22 novembre 2012

Il n'est plus possible de se taire

Le 14 octobre 1969, à la réunion du Comité Central du Parti Communiste français, dont il était encore membre du Bureau Politique, Roger Garaudy, traitant de la "normalisation" imposée militairement par l'URSS au Parti Communiste et au peuple de Tchécoslovaquie et tacitement acceptée par le PCF, avait déjà dit: "Il n'est plus possible de se taire[...] Ce n'est pas seulement une question de morale, car ce qui est en jeu c'est le rayonnement du socialisme et l'avenir de notre parti. Nous devons dire sans équivoque à notre peuple: Le socialisme que nous voulons instaurer en France n'est pas celui qui est aujourd'hui imposé à la Tchécoslovaquie. Pour ma part je me prononce pour cette prise de position et je demande, sur la question de savoir si notre parti  doit parler ou se taire, une décision claire du Comité Central." (Source: "Toute la vérité. Mai 1968/Février 1970", Roger Garaudy, Editeur Grasset, 1970)
Huit mois plus tard, exclu du PCF, il signe avec d'autres éminents communistes "historiques" l'appel suivant qui élargit le champ des critiques au fonctionnement anti-démocratique du parti et à son incompréhension des "évènements" de mai-juin 1968 en France:



Membres de la direction du PCF pendant de nombreuses années, notre objectif commun est le combat pour le socialisme dans les conditions nouvelles propres à notre temps. Les problèmes qui se sont posés depuis le 20e congrès du PCUS et plus encore dans la dernière période, ont révélé avec éclat que le fonctionnement actuel du parti constitue un obstacle à la réalisation de cet objectif. Après avoir "réprouvé" l'intervention en Tchécoslovaquie, il est inconcevable d'en accepter toutes les conséquences, c'est-à-dire la "normalisation", la mise au pas.
A l'égard de la jeunesse, l'importance donnée à certains excès et une méfiance systématique ont empêché de comprendre les raisons profondes de son mouvement.
Un centralisme démocratique inspiré du modèle soviétique a permis d'écarter ceux qui posaient ces problèmes et de placer à la tête du parti un homme qui n'a participé à aucun de ses combats vitaux *.
C'est pourquoi certains d'entre nous, qui se sont tus pendant dis ans et plus, ne peuvent plus se taire sous peine de se mettre en contradiction avec le sens de leur combat et le sentiment de leurs responsabilités.
Le temps est venu, pour tous ceux qui ont conscience du danger d'un tel blocage politique, d'intervenir hardiment dans le débat dont dépend l'avenir du socialisme en france et la lutte des peuples contre la barbarie impérialiste.

Roger Garaudy, Maurice Kriegel-Valrimont, Jean Pronteau, Charles Tillon
Le 3 juin 1970
(Extrait de "On chantait rouge" de Charles Tillon, Editeur Robert Laffont, 1977)

* Georges Marchais (ndlr) 


Lire aussi: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2012/01/parler-puisque-dautres-se-taisent.html