25 septembre 2013

Dom Helder Camara, de "l'intégralisme" à la théologie de la libération




La vie de Dom Helder accompagne littéralement l’histoire et l’évolution du Brésil et de l’Église brésilienne au XXe siècle. Et si c’est l’évêque progressiste et défenseur de la justice pour les pauvres qu’on retient, il faut savoir que sa trajectoire sacerdotale ne le préparait aucunement au rôle qu’il allait jouer. Car Helder Camara a d’abord été un artisan du fascisme à la brésilienne, qu’on appelait là-bas le mouvement « intégraliste ». Et ce n’est pas par hasard que le livre s’intitule « Les conversions d’un évêque ». Un peu comme Mgr Romero, qui avait mérité sa nomination épiscopale par son appartenance aux milieux de la bourgeoisie de droite au Salvador, ce n’est que très graduellement que Dom Helder a « entendu la voix de son peuple » et qu’il s’est peu à peu converti aux exigences de la justice pour tous les « sans voix » et de la non-violence comme moyen privilégié pour y arriver.
Suivre la trajectoire de Dom Helder est une leçon pour beaucoup d’entre nous, qui voudrions que nos leaders, civils ou religieux, soient automatiquement des leaders visionnaires, courageux, solidaires des démunis et engagés au service de la « justice » telle que nous la concevons. La réalité est presque toujours bien différente : on ne devient souvent ces leaders visionnaires (que l’Histoire retiendra) que peu à peu, par des détours parfois surprenants, mais toujours parce que le service des autres (ou du bien commun) prime sur nos propres intérêts ou nos perspectives de carrière.
L’autre facette de Dom Helder que je voudrais souligner, c’est l’exceptionnelle humilité qu’on découvre tout au long des entretiens. Même si sa vie et son action l’ont manifestement placé au cœur d’événements très importants (il a bien connu plusieurs présidents brésiliens, de grandes figures culturelles de son pays, il a été l’initiateur et la cheville ouvrière de la première conférence épiscopale nationale dans le monde, puis de la première conférence épiscopale continentale, le CELAM, il était un ami de Paul VI, il a joué un rôle important au Concile sans jamais prendre la parole en assemblée plénière, il a été au cœur du mouvement pour « L’Église des pauvres », etc.), il est constamment convaincu de n’être qu’un petit ouvrier dans la vigne du Seigneur.
Deux exemples illustrent cette humilité réelle (ce n’est clairement pas une posture de « fausse humilité ») : le projet d’entretiens autobiographiques proposé par José de Broucker s’est d’abord heurté à beaucoup de réticences; et Dom Helder n’a finalement accepté que parce qu’il était convaincu que le projet n’aboutirait pas (ce qu’il avait à raconter ne présentait certainement pas l’intérêt que le journaliste semblait lui prêter). Et quand le manuscrit du livre lui a finalement été présenté, Dom Helder a refusé tout net qu’il soit publié (entre autres, parce qu’il avait parlé de plein de gens et de situations avec d’autant plus de liberté qu’il était convaincu que ce ne serait jamais publié!). Et il a fallu l’intervention de plusieurs amis brésiliens de confiance pour convaincre Dom Helder d’accepter finalement la publication.
De même, Dom Helder a toujours consacré, depuis ses années de séminaire, deux heures chaque nuit à la prière et à l’adoration. Et très souvent, il écrivait ses méditations. Mais il insistait pour que ces textes soient détruits ou ne soient pas publiés. Et il a fallu l’intervention de son directeur spirituel pour que ces textes puissent être dorénavant conservés, ce qui nous donne un accès privilégié à la spiritualité qui animait cette grande figure du christianisme latino-américain.
On pourrait ajouter tellement de choses! Mais qu’il suffise de dire que lire ces mémoires vivantes de Dom Helder est une manière fascinante de connaître l’Histoire du Brésil du XXe siècle (ce Brésil qui devient l’une des grandes puissances économiques et politiques du XXIe siècle, avec l’Inde, la Chine et quelques autres), d’avoir un aperçu de l’Église catholique latino-américaine (elle aussi, une force déterminante de l’Église du XXIe siècle), en plus de rencontrer un des grands témoins de Jésus de Nazareth de notre temps.

Dominique Boisvert
  Dom Helder Camara répond aux questions de José de Broucker (Les conversions d’un évêque, Éditions du Seuil, 1977, 201 pages)

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