27 février 2011

La Quête humaine du Sacré chez les Mi’kmaq

La Quête humaine du Sacré chez les Mi’kmaq (First Nations) du Canada


« Au-delà de nos croyances religieuses ou spirituelles, chaque peuple a une richesse spirituelle qu’il a à communiquer aux autres. Personne ne peut prétendre avoir Dieu pour lui comme il aurait un porte-monnaie dans sa poche. La quête du sacré est une quête qui hante tous les peuples du monde.»
Les Mi’kmaq est l’une des 630 groupes d’aborigènes (First Nations) du Canada. On les retrouve particulièrement dans la Province de la Nouvelle-Ecosse. Située à près de vingt minutes de voiture de la petite ville d’Antigonish , la communauté mi’kmaq de Paqtnkek a été le lieu idéal pour mes collègues et moi de vivre l’expérience de la richesse culturelle et spirituelle de ce peuple.
Tout se passe en ce soir du 3 décembre 2010, fête patronale de l’université qui nous accueille, St Francis Xavier University. La fête m’est personnellement mémorable parce qu’elle me rappelle mes jours d’internat au Petit Séminaire St François Xavier, dans le Mayombe. Comme durant mes années d’école au Petit Séminaire, St Francis Xavier University offre en cette soirée un dîner spécial. Les décors de Morisson Hall, qui sert de restau pour les étudiants, ont un apparat spécial bien teinté de couleurs de fête pour célébrer la Saint François Xavier. Au sortir des cours à 16h30, on peut s’apercevoir que l’ambiance est vraiment de fête : les tenues qui défilent devant mes yeux ne sont celles de tous les jours. Tous, étudiantes et étudiants, enseignants et travailleurs, sont d’une élégance inégalée. C’est vraiment la fête. Exceptionnellement, on peut voir de l’extérieur du Hall quelques bouteilles de vin et de champagne sur les tables.
C’est, pourtant, dans cette ambiance festive que mes collègues, Fil du Guatemala et Dulla de la Tanzanie, et moi-même recevront des instructions de David, un de nos enseignants, qui devra nous accompagner à notre rendez-vous de prière et de guérison à Paqtnkek. Au nombre de ces instructions, on nous invite de ne pas manger ou plutôt de ne manger que très légèrement ; mais surtout de ne pas prendre d’alcool. Nous sommes également prévenus que nous aurons besoin d’une tenue spéciale pour entrer dans la loge où devra se tenir la cérémonie: une culotte ou une serviette de corps parce qu’on ne peut y accéder que torse nu. En plus de la tenue, il nous faut également nous munir d’une bouteille d’eau à boire étant donné que l’expérience pourrait nous laisser déshydratés.
C’est à 19 heures exactes qu’on part de l’université, au moment même où nos collègues commencent les festivités. Pour certains collègues, qui voyaient déjà dans cette cérémonie de ‘prière et guérison’ une sorte d’entrée dans l’occultisme et qui n’hésitaient pas de me mettre personnellement en garde, ma décision de laisser la fête pour une ‘histoire’ païenne était comme de la folie. Mais j’ai appris, depuis mes années d’école secondaire, à faire des choix qui sont miens non des choix influencés par d’autres. Ma motivation, c’était de découvrir quelque chose d’autre, de différent de ce qu’on connait déjà.
Après vingt minutes de voiture, nous étions au lieu du rendez-vous. On y trouvait un groupe de quatre personnes autour d’un grand feu où l’on chauffait de grosses pierres. A côté du feu se trouvait une petite loge en cercle, d’une dimension approximative de deux mètres de diamètre. Hormis la petite entrée (on ne pouvait y entrer qu’en s’agenouillant), aucun autre orifice ne pouvait être perçu autour de la loge.
Un accueil très amical et fraternel nous était réservé. Après les présentations, tout le monde voulait immédiatement savoir d’où on venait, connaître quelque chose de nos cultures. Il faisait froid, un peu moins de 0 degré Celsius ; c’était l’hiver. On ne pouvait donc s’éloigner du feu. La conversation autour du feu me rappelait donc ces moments inoubliables chez moi au village, dans les petites forêts du Mayombe, ou le feu était le lieu autour duquel nous avions l’habitude de nous retrouver pour partager nos expériences de la vie, apprendre des adultes les mythes fondateurs de nos traditions et socialiser avec les autres.
A des milliers des kilomètres, je revoyais le feu jouer encore ce rôle, cette fois-ci entre des peuples de divers horizons et races (blancs et noirs). Je voyais se rétablir entre nous une unité spirituelle ou communicationnelle que j’ai eu coutume de voir autour du feu dans mon Mayombe natal.
Mais le moment le plus crucial intervint, lorsque tous sommes entrés dans la loge prenant chacun sa place autour d’un petit trou au centre où devaient être placées des pierres bien chauffées. Je pouvais en dénombrer une vingtaine. Un des maîtres spirituels transportait ces pierres une par une, du feu vers la loge, moyennant une pèle. Aussitôt qu’il avait fini, il entra dans la loge avec un sceau plein d’eau. Puis, l’entrée était fermée. Et après quelques mots d’introduction pour expliquer le symbolisme qui allait accompagner cette cérémonie de prière et de guérison, le maître spirituel jeta de l’eau au feu. Imaginez juste ce qui pouvait se passer lorsque toute l’évaporation ne pouvait trouver aucune issue de sortie ! Une chaleur vous pénétrait le corps et on pouvait sentir comme si on ne se possédait plus. Il y avait cette souffrance physique qu’on pouvait sentir, la souffrance de la chaleur pénétrant le corps, mais en même temps intérieurement on pouvait sentir comme une sorte de soulagement qui vous élevait à un autre niveau de transcendance, de communion non seulement avec ce que nous pouvons appeler un Dieu, mais tout simplement avec l’univers, les gens qui nous sont proches, les vivants et les morts,… Le refrain qui nous avait été demandé de répéter quand nous le souhaitions était : « To all my relatives’ (à tous les miens !).
Dès le départ la symbolique des pierres nous a été expliquée. Les pierres, c’est le témoin incontesté des générations et des générations depuis la création de l’humanité. Elles ont vu les gens naître, grandir et mourir. Elles sont les témoins de toute l’histoire humaine ; des générations sont nées, sont passées mais, elles, elles sont là, inchangées. Elles nous révèlent donc la présence de ceux qui sont partis, les ancêtres, ou qui sont absents mais aussi de ceux qui sont avec nous.
C’est donc en présence de l’humanité présente et absente que cette cérémonie de prière et de guérison se passe. Mis à part ce refrain que nous récitions de manière intermittente, chaque participant était invité à prier à sa manière, selon sa foi. Aucune formule n’était imposée. A intervalles variés, on ouvre la porte d’entrée pour laisser pénétrer un peu d’air frais. Quel soulagement ! Il n’y a pas de mot pour décrire un tel sentiment de paix intérieure lorsque ceci se passe.
En somme, c’est pour la première fois que je vivais une expérience, aussi mystique dans un sens ; une expérience spirituelle et physique forte et exceptionnelle. Mon collègue Fil, du Guatemala, m’a confié quelques jours plus tard qu’il en était sorti effectivement guéri d’un mal de dos dont il souffrait depuis des années. Cette expérience m’a convaincu, qu’au-delà de nos croyances religieuses ou spirituelles, chaque peuple a une richesse spirituelle qu’il a à communiquer aux autres. Je suis convaincu aujourd’hui qu’il n’y a personne - comme le dirait le philosophe français, Roger Garaudy - qui peut prétendre avoir Dieu pour lui comme il aurait un porte-monnaie dans sa poche. La quête du sacré est une quête qui hante tous les peuples du monde.

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Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy