8 mars 2018

Rendre justice à Roger Garaudy

Reçu d'un ami du blog ce commentaire au sujet de "l’affaire Garaudy"…
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Le temps est venu de rendre justice à un grand ami des hommes, le philosophe Roger Garaudy, et aux innombrables victimes d’un système inhumain en fin de course.



Voici un extrait d’une superbe conférence sur le thème de la pensée unique :

« Ceux qui se sont donné pour but d’empêcher la libre confrontation des idées se font gloire de ne pas débattre (…), parce que le refus du débat épargne d’avoir à réfuter, c’est-à-dire permet de faire l’économie d’une discussion intellectuelle dont, il faut bien le dire, les tenants de la bien-pensance ont aujourd’hui rarement les moyens. (…) On ne réfute plus les idées qu’on dénonce, on se contente de les déclarer inconvenantes ou insupportables. La condamnation morale dispense d’un examen des hypothèses ou des principes sous l’horizon du vrai et du faux. Il n’y a plus d’idées justes ou fausses, mais des idées conformes, en résonance avec l’esprit du temps, et des idées non conformes, dénoncées comme intolérables. (…) Un livre peut ainsi être dénoncé, même si ce qu’il contient correspond à la réalité. » (Alain de Benoist, en 2003 - le texte intégral de la conférence est disponible gratuitement sur Internet)


Sur la tâche d’écrire l’histoire et comment l’effectuer correctement, Garaudy ayant été totalement délégitimé - malgré une œuvre considérable et fort variée et un incontestable humanisme universaliste - à cause d’un livre relevant de ce domaine, tout a été dit par un auteur brillant et certes original de l’Antiquité :

« Il faut, avant tout, que l’historien soit libre dans ses opinions, qu’il ne craigne personne, qu’il n’espère rien. Autrement, il ressemblerait à ces juges corrompus qui, pour un salaire, prononcent des arrêts dictés par la faveur ou la haine. (…) L’unique devoir de l’historien, c’est de dire ce qui s’est fait (…), et négliger tout le reste ; en un mot, la seule règle, l’exacte mesure, c’est de n’avoir pas égard seulement à ceux qui l’entendent, mais à ceux qui, plus tard, liront ses écrits (…), ne s’inquiétant pas de ce que dira tel ou tel, mais racontant ce qui s’est fait. (…) Il vaut mieux, prenant la vérité pour guide, attendre sa récompense de la postérité que se livrer à la flatterie pour plaire à ses contemporains. Telle est la règle, tel est le fil à plomb d’une histoire bien écrite. » (Lucien de Samosate, "Comment il faut écrire l’histoire" - l’intégralité de ce texte d’une étonnante modernité est disponible gratuitement sur Internet)


Je n’ai aucun doute que cet auteur aurait fait siennes ces trois citations :

« Dans tous les domaines, il est sain de mettre, de temps à autre, un point d’interrogation devant les choses que l’on tient depuis longtemps pour acquises. » (Bertrand Russell)

« Parfois on se trompe dans l’analyse d’un événement parce qu’on est resté figé dans le seul point de vue qui nous semble évident. » (Bernard Werber, "L’Encyclopédie du savoir relatif et absolu", 1993)

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, si ce n’est aux faits eux-mêmes. » (Henri Poincaré)


Toujours en ce qui concerne l’écriture de l’histoire, une historienne de profession bien connue précise :

« L’Histoire a son domaine. Elle cesse d’exister si elle n’est plus recherche du vrai, fondée sur des documents authentiques ; elle s’évapore littéralement ; mieux : elle n’est plus que fraude et mystification. » (Régine Pernoud, "Pour en finir avec le Moyen Âge", Éd. Points, 2014, p. 123)

Et un ancien ministre de la Culture et écrivain d’ajouter :

« Confronter les sources et les points de vue, c’est précisément ce qui est au cœur de l’écriture de l’histoire. » (Frédéric Mitterrand, dans le journal "Le Monde" du 03 novembre 2010, p. 15)


Par ailleurs voici à mes yeux le principal trait de caractère d’un vrai démocrate :

« Le démocrate, après tout, est celui qui admet qu’un adversaire peut avoir raison, qui le laisse donc s’exprimer et qui accepte de réfléchir à ses arguments. Quand des partis ou des hommes se trouvent assez persuadés de leurs raisons pour accepter de fermer la bouche de leurs contradicteurs par la violence, alors la démocratie n’est plus. » (Albert Camus, « Démocratie et modestie », dans le journal "Combat", 30 avril 1947)

Je ne peux m’empêcher de citer un autre mot de Camus qui résume à merveille l’affaire Garaudy :

« Il vient toujours une heure dans l'histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort. » (Albert Camus, "La Peste")



Je suis persuadé qu’il aura le dernier mot, et ces citations renforcent ma conviction :

« Le bon sens réunit tout d’abord la majorité… mais contre lui. Ce n’est qu’après avoir épuisé toutes les formes de l’erreur, qu’on arrive à la vérité. » (Alphonse Karr)

« "Malheur à celui par qui le scandale arrive !" Mais, avec le recul du temps, on s’aperçoit que la plupart des grands progrès humains sont dus aux penseurs libres qui, à un moment de l’histoire, ont eu le courage de faire scandale. » (Albert Bayet, "Histoire de la Libre Pensée", 1959)

« Courage et confiance ! Travaillez énergiquement pour la bonne cause, pour la vérité, la justice et la liberté, et soyez sûrs que vous ne vous en repentirez jamais. » (Charles de Montalembert)



A propos des personnalités de la qualité et de la trempe de Garaudy :

« Ce n’est assurément pas par ambition ou par intérêt, encore moins par vanité, que quelques hommes s’obstinent à soutenir des opinions en apparence décréditées, qui ne conduisent ni aux honneurs ni à la fortune, et font taxer leurs écrits de paradoxe ou même d’exagération. C’est uniquement par respect pour leur nom, et de peur que la postérité, s’ils y parviennent, ne les accuse d’avoir cédé au torrent des fausses doctrines et des mauvais exemples. » (Louis de Bonald, "Pensées sur divers sujets", 1817)

« Ce qui caractérise surtout le vrai sage, c’est un sentiment profond d’ordre et d’harmonie. Toute erreur lui est pénible, tout mal l’afflige, toute injustice l’indigne ; partout où l’humanité souffre, il la défend ; il la venge partout où elle est opprimée. Sensible, généreux, impartial (…), ami des hommes, sectateur du vrai et du beau, prêt à s’immoler au bien public, il est le plus utile et le plus sublime des héros, le bienfaiteur de l’humanité, l’organe particulier de l’ordre universel, le plus grand des hommes. » (Étienne de Senancour, "Rêveries sur la nature primitive de l’homme", 1798)



Je termine avec Edgar Morin et Georges Clemenceau :

« Souvent, il faut être un déviant minoritaire pour être dans le réel. Bien qu’il n’y ait apparemment aucune perspective, aucune possibilité, aucun salut, la réalité n’est pas figée à jamais, elle a son mystère et son incertitude. L’important est de ne pas accepter le fait accompli. » (Edgar Morin, "Vers l’abîme ?", 2007)

« La justice et la vérité, même méconnues de tout un peuple, resteront la justice et la vérité, c’est-à-dire des choses supérieures aux aberrations d’un jour. » (Georges Clemenceau, "Vers la réparation", Éd. Stock, 1899, p. 115)


A.D