[ Mon intervention le 03/06/2026 à l'Assemblée Générale de ma Section]
En 1848 Le Manifeste du parti communiste commençait par ces mots :
« Un spectre hante l’Europe, c’est le spectre du communisme ». Et
bien ce fantôme hante aussi notre 40e Congrès. Nous sommes effectivement
appelés dans la préparation de ce congrès à dire notre choix pour les
prochaines élections, mais tous les textes qui nous sont proposés - tous -
parlent en effet de socialisme et de communisme, ce qui vise - on sera d’accord
- plus loin et plus haut qu’une simple élection. Il s’agit du changement du
type de société. Et c’est de cela dont j’ai choisi de vous parler dans mon
exposé, plus que des éléments programmatiques du parti « du travail
et de la paix », éléments que partagent, avec des nuances, les quatre
textes, et que tous nous connaissons, pour l’essentiel. Donc, une synthèse
« à ma sauce ». Mais qui permettra peut-être, par un biais, d’entamer
notre débat. Ce biais c’est le long terme.
Fabien Roussel dans l’édito du « Journal du congrès » nous demande de
réfléchir et de décider pour le temps long : « en nous projetant,
écrit-il, dans les 15 ou 20 ans qui viennent ». De la même façon, le
préambule du texte UN COMMUNISME DE CONQUÊTE, « veut doter le PCF d’une
démarche dans la durée ». Les textes STRATÉGIE COMMUNISTE et RÉSISTER ET
CONSTRUIRE mettent aussi l’accent sur cette exigence de voir loin. Le
texte COMMUNISTES A L’OFFENSIVE s’inscrit plus dans l’immédiateté du danger RN
et d’un communisme « ici et maintenant ». « Socialisme,
communisme », n’ayons donc pas peur des mots !
Pour beaucoup de travailleurs et de citoyens, le « socialisme » est largement discrédité tant dans ses versions social-démocrates ou social-libérales que dans ses versions soviétiques et post-soviétiques. MARX, qui se méfiait de cette notion, ne parle jamais de « socialisme » mais toujours de « communisme ». Trois textes - sauf COMMUNISTES A L’OFFENSIVE, mais surtout STRATÉGIE COMMUNISTE - reprennent l’idée du socialisme comme « étape » vers le communisme. Sans nous étendre sur cette notion, il est permis de douter de l’efficacité dans la bataille des idées de la référence au « socialisme ».
Le communisme lui par contre n’a jamais et nulle part existé. ll faudrait donc à mon sens plus parler d’un COMMUNISME plutôt que d’un SOCIALISME. Je partage ce point de vue en partie avec les camarades Bernard FRIOT et Bernard VASSEUR, qui ont publié des contributions sur le site internet du Congrès. Pour ces deux camarades, et sans doute aussi pour des signataires de COMMUNISTES A L’OFFENSIVE, il y a du communisme « dejà-là » dans notre société : la sécurité sociale, les services publics, le statut des fonctionnaires etc. Il faudrait donc développer ces secteurs, s’en inspirer pour d’autres secteurs et progresser ainsi sur la voie du communisme. La thèse du « déjà-là communiste » a, malgré ses faiblesses sur la conquête du pouvoir d’Etat, l’intérêt de montrer que le communisme n’est pas une utopie détachée des réalités concrètes et qu’il existe d’ores et déjà une base réélle sur laquelle le nouveau pouvoir démocratique pourra prendre appui. Cela d’ailleurs, les quatre textes le notent.
Pour ce qui est de la référence « aux couleurs de la France », tout l’héritage du Parti Communiste Français fait de lui un parti portant à la fois et sans complexes le drapeau tricolore et le drapeau rouge. Notre parti est déjà tout entier « aux couleurs de la France ». Aucun doute donc de mon point de vue sur la validité, la légitimité et l’utilité politique de cette formule. Le PCF est d’ailleurs le seul parti français à avoir dans son nom le nom de la France.
Alors… sur le communisme proprement dit, que peut-on dire justement, en quelques mots ?
Le communisme est à la fois un but et un chemin, comme le note le texte RÉSISTER ET CONSTRUIRE, mais, chacun à leur manière, les quatre textes le disent. Le but ? Le communisme est un ordre social fondé sur l’association et non sur la concurrence. Le chemin vers le communisme ? L’appropriation collective / sociale des principaux moyens économiques.
En lisant les analyses des textes soumis à nos votes -tous -, qui décrivent la crise du système capitaliste et les dégâts engendrés par ce système et par cette crise, je ne vois pas que cela ait changé et que l’abolition de la propriété privée des moyens de production et d’échange ne soit plus ce qu’ ENGELS appelait « la principale revendication » des communistes. Et en effet c’est cette revendication qui fait notre spécificité, notre PERSONNALITÉ, c’est elle qui justifie notre existence en tant que parti, c’est elle qui fonde notre style d’organisation.
Quelle est la condition « sine qua non » pour que ce but - l’association des producteurs - se dessine et pour que ce moyen - la propriété sociale des moyens économiques - commence à être mis en œuvre ? Et bien la condition première c’est une démocratie la plus large, la plus directe, la plus délibérative possible. La plus large, c’est-à-dire s’étendant à tous les secteurs de la société, à commencer par les entreprises. La plus directe : c’est-à-dire avec le moins de délégation de pouvoir possible. La plus délibérative, c’est-à-dire garantissant la participation de plus grand nombre à la détermination des choix politiques à tous les niveaux, au moins la participation de tous ceux qui veulent apporter leur contribution au bien commun. On peut appeler cela le « socialisme », ce que font trois textes. On peut aussi le qualifier d’autogestionnaire, comme le texte RÉSISTER ET CONSTRUIRE. L’autogestion n’était-ce pas l’un des traits de la Commune de Paris dans laquelle MARX voyait la « forme enfin trouvée » du nouvel Etat prolétarien ?
Pour pratiquer ce type de démocratie, il faut un parti de la main ouverte autant que du poing fermé, un parti du rassemblement du peuple, de la réconciliation des citoyens avec la société, et – inséparablement - un parti des luttes de classe. « L’union du peuple de France » est une formule des années 70 qu’emploie parfois Fabien ROUSSEL, qu’il a encore utilisé mardi 26 à Vic-le-Comte (63), qui figure dans le préambule du texte UN COMMUNISME DE CONQUÊTES. Une formule que j’apprécie parce qu’elle dépasse, sans l’exclure, la simple « union de la gauche », auquel les quatre textes se réfèrent sans forcément y mettre le même contenu ni les mêmes formes. Pour être complète, la formule exacte des années 70 était « union du peuple de France pour le changement démocratique ». Je la fais mienne en 2027 car la voie communiste, quant à son but et à son chemin, est fondamentalement une voie qui pousse la démocratie le plus loin possible, comme tous les textes, en définitive, le proposent en des termes différents mais non antagonistes.
Un parti de la main ouverte donc, et un parti structuré, grâce aux cellules et aux sections, structuré au plus près des travailleurs et travailleuses de notre temps, souvent dispersés, fractionnés, nomades ou migrants. Un parti où les élus, les dirigeants et les militants respectent et appliquent les décisions prises démocratiquement par les instances statutaires, avec une totale liberté d’expression individuelle en tant que membres du parti à l’intérieur et en tant que citoyens et citoyennes à l’extérieur, dans la société globale. Un parti en dialogue et en action commune le plus souvent possible avec tous les courants de pensée progressistes et humanistes.
Un parti, enfin, ouvert sur le monde - et je terminerai par là parce que c’est à mon sens le plus important -, et deux textes le notent fortement (STRATÉGIE COMMUNISTE et RÉSISTER ET CONSTRUIRE) quand le texte COMMUNISTES A L’OFFENSIVE est très faible sur ce sujet majeur. Avant d’être « aux couleurs de la France », le communisme est en effet d’abord aux couleurs du monde. ENGELS écrivait : « La Révolution communiste sera une révolution mondiale et devra, par conséquent, avoir un terrain mondial ». Ce qui n’était pas forcément vrai du temps de MARX et ENGELS, l’est aujourd’hui. Que les couleurs du monde soient aussi les couleurs de la France, voilà qui me semble conforme au génie de notre pays et surtout conforme aux nécessités que nous imposent les problèmes auxquels la planète et les peuples ont à faire face aujourd’hui : oppressions de classe, de sexe et de race, travail forcé et emplois parasitaires, inégalités de développement et misère, faim dans le monde, injustices et guerres de toutes natures, trafic d’ armes et de drogues, changement climatique, crise écologique, migrations, catastrophes humanitaires, etc.
Un parti donc avec une vue planétaire des problèmes engendrés par les multiples aspects de la crise du capitalisme. Une même vue planétaire aussi des solutions à ces problèmes, solutions qui toujours tournent autour du dialogue et de la coopération plutôt que de la confrontation naissant immanquablement du repli sur soi. Et, donc, pour le dialogue et la coopération, un parti en lien avec les travailleurs et les peuples du monde entier, et d’abord et avant tout avec les partis communistes et ouvriers, y compris ceux qui suivent une voie différente voire divergente de celle des communistes français, sans en exclure aucun, par exemple les partis russe et chinois, c’est-à-dire rien moins que le plus grand parti communiste d’Europe et le plus grand parti communiste du monde. Sur ce dernier point il faut se féliciter de la rencontre récente entre l’ambassadeur de la République Populaire de Chine en France et Fabien ROUSSEL, et espérer que cette rencontre soit un pas vers des rapports approfondis avec ce pays et son parti communiste.
Deux des trois textes alternatifs (STRATÉGIE COMMUNISTE et
RÉSISTER ET CONSTRUIRE) et le texte de la direction actuelle UN COMMUNISME DE
CONQUÊTES, chacun à leur manière, proposent de reconquérir des marqueurs de la
personnalité communiste. J’apporterai mon
vote au texte RÉSISTER ET CONSTRUIRE, non que j’en approuve tous les termes
mais pour deux raisons :
- parce qu’il est celui qui insiste le plus précisément sur l’international, la
crise de civilisation actuelle, la marche vers une nouvelle civilisation, vers
une nouvelle organisation du monde (avec notamment le rôle des BRICS dont
la Chine et le Brésil sont actuellement les composants moteurs),
- et parce qu’il affirme, comme le texte UN COMMUNISME DE CONQUÊTES, mais plus
clairement, la nécessité d’assurer la présence du PCF à tous les niveaux de
l’action politique, y compris le niveau électoral, y compris à l’élection majeure
de la 5e République, la présidentielle.
Le texte RÉSISTER ET CONSTRUIRE, comme le texte STRATÉGIE COMMUNISTE, ne
propose pas de mettre le PCF à la remorque d’un autre mouvement comme le fait
sans le dire ouvertement le texte COMMUNISTES A L’OFFENSIVE . Il ne propose
pas non plus de « faire la peau » de l’actuel Secrétaire National
comme les réseaux sociaux nous y invitent et nous y inviteront sans doute
jusqu’au congrès. Les deux textes RÉSISTER ET CONSTRUIRE et STRATÉGIE
COMMUNISTE, si l’un des deux n’est pas choisi les 6 et 7 juin, ont vocation à
être non pas des plate-formes pour des tendances organisées au sein du parti,
mais un fonds d’amendements possibles pour le texte qui deviendra à partir de
dimanche la nouvelle « base commune ».
N’ayons pas peur des mots. « Que les
bouches s’ouvrent !», comme l’écrivait Maurice THOREZ le 21 aout 1931
dans l’Humanité au moment où il était question d’en finir avec la ligne sectaire
« classe contre classe » et de s’adresser à nouveau aux
« masses », au peuple dans sa diversité.
[ TOUS LES TEXTES SOUMIS AU DÉBAT jusqu'au 6 juin pour l'adoption de la "base commune" amendable : https://congres2026.pcf.fr/les_textes_soumis_aux_communistes ].