13 septembre 2026

De la terre jusqu'au ciel ( Chap. 3, 4 et 5). Marx, démocratie, écologie, féminisme

 3 - Vers l’unité de l’homme 


Dans la critique que MARX fait de la religion, ce n’est pas l’athéisme qui est intéressant, athéisme dont il n’a jamais fait un acte militant, ce qui est intéressant c’est la conclusion que, dans l’introduction de Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel, il tire de cette critique : La critique de la religion s’achève par la leçon que l’homme est pour l’homme l’être suprême, donc par l’impératif catégorique de bouleverser toutes les conditions où l’homme est un être humilié, asservi, abandonné, méprisable. Cette phrase est essentielle pour entrer dans la vision du monde de MARX si l’on comprend la forme verbale « s’achève » aux deux sens : annonçant d’une part la conclusion d’une étude, mais aussi la fin d’un processus sur lequel il sera inutile de revenir, et le début d’un autre processus, celui de l’émancipation humaine. A vingt-cinq ans, MARX, au nom d’un plus grand que lui, déclare la révolution au monde. Son œuvre, à partir de ce postulat - car il s’agit d’un postulat, d’ordre éthique -, sera entièrement consacrée à la compréhension des causes de l’abaissement de l’homme, et à la recherche des moyens d’abattre ces causes et d’unifier l’homme.

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06 septembre 2026

"Un des intellectuels les plus singuliers du XXe siècle français"

Sur son Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=1064779459

Georges CAMBON de Carmaux publie ce petit texte:

Roger Garaudy (1913 2012) fut l’un des intellectuels les plus singuliers du XXᵉ siècle français. Philosophe marxiste, professeur au lycée d’Albi dans les années 1930, il devient après la guerre député communiste du Tarn (1945 1951).
Toute sa vie est marquée par un cheminement intellectuel en mouvement :
• D’abord marxiste orthodoxe, cadre théorique du PCF ;
• Puis marxiste humaniste, en conflit avec la ligne du parti ;
• Ensuite catholique, cherchant une synthèse entre foi et socialisme ;
• Enfin musulman, engagé dans un dialogue entre religions et civilisations.
Ce parcours, souvent déroutant, lui vaut admiration et incompréhension. Il finit par être exclu du PCF en 1970, poursuivant ensuite une œuvre personnelle, parfois controversée, mais toujours animée par une idée centrale : chercher une vérité qui dépasse les frontières politiques et religieuses.
Garaudy est aujourd’hui totalement effacé pire aussi pestiféré que Céline, sa conversion à l’islam reste un des mystères du personnage, cela accentué par des théories proches de Faurisson et Alain Soral ... Dans les années 90 un proche ami le fit venir à Carmaux pour une leçon de philosophie assez surprenante, ce soir-là ; je l’ai rencontré puisqu’il m’a acheté plusieurs de ses livres ! C’était à l’époque un homme simple et abordable

20 août 2026

De la terre jusqu'au ciel (Conclusion). Une nouvelle rencontre du communisme et de la foi.

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Il faudrait dire « des » communismes et « des » fois, car les deux se déclinent au pluriel ; ils revêtent différentes formes selon les temps historiques et les lieux. Le communisme, idéologie d’émancipation fondée sur la « mise en commun », ne peut retourner à une conception pré-marxiste, mais aurait tort d’ignorer les communistes d’avant MARX. Malgré une tendance générale souvent utopiste, c’est-à-dire détachée des conditions qui pourraient rendre possible sa réalisation, on trouve chez eux une exigence éthique qui s’intègre à la visée de MARX comme à celle des grands textes religieux.

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Il est de bon ton en philosophie de commencer par PLATON. Indisposé par une « démocratie » qui avait assassiné son maître SOCRATE sous l’accusation de corruption de la jeunesse, PLATON défend un communisme aristocratique. Le devoir de l’Etat est d’assurer aux citoyens le bien suprême, tâche que seuls peuvent assurer les « meilleurs » de la cité, meilleurs non selon la naissance mais aux plan intellectuel (le savoir) et moral (le désintéressement), à rapprocher de l’aristocratie du renoncement prônée par Roger GARAUDY (88). Autrement-dit, il est juste, c’est-à-dire conforme à l’idée que PLATON se fait de l’Etat, que les philosophes soient rois ou les rois philosophes.

Bien sûr l’utopie communiste platonicienne est esclavagiste : ni PLATON ni son futur contradicteur ARISTOTE ne pouvaient imaginer une société sans esclaves. La république idéale de PLATON (qui n’a jamais vu le jour), n’est égalitaire que pour les membres de la classe privilégiée (magistrats et guerriers). En sont exclus non seulement les esclaves - la majorité de la population - mais aussi les artisans et les travailleurs de la terre et de la mer. C’est ucommunisme de classe, loin de l’universalisme des courants communistes ultérieurs, spécialement des courants marxistes.

Bien que ne s’appliquant qu’à la mince classe des privilégiés, le communisme platonicien n’en est pas moins intégral en théorie. Le bien commun ne pouvant naître que de la mise en commun de tout ce qui fait société, tout doit être commun : non seulement la propriété, la production, la consommation (par exemple les repas pris en commun), mais aussi les femmes et les enfants. La communauté des femmes, qui n’est pas celle de la « démocratie bourgeoise », dénoncée par MARX, n’entraîne pas une sous-évaluation du rôle et des capacités des femmes, qui doivent pouvoir accéder à toutes les fonctions, participer à la défense de la cité, recevoir la même éducation que les hommes. PLATON est de ce point de vue en avance sur son temps.

*
Quatre siècles plus tard, à la différence de PLATON, le juif
JÉSUS et ses disciples pratiquent réellement un communisme du quotidien, mettant tout en commun, abandonnant ou refusant la richesse et menant une action concrète contre les « marchands du Temple » protégés par les dirigeants juifs et l ’ occupant romain . Plus tard , SAINT PAUL fondera 
l’universalisme  en même temps que l’église « catholique » (catholique=universel) : Il n'y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous êtes tous Un en Jésus-Christ.

Après PAUL, des « Pères de l’Eglise », comme Saint AMBROISE et Saint BASILE, considèrent la propriété privée comme « mauvaise » car elle dresse les hommes les uns contre les autres, elle alimente l’égoïsme et l’orgueil des possédants, et au total divise fondamentalement un peuple, le peuple chrétien, qui devrait être uni « cœur et âme » comme le demandent les Apôtres (cf. Actes).

Dans cet esprit, à partir du 4e siècle, le courant monachiste se développe depuis l’orient sous des formes extrêmement diverses. Ascèse, isolement du monde, pauvreté, vie en communauté, poussée parfois jusqu’aux limites du supportable (silence total, enfermement, promiscuité ) mais avec de notables exceptions (comme les moines-guerriers en « Terre Sainte »), tout cela, bien que non fondé sur le principe de propriété privée, n’est pas du communisme, pas plus que le communisme « naturel » des groupes humains primitifs n’était du communisme. Au début du 13e siècle, après FRANÇOIS D’ASSISE, et à son exemple, le refus de toute propriété alliée à l’impératif du travail donnera au courant monachiste joachimite (= à la suite Joachim DE FLORE) l’allure d’un communisme conscient, assumé, prophétique, annonçant un âge supérieur de l’humanité (« l’âge de l’Esprit»), et ne refusant pas de participer à des révoltes sociales.

Au 16e siècle, Thomas MÜNZER et les anabaptistes - qui prônent le retour aux racines de l’église primitive -, mènent violemment ce combat et sont massacrés. L’utopie communiste (propriété et travail communs) ne cesse pas pour autant d’exister jusqu’au 18e siècle, de la Christianopolis purement littéraire de Valentin ANDREAE à Strasbourg en 1619 aux pratiques réelles des Shakers anglais en Nouvelle Angleterre, prônant le communisme et mettant le travail au centre de leurs « valeurs », avec le célibat et la virginité. Il y a confirmation, persistance au cours des siècles, d’une porosité minoritaire mais réelle entre la pensée et les pratiques chrétiennes et l’idéal et les essais de pratiques communistes.

17 août 2026

De la terre jusqu'au ciel

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En voici l'introduction (dans quelques jours la conclusion):

 Nos sociétés, notre monde, sont composés d’individus, d’entreprises, de collectifs, d’états, de groupements d’états, de plus en plus interdépendants, et pourtant de plus en plus divisés.

 Une certaine conception du développement, au service d’une croissance économique sans finalité humaine, obéit à la seule loi du profit des propriétaires et des actionnaires. Une certaine idée de la liberté, sous les noms de « libre échange », de « liberté du marché », ou de « concurrence libre et non faussée », permet aux forts de dévorer les faibles. Une certaine démocratie ne peut empêcher la plus grande rupture de tous les temps entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Un universalisme libéral, sous le nom de « mondialisation » ou de « globalisation » accroît en réalité l’isolement des individus et la coupure entre les cultures, en cherchant à museler la diversité au bénéfice d’une culture et d’une idéologie capitaliste à visée impériale. Autrement dit, en cherchant à unifier de manière contrainte on aboutit à moins d’unité, à plus de divisions. Une certaine conception de la marche en avant de l’humanité, du progrès, entraîne l’exaspération des divisions : division entre les classes, séparation de l’homme d’avec la nature, rupture du lien social (individualismes, exclusions et violences), division des races, des sexes, des âges, intégrismes et communautarismes religieux (littéralismes, fondamentalismes) et politiques (impérialismes, nationalismes).

 Cette contradiction entre interdépendances et divisions est un danger mortel pour le monde, c’est-à-dire la planète et les humains qui l’habitent. Elle entraîne des guerres et des désastres écologiques, la faim et le chômage de masse, et, en découlant, des mouvements de population considérables. Immigration, faim, misère, chômage, vont évidemment ensemble, les plus démunis tentant en émigrant de passer du monde de la faim à un monde où ils espèrent « se vendre » plus facilement car moins chers que les travailleurs locaux, mais qui est en réalité le monde soit du chômage soit du travail contraint. Sans oublier les violences, les conflits, la montée des racismes et de la xénophobie, qu’entraine la conjonction de ces problèmes. 


Ces dérives viennent de loin. Certains les font remonter au néolithique, à l’apparition de l’agriculture et de la production marchande, et à la fondation des premières villes. Le néolithique est parfois présenté comme la première étape de  l’anthropocène , ère de l’influence prépondérante de l’homme sur ses écosystèmes, parfois comme le  capitalocène, ère de la domination du capital - le travail cristallisé en objets, en marchandises, le travail mort - sur le travail vivant. 

D’autres penseurs partent du « miracle grec » (Ve siècle av. JC), qui, contre les philosophies fondées sur des cosmogonies (récits mythiques des origines) de la nature, posa les premières philosophies mettant au centre l’homme (les « philosophies de l’Être » : Socrate, Platon , Aristote) . D ’autres encore partent de la rupture judéo -chrétienne qui institua la notion de « peuple élu » autorisant, au nom d’un dieu, la domination d’un peuple sur un autre.

 Plus près de nous, la Renaissance, par-delà ses habits flatteurs - l’invention de la boussole ou de l’imprimerie, les découvertes de nouvelles terres, les réformes religieuses de LUTHER et CALVIN et la restauration de la philosophie grecque (au demeurant parfaitement dualiste, coupant l’homme en deux, corps et esprit séparés) - fut d’abord une naissance, celle du capitalisme en Europe et du colonialisme des européens sur le reste du monde.

 A toutes les époques, spécialement dans des temps de « kairos » (moment d’un choix décisif impératif), des modes de pensée cherchent à ramener cette complexité du monde à d’abusives simplifications - blanc contre noir, pur contre impur, liberté contre égalité, individu contre société. Ces modes de pensée réductionnistes empêchent de poser la question de la recherche de buts collectifs respectueux de l’humanisation continue de l’homme et d’une organisation sociale propre à atteindre ces buts. La pandémie de la Covid 19 entre 2021 et 2023, en renforçant l’isolement des individus, a renforcé ces idées. Bien que de plus en plus difficile, les dépasser, chercher à voir plus loin, à viser plus haut, s’il le faut à contre-courant, est ainsi de plus en plus nécessaire et en même temps de plus en plus difficile. La foi, dans ses diverses formes, et la religion, au sens positif de « ce qui relie », ne peuvent être ignorées, pas plus aujourd’hui qu’hier.

04 juin 2026

Vers le 40e Congrès du Parti Communiste Français. N'ayons pas peur des mots.

[ Mon intervention le 03/06/2026 à l'Assemblée Générale de ma Section]

En 1848 Le Manifeste du parti communiste commençait par ces mots : « Un spectre hante l’Europe, c’est le spectre du communisme ». Et bien ce fantôme hante aussi notre 40e Congrès. Nous sommes effectivement appelés dans la préparation de ce congrès à dire notre choix pour les prochaines élections, mais tous les textes qui nous sont proposés - tous - parlent en effet de socialisme et de communisme, ce qui vise - on sera d’accord - plus loin et plus haut qu’une simple élection. Il s’agit du changement du type de société. Et c’est de cela dont j’ai choisi de vous parler dans mon exposé, plus que des éléments programmatiques du parti « du travail et de la paix », éléments que partagent, avec des nuances, les quatre textes, et que tous nous connaissons, pour l’essentiel. Donc, une synthèse « à ma sauce ». Mais qui permettra peut-être, par un biais, d’entamer notre débat. Ce biais c’est le long terme.
Fabien Roussel dans l’édito du « Journal du congrès » nous demande de réfléchir et de décider pour le temps long : « en nous projetant, écrit-il, dans les 15 ou 20 ans qui viennent ». De la même façon, le préambule du texte UN COMMUNISME DE CONQUÊTE, « veut doter le PCF d’une démarche dans la durée ». Les textes STRATÉGIE COMMUNISTE et RÉSISTER ET CONSTRUIRE mettent aussi l’accent sur cette exigence de voir loin. Le texte COMMUNISTES A L’OFFENSIVE s’inscrit plus dans l’immédiateté du danger RN et d’un communisme « ici et maintenant ». « Socialisme, communisme », n’ayons donc pas peur des mots !

18 avril 2026

Marx, l’état-nation, le secteur public, le monde

 2e contribution personnelle à la préparation de la base commune pour le 40e congrès du Parti Communiste Français 

Bien qu’il se soit toujours refusé à présenter un catalogue de prêt-à-porter, il y a un apport spécifique de MARX à l’élaboration d’un projet politique concret. Prenons l’exemple des services publics et secteur public en général, dont chacun reconnaît le rôle central qu’ils jouent (ou devraient jouer) dans l’émancipation des hommes et la réconciliation de la cité avec elle-même.

Le service public est exercé au nom des différentes collectivités institutionnelles, de la commune à la communauté internationale, en passant par l’état-nation. La notion de service public recouvre au moins en partie celle d’intérêt général. Pour ROUSSEAU, l’intérêt général est dicté par les devoirs que les citoyens doivent à la société, notamment par leur travail, l’intérêt de la communauté (de la plus petite à la plus grande) passant avant les intérêts partiels et n’étant pas la somme de ces intérêts.

14 avril 2026

Pour une nouvelle politique de la main tendue

Texte de ma contribution personnelle à la préparation du 40e Congrès du Parti Communiste Français  (Juillet 2026). L'ensemble des contributions personnelles et collectives peut être consulté sur contributions - Congrès PCF 2026

 

Une nouvelle politique de la main tendue

Pour que la société fasse lien il lui faut une ou des références : un mythe fondateur, un héros, une idée, une conception du monde, ce qui implique rupture du lien si ces références se rétrécissent ou disparaissent. En France (mais également dans d’autres pays d’Europe et du monde) les deux sources de références qui ont structuré la société au XXe siècle, la source religieuse avec les Eglises, principalement l’Eglise catholique, et la source matérialiste/marxiste avec le Parti communiste, sont très affaiblies, ce qui explique en partie les dérives et les blocages de notre vie collective, notamment politique.

Dans cet esprit, la question des rapports entre marxistes, ou communistes, et croyants est, pensons-nous, non la seule mais UNE question fondamentale pour la cohésion de la société demain. La politique de la main tendue peut sans aucun doute trouver une application dans bien des domaines, de politique nationale (les alliances plutôt que les clivages) ou internationale (les coopérations plutôt que les confrontations). Mais c’est ici de la seule problématique d’une nouvelle rencontre du communisme et de la foi qu’il sera question.  Il faudrait dire « des » communismes et « des » fois, car les deux se déclinent au pluriel ; ils revêtent différentes formes selon les temps historiques et les lieux. Le communisme, idéologie d’émancipation fondée sur la « mise en commun », ne peut retourner à une conception pré-marxiste, mais aurait tort d’ignorer les communismes d’avant Marx, notamment religieux, malgré leur caractère utopiste, c’est-à-dire détaché des conditions qui pourraient rendre possible leur réalisation à grande échelle. On trouve chez eux une exigence éthique qui ne s’oppose pas à la visée communiste marxiste.

21 décembre 2025

"Fonder pour durer", le dernier livre de Loïc Chaigneau

Ce texte de Loïc Chaigneau est la reprise in extenso d'un post public. Je ne connais pas Loïc Chaigneau, je ne lui ai pas demandé l'autorisation de publier ce post et c'est pourquoi je le publie sans rien en enlever ou y ajouter pour ne pas trahir ses intentions. Après avoir lu ce qu'il a écrit sur le communisme et le marxisme, j'attends avec le plus grand intérêt la parution de ce livre à la thèse plus qu' attirante pour quelqu'un qui cherche comme je le fais une nouvelle rencontre du communisme et de la foi, et plus précisément du communisme et du christianisme.  


Fonder pour durer.

Anthropologie de l'alliance Jésus - Marie-Madeleine.

 




LIRE DANS L'APP
 

Introduction

Le christianisme contemporain souffre moins d’un excès de dogme que d’un défaut de structure. Il parle abondamment de foi, de valeurs, de conversion intérieure, mais il peine à penser ce qui fait tenir une vie, un couple, une communauté dans le temps. Il produit des discours spirituels, mais rarement des formes de durée.

C’est ce point aveugle que Fonder pour durer prend pour objet.

Dans ce livre, je ne part ni d’un problème moral, ni d’une crise affective, ni même d’un débat exégétique isolé. Je pars d’une question plus radicale : qu’est-ce qui, dans le christianisme, est capable de fonder durablement une forme de vie humaine ? Non pas seulement de sauver des âmes, mais de produire de la continuité, de la transmission, de la stabilité vivante.

C’est à partir de cette question que s’organise l’ensemble de cet ouvrage dont la parution publique est attendue au début du mois de Février 2026, mais dont la commande est déjà ouverte aux membres de l’Institut Homme Total, que je préside*.

23 novembre 2025

L’affaire Garaudy dans la presse nationale française (1995-1998), mémoire de maîtrise, Claire Andrieu. Recension

 [SOURCE : L'affaire Garaudy dans la presse nationale française : analyse de la constitution d'une polémique autour du soutien de l'abbé Pierre à Roger Garaudy, Novembre 1995-décembre 1998 - Centre d’histoire sociale des mondes contemporains (CHS) ]

TEICHER Fabrice, L’affaire Garaudy dans la presse nationale française : analyse de la constitution d’une polémique autour du soutien de l’abbé Pierre à Roger Garaudy, Novembre 1995-décembre 1998, Maîtrise [Claire Andrieu], Univ. Paris 1 CHS, 2001, 194 p.
En décembre 1995, la revue La Vieille Taupe publie Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, de l’ancien député communiste Roger Garaudy, ouvrage citant et reprenant un certain nombre de thèses négationnistes dans le cadre d’une critique virulente de l’État d’Israël. Cette publication a lieu dans la quasi-indifférence de la presse jusqu’à ce que, quatre mois plus tard, l’abbé Pierre soutienne son ami Garaudy et son ouvrage. Commence alors l’affaire Garaudy.
Cette étude analyse comment se constitue l’affaire Garaudy et son traitement éditorial, de la parution de l’ouvrage de Garaudy jusqu’à son jugement en appel le 16 décembre 1998. Le choix des acteurs et de la nature de cette affaire est révélatri­ce des méthodes de travail des journalistes à la fin de ce siècle. Pourquoi l’abbé Pierre est-il le personnage principal de ce que l’on appelle l’affaire Garaudy ? Les journa­listes — qui ont souvent occulté les défauts de l’abbé Pierre — se retrouvent ici pris à leur propre piège. Des personnes également impliquées dans l’affaire n’ont pas fait l’objet d’une telle médiatisation. C’est le cas de Roger Garaudy lui-même, paradoxalement relégué en arrière-plan de l’affaire qui porte son nom, mais également de son avocat Jacques Vergès, ou de l’essayiste Jean Ziegler.Si une affaire est par définition un mélange de genres, l’affaire Garaudy en est un exemple parfait. Affaire inclassable, on la retrouve aussi bien dans les rubriques politique, sociale et justice que médias. Selon l’orientation des journaux et de leur public, cette affaire prendra donc une tournure politique ou culturelle. Cependant, le traitement de l’affaire par la presse est biaisé par la croyance, ou non, en l’existence d’un lien entre antisionisme et antisémitisme. En effet, Roger Garaudy se revendique du premier tout en prétendant condamner le second. C’est le traitement par la presse de l’actualité proche-orientale qui permettra de révéler la nature de cette ambigüité. La constitution et le traitement de l’affaire Garaudy sont révélateurs d’un certain nombre de comportements et méthodes de travail journalistiques de cette fin de siècle. Acteur ou canal de l’information, les journalistes sortent parfois du rôle qui leur incombe. Quand la presse rend la justice, cela se traduit par un traitement partial de l’affaire qui n’accorde que très peu de place au procès juridique de l’intéressé et à une opinion arabe internationale majoritairement acquise à sa cause. Enfin, cette affaire soulève les grandes questions du rapport d’influence entre l’opinion et la presse et celle de la déontologie des journalistes.

21 novembre 2025

Le blog vu par Copilot de Microsoft...

 Alimenté par l'IA, voici comment Copilot de Microsoft présente le blog :

Le blog rogergaraudy.blogspot.com intitulé « Roger Garaudy – À contre-nuit » est un site dédié à la vie, l’œuvre et les idées du philosophe et homme politique français Roger Garaudy (1913‑2012). Il sert à la fois de relais éditorial et de plateforme de réflexion autour de ses écrits, ses engagements et des prolongements contemporains de sa pensée.

📌 Présentation générale

  • Titre du blog : Roger Garaudy – À contre-nuit.

  • Thématique : Philosophie, politique, spiritualité, dialogue des cultures.

  • Objectif : Sortir l’œuvre de Garaudy de « l’enfer des bibliothèques » et la rendre accessible au grand public.

  • Administrateur : Alain Raynaud, qui publie également ses propres essais philosophiques sur la transcendance.

📚 Contenus proposés

  • Articles philosophiques et politiques

    • Réflexions sur le marxisme, la transcendance, la critique du sionisme, le dialogue des civilisations.

    • Textes inédits ou réédités de Roger Garaudy.

    • Contributions d’autres auteurs (Marx, Teilhard de Chardin, Bataille, etc.).

  • Biographie et bibliographie

    • Parcours intellectuel de Garaudy, de son engagement communiste à sa conversion à l’islam.

    • Présentation de ses ouvrages majeurs (Parole d’homme, Les mythes fondateurs de la politique israélienne, Danser sa vie, etc.).

  • Archives et documents multimédias

    • Photos, vidéos, PDF, citations.

    • Correspondances (ex. lettre de l’abbé Pierre à Garaudy en 1996).

    • Extraits de conférences et interventions publiques.

🎨 Ligne éditoriale

  • Positionnement : critique du capitalisme, du colonialisme et des intégrismes religieux ou politiques.

  • Inspirations : de Marx à Teilhard de Chardin, en passant par Bloch et Bataille.

  • Esprit du blog : « À contre-nuit » est une formule reprise par Garaudy lui‑même, symbolisant son combat intellectuel et spirituel contre les obscurités idéologiques.

🌍 Particularités

  • Le blog est multilingue (articles en français, parfois en espagnol ou en anglais).

  • Il propose des liens vers des librairies et plateformes où acheter les livres de Garaudy.

  • Il se veut un espace de dialogue interculturel et de mémoire intellectuelle, tout en reconnaissant les controverses liées à Garaudy (notamment sa condamnation pour contestation de crimes contre l’humanité).

👉 En résumé, rogergaraudy.blogspot.com est un blog de mémoire et de réflexion qui rassemble textes, archives et analyses autour de Roger Garaudy, tout en intégrant des prolongements philosophiques contemporains par Alain Raynaud.

28 septembre 2025

Divins massacres ?

 Dans la guerre désormais historique que l’état d’Israël mène contre la population palestinienne, bien des éléments peuvent et doivent retenir l’attention de toutes celles et ceux qui croient en la valeur et en l’efficience d’une spiritualité, qu’elle soit religieuse ou laÏque.
Parmi ces éléments, deux sont particulièrement sources de pièges voire (et on le voit!) de perversions : l’argument de l’Holocauste et l’argument historico-biblique.

L’argument de l’Holocauste permet d’exploiter sans vergogne la mauvaise conscience des européens à qui l’on fait croire, dans la plus pure tradition colonialiste, que l’on doit éternellement expier les crimes nazis aux dépens des arabes en général et des Palestiniens en particulier. Pourtant, dés 1982, Nahum Goldman, ancien dirigeant du mouvement sioniste et Président-fondateur du Congrès Juif Mondial, mettait Israël en garde : « Invoquer l’Holocauste pour excuser les bombardements sur le Liban, comme le fait Mr Begin, est une profanation du mot et une banalisation de la réalité de cet holocauste, qui ne saurait en aucun cas justifier des actions politiquement et moralement indéfendables ». Que dirait aujourd’hui Nahum Goldman devant les massacres de masse à Gaza, les agressions organisées en Cisjordanie, les attaques contre le Liban ou l’Iran ?

Deuxième argument, l’histoire biblique. Cet argument consiste à revendiquer un « droit divin » de propriété sur la Palestine, l’antique Judée-Samarie, au nom des thèmes bibliques de l’Alliance, de la Terre Promise à Abraham, et du Peuple élu. Moshe Dayan disait clairement en août 1967 : »Si l‘on possède le livre de la Bible et si l’on se considère comme étant le peuple de la Bible, on devrait également posséder les terres bibliques ». Dans cette perspective s’inscrivirent toutes les agressions et annexions qui se sont succédées depuis et qui trouvent aujourd’hui leur acmé.
Cette mythologie, ignorante des droits de l’homme, réduit ainsi la vision biblique du judaïsme à une religion tribale, nationaliste, chauvine, dont l’état d’Israël est le bras armé.
Cette mythologie ignore délibérément le grandiose prophétisme pacifique d’Amos, d’Ezechiel ou d’Isaïe, pour ne retenir que les seuls textes prônant la conquête de Canaan et l’extermination sacrée des populations qui l’habitent. Sont ainsi « justifiés » la spoliation et le massacre. Cette logique est implacable, elle justifie également le racisme car la « postérité d’Abraham » n’est plus alors celle de la communauté abrahamique de la foi mais celle du sacrifice par le sang de la conquête.
L’argumentation « biblique » est d’autant plus inacceptable que la plupart des israéliens qui en abusent ne sont pas des croyants. La « Terre de la promesse » n’est pas pour eux un acte de foi mais un slogan de propagande et d’endoctrinement.

Aux « croyants » et « non-croyants » de notre pays trompés par ces manipulations de l’histoire ancienne (le récit biblique) et de l’histoire récente (le génocide nazi), il faut dire, redire et souligner toujours : le problème de la Palestine n’est pas un problème théologique ou religieux, mais un problème politique. Il faut aussi dire, redire et souligner que la politique colonialiste et raciste menée par Israël se drape d’un travestissement culturel et religieux opposé en tout au message universaliste des grands prophètes juifs, chrétiens et musulmans. Nous savions depuis Hitler ce que coûtent les prétentions d’un « peuple élu », comment pouvons-nous aujourd’hui laisser faire ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie ?


A.R.

01 août 2025

14 – "De Marx à Teilhard de Chardin (II)", par Alain Raynaud. Suite et fin du "Principe transcendance"

TOUS DROITS RÉSERVÉS. REPRODUCTION AUTORISÉE AVEC MENTION DE L'AUTEUR ET LIEN VERS LE BLOG. LES NOTES ONT ÉTÉS SUPPRIMÉES DE CETTE VERSION EN LIGNE.
Pour acheter le livre : https://www.thebookedition.com/fr/le-principe-transcendance-p-380931.html

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Mais c’est de l’homme qu’il s’agit ! Et de l’homme lui-même quand donc sera-t-il question ? – Quelqu’un au monde élèvera-t-il la voix ?

Car c’est de l’homme qu’il s’agit, dans sa présence humaine; et d’un agrandissement de l’œil aux plus hautes mers intérieures.
Saint-John Perse


Changer le monde ou changer de monde, demandions-nous. Nous n’avons pas pu répondre à la question, car cette alternative n’existe pas. Changer le monde débouche sur un changement de monde, et tout changement de monde commence par un changement du monde. Ce sont les deux faces du principe Transcendance. Si l’on ne cède ni au nihilisme – il n’y a plus rien à dire, à faire, à inventer, et au fond à espérer, ni au positivisme qui étouffe les «pourquoi» de la philosophie sous les «comment» de la science, la réponse est : les deux, car le monde à changer, si on le change, débouchera sur un monde autre. Changer le monde, c’est à la fin (si tant est qu’il y en ait une) changer de monde. Pour changer le monde il faut avoir en vue un autre monde et le vouloir effectivement. En même temps, et c’est la part immanente du principe Transcendance, pour vouloir un autre monde il faut être capable d’agir dans le monde où nous vivons, l’avoir compris dans son principe et ses rouages.

Pour Marx, à partir de l’analyse des contradictions d’une société donnée, il s’agit de découvrir les forces sociales porteuses du projet révolutionnaire nécessaire au dépassement de ces contradictions, et les conditions permettant à ces forces de mettre en œuvre ce projet. Et au centre de ce projet, il y a l’homme. L’homme collectif, mais aussi l’homme individuel, le sujet.

«Il faut relire Marx, après le déluge. Dans ces Manuscrits économico-philosophiques, rédigés en 1844 à Paris, publiés pour la première fois à Leipzig, en 1932, sont dénoncés l’inhumanité du capitalisme et l’infamie de ses thuriféraires ». Ainsi s’exprime Jean Salem dans son édition des «Manuscrits» (GF, 1996). Est esquissée dans ces fragments - ignorés pendant longtemps des «marxistes» puis sous-estimés par des esprits aussi aiguisés qu’Althusser - une sorte de théologie négative, une ébauche de théorie générale du communisme, non pas aboutissement mais début d’une histoire proprement humaine. Il est assez facile de trouver dans ces textes place pour une conception enracinée dans l’immanence de la transcendance: là où l’homme lui-même est à construire, tous les dépassements sont possibles.

«La propriété privée nous a rendus tellement sots et bornés, écrit Marx, qu'un objet est nôtre uniquement quand nous l'avons, quand il existe donc pour nous comme capital ou quand il est immédiatement possédé, mangé, bu, porté sur notre corps, habité par nous, etc., bref quand il est utilisé par nous, bien que la propriété privée ne saisisse à son tour toutes ces réalisations directes de la possession elle-même que comme des moyens de subsistance…

À la place de tous les sens physiques et intellectuels est donc apparue la simple aliénation de tous ces sens, le sens de l'avoir. L'être humain devait être réduit à cette pauvreté absolue pour pouvoir engendrer sa richesse intérieure en partant de lui-même …

Non seulement la richesse, mais aussi la pauvreté de l'homme reçoivent également — sous le socialisme — une signification humaine et par conséquent sociale. La pauvreté est le lien passif qui fait ressentir aux hommes le besoin de la richesse la plus grande : l'autre homme…

Le communisme [la suppression de la propriété privée] est la forme nécessaire et le principe dynamique de l'avenir immédiat, mais le communisme n'est en tant que tel ni le but du développement humain ni la forme de la société humaine».

En tant qu’inventeur d’une méthode philosophique et sociologique tombée, dans des circonstances historiques données (réformisme, stalinisme) dans une forme d’économisme et de déterminisme, Marx ne se suffit pas à lui-même. Laissons Bloch, Teilhard, Garaudy, introduire dans le marxisme la flamme de la foi, la foi qui ne se réduit pas à la religion.

08 mai 2025

"La vie et l’œuvre de Roger Garaudy : un intellectuel controversé"

 "Qui était réellement Roger Garaudy, cet intellectuel dont le parcours fut aussi brillant que tumultueux ? Pourquoi un homme, d’abord fervent communiste, a-t-il plongé dans l’obscurité des intérêts controversés qui ont marqué sa vie ? À une époque où les idées prolifèrent et s’affrontent, Garaudy s’illustre par ses positions audacieuses, de l’anticolonialisme aux critiques acerbes du sionisme. Entre fascination et répulsion, sa trajectoire soulève des interrogations essentielles : comment un penseur peut-il devenir un paria sur la scène intellectuelle française, condamné pour contestation des crimes contre l’humanité ? Plongeons dans l’univers complexe de cet homme qui, tout en cherchant à éveiller les consciences, a parfois laissé échapper les siens dans les méandres de la controverse.

Roger Garaudy, né le 17 juillet 1913 à Marseille et décédé le 13 juin 2012 à Chennevières-sur-Marne, est un personnage central de l’intellectuel français du XXe siècle. Philosophe, homme politique, écrivain et finalement, figure controversée, il a traversé des décennies de débats intellectuels et sociaux, accumulant un lourd héritage. Sa trajectoire, marquée par des engagements opposés et des réflexions profondes, interpelle tant les spécialistes que le grand public.

07 février 2025

"Le principe transcendance", par A. R. Chapitre 13

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13 – Le principe Transcendance

«… et au-dessus de l’eau
 L’homme en d’autres lieux se rend par des passerelles hardies ».
                                                                              Friedrich Hölderlin

Le mot «principe» est polysémique. A la fois prémices, causes et fondements d’un évènement. Dans le vocabulaire philosophique, «principe» est synonyme de cause première ou d’inconditionné. Dieu par exemple, être ou acte, est principe de transcendance pour les chrétiens ou les musulmans en cours de divinisation. Pour les marxistes, le communisme, abolition positive de la propriété privée, «négation de la négation», est «principe dynamique de l’avenir immédiat» de l’homme au cours de son processus d’humanisation.

Dans une lettre (du 13 novembre 1916 à sa cousine Marguerite Teillard-Chambon), Pierre Teilhard de Chardin décrit l’état d’esprit précédant ou accompagnant l’irruption de la transcendance : «Ce qui, me passionne dans la vie c'est de pouvoir collaborer à une œuvre, à une Réalité plus durable que moi : c'est dans cet esprit et cette vue que je cherche à me perfectionner et à dominer un peu plus les choses. La mort venant me toucher laisse intactes ces choses, ces idées, ces réalités plus solides et plus précieuses que moi-même; la foi en la Providence, par ailleurs, me fait croire que cette mort vient à son heure, avec sa fécondité mystérieuse et particulière (non seulement pour la destinée surnaturelle de l'âme mais aussi pour les progrès ultérieurs de la Terre). Alors pourquoi craindre et me désoler si l'essentiel de ma vie n'est pas touché — si le même dessin se prolonge, sans rupture ni discontinuité ruineuse ?...».

La transcendance est d’abord – d’abord non par ordre d’importance mais dans le déroulement du temps – une «expérience intérieure». Bien que Georges Bataille, dans son ouvrage éponyme, oppose l’expérience intérieure et l’action, au motif que la première ne peut selon lui «exister comme projet», quand la seconde au contraire serait «toute entière dans la dépendance du projet», nous affirmons l’évènement transcendant comme le fruit d’abord d’un mouvement intérieur, suivi d’un projet puis d’une rupture induite par ce projet. Georges Bataille lui-même accumule les formules qui viennent en quelque sorte contredire son affirmation, comme: «L’extrême du possible, est le point où… un homme… s’avance si loin qu’il ne puisse concevoir une possibilité d’aller plus loin»

Dans la vie telle que la voit Bataille, pour l’homme tel que le voit Bataille, «une particule insérée dans des ensembles instables et enchevêtrés», la pensée discursive, la philosophie, le projet ne sont que «façon d’être dans le temps» qui ne répondent pas au tragique et à l’angoisse liés à la question de la vie et de la mort, car ils ne sont que «remise de l’existence à plus tard». Ce qui compte pour Bataille l’impatient, ce n’est pas «l’énoncé du vent, c’est le vent». Pour lui, la quête même du sens n’a pas de sens car «la vie va se perdre dans la mort,… le connu dans l’inconnu… [et] le non-sens est l’aboutissement de chaque sens possible».

29 janvier 2025

Le principe trancendance, par Alain Raynaud (Suite). 12. Le récit abrahamique

 TOUS DROITS RÉSERVÉS. ©Alain Raynaud 2021
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12 – Le récit abrahamique

Transcendance et foi – foi en l’Eternel (Dieu, Yahvé, l’Eternel, IHVH, …) pour Abraham – ont partie liée, comme immanence et transcendance. Ce que montre le récit de la «Genèse»: «Ancien Testament», 11-20 à 22-24.

Pour s’assurer de la foi d’Abraham, l’Eternel lui demande d’abord de quitter son pays, sa patrie et sa famille pour une région et une vie incertaines, en échange d’une promesse de grandeur («Je ferai de toi une grande nation») et de bénédiction, bénédiction «pour ceux qui te béniront», et malédiction «pour ceux qui te maudiront» (12.1 à 3). Cette promesse sera renouvelée deux fois: Abraham aura une descendance (c’est-à-dire un peuple) aussi nombreuse que «les étoiles du ciel» (15.5), dans un pays s’étendant du Nil à l’Euphrate (15.18). Funeste prophétie dont s’inspirent aujourd’hui les partisans du « Grand Israël »…

Ne pouvant en avoir avec son épouse Sarah, Abraham a eu un fils, Ismaël, avec une de ses servantes, Agar. L’Eternel promet par deux fois à Abraham qu’il aura sur le tard un enfant avec son épouse, ce qui fait sourire celle-ci et rend Abraham dubitatif, bien que cette promesse réponde à un fort désir de sa part. Lorsque ce fils, Isaac, sera né, IHVH demandera à son père de le livrer en holocauste (22.2) et, devant l’obéissance absolue de ce dernier, prêt à sacrifier ce qu’il a de plus cher, l’épargnera au dernier moment en lui substituant un bélier (22.12 à 13).

La rencontre d’Abraham et de l’Eternel est l’aboutissement d’une volonté mise au service d’une foi. Plus que l’Eternel lui-même, Abraham incarne, avec les contradictions inhérentes à  la condition humaine, la justice et la rectitude (18.19). Parfois âpre et calculateur, menteur aussi – quand par deux fois il présente sa femme comme étant sa sœur dans le but peu glorieux de se protéger des puissants et de s’attirer d’eux des avantages matériels -, il est cependant aussi celui qui désobéit à l’Eternel capricieux en refusant d’immoler la tourterelle et la colombe (15. 9 à 11) – ce qui va coûter cher aux juifs condamnés pour cela à l’esclavage en Egypte pendant quatre générations -, il est encore celui qui négocie avec l’Eternel la grâce pour le peuple pécheur de Sodome s’il s’y trouve ne serait-ce qu’une poignée de justes (voir plus loin),car, ainsi que le note Guy Lafon, «incarnée en des hommes, si peu nombreux soient-ils, la rectitude pèse plus lourd que la perversion d’une multitude». Abraham est le type d’homme qui incarne cette éthique.

Si le refus de sacrifier les oiseaux et la négociation «pied à pied» avec IHVH établissent la droiture fondamentale d’Abraham, que penser du double mensonge concernant son épouse ? Le pasteur Marc Pernot  titre une de ses prédications: Abraham est-il «menteur, proxénète et incestueux ?», et poursuit: «A deux reprises, Abraham présente sa femme comme sa sœur pour que le Pharaon, puis le Roi Abimélek en fassent ce qu’ils veulent sans que lui, Abraham, n’en recueille que des bénéfices». Et des bénéfices, en vie sauve et en richesses, il en recueille abondamment les deux fois.

Mais peu importe en définitive. Ce qui semble d’abord dit dans ce récit c’est qu’il fallait que ce fut un homme pleinement humain, imparfait, immanent en tout, pour que la rencontre avec l’Eternel ait un sens. 

La transcendance à hauteur d’homme a besoin de l’immanence de la foi. La foi d’Abraham, nous avons déjà envisagé de cette façon le principe même  de la foi, n’est pas une manière d’être, une ontologie de la personne, mais une manière de vivre, non pas non plus quelque chose que l’on a et que l’on affiche mais quelque chose qui se montre en actes, en vérité.

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06 octobre 2024

Roger Garaudy avait le goût de l'absolu...

 LE GOÛT DE L'ABSOLU

"Il y a une passion si dévorante qu'elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple. Tous ceux qui s'en sont pris à elle s'y sont pris. On ne peut l'essayer, et se reprendre. On frémit de la nommer : c'est le goût de l'absolu. On dira que c'est une passion rare, et même les amateurs frénétiques de la grandeur humaine ajouteront : malheureusement. Il faut s'en détromper. Elle est plus répandue que la grippe, et si on la reconnaît mieux quand elle atteint les cœurs élevés, elle a des formes sordides qui portent ses ravages chez les gens ordinaires, les esprits secs, les tempéraments pauvres. Ouvrez la porte, elle entre et s'installe. Peu lui importe le logis, sa simplicité. Elle est l'absence de résignation. Si l'on veut, qu'on s'en félicite, pour ce qu'elle a pu faire faire aux hommes, pour ce que ce mécontentement a su engendrer de sublime. Mais c'est ne voir que l'exception, la fleur monstrueuse, et même alors regardez au fond de ceux qu'elle emporte dans les parages du génie, vous y trouverez ces flétrissures intimes, ces stigmates de la dévastation qui sont tout ce qui marque son passage sur des individus moins privilégiés du ciel."
[Louis ARAGON, dans "Aurélien"]

17 avril 2024

"De Marx à Teilhard de Chardin", par Alain Raynaud

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