13 février 2011

La prison Aïn-Serrar à Djelfa

(Mardi 01 Octobre 2002)


Une page des mémoires de Roger Garaudy

La prison de Aïn-Serrar sera rasée



Depuis quelques semaines, tout le monde parle du quartier Aïn-Serrar à Djelfa, un grand ghetto qui sera rasé ce jeudi. Une grande opération à laquelle, le ministre de l’Intérieur M. Zerhouni devra donner le coup d’envoi. Les habitants du fameux quartier ont en effet tous bénéficié de logements dans la grande cité El Wiam.
Mais le hic est que ce quartier abrite un site historique très célèbre dans la région qui risque de disparaître.
Une lettre a d’ailleurs été adressée par la représentante de l’Agence nationale des sites historiques, à Djelfa, à tous les responsables locaux, afin de préserver ce site. Il s’agit d’une prison dans laquelle le célèbre humaniste et philosophe français Roger Garaudy a été incarcéré et torturé et ce, suite à ses positions politiques anti-colonialistes.
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Lotfi G.

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Au début de la Deuxième Guerre mondiale, Garaudy est considéré par les autorités du régime de Vichy comme un Propagandiste Révolutionnaire. On l’affecte donc à la « Septième DINA » (Division d’Infanterie Nord-Africaine) en Algérie, aux confins du Sahara. Au côté des Arabes marocains, algériens et tunisiens, vont se trouver à combattre des résistants au fascisme que l’on a envoyés combattre aux points les plus meurtriers. Le 4 mars 1941, au moment où un convoi de volontaires étrangers vient se joindre à eux, Garaudy, ainsi que tous les réfractaires de son camp, contreviennent à l’ordre du commandant français de s’enfermer dans leurs marabouts. Ils entonnent "Au-devant de la vie"… Le commandant, incapable de censurer cette impulsion contestataire donne l’ordre à la garde de tirer. Garaudy, l’espace d’un instant, croit qu’il va mourir. L’attente se fond en silence. La notion de vivre l’instant présent prend alors une autre signification ; comment, remettre à plus tard, désormais, ce qui est possible d’être accompli maintenant. Il n’a que vingt-huit ans. Mais ils ne tireront pas. Ces hommes, des « ibadites », font partie d’une secte musulmane. Leurs croyances religieuses leur ont valu, il y a mille ans, d’être poursuivis jusqu’au Sahara. C’est en réponse à l’appel de Dieu qu’ils vivent, depuis, dans cet environnement hostile. Garaudy dit de ces derniers : "Ces inconditionnels de Dieu nous ont fait vivre : il est contraire à l’honneur de guerriers musulmans du Sud qu’un homme armé tire sur un homme désarmé. Ils avaient, avant nous, l’expérience de la transcendance vécue."  Roger Garaudy, Mon tour du siècle en  solitaire :  Mémoires, Paris, Robert Laffont, 1989, p. 66.
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"Allah guides to his light whomsoever he wills"(Qur'an 24:35). At the level of secondary causes, however, there are many reasons why a Western intellectual might embrace Islam. In the case of the French Marxist philosopher Roger Garaudy, who was born in 1914 and converted in 1982 when he was 68 years old, the key factors were arguably his conviction that Western society is based on a false understanding of man, and his own life-long quest for transcendence...
Factors which played a part in Garaudy's conversion
During the Second World War, Garaudy was interned with other Communists and spent nearly three years in prison camps in North Africa. On one occasion, when he was in a camp in Djelfa in southern Algeria, he and his fellow prisoners were saved from summary execution because the Arab guards defied orders to shoot them. He subsequently learned that they owed their lives to the fact that the guards were Ibadi Muslims whose religion forbade them to fire at unarmed men. Their unconditional obedience to a higher authority than their French commandant deeply impressed him and prepared the ground for his conversion over forty years later...

Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy