01 février 2013
30 janvier 2013
Ouvrir de nouveaux chemins vers Cordoue
De Compostelle à Cordoue
En 1987, le Conseil de l'Europe a fait du mythe du pèlerinage
médiéval à Compostelle un projet au service d'une politique d'ouverture
de l'Europe à l'Espagne. Par la publicité qu'elle a permise, la
définition des chemins de Compostelle comme Itinéraire culturel européen
a été un élément important du développement du pèlerinage contemporain à
Compostelle. Mais elle n'aurait pas suffi si la marche pèlerine n'avait
pas répondu à un besoin de la société dans la dernière décennie du XXe
siècle.
Cordoue, joyau de l'Andalousie, est porteuse du mythe de la convivencia. Ce mot difficile à traduire désigne une période exceptionnelle du point de vue culturel et artistiques pendant laquelle Juifs, Chrétiens et Musulmans sont réputés avoir vécu en bonne intelligence dans la tolérance, le respect et l'enrichissement mutuel. Quelques hommes dont les noms sont passés à la postérité donnent des visages à ce mythe : Maïmonide et Averroes sont les plus célèbres, Alphonse X dit le Sage les a rejoints dans l'ordre politique.
Le mythe est né d'une vision idéalisée de ces siècles qui apparaissent d'autant plus exemplaires qu'ils ont été précédés et suivis d'inculture et de violences. Les Rois Catholiques en mettant fin au Royaume de Grenade puis en ne tenant pas leurs engagements en faveur des minorités ont contribué à rendre plus exaltant le souvenir des siècles d'al Andalus, l'Espagne musulmane.
Dans l''Europe d'aujourd'hui de nouvelles minorités, de nouvelles culturelles trouvent difficilement leur place. Les différences économiques jouent évidemment un rôle majeur plus important que les différences religieuses. Mais il apparaissait nécessaire de transformer en utopie mobilisatrice pour le XXIe siècle l'image attachée à Cordoue.
Cordoue, joyau de l'Andalousie, est porteuse du mythe de la convivencia. Ce mot difficile à traduire désigne une période exceptionnelle du point de vue culturel et artistiques pendant laquelle Juifs, Chrétiens et Musulmans sont réputés avoir vécu en bonne intelligence dans la tolérance, le respect et l'enrichissement mutuel. Quelques hommes dont les noms sont passés à la postérité donnent des visages à ce mythe : Maïmonide et Averroes sont les plus célèbres, Alphonse X dit le Sage les a rejoints dans l'ordre politique.
Le mythe est né d'une vision idéalisée de ces siècles qui apparaissent d'autant plus exemplaires qu'ils ont été précédés et suivis d'inculture et de violences. Les Rois Catholiques en mettant fin au Royaume de Grenade puis en ne tenant pas leurs engagements en faveur des minorités ont contribué à rendre plus exaltant le souvenir des siècles d'al Andalus, l'Espagne musulmane.
Dans l''Europe d'aujourd'hui de nouvelles minorités, de nouvelles culturelles trouvent difficilement leur place. Les différences économiques jouent évidemment un rôle majeur plus important que les différences religieuses. Mais il apparaissait nécessaire de transformer en utopie mobilisatrice pour le XXIe siècle l'image attachée à Cordoue.
La Fondation Paradigma Cordoba
Partenaire de l'association Compostelle-Cordoue en 2010, la Fondation Paradigma Cordoba en est devenue membre en 2012.
27 janvier 2013
Quand l'émission "religieuse" de France 2 glorifie Israël
Dimanche 27 janvier 2013
Non, monsieur le rabbin sioniste, tout ce que vous appelez l'Etat d'Israël n'est pas "votre "MAISON». Aux yeux du monde, Jérusalem Est, que vous avez annexé sans l'avis de ses habitants comme ce fut le cas autrefois en Tchecoslovaquie, la Cisjordanie qui n'est plus Judée Samarie depuis 2000 ans, Gaza appartiennent de droit à cet Etat Palestinien, reconnu désormais par la Communauté internationale.
Vous avez parlé de la fécondité littéraire de la Bible. Depuis 2000 ans, depuis Jésus qui est le parachèvement de ce que je n'hésite pas à appeler l'Ancien Testament, les Juifs n'ont plus connu aucun nouveau prophète, aucun nouveau livre saint. C'est bien le signe que la créativité exceptionnelle de ce peuple avant l'ère chrétienne s'est tarie depuis le Nazaréen, et ce n'est pas le nombre de "start up" ou même de prix Nobel qui remplacera la fécondité prophétique perdue.
Je réclame que la mémoire des six millions de juifs massacrés par le nazisme, une mémoire tellement sainte et nécessaire ne soit plus éclaboussée par une entité qui viole les lois morales et internationales et qui, possesseur illégitime de la bombe atomique, menace d'attaquer un autre peuple souverain à l'histoire aussi grandiose que la sienne soupçonné de la désirer aussi.
Ne vous étonnez pas si j’y vois un comble d'hypocrisie qui démarque clairement le grand peuple d'Abraham de cet état sioniste né du et par le terrorisme et qui a commencé d'exister en tuant et en chassant une grande partie d’un peuple installé en Palestine depuis des siècles et qui n'avait rien fait aux juifs
Mon Monsieur le sioniste Eisenberg, vous n’étiez pas ce matin à la TV un homme de Dieu, du vrai Dieu en tout cas, que vos ancêtres nous ont fait connaître, j'en conviens, mais qu'une partie des juifs ont ensuite trahi non en voulant retourner, comme envahisseurs, sur la terre promise, en chassant, en assassinant leur frères aussi sémites qui y vivaient "chez eux".
Les juifs seront toujours chez eux sur la Terre Sainte mais les Palestiniens musulmans, les chrétiens orientaux eux aussi. Je ne suis pas à priori contre un état israélien à condition qu'il respecte tous les droits de ses habitants non juifs et les limites du territoire concédé à Israël par l'ONU mais je préférerais un état laïc unique, où sémites juifs et arabes, chrétiens orientaux pourraient se dire chez eux.
On en est très loin hélas avec Netanyahou qui après plusieurs chefs d'état criminels de guerre dirige l'état sioniste.
Ce matin, vous qui vous présentez comme rabbin, vous avez une fois de plus trahi votre mission spirituelle. Reprenez-vous, de grâce.
Yvan Balchoy
24 janvier 2013
The legacy of Roger Garaudy,by Maria Poumier
The legacy of Roger Garaudy,
in the context of the fall of usurpers
and of Islamic Awakening
by Maria Poumier (Paris, France)
original in french: http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1397
Translated by Jean Marc Jacot
in the context of the fall of usurpers
and of Islamic Awakening
by Maria Poumier (Paris, France)
original in french: http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1397
Translated by Jean Marc Jacot
23 janvier 2013
L'histoire des colonies et de la décolonisation reste à écrire
Comment sombre l'Empire ?
Christelle Taraud donne là sa version.
L'histoire n'en est pas encore écrite, celle d'une colonisation et d'une évolution vers la décolonisation, lesquelles ont accompagné les évolutions du capitalisme français et mondial.
Pourra-t-elle l'être sans qu'un véritable débat national ait lieu ? Et que toutes les cartes soient effectivement mises sur la table publique ? Ou bien est-ce que ce seront quelques historiens qui s'y substitueront ?
J'ai dit débat national. Mais ce débat concerne-t-il seulement le peuple français ?
Les peuples des pays qui ont constitué l'Empire, et dans des conditions qui ne sont pas encore toujours apparentes, n'auraient-ils, eux, rien à dire ?
* Christelle Taraud est professeur à l'université de New York en France, où elle dirige le projet «Genre et colonisation», et membre du Centre d'histoire du XIXe siècle (Paris-I/Paris-IV). Elle est l'auteur de «la Prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962», Payot, 2003 et d'«Amour interdit. Marginalité, prostitution, colonialisme (Maghreb, 1830-1962)», Payot, 2012.
Christelle Taraud donne là sa version.
L'histoire n'en est pas encore écrite, celle d'une colonisation et d'une évolution vers la décolonisation, lesquelles ont accompagné les évolutions du capitalisme français et mondial.
Pourra-t-elle l'être sans qu'un véritable débat national ait lieu ? Et que toutes les cartes soient effectivement mises sur la table publique ? Ou bien est-ce que ce seront quelques historiens qui s'y substitueront ?
J'ai dit débat national. Mais ce débat concerne-t-il seulement le peuple français ?
Les peuples des pays qui ont constitué l'Empire, et dans des conditions qui ne sont pas encore toujours apparentes, n'auraient-ils, eux, rien à dire ?
Michel Peyret
Mercredi 9 Janvier 2013/ Marianne
CHRISTELLE TARAUD*
1945-1962. LES CHEMINS DES
INDÉPENDANCES.
De l'Algérie à l'Afrique noire en passant par
l'Indochine, la France a bien du mal à gérer la fin de son empire. Parfois par
la guerre, souvent par la négociation, mais, dans tous les cas, les cicatrices
restent béantes.
Le «"bon Nègre" est
mort», écrivait, en 1945, Léopold Sédar-Senghor dans un article de la revue
Esprit. Ayant payé l'impôt du sang, bravement et loyalement, de Verdun à
Montecassino, pendant la Première Guerre mondiale comme pendant la Seconde, les
colonisés maghrébins, africains, malgaches, antillais, indochinois, kanaks se
rappelaient donc, dès 1945, au «bon souvenir» d'une métropole coloniale qu'ils
avaient d'ailleurs largement contribué à libérer.
Le 2 juin 1944, l'importance cruciale du monde colonial dans la reconquête française est actée, fort symboliquement, par le fait que le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) est fondé à Alger, alors troisième ville de France, et capitale de l'Algérie française. Stratégiquement, politiquement, économiquement et humainement, l'empire s'impose comme un élément fondamental de la «renaissance» française.
Le 2 juin 1944, l'importance cruciale du monde colonial dans la reconquête française est actée, fort symboliquement, par le fait que le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) est fondé à Alger, alors troisième ville de France, et capitale de l'Algérie française. Stratégiquement, politiquement, économiquement et humainement, l'empire s'impose comme un élément fondamental de la «renaissance» française.
Mais cette place chèrement gagnée conduit aussi
les colonisés à formuler de nouvelles exigences quant à leur (future)
souveraineté. Face à ces multiples revendications de liberté venant de
l'ensemble de l'empire colonial français, des rizières du Tonkin aux djebels
algériens, qu'allait faire la France redevenue libre ?
Hantée par le spectre de l'occupation allemande et
de la collaboration d'Etat, diminuée en Europe et dans le monde par l'écrasement
de son armée en 1940, la perte de son prestige, et son honneur national bafoué,
cette dernière, même auréolée par les actions glorieuses de ses résistant(e)s
français(e)s et immigré(e)s, avait-elle, en 1945, les moyens de se «passer» de
son empire colonial et de s'engager dans un processus de décolonisation qui
allait pourtant dans le sens de l'histoire ?
Une
violente répression
Profitant d'un contexte international nouveau,
celui de la guerre froide, qui voit un retournement complet de la politique
anticoloniale des Etats-Unis au profit de ses alliés européens et impérialistes,
la France de la IVe République fait, a contrario, le choix de retarder au
maximum le processus de décolonisation, en menant, dans son empire, une
politique de la «demi-solution» qui ne pouvait satisfaire personne.
Celle-ci consiste d'abord à réprimer, dans le
sang, les «insurrections de la liberté» qui fleurissent, un peu partout dans le
monde colonial, comme en Algérie, en 1945, à Madagascar, en 1947, ou encore au
Cameroun français, en 1948.
Elle vise, ensuite, à une réorganisation politique et morale de l'empire, fondée sur la constitution de l'Union française, créée par la Constitution du 27 octobre 1946, qui forme les départements et territoires d'outre-mer. Dans ces derniers, le code de l'indigénat est alors abrogé (loi Lamine Guèye du 7 mai 1946).
Elle vise, ensuite, à une réorganisation politique et morale de l'empire, fondée sur la constitution de l'Union française, créée par la Constitution du 27 octobre 1946, qui forme les départements et territoires d'outre-mer. Dans ces derniers, le code de l'indigénat est alors abrogé (loi Lamine Guèye du 7 mai 1946).
Elle repose enfin sur une supposée démocratisation
politique qui interdit pourtant, du fait de l'existence du système des deux
collèges, une participation réelle des colonisés à la gestion de leurs pays.
De ce fait, on comprend bien pourquoi la politique
coloniale de la IVe République, en «demi-teinte» et de «demi-mesures», ne peut
résister à la vague de fond anticoloniale qui secoue alors le monde et fait
imploser, un à un, tous les Etats coloniaux européens.
Dès 1946 d'ailleurs, cette
politique montre ses limites puisque la France est «obligée» de s'engager, en
Indochine, dans une guerre de décolonisation qui écorne un peu plus son image de
«nation des droits de l'homme». La guerre d'Indochine est en effet la négation
du principe international, acté en 1941 par la charte de l'Atlantique et
confirmé par l'Organisation des nations unies en 1945, du droit des peuples à
disposer d'eux-mêmes : les Vietnamiens ayant constitué à Hanoi, dès le 2
septembre 1945 sous l'impulsion de leur président, Hô Chi Minh, la République
démocratique du Vietnam.
Mais c'est aussi, de manière encore plus
problématique, une guerre qui (re)met à mal, quelques années seulement après la
collaboration de l'Etat français avec les nazis et sa participation à la
déportation et à l'extermination des juifs d'Europe, les principes fondateurs de
liberté, d'égalité et de fraternité de la France.
En Indochine, en effet, sont employés, pour la première fois, les «moyens exceptionnels» de la guerre d'Algérie : torture des opposantes et des opposants politiques, emprisonnements et exécutions arbitraires, bagnes coloniaux - tel Poulo Condor où croupissent les membres du Vietminh -, déportations de populations civiles, utilisation du napalm...
En Indochine, en effet, sont employés, pour la première fois, les «moyens exceptionnels» de la guerre d'Algérie : torture des opposantes et des opposants politiques, emprisonnements et exécutions arbitraires, bagnes coloniaux - tel Poulo Condor où croupissent les membres du Vietminh -, déportations de populations civiles, utilisation du napalm...
La liste des errements tragiques de la France en
Indochine est longue. Quand cette dernière signe finalement les accords de
Genève, le 20 juillet 1954, après la désastreuse défaite de Dien Bien Phu, que
reste-t-il des vains espoirs de préserver un empire colonial moribond ?
Prophétiquement, Léopold Sédar-Senghor, dans son
article de 1945, écrivait : «La IVe République sera l'héritière des Ire et
IIe Républiques, et elle sera révolutionnaire en libérant tous les "colonisés",
quels qu'ils soient ; ou bien elle sera, comme la IIIe, capitaliste,
impérialiste et "occupante", et la révolution risque de se faire sans
elle.»
De fait, la révolution éclate ailleurs dès le milieu des années 50. Elle sera tiers-mondiste, après le choc de Bandung en 1955, panarabe au moment de la crise de Suez, en 1956, panafricaine au Ghana, sous la houlette de Kwame Nkrumah, en 1957, ou au Congo sous celle de Patrice Lumumba en 1961...
De fait, la révolution éclate ailleurs dès le milieu des années 50. Elle sera tiers-mondiste, après le choc de Bandung en 1955, panarabe au moment de la crise de Suez, en 1956, panafricaine au Ghana, sous la houlette de Kwame Nkrumah, en 1957, ou au Congo sous celle de Patrice Lumumba en 1961...
Elle sera aussi et surtout, pour la France,
algérienne. Dès le déclenchement de la guerre d'Algérie par le Front de
libération nationale (FLN), le 1er novembre 1954, la France se trouve en effet
confrontée à une crise politique et morale sans précédent depuis la fin de la
Seconde Guerre mondiale.
Car l'Algérie, depuis la départementalisation promulguée par la IIe République, en 1848, c'est la France ; nulle part ailleurs dans l'Empire français n'y fut d'ailleurs défendu avec tant de force le principe de la République «une et indivisible». De 1954 à 1958, quatre années d'une «guerre sans nom» se succèdent, d'une «sale guerre» que la France mène pourtant tambour battant, sur fond de torture, de viols, de «corvées de bois»...
Car l'Algérie, depuis la départementalisation promulguée par la IIe République, en 1848, c'est la France ; nulle part ailleurs dans l'Empire français n'y fut d'ailleurs défendu avec tant de force le principe de la République «une et indivisible». De 1954 à 1958, quatre années d'une «guerre sans nom» se succèdent, d'une «sale guerre» que la France mène pourtant tambour battant, sur fond de torture, de viols, de «corvées de bois»...
Quatre années marquées par de nombreux scandales,
telles la dénonciation de la torture pendant la bataille d'Alger
(janvier-octobre 1957), puis l'affaire Maurice Audin ou encore la censure qui,
tout en alimentant une guerre d'opinion de forte intensité, dans laquelle
s'illustrent de grands intellectuels tel Jean-Paul Sartre, conduisent à l'agonie
la IVe République, aussi minée, de l'intérieur, par l'instabilité
gouvernementale.
Revenu au pouvoir à la faveur de la «crise algérienne» du 13 mai 1958, Charles de Gaulle - l'homme providentiel de 1940 - est supposé sortir la France de ce «bourbier». Après la proclamation de la Ve République, le 4 octobre 1958, la France s'engage avec lui, par étapes, vers la décolonisation de l'Algérie française.
Revenu au pouvoir à la faveur de la «crise algérienne» du 13 mai 1958, Charles de Gaulle - l'homme providentiel de 1940 - est supposé sortir la France de ce «bourbier». Après la proclamation de la Ve République, le 4 octobre 1958, la France s'engage avec lui, par étapes, vers la décolonisation de l'Algérie française.
Initialement, la réalité de la guerre d'Algérie
n'est guère différente sous la Ve République de celle de la IVe, comme en
témoignent notamment l'affaire Djamila Boupacha et le massacre des Algériens, à
Paris, le 17 octobre 1961. Mais l'internationalisation du conflit, à partir de
1958, et le basculement progressif de l'opinion publique française permettent au
général de Gaulle de mener la France sur le chemin de la reconnaissance de
l'indépendance algérienne.
Dès son discours sur l'autodétermination de l'Algérie, le 16 septembre 1959, le processus est engagé : rien ne permettra plus désormais de l'arrêter. Ni le putsch des généraux, le 23 avril 1961, ni les actions de plus en plus violentes, en France comme en Algérie, de l'OAS, à l'image de l'attentat du Petit-Clamart le 22 août 1962, n'y parviennent.
Dès son discours sur l'autodétermination de l'Algérie, le 16 septembre 1959, le processus est engagé : rien ne permettra plus désormais de l'arrêter. Ni le putsch des généraux, le 23 avril 1961, ni les actions de plus en plus violentes, en France comme en Algérie, de l'OAS, à l'image de l'attentat du Petit-Clamart le 22 août 1962, n'y parviennent.
Démarrées le 20 mai 1961, les négociations d'Evian
seront fort longues : l'accord n'étant finalement signé, entre les représentants
des deux pays, que le 18 mars 1962. S'ils sonnent bien le glas d'un Empire
colonial français qui avait justement commencé au XIXe siècle par la prise
d'Alger, le 5 juillet 1830, les accords d'Evian n'en préservent pas moins, dans
leurs clauses secrètes, ses intérêts économiques (le pétrole) et stratégiques
(les essais nucléaires) pendant encore cinq ans, c'est-à-dire jusqu'en 1967.
Création de la Françafrique
En 1962, la France qui sort de la guerre d'Algérie
pourrait donc apparaître comme KO debout. Pourtant, à y regarder de plus près,
le tournant négocié par le général de Gaulle est loin de lui être défavorable.
Bénéficiant d'une conjoncture générale qui lui est plus propice, la France a su
d'abord renégocier sa place en Europe à travers la constitution du couple
franco-allemand, incarné alors par le binôme de Gaulle-Adenauer, au cœur d'une
construction européenne qui s'affirme, depuis le début des années 50, comme le
meilleur garant de la paix en Europe et de sa stabilité politique, économique et
sociale.
Les succès de l'aéronautique, les innovations ménagères, la télévision et le redéploiement culturel vers la francophonie ont adouci la transition vers un monde où le confort est devenu une valeur plus sûre que la domination.
Les succès de l'aéronautique, les innovations ménagères, la télévision et le redéploiement culturel vers la francophonie ont adouci la transition vers un monde où le confort est devenu une valeur plus sûre que la domination.
De surcroît, la France a su aussi repenser son
rôle à l'échelle internationale, s'imposant comme une puissance nucléaire de
premier plan, dès 1960, et comme une alliée critique du bloc de l'Ouest - le
général de Gaulle n'hésitant pas à s'opposer aux Etats-Unis pour maintenir
l'indépendance, le rang et le prestige du pays, comme le montre la crise de
l'Otan en 1966.
Elle a su enfin se constituer, au travers d'indépendances négociées de manière bilatérale avec presque toutes ses anciennes colonies d'Afrique subsaharienne, un glacis protecteur de «pays amis» au service de sa politique nationale et internationale. Car, si on excepte la rupture avec la Guinée de Sékou Touré en 1958, et celle du Cameroun français, où est menée, entre 1955 et 1960, une troisième guerre de décolonisation, tous les pays d'Afrique subsaharienne ont connu une indépendance négociée, c'est-à-dire contrôlée.
Elle a su enfin se constituer, au travers d'indépendances négociées de manière bilatérale avec presque toutes ses anciennes colonies d'Afrique subsaharienne, un glacis protecteur de «pays amis» au service de sa politique nationale et internationale. Car, si on excepte la rupture avec la Guinée de Sékou Touré en 1958, et celle du Cameroun français, où est menée, entre 1955 et 1960, une troisième guerre de décolonisation, tous les pays d'Afrique subsaharienne ont connu une indépendance négociée, c'est-à-dire contrôlée.
De cette indépendance négociée, que Félix
Houphouët-Boigny, président de la Côte-d'Ivoire et «grand ami de la France»,
résumait en ces termes après Mendès France : «l'indépendance dans
l'interdépendance», il résulte la création d'un système
françafricain qui a été, jusqu'à la chute du mur de Berlin, en 1989, inébranlé.
Il faudra en effet attendre les désastreuses interventions françaises au Rwanda,
en 1994, et en Côte-d'Ivoire, en 2002, pour que la Françafrique soit enfin
remise en cause.
On le voit cependant, la crise du système colonial et son démantèlement ont donc été plutôt bien «gérés», du point de vue des intérêts de la France, par le général de Gaulle, et les hommes qui l'accompagnent, dont son «M. Afrique», Jacques Foccart.
On le voit cependant, la crise du système colonial et son démantèlement ont donc été plutôt bien «gérés», du point de vue des intérêts de la France, par le général de Gaulle, et les hommes qui l'accompagnent, dont son «M. Afrique», Jacques Foccart.
Quant aux intérêts de la majorité des populations
anciennement colonisées, au Maghreb, en Afrique et ailleurs - et notamment dans
les DOM-TOM, ces «poussières d'empire» incorporées, depuis 1946, à la République
-, ils ont été, le plus souvent, considérés comme secondaires au regard de la
grande œuvre qui consistait à restaurer la grandeur, le prestige et la voix de
la France dans le monde. Aujourd'hui, pourtant, c'est encore l'outre-mer qui
maintient le flambeau français à l'échelle mondiale.
* Christelle Taraud est professeur à l'université de New York en France, où elle dirige le projet «Genre et colonisation», et membre du Centre d'histoire du XIXe siècle (Paris-I/Paris-IV). Elle est l'auteur de «la Prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962», Payot, 2003 et d'«Amour interdit. Marginalité, prostitution, colonialisme (Maghreb, 1830-1962)», Payot, 2012.
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