26 avril 2019

Transcendance et politique révolutionnaire

Il faut bien, à la fin des fins, que les choses changent ! Raoul Vaneigem par exemple nous y exhorte ; «L’exploitation de l’homme par l’homme nous a rendu étrangers à notre propre existence», «Survivre nous a jusqu’à présent empêchés de vivre», «La tradition des espoirs abolis  n’a que trop duré», «Nous sommes habités par une pluralité de mondes possibles dont la porte du rêve entrouverte ne nous dévoile qu’une brève lueur», « Ce n’est pas à un éternel retour que j’aspire. C’est à un éternel commencement» ("De la Destinée").
Si l’on refuse, avec l’exploitation et l’aliénation de l’Homme sous le Capital, la destruction des communautés humaines, l’individualisme de jungle, le mode de croissance mortifère pour la planète et pour l’espèce, qui en résultent ;  si l’on refuse de céder à ce que Vaneigem appelle «les pestes émotionnelles - nationalisme, fascisme, stalinisme, intégrismes » -, alors transcendance et politique révolutionnaire ont vocation à se rejoindre.

Jean Picard le Doux, "Flore des Tropiques", tapisserie
Quatre principes peuvent être énoncés pour illustrer cette rencontre où l’intime se mêle au collectif.

En finir positivement avec la propriété privée des moyens de production et d’échange en lui substituant une «association où le libre épanouissement de chacun est la condition du libre épanouissement de tous» ("Le Manifeste"). Ce qui veut dire que le libre épanouissement des uns ne saurait être une entrave, voire un empêchement, au libre épanouissement des autres et de tous, d’où la nécessaire abolition de la propriété privée, dans laquelle trouvent sa source l’exploitation du travail, l’aliénation des hommes et le pouvoir d’Etat (au service de la classe propriétaire), c’est-à-dire les structures matérielles et idéologiques causes du non-épanouissement du grand nombre. Les révolutionnaires retrouvent la voie montrée par Marx aux communistes : «Dans tous [les] mouvements, ils [les communistes] mettent en avant la question de la propriété, quel que soit le degré de développement qu’elle ait pu atteindre : c’est la question fondamentale» . Premier principe.

Second principe: se dégager de la conception statistique, comptable, de la politique – les fameuses «majorités» et «minorités» - pour chercher au contraire à créer dans la société une «atmosphère d’unanimité, en quoi finalement consiste l’ultime et fuyante essence de la Démocratie» (Teilhard de Chardin). 

A partir de là, et compte tenu du fait historique que ni la propriété collective ni la tension vers l’unanimité ne sont suffisantes bien que nécessaires pour émanciper les hommes, chercher à créer les conditions d’une politique exercée à partir de la base,  par les «masses», c’est-à-dire dégagée des contraintes de la centralité du pouvoir. La centralité du pouvoir est réification de toute révolution. Le prolétariat (la classe ouvrière), organisé en parti - parti au sens historique du mot - a à prendre en charge le contrôle des formes nouvelles du pouvoir politique, structuré de bas en haut à partir des «conseils». Troisième principe.

Enfin, quatrième et dernier principe, qui n’a rien de nouveau tout comme les trois premiers mais prend avec l’hyper-mondialisation du Capital et la révolution cybernétique une importance à la fois symbolique et pratique : agir en tout en intégrant la dimension planétaire des problèmes, de leurs solutions, et des luttes pour faire gagner parmi ces solutions les émancipatrices contre les régressives (les pestes dont parle Vaneigem). Il n’y a pas plusieurs mondes dont l’un – le nôtre, le monde occidental – devrait être «défendu» contre les autres. Contre les tenants du «choc des civilisations» (Huttington), soutenir que le monde est un, que ce monde un est à transformer en un autre monde, lui aussi un, et qu’on ne pourra agir qu’en se sentant partie de ce un, partie de ce tout. Faire un avec le tout, comme nous y invite Roger Garaudy, inspiré par toutes les grandes sagesses.


Alain Raynaud

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24 avril 2019

Au jardin du "Clos des Roses"...

  
Paulette en 2018

Née à MURAT SUR VEBREen 1918, Paulette GARAUDY 
est décédée le 11 avril 2019 à NYONS.Après un recueillement au Funérarium du Grand Tilleul à Nyons, lors de la cérémonie du 23 avril 2019 au Crématorium "Le Coudoulet", à ORANGE, Françoise - sa fille - a dit un mot d'adieu:
Maman

Tu es née le 11 mai 1918 dans un petit hameau au fin fond du Tarn à CATONNIERES. Tu as vécu à la ferme, et à 14 ans ta maman veuve ne pouvait t’élever. Tu as été placée et les personnes qui t ont recueillie t’ont permis de passer le concours de l’École Normale.
Grâce à eux tu es devenue institutrice ton premier poste d’enseignante c’était à  la SOUQUE un tout petit village entre le TARN et l’Hérault. A quelques kilomètres un jeune instituteur Maurice LAUTIER a lui aussi été nommé en 1940. Vous vous êtes rencontrés, aimés et mariés, Jacques mon grand frère est né.
C'est la guerre, dans la région, la résistance s’organise et Maurice intègre et dirige un maquis FTPF. Quel courage tu as eu ! Tu étais agent de liaison, tu promenais ton bébé et transportait des courriers, des armes, de la nourriture pour le maquis. Mais le jour de la Libération, Maurice est mort au combat, il a été assassiné par les allemands .Une douleur qui ne s’effacera jamais.
Ta vie de militante a malgré tout continué, tu as dirigé un journal régional tu as été au cœur de l’aventure de la verrerie ouvrière d’ALBI.  En 1948, tu as participé activement à la grève des mineurs de Carmaux pour les soutenir et aider leurs familles. Là tu as rencontré papa un professeur de philosophie et député communiste du TARN. Dans un de ses livres il a écrit : "En Paulette je retrouve un centre solide, elle me cloue à l’essentiel, elle est la santé. Elle est mon ordre et ma mémoire. Quand elle parle, il semble que sa bouche  entre ouverte, aspire le soleil ".
Jean est né en 1948 et moi en 1951. A cette date toute la famille et Mémé, ta maman, nous sommes partis vivre en région parisienne à Chennevières-sur-Marne car papa a été élu député de PARIS. Il était souvent, trop souvent absent pour toi, il était professeur, militant, responsable politique. Toi tu as dû tout porter sur tes épaules : Les finances étaient maigres,  et tu as dû gérer 3 enfants, les maladies, le secrétariat de papa et ton travail d’institutrice qui te passionnait. Ce sont des centaines et des centaines d’enfants à qui tu as appris à lire. Beaucoup n’ont jamais oublié leur "maîtresse d’école", adultes certains sont même revenus te voir.
Quand tu as pris ta retraite, toute seule tu as appris  a écrire à la machine pour déchiffrer, taper, corriger les livres de papa, tu répondais aux courriers, classais et rangeais la bibliothèque. Tu as partagé avec lui une vie passionnante, hors du commun, mais éprouvante pour ta vie de femme. Il t’appelait "mon soldat inconnu", c’est plus que mérité.
Vos dernières escapades à plus de 85 ans : l’Afrique du sud pour rencontrer Mandela et le Chili où vous avez été invités par la communauté d’EMMAUS, de beaux souvenirs tu en parlais encore souvent.
Tu l’as accompagné, soigné, soutenu jusqu’à sa mort en 2012, il avait 99 ans. Deux ans après tu es tombée, un séjour à l’hôpital et puis ... Nyons tu avais 96 ans. Là, tu as été entourée et soignée très chaleureusement par une équipe formidable.
Je ne peux terminer sans parler de ton jardin, de ton magnifique jardin. Il y avait au moins une centaine de rosiers, des couleurs flamboyantes à chaque saison avec toutes les fleurs, les haies, les arbres dont tu t’es amoureusement occupés.
La maison s’appelait ‘’le clos des roses ‘’personnes ne repartait sans un bouquet!
Au revoir notre maman, mère courage, femme exceptionnelle.

                                          

                                                          Tes enfants JEAN et FANOU

Roger Garaudy dans le jardin du "Clos des Roses"


20 avril 2019

"Des sujets qu'il faudrait revoir de fond en combles"

Le Père Joseph Bitar
Résidence des PP Jésuites
DAMAS (Azbakieh)
SYRIE                                                      31/VII/96

Cher Mr. Garaudy,

Je vous écris cette très brève lettre (brève, pour ne pas surcharger encore vos papiers d’archives !) pour  vous dire mon accord sur votre livre (« les Mythes fondateurs… »), que j’ai pris soin de lire avant d’en parler. Vous avez mis le doigt dans la plaie, et c’est ce qui a déchainé les haines et les accusations fausses et perverses.
Par ailleurs, j’ai déploré le « désaveu » de l’Episcopat français vis-à-vis de l’Abbé Pierre car il n’a commis aucune faute – si faute il y a ! – touchant la foi ou les mœurs…et souhaité qu’ils s’insurgent – et à bon escient cette fois ! – contre la débauche, l’immoralité, l’étalage de la pornographie sur tous les « boulevards médiatiques ».
Je vous souhaite bon courage dans ce combat qui est juste, car il s’élève contre bien des falsifications (« comment  6-3=toujours 6 » - bien trouvé !), et contre la transformation en tabous pour des sujets qu’il faudrait revoir de fond en combles.
Je souhaite que les français – toujours au premier rang pour parler de Libertés !...-retrouvent leur liberté de
parole et d’action, et le discernement entre le vrai et le faux, entre une cause juste et des revendications abusives et trompeuses.

J. Bitar, RP

[Archives personnelles de RG]

16 avril 2019

Notre Dame de Paris incendiée

NOTRE DAME DE PARIS BLESSÉE MAIS SAUVÉE.

Des milliers, des millions de personnes, souvent des malheureux, des pauvres et des brigands, ont construit, animé, habité, prié dans ce lieu. On y a aimé, parfois bien parfois mal, Dieu et les hommes, on y a étudié, on y a construit un pays. Ses cloches ont sonné aux malheurs et aux bonheurs du peuple. Etre triste de sa destruction partielle c'est être en empathie avec tous ceux-là, d'hier et d'aujourd'hui. C'est nous aimer nous-mêmes dans une image grandiose, de souffrance, de sacrifice et de fierté, de notre histoire. L'heure viendra de chercher les causes de l'accident; aujourd'hui il est permis d'être juste triste et de l'assumer , sans que nous voyions opposer à cette tristesse (comme cela apparait déjà sur les "réseaux") les drames humains innombrables qui jonchent effectivement la planète.

A.R
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13 avril 2019

Paulette Garaudy est décédée

Paulette Garaudy en janvier 2018
Dans la nuit du 11 au 12 avril 2019, Paulette est décédée. La cérémonie de crémation aura lieu le mardi 23 avril à 10h30 au crématorium d'Orange. Roger Garaudy, qui fut son camarade de parti, son compagnon et son époux, à qui elle fut liée - en dépit des vicissitudes inévitables d'une vie - par tous les pores de son humanité, lui a notamment consacré un chapitre de ses Mémoires. en voici de larges extraits où se nourrissent l'un l'autre, comme dans la vie, l'ardeur de l'espérance militante et la tendresse d'un amour.

Un communisme lyrique
La renaissance de la Verrerie de Jaurès
Un nouvel amour (1946)