gbagbo en 1969

« Il n’est plus possible de se taire. » C’est précisément par cette phrase que le célèbre philosophe marxiste Roger Garaudy ouvrait son livre Le Grand tournant du Socialisme paru en 1969 aux Editions Gallimard. Il n’est vraiment plus possible de se taire. Car parler c’est agir et se taire c’est mourir. La vie du Président Laurent Gbagbo pose un problème important à tous les intellectuels africains soucieux du développement de l’Afrique et à chacun de nous en tant que Citoyen Ivoirien. De quel problème s’agit-il donc ?
Je ne saurai donner ici une réponse exhaustive. Mon objectif ici n’est pas d’épuiser l’analyse mais simplement de susciter des réflexions sur ce sujet. D’ailleurs le plus difficile n’est pas toujours de résoudre les problèmes. C’est parfois de les poser. Il faut donc, comme l’écrivait le Pasteur Dietrich Benhoeffer en 1944, risquer de dire des choses contestables pourvu que les questions vitales soient posées. Etant un simple étudiant en Histoire et non un spécialiste, l’entreprise n’était pas sans risque surtout lorsqu’on veut prétendre à être un Intellectuel/Penseur de gauche. Car peut-on raisonnablement dire quelque chose de nouveau sur Laurent Gbagbo en un article de journal. Mais l’enjeu était trop grand pour ne pas la risquer. C’est donc un devoir pour tout Ivoirien, digne de ce nom, de chercher à comprendre l’enjeu de l’éviction du pouvoir du Président Laurent Gbagbo et ce qui est en jeu dans cette crise ivoirienne. Ce dernier ne cessait de ressasser que « chaque crise a ses bon côtés. Celui qui n’a pas été instruit par cette crise ne le sera jamais. » C’est aussi un Devoir pour nous de Penser cette crise afin d’en tirer des leçons pour l’Avenir car c’est une partie du Destin de l’Afrique qui s’est joué en filigrane dans la crise ivoirienne. Cet article est ma contribution personnelle comme essai ou tentative de compréhension de cette crise afin de remplir mon devoir vis-à-vis de l’Histoire, de l’Avenir et de tous ceux qui sont morts dans ce noble combat. Ils seraient mort en vain si nous nous contentions simplement de chanter leurs mérite sans nous engager aussi afin d’imiter leur exemple. La Plume est un moyen de combat. Et toute action (praxis) est précédée de la théorie (théoria). Que chacun fasse donc son travail, ceux qui savent Penser le fasse et que ceux qui savent Agir de même. Pourquoi un jeune d’à peine 24 ans se donnerait tant de mal à faire des recherches approfondies pour écrire sur la vie d’un homme qui n‘a rien à voir, semble-t-il, avec ses études universitaires personnelles ? Trois raisons motivent mon engagement : d’abord comprendre la vie et la pensée politique d’un grand leader qui a lutté pour la véritable indépendance, la Liberté, le développement de son pays et de l’Afrique, pour la Dignité de l’Homme Noir afin de perpétuer sa mémoire, faire la promotion de son combat, m’y engager et encourager d’autres à imiter son exemple. Ensuite, en tirer des leçons de sagesse afin de continuer son noble combat : il y a deux cas en ce sens : vanter ses mérites, la justesse et la noblesse de son combat ou imiter son exemple en s’engageant (continuer) dans son noble combat. J’ai personnellement choisi la deuxième option, ce qui ne me dispense pas de la première. Enfin, favoriser (encourager, susciter) l’étude de sa pensée politique dans l’objectif d’en tirer (élaborer) une théorie politique à la lumière de ses discours (écrits) et de ses actions (stratégie politique). Car j’ai toujours été convaincu qu’il est un exemple d’homme politique et un modèle qui mérite d’être enseigné dans les facultés de sciences politiques africaines et dans le monde, en plus d’être un leader qui à influencer (inspirer et inspirera toujours) toute une génération d’Africains (les Jeunes surtout) et beaucoup d’autres personnes dans le monde. Comme le dit à raison le journaliste Blaise Pascal TALLA Laurent GBAGBO est « un Professeur de stratégie politique ».

NB : Si vous avez un travail urgent à faire, ne lisez pas cet article. Si vous êtes convaincu que les occidentaux ont déjà vaincu les Africains, que les Africains sont les maudits de la terre et qu’il est inutile de lutter, si vous n’acceptez pas de remettre en question ces certitudes, refermez dès maintenant ce journal et ne relisez plus cet article : il n’est pas écrit pour vous.

« La première chose qu'il faut comprendre, c'est que, dans toutes négociations, même si elles sont techniques, c'est la dignité. Oui, nous sommes les combattants de la dignité. L'Afrique veut le respect. Je négocie avec toi un prêt. Si tu veux, tu me le donnes. Si tu ne veux pas, tu le dis. Tu peux me dire : “Je te fais un prêt, voici les conditions”. Moi aussi, j'accepte tes conditions ou je ne les accepte pas. Mais l'irrespect ne peut pas être accepté par les générations à venir. L'indignité ne peut pas être acceptée par les générations à venir. La génération que je représente, c’est de donner la dignité, c’est de forcer le respect. ... Nous n’avons absolument rien contre le peuple français. Mais, quiconque, au nom d’intérêts idéologiques ou économiques, veut nous asservir nous trouvera débout ! » Ainsi s’exprimait le Président Laurent Gbagbo à l’occasion de l’ouverture du 2ème Sommet international du Congrès de la Jeunesse Panafricaine (COJEP) le samedi 18 décembre 2004 au Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire à Cocody. De plus, la presse a largement diffuser ses dernières paroles avant sa déportation à la Haye sous les ordres de Dramane Ouattara et son maître Sarkozy, Laurent Gbagbo à laisser en substance à ses partisans ce message plein de sens : « NE PLEUREZ PAS, SOYEZ FORTS ET RESTER DIGNES. » Ce sont ces paroles fortes qui ont suscité cette réflexion que je veux vous faire partager ! Il faut néanmoins dire que cette contribution est aussi pour célébrer le premier anniversaire de la prestation de serment du Président Laurent Gbagbo le 4 décembre 2010. Comme le disent les psychanalyste et philosophes du langage, la parole est le dévoilement de l’être dans toute sa plénitude et son mystère. Pour mieux analyser son discours très profond cité ci-dessus il faut se remémorer un autre très important discours, moins connu mais que Laurent Gbagbo a dit lors de la remise officielle du film-documentaire : « Un Homme, une Vision » réalisé par le cinéaste Abdérhamane N’Diaye. Ecoutons encore : « On a de grands combats à mener. Et, les grands combats qu’on a à mener, ce n’est pas pour se venger des gens. C’est pour être Hommes, aussi, comme les autres. C’est ce qu’on appelle la dignité. Quand quelqu’un passe, il faut qu’on sache que c’est un Homme qui passe. C’est tout ce que nous voulons ; c’est tout ce que nous recherchons. On ne cherche pas à dominer ceux qui nous ont dominés hier ; à nous venger ; non. Mais, on veut qu’on reconnaisse que nous sommes des Hommes, au même titre que les autres. (...) Quand tu passes, il faut qu’on dise : voici un Homme qui passe. » Il dira encore lors d’une cérémonie organisée par l’Union des Houphouëtistes pour le Dialogue le 9 avril 2010 à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la Paix : « Il faut que les Ivoiriens des Houphouëtistes pour le Dialogue le 9 avril 2010 à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la Paix : « Il faut que les Ivoiriens sachent que Houphouët est entré dans la politique en réclamant la Liberté. Il est entré en politique en réclamant l’Egalité. (...) Chers amis, Houphouët est entré en politique en réclamant la Liberté, en réclamant l’Egalité. Je suis entré en politique en réclamant la Liberté et l’Egalité ; réclamant pour chaque citoyen, le droit de se mettre au service de son pays, la Côte d’Ivoire. » Pour très bien comprendre texte, il faut se remémorer l’histoire de l’Afrique Noire. Mais avant demandons-nous que signifie le terme si souvent usité de dignité car comme l’a si bien écrit le philosophe Eric Grillo « Il est de bonne méthode, en philosophie comme ailleurs, de chercher à s’entendre sur les termes, et de définir dès l’abord ce dont on parle. » Si le célèbre lexicographe Emile Littré dans son tout aussi célèbre dictionnaire, le Littré, le définit comme le respect qu’on se doit à soi-même : d’où la phrase compromettre sa dignité, étymologiquement il vient du latin dignitatem, dont l’une des déclinaisons a donné dignus. La forme originale est deintet. Quant au grand dictionnaire de la langue française édité par Bordas-Grolier il signifie dire la valeur propre à toute personne humaine, qui fait qu’elle doit toujours être considérée comme une fin et non comme un moyen, c’est-à-dire toujours respectée physiquement et moralement. Pour Thomas de Konninck et Du Noüy Lecomte, respectivement auteur des ouvrages De la dignité humaine, Puf, 1995 et La dignité humaine, Editions du Champ-de-Mars, 1947, la dignité est l’essence même de l’Homme (homme et femme). C’est un attribut qu’on ne saurait nier à autrui sous aucun prétexte (race, pauvreté, sexe, niveau d’instruction...) et aucun être humain ne saurait en être exclu et privé. Tous les hommes possèdent donc une égale dignité qualitative. La dignité, telle que conceptualisée par Kant dans la Critique de la raison pratique, est accordée à tout homme en tant qu'être raisonnable. On cite souvent à cet égard la maxime kantienne de traiter toujours autrui comme fin et non simplement comme moyen. Le concept formel de « dignité humaine » occupe une place éminente dans le droit humanitaire, et notamment dans les textes relatifs à la bioéthique, tels que la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme de l'UNESCO (1997), la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l'homme de l'UNESCO (2005) et la Convention sur les droits de l'homme et la biomédecine du Conseil de l'Europe (1997). Le Conseil Constitutionnel français a élevé la dignité au rang de « principe à valeur constitutionnelle », dans sa décision de 1994 au sujet de la loi dite de bioéthique. Dans ce cadre, la dignité est considérée comme partie intégrante des droits de la personnalité, qui sont inaliénables. (Cf. Wikipédia, encyclopédie libre en ligne) D’ailleurs la première phrase de l’article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme adopté le 10 décembre 1948, par les membres de l’Assemblée générale de l’ONU au Palais Chaillot, stipule que : « Tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droits. » Dans la même Déclaration, en son article 22 on lit que « Toute personne est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et libre développement de sa personnalité, grâce à l’effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l’organisation et des ressources de chaque pays. » Partant de cette notion, on peut donc soutenir que s’il est vrai que plusieurs peuples de la terre ont subit des traitements tendant dégrader ou à remettre en cause leur dignité, aucun comme Les Peuples Noirs n’ont eu à vivre toutes sortes d’humiliation dont la traite négrière et la colonisation. Malheureusement il est arrivé que ceux qui se réclame tant des Droits de l’Homme et de la Démocratie, les Occidentaux, principalement les Européens, leur (les Noirs) ont nié leur humanité et partant de là leur dignité. Donnons quelques exemples pour corroborer nos affirmations. Le célèbre poète, homme politique, académicien et intellectuel engagé français, Victor Hugo (1802-1885), le dimanche 18 mai 1879 lors d’un banquet commémoratif de l’abolition de l’esclavage que ce dernier présidait en présence de Victor Schœlcher tiendra un discours où celui-ci dira ceci : « Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. (...) Cette Afrique farouche n’a que deux aspects : peuplée, c’est la barbarie, déserte, c’est la sauvagerie. (...) Je me borne, et ce sera mon dernier mot, à constater ce détail, qui n’est qu’un détail, mais qui est immense : au dix- neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme ; au vingtième siècle l’Europe fera de l’Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra. Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-là. » Cela se passe sans doute de commentaire. Jules Ferry, homme politique français, il était député, tint lui aussi des propos similaires dans un discours prononcé à la Chambre des députés le 28 juillet 1885. Après son discours un débat eu lieu, je vous en donne un extrait paru dans le Journal officiel de la république française :

« - M. Jules Ferry : Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à- vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. - M. Jules Maigne : Oh ! Vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l’homme !
- M. Jules Ferry : si l’honorable M. Maigne a raison, si la déclaration des droits de homme été écrite pour les noirs de l’Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer mes échanges, les trafics ? Ils ne vous appellent pas !
- M. Raoul Duval : Nous ne voulons pas les leur imposer ! C’est vous qui les leur imposer !
- M. Jules Férry : Les droits de l’homme ne sont pas faits pour les Nègres. »
Pas de commentaire encore. Un grand philosophe allemand, en l’occurrence Hegel ira jusqu'à affirmer que : « Le nègre représente l’homme naturel dans toute sauvagerie et sa pétulance : il faut faire abstraction de tout respect et de toute moralité, de ce que l’on nomme sentiment, si on veut bien le comprendre ; on ne peut rien trouver dans ce caractère qui rappelle l’homme. (1)» Il renchérit pour dire que « L’esclavage a fait naître plus d’humanité parmi les Nègres. (2) » Charles Louis Montesquieu, grand théoricien de la séparation des pouvoirs affirme quant à lui que : « On ne peut se mettre dans l’idée que Dieu, qui est un être sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. (...) Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous mêmes chrétiens. » David Hume, grand philosophe, père du Positivisme affirme : « Je suspecte les Nègres et en général les autres espèces humaines d’être naturellement inférieurs à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche, ni d’individu illustre par ses actions ou par sa capacité de réflexion... Il n’y a chez eux ni engins manufacturés, ni art, ni science. Sans faire mention de nos colonies, il y a des Nègres esclaves dispersés à travers l’Europe, on n’a jamais découvert chez eux le moindre signe d’intelligence. » C’est contre ces préjugés racistes, qui sont encore vivaces dans la conscience et le subconscient de plusieurs occidentaux qu’il faut d’indigner et lutter. C’est la lutte pour cette dignité qui pousse Laurent Gbagbo à avoir une certaine vision de la politique. Les Anciens Romains disent : « Sapiens nihil affirmat quod non probet » [Trad. française « Le sage n’affirme rien qu’il ne soit en mesure de prouver »]. Donnons donc des preuves pour soutenir nos affirmations. Laurent Gbagbo, est un grand leader politique entré dans l’Histoire par la grande porte dans l’Honneur et la Dignité ! Il a une vision de la vie qui caractérise les Grands Hommes de l’Histoire. Vision qu’il traduit donc à travers des grands discours comme celui tenu devant les FANCI le 14 septembre 2006 pour signifier son refus d’aller assister à la mascarade au siège de l’ONU à New York: « Je n’irai pas à New York pour protester contre la manière cavalière, impolie, dont le GTI ( Groupe de Travail International) traite les affaires de la Côte d’Ivoire, mon pays. Je n’irai pas à New York pour montrer à tous ces gens que la Côte d’Ivoire est une terre des hommes. ». Comme le dit Georges Clémenceau (1841-1929), homme politique français président du Conseil de 1906 à 1909 et de 1917 à 1920, surnommé le « Tigre » et dont un des bâtiments de la marine française porte fièrement le nom : « Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire ! » Ajoutons encore, non par pédantisme, mais achevez la démonstration les parole de Stephen Sample : « Un grand leader doit être prêt à payer le prix de son idéal ou de ses décisions audacieuses. » On pourrait ainsi résumer la praxis et la Vision politique gbagboïste. On sait que l’homme n’a jamais fait mystère sur ses intentions : combattre le néo-colonialisme pour la véritable indépendance politique et économique de la Côte d’Ivoire et des pays africains. Cela, il l’a dit à maintes occasions et il a posé avec courage plusieurs actes de très grande valeur symbolique dans la logique de ses convictions. C’est cette haute conception de la dignité qui le contraint à être logique avec lui-même en refusant l’invitation du premier sommet France-Afrique organisé sous la présidence de Nicolas Sarkozy à Nice en mai 2010 et de refuser également de se rendre avec des soldats de l’armée ivoirienne qui devraient défiler sur les Champs Elysées le 14 juillet 2010 à l’occasion du cinquantenaire de plusieurs ex-colonies françaises. Faisons remarquer pour terminer cette première partie que pendant la crise post-électorale, ce ne sont pas les pays d’exil s’offrant à lui qui ont manqué : Ghana, Angola, Gambie, Etats-Unis même... mais pour respecter sa parole il n’a pas abandonné son peuple. On se souvient de cette phrase du Président GBAGBO revenu d’Italie en septembre 2002 malgré les menaces pesant sur sa sécurité, malgré que la France chiraquienne lui avait proposé de venir se « réfugier » en France : « Il ne sera pas écrit dans l’Histoire que GBAGBO fut fuyant ! » Voilà la marque des grands hommes et leaders politiques qui se respectent vraiment et marquent leur Temps et dont l’Histoire retient les noms ! Dans un récent article intitulé « L’Afrique pleure, Sarkozy rit », Calixthe Beyala écrit : « Un homme indigne n’en est plus un, mieux vaut mourir que de vivre dans l’indignité. » Gbagbo, lui, avait déjà dit : « La mort vaut mieux que le déshonneur. Je ne me laisserai pas déshonorer et je ne laisserai pas déshonorer le peuple qui m'a élu. Jamais ! » (Discours lors de l’ouverture du 2ème Sommet international du Congrès de la Jeunesse Panafricaine (COJEP) le samedi 18 décembre 2004 au Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire à Cocody) Etant un enseignant et sachant que la répétition est pédagogique, Laurent Gbagbo ne manquait jamais de réaffirmer ses convictions à ceux qui pensait l’avoir amener à force de pression à renier celles-ci : « Nous ne ferons pas ce que les autres nous dictent. Je ne suis pas président de la République pour travailler sous la dictée de quelqu’un. Je ne suis ni gouverneur, ni Sous-préfet, ni préfet, ni représentant de quelqu’un. Je suis Chef de l’État élu par son peuple, c’est tout ! » (Discours lors de l’intronisation du Chef du village d’Anonkoua-Kouté – commune d’Abobo – le samedi 30 septembre 2006). Il tiendra les mêmes propos le 10 août 2010 au Conseil économique et social lors de la dédicace du livre de son ami Guy Labertit, Côte d’Ivoire, sur le sentier de la paix : « Je ne suis pas un Sous-préfet français et je ne peux pas être un Sous-préfet français. ». Le président américain John Kennedy, assassiné en 1963, martelait dans un discours : « Ne sacrifiez jamais vos convictions pour être dans l’air du temps et faire plaisir à des hommes sans conscience morale. » Laurent Gbagbo a toujours été convaincu qu’un vrai homme politique africain doit lutter pour la véritable indépendance de son pays qui est d’abord économique en ce XXIème siècle où le néo-colonialisme et l’impérialisme occidental devient de plus en plus violent pour garantir les intérêts de ses multinationales. Il est aussi bon de préciser que la thèse de 3ème cycle du Président Gbagbo soutenu à l’université de la Sorbonne à Paris VIII en 1979 était intitulé : « Les fondements socio-économiques de la politique ivoirienne 1940-1960 ». C’est logiquement que pendant sa présidence il aura pour objectif de faire entrer la Côte d’Ivoire dans l’économie moderne avec par exemple la transformation sur place de nos matières premières comme le cacao. Mais pour lutter pour cet idéal rien ne justifie l’emploi d’une méthode anti-démocratique en utilisant des raccourcis tels que la violence, les coups d’Etat ou la rébellion : « Pendant ces trente années de combat dans l'opposition, jamais je n'ai pris aucune arme contre aucune institution de la Côte d'Ivoire (applaudissements). Jamais, pendant ces trente années, alors que je subissais les affres de la prison - mon père a été en prison, moi-même j'ai été en prison, mon oncle a été en prison, mon épouse a été en prison, mon fils a été en prison, ma sœur a été en prison-mais jamais, jamais, nous n'avons songé à prendre les armes contre la Côte d'Ivoire. Parce que nous croyons en nous. Parce que nous avons confiance en nous. Et nous avons confiance en notre relation avec le peuple. Nous savions que, tôt ou tard, ce peuple-là, que nous défendions, allait nous reconnaître et nous donner le pouvoir. Quand on a confiance en soi, on ne prend pas les armes pour faire la guerre civile. Quand on a confiance en soi, on ne cherche pas les fusils comme moyen d'accession au pouvoir. » La pensée politique gbagboïste doit être sans aucun doute enseignée dans les facultés de sciences politiques en Afrique et ailleurs car c’est un visionnaire et un grand penseur. Témoins ses nombreuses publications. Quant à Laurent Gbagbo, dans un livre-interview paru en 1995 à Johannesburg, à la question du journaliste Honoré DE SUMO : « Vous venez d’avoir 50 ans, vous luttez pour une cause depuis 30 ans. Que souhaiteriez-vous que l’histoire garde de vous ? », il répondait sans ambages ceci : « Je serais heureux si après ma mort, cette phrase était inscrite sur ma tombe : « Cet homme a travaillé pour son pays et pour l’Afrique.(3)» Comme le dira encore le Président GBAGBO dans son message aux Ivoiriens le 7 août 2011 : « En ce qui me concerne, je continue de refuser la position de la monture dans laquelle l’on veut absolument maintenir le peuple africain. En effet, je reste persuadé que dans rapport dialectique du cavalier et de la monture, quelles que soient la qualité et la quantité du foin que le cavalier donne à la monture, la position de celui-là (le cavalier) reste largement confortable par rapport à la position de celle-ci (la monture). » Pour lui « Une nouvelle Afrique arrive, Parce que les gens qui pensent ce que je pense sont plus nombreux. Aujourd’hui plus qu’hier. »

Devant la difficulté de conclure cet article tant la pensée de l’homme est dense, nous avons décidé simplement encore une fois de plus de laisser la parole de la fin au Président Laurent Gbagbo en citant un extrait d’un de ses écrits que j’aime beaucoup. Ce texte très profond et lourd de sens est extrait (ce sont les dernières phrase de l’œuvre) du premier texte écrit du Président Laurent GBAGBO, cependant ce n’est pas son premier livre publié. C’est une pièce de théâtre. A l’époque il enseignait en tant que jeune professeur d’histoire et de géographie au Lycée classique d’Abidjan. Il est important de préciser qu’il avait 26 ans en ce temps. Cette pièce de théâtre été écrit en prison à la lumière d’une lampe électrique entre 1971 et 1973 à Séguéla. A sa sortie de prison, quand il a présenté le manuscrit, aucun éditeur ne voulait le prendre en Côte d’Ivoire à moins, l’a-t-on conseillé, de le publier en changeant son nom, surtout que le titre initial était : Et le lion rugira. C’est après la publication de son deuxième manuscrit intitulé Réflexions sur la Conférence de Brazzaville en 1978 aux Editions Clé à Yaoundé que les Editions CEDA ont accepté de publier le texte en 1979 avec son nom mais sous le nouveau titre Soundjata, Lion du Mandingue. Écoutons-le encore :
« Ecoutez ma parole car elle est pure de tout mensonge. Elle a la limpidité de l’eau de pluie Et la violence de l’ouragan. Le monde est malheureux
Parce que les hommes ne se souviennent pas. Or hier n’est pas encore loin Et demain est profond, D’une profondeur pleine d’espoir.
Ecoutez ma parole : elle ne sait qu’avancer ! Ecoutez ma parole : l’Histoire est Vérité !(4) »

Article source:http://lajuda.blogspot.fr/2012/01/la-visionconception-de-la-dignite-selon.html


NOTES :

1- HEGEL Friedrich, Leçons sur la philosophie de l’histoire, Trad. J. Gibelin, Vrin, Paris, 1954, p. 78
2- Ibidem, p. 92
3- GBAGBO Laurent, Le temps de l’espoir, Johannesburg, Les Editions Continentales, 1995, p. 131
4- GBAGBO Laurent, Soundjata, Lion du Mandingue, Abidjan, CEDA, 2006, p. 102

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy