07 janvier 2024

CE QUE "CESSEZ-LE-FEU" VEUT DIRE A GAZA, EN CISJORDANIE ET AU LIBAN...


Après l'attaque terroriste du 7 octobre du Hamas et de ses alliés, (1300 morts majoritairement civils et enlèvement de 300 otages) soutenue par le Hezbollah et ses alliés, Israël riposte par un véritable génocide de la population de Gaza (plusieurs dizaines de milliers de morts et blessés, déplacement contraint de centaines de milliers de personnes, destruction des infrastructures nécessaires à la vie individuelle et sociale, poursuite et aggravation d'un blocus total) , réclamer un cessez-le-feu est le moins que nous, militants pour la paix par la justice, nous puissions faire.


1/- Définir son BUT. Uniquement humanitaire ou aussi première étape vers des pourparlers de paix ? Dans le second cas chaque partie doit reconnaître aux autres parties leur légitimité. Ce dernier point est sans doute le plus difficile.

2/-Concerne TOUS les protagonistes, qui cessent le feu en même temps. Réclamer le cessez-le-feu d'une seule partie est vain. Le Hamas et ses alliés et le Hezbollah et ses alliés doivent évidemment aussi cesser leur tirs sur Israël en même temps qu'Israël arrête de bombarder Gaza et de terroriser la Cisjordanie occupée.
3/- Si le cessez-le-feu est uniquement humanitaire, si donc les combattants des deux bords demeurent l'arme au pied et prêts à s'en servir, une PROTECTION des populations civiles des deux camps doit être mise en place dès le lendemain de la mise en œuvre du cessez-le-feu, soit sous l'égide de médiateurs reconnus par les parties, soit par les organisations internationales compétentes.
4/- Le cessez-le-feu PEUT prévoir des MODALITÉS différentes de protection selon la zone concernée:
- Contrôles par une commission internationale d'interposition (négociée elle aussi) sur le territoire israélien reconnu et en Cisjordanie palestinienne pour en protéger la population.
- Arrêt du blocus de Gaza pour permettre un retour à une situation sanitaire, matérielle et morale, permettant aux Gazaouis de retrouver progressivement des conditions de vie humaines.
5/- Même si le cessez-le-feu est uniquement humanitaire, il peut aussi prévoir la mise en place d'un processus d'INDEMNISATION et de RECONSTRUCTION dans les zones dévastées.

20 décembre 2023

Le principe transcendance (suite). 10 – L’esthétique, «éthique de l’avenir».

 TOUS DROITS RESERVÉS. Reproduction après autorisation de l'auteur
Le principe Transcendance - Alain RAYNAUD (thebookedition.com)

Poésie et création sont synonymes. La création continuée de l’homme par lui-même est un poème. L’esthétique est l’énoncé du poème.

L’art n’est pas la technique. La technique est immanence. Elle fait l’ouvrier. Maîtrisée au plus haut point elle fait pourtant de l’ouvrier un artiste, alors que tel «artiste» se révèle en réalité piètre ouvrier ! La technique de l’ouvrier n’est d’ailleurs pas simple répétition de procédés et de procédures, de protocoles et de gestes, ni utilisation codifiée d’instruments de conception immuable. Le technicien peut modifier à l’occasion ou durablement tel ou tel élément des techniques qu’il utilise, mais il ne peut le faire qu’à la marge, sans en changer la finalité. L’art ne peut pas se passer de la technique, mais il n’est pas la technique.

L’art n’est pas non plus utile ! La technique est nécessaire à l’artiste comme au technicien, mais le technicien produit un objet qui en principe rend service alors que l’artiste produit du beau, dont nous ne savons pas s’il rend service. Ce que nous savons, c’est que si le beau est disjoint de l’humanité, et l’esthétique du bien, l’art associé à des «utilités» particulières,  immanentes, n’est plus au service d’une vérité universelle.

S’il n’a pas pour fonction l’utile, l’art existe-t-il donc pour lui-même ? Au lyrisme social et politique des romantiques, les poètes réunis autour de la revue «Le Parnasse contemporain», les Parnassiens,  opposent «l’art pour l’art». La plume de Théophile Gautier (notamment dans la préface à «Mademoiselle Maupin» en 1835 et dans «Emaux et camées» en 1852) se fait aristocratique : «L’art pour nous n’est pas un moyen mais le but», «En général, dès qu’une chose devient utile, elle cesse d’être belle», «Il n’est pas bon de plaire… à une foule quelconque». 

Vassily Kandinsky leur répond en 1911 que «l’art pour l’art» correspond à des «périodes où l’âme est engourdie par des visions matérialistes, par l’incrédulité, et par les tendances purement utilitaires qui en découlent». Et il précise en note, relevant un caractère malgré tout positif de cette thèse : «Cette opinion est l’un des rares agents de l’idéal en de telles époques. C’est une protestation inconsciente contre le matérialisme qui veut tout réduire à une forme pratique et utilitaire». Ce que Marx voit dans la religion, à la fois expression de la misère réelle et protestation contre cette misère, Kandinsky le voit dans la théorie de l’art pour l’art, expression de la misère de l’âme humaine et protestation contre cette misère. 

L’art, enfin, n’est pas reflet, reproduction, imitation, ni explication du réel.

Dans «Henri Matisse, roman», Aragon fait écho au jugement du peintre sur la Renaissance artistique du XVe au début du XVIIe siècle : «Il y a de la suspicion chez Matisse devant les gens de la Renaissance, Michel Ange, Vinci… Ces gens qui disséquaient en cachette, ces démonteurs d’anatomie. Que ça préoccupait non pas de surprendre la main en mouvement, mais de savoir comment étaient les petits os dedans, les gaines, les tendons»
Cette décadence scientiste de l’art est l’expression des marqueurs de la Renaissance que sont la naissance du capitalisme individualiste et du colonialisme destructeur des altérités, dont la restauration du dualisme philosophique de Platon et la réforme religieuse de Luther et de Calvin sont les paravents idéologiques. Le meilleur exemple de cette décadence est Léonard de Vinci plus anatomiste, technicien ou inventeur que peintre, n’en déplaise à Mona Lisa émergeant avec un énigmatique sourire du sfumato inventé par son créateur. Pour Michel Ange le summum de la beauté est la forme humaine. Raphaël a, au plus haut point selon les spécialistes, l’art de faire disparaître son art derrière la nature.

23 octobre 2023

 SUR CALAMEO, NOMBREUX TEXTES INÉDITS DE ROGER GARAUDY :
 Calaméo - Chercher (calameo.com)

Le principe Transcendance (suite). 9/ La chose publique, par AR

 Reproduction interdite sauf accord écrit de l'auteur

«Une révolution véritable a plus besoin de transcendance que de
déterminisme
». Roger Garaudy

Au sens premier, la politique est l’art de gouverner la cité, et par extension à l’époque moderne la nation. A l’époque contemporaine cet art concerne également le groupement de nations, voire la totalité des nations de la planète. Si cet art est le fait d’une personne unique, la cité n’est pas à proprement parler un Etat, encore moins une Nation, mais la propriété personnelle du chef. Lorsque des institutions se constituent, définissant un espace commun à tous les membres de la cité et le mode de fonctionnement de cet espace, la chose politique devient publique, c’est la res publica de l’Etat-Nation. Le terme «République», né plus tard que «res publica», a un sens plus restreint : il signifie «démocratie», pouvoir exercé par le  peuple de la cité. A l’ère des ensembles continentaux et de la «mondialisation», la démocratie occidentale, essentiellement électorale, présidentielle ou parlementaire, est souvent, de fait, l’habit de la domination du capital.

24 août 2023

Opium

 La religion, au moment de sa fondation, n’est pas l’opium du peuple. Ce n’est plutôt qu’une fonction que lui a fait porter la classe politique au fil de l’histoire. Toutefois, c’est cette possibilité au sein même de la religion d’être un moteur de réflexion, d’action et de conscientisation politique que trahit la fameuse citation marxiste. Il peut sembler contre nature, dans notre société sécularisée, de suggérer que la conscience religieuse peut mener à la conscience politique. Pourtant, l’exemple donné par la théologie de la libération, en Amérique latine, confirme qu’il est possible de se politiser à travers les préceptes religieux.

Louise Melançon, professeure à la Faculté de Théologie de l’Université de Sherbrooke, fait comprendre ce phénomène en adoptant une conception de la politique où cette dernière n’ignore pas les autres dimensions de la vie sociale. Sortis de la compartimentation classique des sciences humaines, les problèmes étudiés dans le domaine de la science politique peuvent se comprendre tels qu’ils se retrouvent en société, c’est-à-dire à travers une pluralité de points de vue et de compréhensions du monde. La religion, puisqu’elle se vit au sein des sociétés humaines, est en contact avec ses problèmes. Les chrétiens peuvent se pencher sur ces derniers sans abandonner leurs croyances. Par conséquent, la foi peut se vivre en société et, par ricochet, en politique, avec tous les engagements que cela sous-entend. La foi, comme tout autre aspect social, peut alors prendre une dimension politique. Par exemple, les chrétiens conscients de l’exploitation de certains par d’autres s’engagèrent, en Amérique latine, dans le débat politique. Appelée théologie de la libération, cette mouvance politico religieuse « est en même temps une option de foi: leur foi se fait praxis de libération ». En vivant à l’intérieur d’une société dite, la foi est amenée à se redéfinir face aux réalités des gens et, dans le cadre de la théologie de la libération, les prêtres furent amenés à poser des gestes politiques. La spiritualité, dans ce contexte, est alors un élément social dynamique en contact avec la réalité politique et non pas un outil de manipulation des masses.

Sonia Noreau

"Religion et Politique", volume 9, septembre 2009