22 juillet 2011

Garaudy: Marxiste ou Chrétien (1979)

[Nous laisserons aux lecteurs qui connaissent l'oeuvre de Roger Garaudy apprécier la critique qui suit] 

Une destinée pathétique : Roger Garaudy
Marxiste ou Chrétien

         Le 2 décembre 1979 – il est bon de tirer des leçons du passé – à l’émission Apostrophes de Bernard Pivot, certains téléspectateurs sont sans doute entrés en contact avec la pensée de Roger Garaudy.

         Marseillais, élevé dans le Protestantisme, il abandonne la foi chrétienne pour se faire Marxiste et devient député communiste puis sénateur tout en poursuivant parallèlement une brillante carrière universitaire.

         Ceux qui connaissent un peu ses œuvres ou qui ont lu l’un ou l’autre de ses livres, se persuadent assez facilement que ce penseur, bien qu’ayant rompu avec le parti communiste en 1968, reste profondément marxiste. On se demande alors pourquoi, depuis ce moment-là, il se dit aussi farouchement chrétien.
         La personnalité du Christ en vérité, n’avait jamais cessé de l’impressionner, malgré une formation philosophique occultante. Mais marxiste toujours convaincu, il eut l’ambition alors d’opérer à l’intérieur du christianisme, ce qu’il appelle une révolution copernicienne, à l’image de celle accomplie par Marx dans la philosophie de Hegel.
         Mais un chrétien pourrait-il s’y laisser prendre ? Si tout homme peut admirer les efforts déployés par R. Garaudy pour amener ses contemporains à prendre une conscience très vive de leurs responsabilités concrètes et à travailler énergiquement à l’évolution du genre humain vers l’altruisme le plus désintéressé, le chrétien authentique sait qu’il n’est point nécessaire pour cela de « vider le Ciel ». En fait, pour R. Garaudy, il n’y a pas de Dieu personnel mais le Grand Tout de l’Univers où viendront se perdre et se confondre après leur mort tous les êtres vivants conscients ou non. Cette idéologie est vieille comme le monde : on l’appelle le Panthéisme.

         Les moyens que prend R. Garaudy pour se faire des « disciples » dérivent en droite ligne de la méthode marxiste. Il s’approprie des mots comme la foi, la résurrection, etc., et les vide complètement de leur contenu précis et bien définis depuis des siècles, pour leur attribuer une tout autre acception. Au lieu de désigner des réalités surnaturelles, ces mots, dans ses œuvres et sa pensée, sont appliqués à des réalités purement naturelles, quelque sublimes et transcendantes qu’elles soient.
         C’est là précisément que réside le danger pour les personnes non averties, dont la vie spirituelle manque de bases théologiques. L’amalgame proposé par R. Garaudy et dont certains aspects ne sauraient être reniés par les chrétiens, se coupe en fait résolument de la foi chrétienne sur les points les plus importants. Citons en quelques uns : l’existence d’un Dieu personnel, l’immortalité de l’âme, la résurrection individuelle (qu’il taxe d’idée infantile), la divinité du Christ, etc.

         Certes, il reste logique avec lui-même, mais un universitaire devrait tout de même savoir employer le mot propre pour exprimer sa pensée, même s’il a, pour objectif de remouler la pensée d’autrui.
         On sait qu’ensuite, devant son échec, il a voulu tenter sa chance dans le Bouddhisme [sic ! ndlr]

                                                                 M. Desnoues

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy