25 juin 2017

Révolte, révolution et personne humaine

Révoltes, révolutions, nuances et modalités.
La révolte, au stade personnel comportemental est en soi une révolution individuelle, car elle enclenche de formidables valeurs comme ressources de nouvelle naissance mentale de l’humain et de sa transformation existentielle. La révolte personnelle bien assumée, façonne la nouvelle vie d’un homme, crée en lui un schème axiologique qui en fait un penseur et un agissant nouveau, un révolutionnaire dans ses rapports souverains de sujet avec soi, avec autrui et avec l’univers.
À l’échelle sociale, par contre, c’est l'immense majorité lésée, conscientisée, qui doit devenir révolutionnaire, dûment encadrée par ses leaders, orienteurs méthodiques de la révolution, par delà jacqueries et colères, émeutes et manifestations de rues, pour envisager un nouveau système et changer les institutions vers une nouvelle société.   
Le refus d’un ordre injuste ou inadapté aux exigences de la vérité reste dans la révolte s’il ne produit une construction idéelle authentique et viable avec les principes d’établissement de ses prescrits pour la substitution méliorative transformatrice du domaine de son intervention. D’où aucun mouvement d’humeur ni celui des indignés ni l’hédonisme, ni le sexualisme ne feront rien au-delà de la révolte tant que le même ordre socio-économique demeure et que l’État continue de l’imposer politiquement au nom des mêmes profiteurs oligarques. 
Le révolutionnaire social ne saurait être un aigri, sauf aux yeux des frileux profiteurs de l'ordre qu'il dénonce et combat et de leurs alliés serviles. Tout révolutionnaire vrai est d’abord un engagé du sens par la pensée du changement qu’il conçoit pour l’établissement de la vérité et de la justice. Dans le contexte des possibles, si le peuple est mûr pour le changement, il passe à l’action pour le guider et l’aider dans l’aboutissement. Le révolutionnaire est un mélange de romantique par la romance du changement mélioratif de la condition humaine, et un protagoniste de la vision du changement tel qu’il doit être. Toutefois, nul révolutionnaire accompli, ne se laisse transporter dans le délire d’un changement dont le peuple ne veut pas. Le peuple peut préférer ses haillons et ses servitudes, et malheur à celui qui comme le Che, croit transformer malgré le peuple, la face du social. Par ailleurs, la pire déviance du mental révolutionnaire, serait de se vouer à la haine, de haïr des dominants. Car celui qui hait les privilégiés et veut dans sa vocifération, les renverser par rage en arguant de révolution sans prévoir et programmer en substitution une société radicalement nouvelle, est un aigri, une crapule qui altèrera le mode du changement par sa bassesse mentale. Le révolutionnaire est celui qui transcende les saletés du système d’injustice sociale qu’il abhorre sans jamais désirer se les approprier pour soi-même. Son vœu est celui du chambardeur constructeur qui proclame le nouveau au profit de tous.    
Le révolutionnaire est l’homme qui va au-delà de lui-même pour proposer par les contingences de sa vie privée une vision publique de la refondation du monde. C’est le penseur qui refuse les carcans ayant cours et qui veut les briser pour faire un monde plus digne de l’homme. Toutefois, la révolution sociale, proposée, fût-elle esthétique, pour réussir à imposer une nouvelle conception de l’art, doit être l’apanage du collectif épris et imprégné de la volonté du nouveau, pétri des nouvelles propositions qu’on lui fait et qui, bien plus que par une révolte, un chahut pour exiger un rapiècement du système établi dans ses dysfonctionnements, le déclare inacceptable et le rejette en proclamant un autre mode de vie dont il a les idées claires quant à ce qu’il en attend.
La révolution sociale ne peut exister que si les majorités, le peuple se lève pour la faire. Il n’y a de révolution populaire que si le peuple devient révolutionnaire. Le leader d’une révolution populaire, n’est jamais qu’un ordonnateur dans le processus une fois la conscience révolutionnaire acquise par les majorités. Les peuples, hélas, sont réactionnaires, mécaniquement fonctionnels et rarement prêts pour l’altérité systémique qui révolutionne les structures et les rapports de classe de la société. Ainsi, à ses propres dépens la fonctionnalité des masses se contente-t-elle de mouvements d’humeur que l’establishment oligarchique expédie ponctuellement par des lois et réformes inessentielles, palliatives, changeant de masques mais onques ni de face ni de modalités. 
La mentalité de fonctionnalité propre aux majorités souffrantes, est le fossé conservatoire de toutes les saloperies du monde. C’est en ses inconsciences et aliénations fonctionnelles que les peuples tuent leur propre possible de libération. Et pourquoi, malgré les théories élaborées des plus grands analystes et doctrinaires de la révolution populaire et en dépit des plus louables efforts de conscientisation des peuples par des leaders voués à la cause populaire, la révolution populaire reste une disutopie privée de la téléologie du rêve conquérant.  La pire ennemie de la révolution populaire est sa claustration au carcan mental des majorités mécaniquement fonctionnelles, dont la fonctionnalité l’expédie aux calendes achroniques, figées de révoltes complaisantes aux revendications rabougries à l’intérieur du même ordre du monde répressif et inhumain. 
Le seul espoir de changement de la réalité sociale est dans ce que j’appelle l’immanence dialectico-métamorphique, ce noyau des possibles qui subsiste en toute société humaine comme inhérence transformationnelle et latence de la conscience libératrice, quand les majorités sont assignées aux pires injustices par le règne infâme d’une clique tyrannique et déviante. Encore qu’il faille que les leaders révolutionnaires et les peuples trouvent les clés de cette inhérence transformationnelle libératrice pour la rendre patente effective et changer l’ordre du monde! 
[Les passages en gras ont été sélectionnés par moi, AR]
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Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy