15 juin 2016

La Bible et le premier génocide




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[Marc continue à décortiquer la Bible dans une perspective très "garaudienne"]
La Bible et le génocide
Yahwe, le dieu d'Israël, ordonne le premier génocide de l'histoire
 
Le XX ème siècle a connu plusieurs génocides, celui des Arméniens en 1915, celui du Cambodge dans les années 75-80 et celui du Rwanda en 1994, pour ne citer que les plus connus, et bien entendu l'extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Mais sait-on que le génocide, c'est à dire l'anéantissement et la destruction de toute une population d'un pays ou d'une région, est déjà rapporté dans la Bible, et même ordonné par Yahwe, le dieu d'Israël ?

Roger Garaudy écrit dans « Vers une guerre de religion ? » (1) :

« Accomplir un génocide s'appelle dans la Torah( les cinq premiers livres de la Bible, que les chrétiens appellent le Pentateuque) : « vouer à l'interdit » : «  Le Seigneur(2) notre Dieu a livré Og et tout son peuple(....), nous les avons voués à l'interdit(....), les hommes, les femmes, les enfants » (Dt 3,3-6)(3) »
Aussitôt après avoir proclamé dans le Décalogue : «  Tu ne commettras pas de meurtre(Dt 5,17) », il(Moïse) définit ainsi «  le rôle d'Israël face aux nations » : « Écoute, Israël ! Tu vas aujourd'hui passer le Jourdain pour déposséder des nations plus grandes que toi...C'est le Seigneur ton Dieu qui passe le Jourdain avant toi comme un fleuve  dévorant, c'est Lui qui les exterminera.Tu les déposséderas et tu les feras disparaître aussitôt »(Dt 9,1-4).Le successeur de Moïse, Josué, poursuit cette politique de génocide avec le même zèle religieux. Le livre de Josué est par excellence le livre des massacres qui commencent à Jéricho, dès la traversée du Jourdain : « Ils vouèrent à l'interdit tout ce qui se trouvait dans la ville, aussi bien l'homme que la femme, le jeune homme que le vieillard... les passant tous au fil de l'épée »(Josué 6,21)(2)


Mais avant même le génocide des populations occupant le pays de Canaan, c'est à dire la Palestine actuelle, Yahwe ordonne la destruction de toute une tribu, celle des Madianites, qui nomadait dans le désert du Sinaï. Il vaut la peine d'examiner les textes bibliques qui rapportent ce génocide. Voici ce que nous lisons :

« Le Seigneur donna cet ordre à Moïse : « Va punir les Madianites pour le mal qu'ils ont fait aux Israélites. C'est après cela que tu quitteras ce monde. » Alors Moïse dit au peuple : « Il faut que certains d'entre vous prennent leurs armes et aillent attaquer les Madianites, afin de leur infliger la punition décidée par le Seigneur. Désignez à cet effet mille combattants dans chaque tribu. » (Nb31,1-2)
D'abord qui sont ces Madianites:
Ce sont les descendants d'Abraham,  selon ce que nous en dit la Bible:
Après le décès de Sara, âgée de 127 années:
« Abraham prit encore une femme nommée Qetoura. Elle lui donna des fils..Ziprân, Yoqchân, Medân, Madian, Yichbaq et Chouac, .....Abraham donna tout ce qui lui appartenait à Isaac. Quant aux fils de ses concubines, il leur fit des dons et, de son vivant, il les envoya loin de son fils Isaac. » (Genèse 25.1à 6).

Ouvrons une parenthèse:
 On ne manquera pas d'être étonné, et même émerveillé, de la vigueur retrouvée d'Abraham qui non content de prendre une nouvelle femme, Qetoura, va encore y ajouter des concubines, et engendrer de nombreux fils, à l'âge de 137 ans, ce qui est quand même remarquable. Et quelque peu contradictoire avec l'image que donne de lui l'apôtre Paul, lorsqu'il écrit que «  sans faiblir dans la foi,il(Abraham) considéra son corps presque mourant, puisqu'il avait près de 100 ans » (Lettre aux Romains 4,19)

Les Madianites étaient donc des descendants d'Abraham. C'étaient les descendants légitimes d'Abraham au même titre qu'Isaac, puisque fils de l'épouse d'Abraham, Qetoura, avec qui le patriarche s'était remarié après le décès de sa première femme Sara. Les fils de Qetoura bénéficiaient donc des mêmes droits que le fils de Sara, à l'exception du droit d'aînesse dévolu au premier né. En cela, ils se distinguaient des descendants d'Agar. Cette dernière était une esclave et donnée comme femme à Abraham par Sara. Elle était donc de ce fait devenu sa concubine, mais sans jamais pouvoir prétendre au statut de femme légitime. La tribu de Madian s'était établie dans le désert du Sinaï. C'étaient des nomades, vivant de leurs troupeaux de moutons et de chèvres et nomadisant dans cette région désertique à la recherche de points d'eau et de rares pâturages pour leurs troupeaux. Aujourd'hui encore, dans le Sinaï, vivent des bédouins avec leurs tentes et leurs troupeaux.

La première question  que nous devons nous poser:

Quel  mal, quel crime avaient donc commis ces Madianites envers le peuple d'Israël pour mériter une pareille punition , à savoir leur anéantissement total ?

Nous allons d'abord  examiner un certain nombre de textes qui nous apportent quelques informations intéressantes sur cette tribu.
« Un jour Moïse, devenu adulte, alla voir ses frères de race. Il fut témoin des corvées qui leur étaient imposées. Soudain il aperçut un Égyptien en train de frapper un de ses frères hébreux. Moïse regarda tout autour de lui et ne vit personne ; alors il tua l'Égyptien et enfouit le corps dans le sable. Il revint le lendemain et trouva deux Hébreux en train de se battre. Il demanda à celui qui avait tort : « Pourquoi frappes-tu ton compatriote ? » — « Qui t'a nommé chef pour juger nos querelles ? répliqua l'homme. As-tu l'intention de me tuer comme tu as tué l'Égyptien ? » Voyant que l'affaire était connue, Moïse eut peur. Le Pharaon lui-même en entendit parler et chercha à le faire mourir. Alors Moïse s'enfuit et alla se réfugier dans le pays de Madian. Là, il s'assit près d'un puits.
Le prêtre de Madian, Jéthro, avait sept filles. Elles vinrent puiser de l'eau et remplir les abreuvoirs pour donner à boire aux moutons et aux chèvres de leur père. Mais des bergers arrivèrent et chassèrent les jeunes filles. Alors Moïse prit leur défense et donna à boire à leur troupeau. Elles retournèrent chez leur père, qui leur demanda : « Pourquoi rentrez-vous si tôt aujourd'hui ? » — « Un Égyptien nous a protégées contre les bergers, répondirent-elles, et il a même puisé l'eau pour donner à boire à notre troupeau. » — « Où est donc cet homme ? leur demanda le père. Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ici ? Allez le chercher pour qu'il mange avec nous. »
Moïse accepta de s'installer chez cet homme. Jéthro lui donna pour épouse sa fille Séfora. Celle-ci mit au monde un fils ; alors Moïse déclara : « Puisque je suis devenu un réfugié dans un pays étranger, je lui donne le nom de Guerchom —  “Réfugié-là” —. » ( Exode 2.11 à 22)
Le texte est clair: Moïse, en fuite, va se réfugier dans le désert au pays de Madian. Il est accueilli avec fraternité par un chef de clan, Jéthro, prêtre dans sa tribu, qui lui offre la nourriture et le gîte, avant même d'avoir fait sa connaissance, et par la suite, lui donne pour épouse l'une de ses filles. Comme accueil et amitié, il est difficile de faire mieux. Continuons nos recherches:
« Moïse s'occupait des moutons et des chèvres de Jéthro, son beau-père, le prêtre de Madian. Un jour, après avoir conduit le troupeau au-delà du désert, il arriva à l'Horeb, la montagne de Dieu. 2C'est là que l'ange du Seigneur lui apparut dans une flamme, au milieu d'un buisson. » (Exode  3.1 à 2)
Ainsi donc pendant son séjour dans la tribu de Jéthro, Moïse va s'occuper du troupeau de son beau-père, et cela pendant de longues années.
« Moïse retourna vers Jéthro, son beau-père, et lui dit : « Il faut que je retourne vers mes frères de race en Égypte, pour voir s'ils sont encore en vie. » — « Va en paix », répondit Jéthro.
Le Seigneur dit alors à Moïse, dans le pays de Madian : « Oui, retourne en Égypte, car tous ceux qui en voulaient à ta vie sont morts. » Moïse prit donc sa femme et ses fils, les installa sur son âne et partit pour l'Égypte ; il tenait en main le bâton que Dieu lui avait dit de prendre. »(Exode 4.18 à 20)
Quelques temps plus tard, après l'épisode des plaies d’Égypte, Moïse à la tête du peuple d'Israël, revient dans le désert du Sinaï et sans doute campe à proximité du clan de son beau-père. En tout cas, voici ce que nous en dit la Bible.
« Jéthro, prêtre de Madian et beau-père de Moïse, entendit parler de tout ce que le Seigneur Dieu avait fait pour Moïse et pour Israël, son peuple ; il apprit comment le Seigneur les avait fait sortir d'Égypte. Jéthro avait avec lui sa fille Séfora, femme de Moïse, que celui-ci lui avait renvoyée précédemment, ainsi que les deux fils de Séfora. Moïse avait appelé l'aîné Guerchom — ce qui signifie “Réfugié-là” — en déclarant : “Je suis devenu un réfugié dans un pays étranger” ; quant au cadet, il l'avait nommé Éliézer —  “Mon Dieu me secourt” — en déclarant : “Le Dieu de mon père m'a secouru en me protégeant des attaques du Pharaon.”
Jéthro partit avec les fils et la femme de Moïse et alla rejoindre celui-ci dans le désert proche de la montagne de Dieu, là où il avait installé son camp. Jéthro se fit annoncer à Moïse en ces termes : “Je suis ton beau-père ; je viens te trouver, accompagné de ta femme et de ses deux fils.” Moïse vint à sa rencontre, s'inclina profondément devant lui, puis l'embrassa. Après avoir échangé des nouvelles de leur santé, ils se rendirent dans la tente de Moïse. Moïse raconta à son beau-père comment le Seigneur avait traité le Pharaon et les Égyptiens, à cause d'Israël, et comment il avait délivré le peuple des difficultés rencontrées en chemin. Jéthro se réjouit de tout le bien que le Seigneur(Yahwe) avait fait aux Israélites en les libérant de la domination des Égyptiens, et il s'écria : « Il faut remercier le Seigneur, qui vous a délivrés de la domination du Pharaon et des Égyptiens. Je reconnais maintenant que le Seigneur est plus grand que tous les autres dieux : il l'a montré lorsque les Égyptiens tyrannisaient les Israélites. »Jéthro offrit à Dieu un sacrifice complet et des sacrifices de communion. Alors Aaron et tous les anciens d'Israël vinrent prendre part au repas sacré, en compagnie du beau-père de Moïse. (Exode18,1 - 12) »

Ce texte est suffisamment explicite. Que faut-il en retenir?
Il existe des liens forts de respect et d'amitié entre Jéthro et Moïse. D'ailleurs les Madianites et les Israélites étaient demi frères, et descendaient d'un ancêtre commun Abraham,  tous deux issus d'épouses légitimes du patriarche. Jéthro reconnaît la suprématie de Yahwe, qu'il proclame comme supérieur à tous les autres dieux.
Les anciens d'Israël, avec Aaron, prennent part au repas sacré, après l'offrande à  YAHWE d'un sacrifice complet par Jéthro, ce qui scelle une alliance entre eux.

D'ailleurs Jéthro va être de bon conseil pour Moïse : nous le lisons dans la suite du chapitre 18 du livre de l'Exode.

« Le lendemain, Moïse prit place pour juger les querelles du peuple. Du matin au soir des gens attendirent de pouvoir se présenter devant lui. Lorsque son beau-père vit tout ce qu'il avait à faire pour le peuple, il lui dit : « Pourquoi procèdes-tu ainsi ? Pourquoi fais-tu ce travail tout seul, en obligeant les gens à attendre debout, du matin au soir, le moment de se présenter devant toi ? » — « C'est que ces gens viennent à moi pour obtenir un jugement inspiré par Dieu, répondit Moïse. Lorsqu'ils ont une dispute à régler, ils viennent me trouver : je tranche le cas qui les oppose et je leur fais connaître les lois et les enseignements de Dieu. »
Son beau-père reprit : « Il n'est pas judicieux de procéder de cette manière ! Vous allez tous vous épuiser complètement, toi et ceux qui viennent te consulter. Cette tâche est vraiment trop lourde pour toi, tu ne peux pas l'accomplir seul !
Écoute donc ce que je te conseille, et que Dieu soit avec toi : Ton rôle consiste à représenter le peuple devant Dieu pour lui présenter les affaires litigieuses ; tu dois aussi informer les gens des lois et des enseignements de Dieu, leur indiquer la conduite à tenir et leur dire ce qu'ils doivent faire. Pour le reste, choisis parmi le peuple des hommes de valeur, pleins de respect pour Dieu, aimant la vérité et incorruptibles ; tu les désigneras comme responsables, à la tête de groupes de mille, de cent, de cinquante ou de dix hommes. Ce sont eux qui siégeront chaque jour pour juger les querelles du peuple ; ils te soumettront les affaires importantes, mais régleront eux-mêmes les causes mineures. De cette manière tu pourras alléger ta tâche, puisqu'ils en partageront la responsabilité avec toi. Si tu fais cela — et si c'est bien ce que Dieu t'ordonne —, tu ne t'épuiseras pas ; et de leur côté tous ces gens pourront rentrer chez eux réconciliés. » Moïse suivit les conseils de son beau-père : il choisit parmi les Israélites des hommes de valeur et les désigna comme responsables du peuple, à la tête de groupes de mille, de cent, de cinquante ou de dix hommes. Ils devaient siéger chaque jour pour juger les querelles du peuple ; ils soumettaient à Moïse les affaires difficiles, mais réglaient eux-mêmes les causes mineures. Moïse prit congé de son beau-père, qui s'en retourna dans son pays. » (Exode 18)

Et enfin un dernier complément:

Moïse cherche un guide pour le voyage
« Moïse dit à Hobab, fils de son beau-père madianite Réouel : « Nous partons pour le pays que le Seigneur a promis de nous donner. Viens avec nous, nous te ferons participer aux bienfaits que le Seigneur veut accorder à Israël. » — « Non ! répondit Hobab. Je préfère retourner dans mon pays et ma famille. » — « Je t'en prie, reprit Moïse, ne nous abandonne pas. Tu connais les endroits du désert où nous pourrons installer notre camp ; tu seras notre guide. Si tu nous accompagnes, nous te ferons participer aux bienfaits que le Seigneur va nous accorder( Nombres 10,29- 32) 
Nous voici bien perplexes:
Une tribu accueille un fugitif, recherché pour meurtre, lui offre hospitalité et l'héberge pendant 40 années, pendant lesquels se créent des liens familiaux forts.
Lorsque le peuple d'Israël fait son apparition  dans le Sinaï,les Madianites ne leur cherchent pas querelle. Bien au contraire, une alliance de fait est scellée par un sacrifice et un repas sacré. Ce sont ces mêmes Madianites que Moïse invite à l'accompagner dans son périple pour lui servir de guide. Alors quelles sont donc les raisons pour justifier la condamnation à l'extermination par l'Eternel ?
Le narrateur avance comme justificatif l'affaire de Baal-Peor.
Nous lisons en effet dans Nombres 25.16 à 17:
« Le Seigneur dit à Moïse : « Attaquez les Madianites et exterminez-les ! Ils ont été pour vous des ennemis pleins de perfidie, dans l'affaire de Péor et dans celle de Kozbi, la fille d'un de leurs princes, qui fut tuée lors du fléau de Péor. » » (Nb 25,16-17)
Quel retournement de situation, une tribu accueillante, qui n'avait jamais cherché noise aux Israélites après leur sortie d'Egypte, contrairement à la tribu des Amalécites qui avait traîtreusement attaqué l'arrière garde du peuple dans le désert, est vouée à l'extermination, à cause de l'affaire de Peor et de celle de Kozbi, fille d'un chef de Madian, sous prétexte qu ' « ils se seraient montrés pleins de perfidie »
Une explication s'impose:
reprenons les deux affaires l'une après l'autre :l'affaire de Baal Peor, et l'affaire de Kozbi
 A ce sujet nous lisons dans Nombres 25.1 à3
« Les Israélites s'installèrent à Chittim. Là ils commencèrent à se livrer à la débauche avec des femmes moabites. Elles les entraînèrent à offrir des sacrifices à leurs dieux. Les Israélites partagèrent leurs repas sacrés et adorèrent leurs dieux. Ils s'associèrent en particulier au culte du dieu Baal-Péor, ce qui provoqua la colère du Seigneur contre eux. Le Seigneur dit à Moïse : « Prends les chefs du peuple et fais-les pendre en ma présence, face au soleil ; alors l'ardente colère que je ressens envers vous s'apaisera. » Moïse donna cet ordre aux responsables israélites : « Que chacun de vous tue ceux de ses hommes qui se livrent au culte du Baal de Péor ! » »(Nb 25,1-3
Relevons deux notices importantes:
les Israélites s'installèrent à Chittim
ils se livrèrent à la débauche avec les filles de Moab
Sittim, ou vallée des acacias borde la vallée du Jourdain, vis à vis de Jéricho, dans le pays de Moab, et la Bible nous rapporte largement le récit du roi de Moab, Balak, qui avait demandé l'aide d'un devin, dont les oracles étaient réputés,  Balam, pour maudire le peuple d'Israël dont il craignait, à tort d'ailleurs, qu'il n'envahisse son royaume.
Le texte biblique précise bien que ce sont des femmes moabites qui vont séduire le peuple d'Israël et l'amener à sacrifier à leur dieu Baal-Peor. A aucun moment, il n'est fait allusion à des femmes madianites, d'ailleurs les tribus madianites n'occupaient pas cette région, puisqu'elles nomadisaient dans la région du Sinaï, beaucoup plus au sud Donc, pour nous résumer, il y a bien:un campement prolongé et pacifique des Israélites dans le pays de Moab, ce qui a  comme conséquence un rapprochement entre les populations. Par la suite, sur le conseil du devin Balaam, une séduction des femmes moabites, à laquelle les hommes israélites n'ont pas résisté, a dégénéré en orgies et sacrifices au dieu local Baal-Peor. Aucune mention de femmes madianites. Cette situation provoque la colère de Dieu. Une  plaie va décimer 24 000 hommes d'Israël.Dans le texte, nous lisons cette notice:
« A ce moment-là un Israélite arriva parmi les siens, accompagné d'une Madianite. Moïse et toute la communauté d'Israël, qui pleuraient à l'entrée de la tente de la rencontre, les virent. Le prêtre Pinhas, fils d'Élazar et petit-fils d'Aaron, se leva alors du milieu de la communauté et saisit une lance ; il pénétra derrière l'homme dans la tente où il se rendait avec la Madianite et il les tua tous les deux d'un coup en plein ventre. Aussitôt le fléau qui s'était abattu sur les Israélites prit fin. Le nombre des victimes s'élevait déjà à vingt-quatre mille morts. Le Seigneur dit à Moïse : « Le prêtre Pinhas, fils d'Éléazar et petit-fils d'Aaron, a détourné ma colère des Israélites en se montrant aussi intransigeant que moi à leur égard. C'est pourquoi, bien que j'exige d'être leur seul Dieu, je ne les ai pas exterminés. Maintenant, déclare-lui que je conclus avec lui une alliance qui sera source de paix ; cette alliance, valable pour lui et pour ses descendants, fait d'eux des prêtres pour toujours. Il a en effet montré son attachement exclusif pour moi, son Dieu, et il a obtenu ainsi le pardon en faveur des Israélites. » L'Israélite tué en même temps que la Madianite s'appelait Zimri, fils de Salou ; il était un des dirigeants de la tribu de Siméon. Quant à la Madianite, elle s'appelait Kozbi ; son père, nommé Sour, était chef de plusieurs clans d'une tribu madianite. « Le Seigneur dit à Moïse : « Attaquez les Madianites et exterminez-les ! Ils ont été pour vous des ennemis pleins de perfidie, dans l'affaire de Péor et dans celle de Kozbi, la fille d'un de leurs princes, qui fut tuée lors du fléau de Péor. » »(Nb 25,6-15)
Cet incident, l'arrivée d'un homme israélite en compagnie d'une femme madianite, semble anodin à première vue, et sans relation avec l’idolâtrie du peuple et le culte de Baal Péor. En quoi, les Madianites ont-ils été des « ennemis pleins de perfidie » dans l'affaire de Peor, puisque nous avons vu que ce sont des femmes moabites et non madianites qui entraînèrent le peuple à sacrifier à leur dieu. La relation  sexuelle entre Zimri et une femme madianite n'avait rien de perfide,puisqu'il y avait, nous l'avons évoqué précédemment, des relations pacifiques entre Madian et Israël. Et d'ailleurs Moïse lui-même n'avait-il pas pris une femme madianite sans que cela n'ait suscité la  colère de l'Eternel. Pour finir, le texte nous rapporte que Pinhas, fils d'Eléazar, fils du sacrificateur Aaron, tua l'homme et la femme d'un coup de lance et que la plaie s'arrêta. On pouvait penser que justice avait été faite, après la mort de 24 000 hommes israélites et celle de Zimri et de sa compagne madianite Cozbi. Les coupables avaient été châtiés. Pourtant le texte nous dit
« Le Seigneur dit à Moïse : « Attaquez les Madianites et exterminez-les ! « 
Dans le livre des Nombres, tout un chapitre, le chapitre 31 va nous conter par le menu le génocide des Madianites . «  Le Seigneur donna cet ordre à Moïse : « Va punir les Madianites pour le mal qu'ils ont fait aux Israélites. C'est après cela que tu quitteras ce monde. » Alors Moïse dit au peuple : « Il faut que certains d'entre vous prennent leurs armes et aillent attaquer les Madianites, afin de leur infliger la punition décidée par le Seigneur. Désignez à cet effet mille combattants dans chaque tribu. On choisit dans les troupes d'Israël mille hommes par tribu, soit un total de douze mille soldats. Moïse les envoya tous au combat, accompagnés du prêtre Pinhas, fils d'Élazar. Celui-ci emportait les objets sacrés, ainsi que les trompettes pour donner le signal du cri de guerre. Ils attaquèrent le pays de Madian, comme le Seigneur en avait donné l'ordre par l'intermédiaire de Moïse, et y massacrèrent tous les hommes. Ils tuèrent aussi les cinq rois de Madian : Évi, Réquem, Sour, Hour et Réba, de même que Balaam, fils de Béor. Ils firent prisonniers les femmes et les enfants des Madianites, et s'approprièrent leurs bêtes de somme, leurs troupeaux et tous leurs biens. Ils incendièrent leurs villes et leurs campements, puis s'en allèrent avec le butin, les gens et les bêtes dont ils s'étaient emparés. Ils amenèrent le tout au camp situé dans les plaines de Moab, près du Jourdain et en face de Jéricho, pour le présenter à Moïse, au prêtre Éléazar et à toute la communauté d'Israël.Moïse, Éléazar et les autres chefs de la communauté sortirent du camp pour les accueillir. Moïse se mit en colère contre les commandants de régiments et de compagnies qui revenaient de cette campagne. Il leur dit : « Quoi ! vous avez laissé la vie aux femmes ! Vous le savez bien, pourtant, ce sont des femmes madianites qui, sur les conseils de Balaam, ont poussé les Israélites à commettre des fautes graves envers le Seigneur, lors de l'affaire de Péor ; et à la suite de cela un fléau s'est abattu sur le peuple du Seigneur. Eh bien maintenant, tuez tous les garçons, de même que toutes les femmes qui ont été mariées. Mais vous pouvez garder pour vous toutes les filles encore vierges. Tous ceux d'entre vous qui ont tué quelqu'un ou touché un cadavre doivent demeurer sept jours hors du camp ; ils devront se purifier le troisième et le septième jour. Cet ordre concerne aussi vos prisonnières. Vous purifierez également les vêtements, et tous les objets en peau, en poil de chèvre ou en bois. Puis le prêtre Éléazar dit aux hommes qui avaient participé au combat : « Voici les règles que le Seigneur a communiquées à Moïse : “Les objets en or, en argent, en cuivre, en fer, en étain ou en plomb, c'est-à-dire les objets qui ne brûlent pas, vous les purifierez par le feu, puis vous les tremperez dans l'eau de purification. Ce qui brûle, vous vous contenterez de le tremper dans l'eau de purification. Après avoir lavé vos vêtements le septième jour, vous serez purs et vous pourrez regagner le camp.»
Le partage du butin
« Le Seigneur dit à Moïse : « Éléazar et toi, avec l'aide des chefs de famille de la communauté, vous allez faire le compte de tout ce qui a été capturé, gens et bêtes. Tu en feras ensuite deux parts égales, l'une pour ceux qui ont été mobilisés et ont pris part au combat, l'autre pour le reste de la communauté . Sur la part attribuée aux combattants, tu retiendras pour moi une redevance qui s'élèvera à un être humain sur cinq cents, et à un animal sur cinq cents, en ce qui concerne les bœufs, les ânes, les moutons et les chèvres. Tu remettras au prêtre Éléazar la redevance ainsi prélevée pour moi. Sur la part attribuée au reste des Israélites, tu retiendras un être humain sur cinquante, et un animal sur cinquante, en ce qui concerne les bœufs, les ânes, les moutons, les chèvres et les autres bêtes ; et tu remettras cette redevance aux lévites, qui s'occupent de ma demeure sacrée. »
Moïse et Éléazar exécutèrent l'ordre donné par le Seigneur à Moïse. Du butin pris à l'ennemi par les combattants, il restait 675 000 moutons et chèvres, 72 000 bœufs, 61 000 ânes et 32 000 filles encore vierges. La part attribuée aux combattants fut la suivante : 337 500 moutons et chèvres, dont 675 furent prélevés pour le Seigneur ; 36 000 bœufs, dont 72 pour le Seigneur ; 30 500 ânes, dont 61 pour le Seigneur ; 16 000 êtres humains, dont 32 pour le Seigneur. Moïse remit au prêtre Éléazar la redevance destinée au Seigneur, selon l'ordre reçu. La part attribuée au reste de la communauté d'Israël était l'équivalent de celle des combattants. Elle comprenait 337 500 moutons et chèvres, 36 000 bœufs, 30 500 ânes et 16 000 êtres humains. Sur la part attribuée aux Israélites, Moïse préleva une redevance d'un être humain sur cinquante, et d'une bête sur cinquante ; et, selon l'ordre qu'il avait reçu du Seigneur, il la remit aux lévites, qui s'occupent de la demeure du Seigneur.
Une offrande volontaire pour Dieu
Les chefs militaires, commandants de régiments et de compagnies, se réunirent auprès de Moïse et ils lui dirent : « Nous avons fait le compte des combattants placés sous nos ordres : il n'en manque aucun. C'est pourquoi nous apportons des offrandes pour le Seigneur, afin que nos vies soient préservées ; chacun de nous offre les objets d'or qu'il a trouvés : chaînettes, bracelets, anneaux, boucles d'oreille et colliers. »
Moïse et le prêtre Éléazar acceptèrent tous les objets d'or ouvragés qu'ils apportèrent. Le poids total des objets offerts au Seigneur par les officiers fut d'environ 170 kilos. Quant aux simples soldats, chacun garda pour lui-même le butin qu'il avait ramassé. Moïse et Éléazar déposèrent tous les objets d'or offerts par les officiers dans la tente de la rencontre, afin que le Seigneur n'oublie pas les Israélites.

Ce récit est, à y bien réfléchir, effroyable et révoltant. J'invite le lecteur à s'évader un instant de la lecture des mots imprimés, et à essayer de revivre les événements rapportés, dans la réalité des cris des victimes, du sang et des cadavres.

Première étape: massacre de tous les hommes adultes de la tribu.
Le texte ne nous indique pas le nombre, mais on peut émettre l'hypothèse de plusieurs milliers à dizaines de milliers, si on se base sur les chiffres mentionnés plus loin. Imaginons la mise à mort, par l'épée et la lance, de tous ces hommes, la masse de cadavres ensanglantés, certains encore vivants et agonisants. Non, ce ne sont pas des fantasmes, les récits des massacres commis par les Einsatzgruppen allemands dans les pays de l'Est à l'encontre d'hommes désarmés nous donnent une idée de ces scènes horribles.
Deuxième étape: capture des femmes et des enfants
Ils sont  emmenés comme butin de guerre avec le bétail, comme du bétail !                                                           
Troisième étape: le tri des victimes
Les femmes sont « examinées »  dans leur intimité, l'une après l'autre et triées, les unes, c'est à dire les femmes âgées veuves et les femmes mariées même celles portant des enfants en bas-âge ou  enceintes, sont destinées à la mort, les fillettes et les adolescentes encore vierges sont réservées pour le plaisir sexuel des guerriers et le travail épuisant d'esclaves.
Quatrième étape: le massacre des femmes destinées à la mort, ainsi que de tous les enfants mâles, depuis le nourrisson jusqu'à l'adolescent
Que s'est-il passé avec les nourrissons et bébés de sexe féminin, le récit ne les évoque pas, on ne peut qu'émettre des hypothèses: mise à mort avec leurs mères, ou dans le meilleur des cas, ces bébés et nourrissons ont-ils été remis à leurs grandes sœurs épargnées ?
Cinquième étape: mise en esclavage sexuel des fillettes et adolescentes, au nombre de 32000 !!, ce qui à contrario, laisse entendre qu'un nombre similaires de jeunes garçons et adolescents  ont déjà été  massacrés.
Sixième étape: le pillage des objets de valeur des victimes
Les soldats israélites vont  arracher, aux cadavres des femmes madianites les  « chaînettes, bracelets, anneaux, boucles d'oreille et colliers. »
Septième étape: la répartition du butin
Il faut noter que c'est Yahwe lui-même qui va donner des instructions précises pour l'affectation du butin ( êtres humains, bétail et matières précieuses) avec même une partie à titre de  tribut réservé comme offrande à Yahwe comprenant:
675 moutons,72 bœufs,61 ânes et( mentionnées après les animaux !), 32 adolescentes et fillettes
Faut-il comprendre que cette part a été offerte en sacrifice à Dieu sur l'autel, animaux ainsi que les êtres humains ?
le texte dit simplement que «  Moïse donna au sacrificateur Eléazar le tribut réservé comme offrande à l'Eternel, selon ce que l'Eternel lui avait ordonné »
La part revenant aux lévites qui avaient la garde du tabernacle s'ajoutant au tribut précité.
Huitième étape: la purification des soldats   ce qui semble bien indispensable après tant de meurtres !
Tout personne dotée d'un peu de raison et d'un reste d'humanité, c'est à dire un être humain tout simplement, à l'évocation de ce récit, ne peut que s'interroger. Est-il possible que Dieu ait ordonné un pareil massacre avec toutes ses horreurs, en opposition d'ailleurs avec ses commandements ? C'est bien dans la Bible que nous lisons:
« Sachez le aussi, je redemanderai le sang de vos âmes, je le redemanderai à tout animal;et je le redemanderai l'âme de l'homme à l'homme, à l'homme qui est son frère. Si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé,  car Dieu a fait l'homme à son image »(Genèse 9.5 à 6)
« Tu ne tueras point »( Exode 20.13) un des  dix commandements.
Comment concilier ce Dieu appelé Yahwe, vengeur et sanguinaire, avec le Père céleste plein de bonté pour toutes ses créatures, les bons comme les méchants, que nous a révélé Jésus?

Roger Garaudy nous apporte sa réponse : « Les textes que nous venons de citer ne sont que des échantillons parmi une foule d'autres quoi fourmillent dans l'Ancien Testament sans qu'il soit possible d'y voir une métaphore. Ils servent encore aujourd'hui( nous y reviendrons en conclusion de cet article) à justifier des politiques. Comment peuvent-ils figurer parmi les «  textes sacrés » des chrétiens aux côtés des prophètes et des évangiles ? Comment ce Dieu sanglant et tribal peut-il être assimilé au Père qu'invoque Jésus, et ses plus féroces exécutants, par exemple Josué, être considéré comme des précurseurs de Jésus ? »(4) 
Mais que le lecteur se rassure, ce massacre avec toutes ses horreurs, n'a jamais eu lieu, il n'est que le produit de l'imagination fertile (et perverse) du rédacteur de ce  texte. Et j'en apporterai la preuve par les  textes eux-mêmes.


La contradiction dans le texte lui même, qui parle des filles de Moab comme ayant séduit le peuple à Chittim, pour ensuite en accuser les Madianites, alors que le peuple d'Israël campe dans la vallée des acacias, en face de Jéricho, dans le territoire de Moab, bien loin du désert aride du Sinaï où nomadisent les tribus madianites. Les femmes madianites auraient dû faire un long déplacement, entre 200 et 300 km,  pour se rendre  à Chittim,en face de Jéricho, je le rappelle, à une époque où il n'existait aucun moyen de transport, à l'exception des ânes, alors que durant les 40 ans où le peuple séjourna dans le désert, et qu'il côtoyait les  tribus madianites, les relations étaient empruntes d'amitié et de respect mutuel, sans jamais de tentative de séduction ni d'orgies ou autres fêtes à connotation sexuelle. C'est invraisemblable.

Les chiffres des victimes sont invraisemblables:
32000 fillettes et adolescents, selon le texte, donc on peut y ajouter, sans crainte de se tromper, autant de garçons et d'adolescents, soit 32000 quant aux adultes,  hommes et femmes, on peut, au vu du nombre d'adolescents 64000, les estimer à au moins 40000, soit plus de 100 000 personnes
100 000 Madianites nomadisant dans les plaines et les montagnes désertiques du Sinaï, c'est évidemment un chiffre fantaisiste, lorsqu'on connaît la difficulté pour ces tribus nomades, réduites souvent à un clan, de  trouver suffisamment de ressources en pâtures et en points d'eau pour le bétail. Il suffit de se rappeler les luttes âpres entre les bergers d'Abraham et ceux du roi Abimélek autour de quelques puits.
quant aux chiffres du butin prélevé parmi les troupeaux, il tombe dans la déraison.
Qu'on en juge:
six cent soixante quinze mille brebis, oui 675 000 brebis !  Imaginer 675 000 brebis, dans un désert, aux rares points d'eau et aux pâturages à l'herbe rare, et surtout comment imaginer rassembler un  tel troupeau,le déplacer sur un si long parcours, le nourrir et l'abreuver, relève de l'impossible, ou de l'imaginaire fertile d'un scribe qui n'a jamais  vécu dans un désert avec un troupeau de moutons et de chèvres.
Mais il y a encore mieux: dans la liste des troupeaux, après les brebis, les bœufs: soixante douze mille bœufs, oui, vous avez bien lu, 72 000 bœufs.
Si à la rigueur, des brebis et des chèvres se contentent d'un maigre pâturage, pour nourrir des bœufs, il faut de grasses prairies, et s'imaginer que des pasteurs nomades dans le désert aride du Sinaï aient pu posséder un tel cheptel, est totalement déraisonnable. Et s'imaginer ensuite qu'il ait été possible de  rassembler d'abord, puis de conduire un tel troupeau, avec les moutons et les chèvres, depuis le désert du Sinaï,jusqu'  au camp situé dans les plaines de Moab près du Jourdain à face de Jéricho , sur plusieurs centaines de kilomètres, à travers un paysage aride, sans  pâturages et aux rares points d'eau, relève de l'exploit impossible. Demandez à des berger et des éleveurs ce qu'ils en pensent !

Enfin le butin en or, sous forme de bijoux
 « chacun de nous offre les objets d'or qu'il a trouvés : chaînettes, bracelets, anneaux, boucles d'oreille et colliers......Moïse et le prêtre Éléazar acceptèrent tous les objets d'or ouvragés qu'ils apportèrent. Le poids total des objets offerts au Seigneur par les officiers fut d'environ 170 kilos. »
Voici des nomades bien richec, qui détiennent en sus de leurs énormes troupeaux, un tel trésor d'or ! C'est là aussi un chiffre totalement  fantaisiste.

Et en dernier lieu, nous apprenons par la Bible elle même que les Madianites n'ont jamais été anéantis. En effet quelques dizaines d'années, deux ou trois générations plus tard, voici le récit que nous lisons dans le livre des Juges au ch.6:
« Les Israélites firent de nouveau ce qui déplaît au Seigneur. C'est pourquoi le Seigneur les livra aux Madianites pendant sept ans. Les Madianites opprimaient durement Israël. Pour leur échapper, les Israélites utilisèrent les couloirs, les cavernes et les endroits escarpés des montagnes. Chaque fois que les Israélites avaient ensemencé leurs champs, les Madianites venaient les attaquer, avec les Amalécites et des nomades de l'Orient. Ils campaient sur leurs terres et détruisaient les produits du sol jusqu'à proximité de Gaza. Ils ne laissaient rien à manger aux Israélites, ils ne leur laissaient ni moutons, ni bœufs, ni ânes. En effet, ils se déplaçaient avec leurs troupeaux et leurs tentes, ils arrivaient en masse comme les sauterelles ; ils étaient si nombreux, eux et leurs chameaux, qu'on ne pouvait pas les compter. Ils envahissaient le pays et le dévastaient. Ainsi, les Israélites furent plongés dans une telle misère par les Madianites qu'ils appelèrent le Seigneur à leur secours. » (Juges 6) et un peu plus loin : « Zéba et Salmounna( les deux princes madianites qui avaient échappés à la bataille) étaient à Carcor avec leurs troupes qui ne comptaient plus que quinze mille hommes. C'était tout ce qui restait de l'armée des nomades de l'Orient, car cent vingt mille soldats avaient été tués.Gédéon prit la route que suivent les nomades, à l'est de Noba et de Yogboha, et il attaqua le camp ennemi qui se croyait en sécurité. Les deux rois madianites Zéba et Salmounna s'enfuirent, mais il les poursuivit, les captura et sema la panique dans toutes leurs troupes. » (Juges 8,10-11)
Ainsi donc la tribu des Madianites, quelques générations après son extermination par Moïse, avait reconstitué ses effectifs, puisqu'elle pouvait aligner, avec certes l'appui d'une autre tribu, les Amalécites, et les bédouins du désert, une armée aussi nombreuse. Encore un indice qui nous apporte la preuve indirecte que le récit du massacre par les soldats israélites commandés par Moïse et Josué était pure invention.

Alors si nous voilà rassurés, et au fond soulagés, il reste une question qui nous taraude : pourquoi le rédacteur de ce texte a-t-il inventé un pareil récit?

En même temps, nous réalisons que ce n'est certainement pas Moïse l'auteur, car comment supposer un seul instant qu'il ait pu, peu de temps avant sa mort, composer le récit imaginaire d'un massacre abominable. Et même, un soupçon se fait jour: le scribe qui a composé ce récit, sans doute sur instructions, aurait-il volontairement glissé dans le texte quelques invraisemblances, pour attirer l'attention des futurs lecteurs, un peu comme les cailloux blancs répandus sur le chemin par le petit Poucet, en voulant leur adresser, par ce moyen, un signal codé: « Attention, ce récit est pure invention ! »
Mais cette conclusion suscite elle même des questions:
1) Pourquoi avoir accusé les femmes madianites des excès commis par les femmes moabites ?
Comme Dieu avait interdit au peuple d'Israël de s'en prendre au peuple de Moab, nous lisons en effet: « L'Eternel me  dit: N'attaque pas Moab et ne te mets pas en campagne pour lui faire la guerre: car je ne te donnerai pas de possession dans son pays:c'est aux fils de Loth que j'ai donné Ar-Moab en possession »(Dt 2,9) il fallait lui trouver un coupable de substitution, les Madianites étaient à cet égard les coupables tout trouvés.

2) Pourquoi avoir imputé à Moïse, et à Dieu, de tels crimes imaginaires ?
Seuls les « inventeurs » de ce récit abominable pourraient nous donner leurs raisons, en tout cas nous sommes confrontés à une question terrible, quel esprit inspirait le ou les écrivains, ou leurs donneurs d'ordre, pour écrire de pareils récits ?

Mais il reste néanmoins à réfléchir à une autre question :

Il y a entre ce récit, imaginaire certes, et le récit, lui bien réel, de l'extermination des juifs par les nazis pendant la dernière guerre mondiale de nombreuses et troublantes coïncidences.
 Examinons-les:
Anéantissement total d'un peuple en raison de sa race
Les victimes sont conduites et rassemblées au lieu de leur mise à mort
Les victimes sont examinées et triées , certaines épargnées ( travail forcé, ou esclavage sexuel)
La mise à mort ressemble plus à un abattage de masse
Les victimes, mortes, sont dépouillées de leurs objets de valeur
Les objets en or sont fondus pour les transformer en lingots
Les bourreaux, ou exécuteurs, ne rencontrent aucune résistance de la part de leurs victimes

Ces coïncidences  sont trop nombreuses pour être anodines, ou le fait du hasard, ou de l'esprit simplement inventif du scribe. Seul un esprit pervers, tordu,sous une inspiration diabolique, a pu inventer et sans doute se délecter à écrire de pareilles horreurs.

Dès lors, comment imaginer un seul instant que ce récit soit d'inspiration divine, ou que son ou ses auteurs aient été inspirés par l'esprit de Dieu ?
Mais alors pourquoi les scribes ont-ils inventé un récit aussi sanguinaire, en n'hésitant pas à charger Moïse de ce sang innocent et en présentant Yahwe comme l'instigateur de ce génocide ?

C'est là une question redoutable qui n'a pas de réponse, sinon à ....

Sans doute les exégètes vont nous chercher de savantes explications, et le débat pourrait se cantonner aux discussions entre théologiens. Malheureusement ces textes  sont lus aujourd'hui encore par certains comme récits  véridiques, par les  chrétiens fondamentalistes d'une part, mais surtout par beaucoup de juifs en Israël. C'est là le drame. Israël Shahak(5) nous rappelle « l'influence pernicieuse des lois particulières contre les anciens Cananéens et les autres nations qui habitaient la Palestine avant la conquête de Josué. Toutes ces nations devaient être entièrement exterminées, selon les exhortations génocidaires de la Bible, que le Talmud et la littérature talmudique reprennent avec encore plus de véhémence. Des rabbins influents, qui ont de très nombreux adeptes parmi les officiers israéliens, identifient les Palestiniens(voire tous les arabes), à ces anciennes nations, ce qui donne un sens très actuel à des commandements tels que «  tu n'en laisseras rien subsister de vivant(Dt 20,16) ». Les versets de la Bible exhortant au génocide des Madianites (Nb 31,12-20), (se référer à notre analyse ci-dessus) ont été repris solennellement par un important rabbin israélien pour justifier le massacre de Qibbiya(6) ; sa déclaration a reçu un  vaste écho dans l'armée. Je n'en finirai pas de citer les proclamations sanguinaires contre les Palestiniens, lancées par des rabbins au nom de ces lois »

Quand donc les chrétiens vont-ils reconnaître que ces textes ne sont certainement pas inspirés par le Dieu de Jésus Christ, son Père et notre Père, et que le dieu Yahwe, qui a ordonné ces génocides, un dieu tribal et sanguinaire, comme l'appelle Roger Garaudy, n'est pas le Dieu annoncé par Jésus ?
Mais reconnaître cela, ce serait faire trembler la chrétienté sur ses fondements .

Marc

(1) « Vers une guerre de religion ? Le débat du siècle » Roger Garaudy. Editions Desclée de Brouwer
(2)Yahweh, le nom du dieu tribal d'Israël dans la bible hébraïque, se traduit dans nos bibles par "l'Eternel " ou " le Seigneur". A noter la découverte d'une inscription datée du règne d'Aménophis II( début du XIV siècle avant J.C.) au temple de Soleb en Nubie. Elle concerne les bédouins Shosou. On peut lire, parmi plusieurs toponymes, celui de Yahweh ( sous la forme hiéroglyphique yhw) en terre de Shosou. Il s'agit sans doute d'un sanctuaire consacré à Yahweh dont le nom apparaît pour la première fois dans un contexte étranger à la Bible. Guy Rachet, La Bible, mythe ou réalité en 2 vol. Editions du rochet  2003. Vol. 1 p.200-201
(3)Le livre du Deutéronome ( Dt) fait partie du Pentateuque avec les livres de la Genèse, de l'Exode, du Lévitique et des Nombres. Viennent ensuite les livres historiques comme Josué, les Juges, Samuel ….etc
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(4)«  Vers uneGuerre de religion » Roger Garaudy . Editions Desclée de Brouwer, p.169
(5) Israël Shahak, un juif israélien, né en Pologne, interné au camp de Belsen, professeur de chimie organique, fut durant toute sa vie un infatigable militant de droits de l'homme en Israël. Dans son livre « Histoire juive – Religion juive. Le poids de trois millénaires » il dénonce l'étendue de l'influence qu'exerce sur l'Etat séculier les orthodoxes religieux. Editions « La vieille Taupe(Pierre Guillaume) » 1996
(6) R.Sha'ul Yisra'eli, « Taqrit Qibbiya Ke'or Halakhah »(Les événements de Qibbiya à la lumière de la Halakhal) in Hattorah Wehamedinah,vol.5,1953/4   https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Qibya
(Note 2 Modifiée par l'auteur le 17/06/2016)

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Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy