20 septembre 2013

Marx et le déterminisme

(Traduction résumée d'une partie d'un article en vietnamien, publié en mars 2004 et juin 2005)

La pensée de Marx est souvent liée au déterminisme. De façon bien trop sommaire et simpliste. Se référant à Marx, la propagande des régimes communistes pour la plupart disparus de la circulation, , prévoient volontiers la mort du capitalisme, pointant du doigt il y a déjà quelques années ses "convulsions agoniques". C'est la "marche inéluctable de l'Histoire", disent-ils, alimentant du même coup les arguments des railleurs de la pensée marxiste. En fait, s'il en est ainsi, l'homme n'y aurait aucun rôle actif dans l'Histoire, et ne serait présent que comme un rouage d'une machine dont le mécanisme lui échappe complètement. Il n'y aurait même pas de place pour la Révolution, qui, elle, envisage un futur en rupture radicale avec le présent, et non pas un futur en tant que prolongation du présent, "déterminé" par le présent, un futur déductible à partir des "données" du présent selon de prétendues "lois scientifiques".
Dans sa thèse (1841), "La différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure" Marx s'est rangé du côté d'Epicure contre la vision déterministe de Démocrite. Il montre les relations dialectiques entre la libetré dans l'action créative et les contraintes imposées par les conditions environnementales. De nombreuses années plus tard, on peut lire dans Le Capital : "L'histoire humaine diffère de l'histoire de la Nature en ce que l'homme a fait celle là et non celle-ci". C'est le côté Liberté dans l'action et la création. Toutefois, il écrit dans "le 18 Brumaire de Louis Bonaparte" : "Le hommes font leur propre histoire, cependant ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais selon les conditions imposées par le passé". C'est le côté déterminé par les facteurs de l'environnement (naturel, psychologique, social). Ne parler que du côté "déterminé" est une vision erronnée de la pensée de Marx.
Le côté Liberté dans la création humaine est, quant à lui, liée à l'émergence du Projet. Marx a fait remarquer que la différence entre l'abeille la plus talentueuse et l'architecte le plus mauvais réside dans le fait que l'architecte a déjà construit son travail dans sa tête avant de se mettre au travail et non l'abeille (le Capital). L'action humaine, ainsi que son histoire, nait d'un projet. Cette émergence du projet dans la conscience de l'homme envoie un éclairage sur le futur et permet d'envisager non pas un avenir, mais plusieurs avenirs possibles. L'Histoire n'a pas de "marche inéluctable". Le Socialisme n'a rien d'obligatoire. Quant au Capitalisme, celui-ci, après avoir donné tout ce qu'il a de positif, peut aboutir sur le socialisme ou sur un tout autre modèle de société.
L'idée selon laquelle tout est déterminé par l'économique a aussi souvent été reprochée à Marx. A ce propos, Engels disait :"Marx et moi portons une part de responsabilité dans le fait que des jeunes attribuent parfois à l'économique une importance exagérée. Devant nos adversaires qui le niaient il nous a fallu souligner l'importance de ce facteur, sans avoir toujours pu trouver, ni le temps, ni les occasions, de donner la place aux autres facteurs qui participent à l'action réciproque ..."

___________________________________________________________

SELECTION D'ARTICLES

Archives Garaudy PDF sur Calameo

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy