26 juin 2017

Le marxisme et l'art. 4/ Vers une esthétique marxiste. Par Roger Garaudy



Deux analogies peuvent nous guider dans la
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recherche du point de départ d'une esthétique marxiste : la méthode élaborée par Marx dans le Capital, qui est sa « grande logique » appliquée au cas particulier de l'économie politique, et la méthode
élaborée par Marx sous le nom de « matérialisme historique », et dont il a donné des exemples éclatants d'application en particulier dans Le
18 Brumaire de Louis Bonaparte.
Lorsqu'il aborde l'étude d'un phénomène historique
Marx souligne que ce sont les hommes qui
font leur propre histoire, mais qu'ils ne la font pas
arbitrairement.
Le point de départ de Marx est donc celui de la
[Boris Rörhl "Philosophie marxiste et histoire de l'art",
Ed du Croquant, 2016]
philosophie allemande et surtout de Kant, de Fichte, de Hegel.
Mais, à la différence de ce grand idéalisme allemand qui a eu le mérite de dégager le « moment
actif » de la connaissance et, d'une manière plus générale, le rôle de l'acte créateur de l'homme jusqu'à considérer l'histoire entière comme une création continuée de l'homme par lui-même, Marx conçoit cet acte créateur d'une manière nouvelle,matérialiste. Il insiste sur l'action réciproque constante entre l'homme et les êtres de la nature extérieure à lui et indépendante de lui, et il recherche comment la liberté émerge de la nature au niveaudu travail humain.
Ainsi Marx, s'il se sépare radicalement de l'idéalisme
en cessant de concevoir le travail sous sa
seule forme abstraite, comme réaction de concepts,
se distingue aussi radicalement d u matérialisme
mécaniste qui, méconnaissant le moment actif de
la connaissance et le rôle créateur de l'homme,
réduisait la connaissance à n'être qu'un reflet passif
de l'être et l'homme à n'être qu'une résultante ou
un produit des conditions dans lesquelles il a été
formé et se développe.
En esthétique l'on trouve une transposition de
ces diverses formes de théorie de la connaissance.
L'idéalisme objectif conduisait à une conception
transcendante de la beauté : la beauté était, chez
Platon, un caractère des idées ou des essences,
transcendantes par rapport à l'homme.
L'idéalisme subjectif faisait de la beauté, chez
certains romantiques, chez Novalis par exempte,
une production ou une projection du seul sujet et
même une création « magique » de l'individu.
Le matérialisme mécaniste, chez Diderot et,
plus généralement chez les matérialistes français
du XVIIIe  siècle, faisait de la beauté une propriété
des choses et conduisait au naturalisme réduisant
l'oeuvre d'art à être un reflet imitatif de la réalité,
avec le seul souci de choisir, de refléter, dans
la « nature », ce qui a valeur moralisatrice
d'exemple.
L'esthétique marxiste se distingue radicalement
de ces trois conceptions découlant de l'idéalisme
mécaniste.
Mais au lieu de la définir par opposition, dans
une polémique contre ces attitudes, il est préférable
de partir de ce qui est central dans la conception
marxiste du monde et de l'homme, de la
méthodologie de l'initiative historique et de la
création qu'elle implique.

Roger Garaudy
Extrait de "Le marxisme et l'art" dans "Marxisme du XXe siècle"


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Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy