2 octobre 2013

Maurice Thorez l'ami bienveillant


 ASSEMBLEE NATIONALE

Le 15 juin [1956]
Mon cher GARAUDY,
J'ai lu ton excellent travail sur FLAUBERT, en particulier la 2ème partie de
l'oeuvre.
Tu montres très bien comment, par exemple, dans SALAMBO, il fait une
transposition des luttes de classe de son époque, ce qui lui a permis de mieux
comprendre et de mieux expliquer la réalité de Carthage. Et surtout tu montres
je crois justement comment dans : "L'EDUCATION SENTIMENTALE",
apparaissent les limites de son réalisme (disons aussi de sa compréhension de
sa propre époque). Il ne voit rien de grand, ni dans la bourgeoisie, alors classe
montante et triomphante, ni dans son antagoniste déjà apparu sur la scène,
cette classe ouvrière que FLAUBERT ignore et méprise.
Tes conclusions sont excellentes.
Je te signale la répétition p. 27 . I et 10 . II . de la citation à propos du
repoussoir.
Aussi, juste remarque, sur MAURIAC qui dépeint objectivement les siens, sans
pouvoir se dégager de sa classe.
Excuses ce gribouillis de la main gauche.
Il est seulement le témoignage de mon affection.

MAURICE
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PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS

Le Secrétaire général
le 17.1.58

Mon cher ROGER,
Merci très affectueux pour tes voeux que tu m'as adressés sous la forme la plus
agréable, avec ton beau livre : "HUMANISME MARXISTE". Et mon retard à te
remercier et à t'adresser, pour toi et les tiens, mes souhaits de bonne année,
tient au seul fait que j'ai voulu lire ton travail, afin de pouvoir te dire mon
sentiment.
Je suis simplement enthousiasmé par la qualité et le ton général des 5 essais.
Avec une polémique toujours courtoise, mais vive et convaincante, surtout
contre les P. BIGO et CALVEZ et à SARTRE, et aussi contre LEFEVRE et
Compagnie. C'est très bien.
Je souhaite que la diffusion soit très large surtout parmi les intellectuels.
A propos de la diatribe de PROUDHON contre J.J. ROUSSEAU (que je n'aime
pas excessivement, mais c'est autre chose), il est à remarquer qu'à la fin du 1er
ch. du Contrat Social, ce dernier écrit textuellement (en note) : "Dans les faits,
les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent, et nuisibles à ceux qui n'ont
rien."
Cher ROGER, en te félicitant affectueusement, je t'embrasse, de tout coeur.

MAURICE
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PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS

Le Secrétaire général
7 Mars 64

Mon cher Roger,
J'ai lu ton "KARL MARX".
C'est très bien. C'est un exposé complet et profond du marxisme qui n'est pas
un dogme mais un guide pour l'action.
Chacun des grands chapitres est actualisé : philosophie, économie politique,
théorie de la lutte des classes et de la dictature du prolétariat, conception
léniniste du Parti.
Je souhaite que ton livre ait une large diffusion. Il est une réponse sur le fond
aux prétendues questions du " P o p u l a i r e " .
Je te fais tous mes compliments et je t'embrasse affectueusement.

Maurice THOREZ

NDLR: 1964 est l'année de la mort de M. Thorez, qui fut le plus grand dirigeant communiste français et un homme d'Etat d'envergure
Pour découvrir Maurice Thorez, le site du Fonds Thorez-Vermersch: http://www.fonds-thorez.ivry94.fr/

Lettres citées (avec d'autres) dans "Mes témoins", Editions "A contre-nuit", 1997, pages 38 à 43
Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy