27 mars 2018

Mai 68 - Mai 2018 (14 et fin). Révolution et résurrection. Le dialogue des civilisations

En disant ces choses, je suis passé, spontanément, à la première
personne, car j'ai vécu cela, et n'en fais point d'excuse. Ce passé est le
mien, et je n'en rougis pas. Car si j'ai pu apprendre à changer, c'est
parce que je suis passé par ce chemin-là.
J'ai connu l'apparente plénitude du dogmatisme. Puis le doute, non
comme détachement, mais comme angoisse et comme responsabilité.
Le tournant des rêves. Puis la traversée du désert, de ces déserts
spirituels où l'on rencontre si peu d'explorateurs ou de nomades pour
vous aider à ouvrir des pistes.
Je ne serais pas ce que je suis si je n'avais pas été ce que je fus.

24 mars 2018

Mai 68-Mai 2018 (13). Du dogmatisme à la foi


Une mutation analogue se produisait dans l'Église, sur le plan
social, en permanente action réciproque avec le débat et la mutation
théologiques.
Depuis quinze siècles, c'est-à-dire depuis l'édit de Milan de
Constantin en 313 et le décret de Théodose à Thessalonique en 380,
rendant le christianisme obligatoire, dernier recours pour essayer de
surmonter la crise de l'Empire romain, la liaison était demeurée
étroite entre l'Église et le pouvoir d'État. La « chrétienté », c'était,
en outre, le bloc constitué entre la religion chrétienne et la civilisation
occidentale.
Si la dissociation de la foi chrétienne et de la culture occidentale
commence à peine à s'opérer en 1979, la dissociation entre l'Église et
l'État a commencé à se dessiner dès le 19e siècle lorsque la chrétienté
fut disloquée par les « nationalités ». La dernière affirmation fracassante
du constantinisme fut celle du Concile du Vatican I en 1869.
Dès la fin du xixe siècle commencèrent les tentatives de créer une
« nouvelle chrétienté » dans une société officiellement séparée de
l'Église.

20 mars 2018

Mai 68-Mai 2018 (12). Les dialogues chrétiens-marxistes


1965, c'est la fin du Concile de Vatican II. 1966, c'est la Conférence
mondiale du Conseil oecuménique des Églises (sur le thème : « Église
et société ») qui va plus loin encore que Gaudium et Spes de
Vatican II, dans son ouverture au monde d'aujourd'hui.
Dans ce commencement de mutation de l'Église, l'impact du
marxisme comme mouvement et le dialogue avec les marxistes ont
joué un rôle déterminant.

17 mars 2018

Mai 68-Mai 2018 (11). Les églises et leur mission


Les Églises actuelles.
Les Églises et les religions peuvent-elles nous désigner des fins ou
nous aider à les découvrir ? C'est en principe leur mission de dire ce
qu'est Dieu et ce qu'est l'homme. Accomplissent-elles aujourd'hui
cette mission ? Sans doute le pourraient-elles si, au lieu d'utiliser un
dogmatisme aussi périmé que celui du scientisme qui le combat, elles
acceptaient de se mettre elles-mêmes en question, de reconnaître
leurs propres postulats et, par là même, de ne plus faire de la religion
une aliénation de la foi, pour reprendre une expression de Paul
Ricoeur.

12 mars 2018

Mai 68- Mai 2018 (10). Scientisme et technocratie aux sources de la barbarie occidentale


3. La même opération se répète au niveau de la causalité mécanique,
de la causalité structurale ou de la loi, qui ont pour caractère
commun de nous soumettre à l'existant et au passé en excluant par
principe toute émergence imprévisible, poétique, d'un avenir véritable,
c'est-à-dire d'un avenir dont les composantes n'existent pas
toutes dans le passé ou le présent.
Au nom du même postulat inavoué (l'homme est entièrement
déterminé par son passé, ses instincts, sa classe sociale, sa nation, sa
culture, sa religion), chaque spécialiste — c'est-à-dire chacun de ceux
que la division du travail scientifique a empêchés de penser en dehors
des oeillères de leur spécialité — « expliquera » ou « prévoira » mon
comportement en fonction d'un aspect partiel (spécialisé) de la
réalité, sans jamais situer humblement son savoir dans une totalité
plus vaste. Chacun mettra l'accent sur l'une de mes chaînes, biologique,
psychologique, sociologique, économique, ou d'autres encore.
Tel biologiste affirmera que je suis « programmé » dès ma conception,
et il réduira toute réalité, sans résidu, à la seule dialectique de la
nécessité et du hasard. Tel psychanalyste, lisant dans le marc de café
de l'inconscient, « expliquera » la peinture de Picasso à partir de ses
« pulsions érotiques » (comme si chacun de nous n'était pas habité
par de telles pulsions sans pour autant être Picasso !). Tel « marxiste »
structuraliste verra dans l'homme « une marionnette mise en scène
par les structures » (comme s'il demeurait un sens pour un tel
« révolutionnaire » à appeler ces marionnettes à un combat pour leur
libération!). Tel économiste établira, au nom de sa « science », la
nécessité de la « croissance », sans énoncer, ou peut-être sans
soupçonner, son postulat de départ à savoir que la croissance, pour
une plante ou une bête, est le simple déploiement des lois de sa
nature : si je connais le têtard, ou même son embryon, je peux prévoir
ce qu'il deviendra par le seul jeu de sa croissance, soit une grenouille.
Tel est le postulat de l'économie de la croissance : l'homme a
une « nature », comme les plantes, les bêtes, les têtards et les
grenouilles.

10 mars 2018

Mai 68 - Mai 2018 (9). La logique et la loi


ACHETER LE LIVRE
2. Pour faire court, et ne pas revenir pour la logique et la loi à ce que nous avons dit du concept et de son efficacité au niveau des objets de la nature ou des outils, retenons seulement son application à ce qu'il est convenu d'appeler les « sciences humaines » ou le « socialisme
scientifique ». La logique, dans son analyse des relations entre concepts, part du même postulat que le concept : de même que le concept prétendait reconstruire, sans résidu, l'objet, la logique entend reproduire, dans son enchaînement de concepts, les relations et les
mouvements du réel. Ce qui, répétons-le, est parfaitement respectable et efficace à un certain niveau : celui où l'abstraction ne prive pas l'objet de sa caractéristique fondamentale.
En est-il ainsi à l'échelle de l'homme et de son histoire, de
l'économie politique, de la psychologie, de la sociologie ou du socialisme scientifique ?

8 mars 2018

Rendre justice à Roger Garaudy

Reçu d'un ami du blog ce commentaire au sujet de "l’affaire Garaudy"…
***


Le temps est venu de rendre justice à un grand ami des hommes, le philosophe Roger Garaudy, et aux innombrables victimes d’un système inhumain en fin de course.



Voici un extrait d’une superbe conférence sur le thème de la pensée unique :

« Ceux qui se sont donné pour but d’empêcher la libre confrontation des idées se font gloire de ne pas débattre (…), parce que le refus du débat épargne d’avoir à réfuter, c’est-à-dire permet de faire l’économie d’une discussion intellectuelle dont, il faut bien le dire, les tenants de la bien-pensance ont aujourd’hui rarement les moyens. (…) On ne réfute plus les idées qu’on dénonce, on se contente de les déclarer inconvenantes ou insupportables. La condamnation morale dispense d’un examen des hypothèses ou des principes sous l’horizon du vrai et du faux. Il n’y a plus d’idées justes ou fausses, mais des idées conformes, en résonance avec l’esprit du temps, et des idées non conformes, dénoncées comme intolérables. (…) Un livre peut ainsi être dénoncé, même si ce qu’il contient correspond à la réalité. » (Alain de Benoist, en 2003 - le texte intégral de la conférence est disponible gratuitement sur Internet)


Sur la tâche d’écrire l’histoire et comment l’effectuer correctement, Garaudy ayant été totalement délégitimé - malgré une œuvre considérable et fort variée et un incontestable humanisme universaliste - à cause d’un livre relevant de ce domaine, tout a été dit par un auteur brillant et certes original de l’Antiquité :

« Il faut, avant tout, que l’historien soit libre dans ses opinions, qu’il ne craigne personne, qu’il n’espère rien. Autrement, il ressemblerait à ces juges corrompus qui, pour un salaire, prononcent des arrêts dictés par la faveur ou la haine. (…) L’unique devoir de l’historien, c’est de dire ce qui s’est fait (…), et négliger tout le reste ; en un mot, la seule règle, l’exacte mesure, c’est de n’avoir pas égard seulement à ceux qui l’entendent, mais à ceux qui, plus tard, liront ses écrits (…), ne s’inquiétant pas de ce que dira tel ou tel, mais racontant ce qui s’est fait. (…) Il vaut mieux, prenant la vérité pour guide, attendre sa récompense de la postérité que se livrer à la flatterie pour plaire à ses contemporains. Telle est la règle, tel est le fil à plomb d’une histoire bien écrite. » (Lucien de Samosate, "Comment il faut écrire l’histoire" - l’intégralité de ce texte d’une étonnante modernité est disponible gratuitement sur Internet)


Je n’ai aucun doute que cet auteur aurait fait siennes ces trois citations :

« Dans tous les domaines, il est sain de mettre, de temps à autre, un point d’interrogation devant les choses que l’on tient depuis longtemps pour acquises. » (Bertrand Russell)

« Parfois on se trompe dans l’analyse d’un événement parce qu’on est resté figé dans le seul point de vue qui nous semble évident. » (Bernard Werber, "L’Encyclopédie du savoir relatif et absolu", 1993)

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, si ce n’est aux faits eux-mêmes. » (Henri Poincaré)


Toujours en ce qui concerne l’écriture de l’histoire, une historienne de profession bien connue précise :

« L’Histoire a son domaine. Elle cesse d’exister si elle n’est plus recherche du vrai, fondée sur des documents authentiques ; elle s’évapore littéralement ; mieux : elle n’est plus que fraude et mystification. » (Régine Pernoud, "Pour en finir avec le Moyen Âge", Éd. Points, 2014, p. 123)

Et un ancien ministre de la Culture et écrivain d’ajouter :

« Confronter les sources et les points de vue, c’est précisément ce qui est au cœur de l’écriture de l’histoire. » (Frédéric Mitterrand, dans le journal "Le Monde" du 03 novembre 2010, p. 15)


Par ailleurs voici à mes yeux le principal trait de caractère d’un vrai démocrate :

« Le démocrate, après tout, est celui qui admet qu’un adversaire peut avoir raison, qui le laisse donc s’exprimer et qui accepte de réfléchir à ses arguments. Quand des partis ou des hommes se trouvent assez persuadés de leurs raisons pour accepter de fermer la bouche de leurs contradicteurs par la violence, alors la démocratie n’est plus. » (Albert Camus, « Démocratie et modestie », dans le journal "Combat", 30 avril 1947)

Je ne peux m’empêcher de citer un autre mot de Camus qui résume à merveille l’affaire Garaudy :

« Il vient toujours une heure dans l'histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort. » (Albert Camus, "La Peste")



Je suis persuadé qu’il aura le dernier mot, et ces citations renforcent ma conviction :

« Le bon sens réunit tout d’abord la majorité… mais contre lui. Ce n’est qu’après avoir épuisé toutes les formes de l’erreur, qu’on arrive à la vérité. » (Alphonse Karr)

« "Malheur à celui par qui le scandale arrive !" Mais, avec le recul du temps, on s’aperçoit que la plupart des grands progrès humains sont dus aux penseurs libres qui, à un moment de l’histoire, ont eu le courage de faire scandale. » (Albert Bayet, "Histoire de la Libre Pensée", 1959)

« Courage et confiance ! Travaillez énergiquement pour la bonne cause, pour la vérité, la justice et la liberté, et soyez sûrs que vous ne vous en repentirez jamais. » (Charles de Montalembert)



A propos des personnalités de la qualité et de la trempe de Garaudy :

« Ce n’est assurément pas par ambition ou par intérêt, encore moins par vanité, que quelques hommes s’obstinent à soutenir des opinions en apparence décréditées, qui ne conduisent ni aux honneurs ni à la fortune, et font taxer leurs écrits de paradoxe ou même d’exagération. C’est uniquement par respect pour leur nom, et de peur que la postérité, s’ils y parviennent, ne les accuse d’avoir cédé au torrent des fausses doctrines et des mauvais exemples. » (Louis de Bonald, "Pensées sur divers sujets", 1817)

« Ce qui caractérise surtout le vrai sage, c’est un sentiment profond d’ordre et d’harmonie. Toute erreur lui est pénible, tout mal l’afflige, toute injustice l’indigne ; partout où l’humanité souffre, il la défend ; il la venge partout où elle est opprimée. Sensible, généreux, impartial (…), ami des hommes, sectateur du vrai et du beau, prêt à s’immoler au bien public, il est le plus utile et le plus sublime des héros, le bienfaiteur de l’humanité, l’organe particulier de l’ordre universel, le plus grand des hommes. » (Étienne de Senancour, "Rêveries sur la nature primitive de l’homme", 1798)



Je termine avec Edgar Morin et Georges Clemenceau :

« Souvent, il faut être un déviant minoritaire pour être dans le réel. Bien qu’il n’y ait apparemment aucune perspective, aucune possibilité, aucun salut, la réalité n’est pas figée à jamais, elle a son mystère et son incertitude. L’important est de ne pas accepter le fait accompli. » (Edgar Morin, "Vers l’abîme ?", 2007)

« La justice et la vérité, même méconnues de tout un peuple, resteront la justice et la vérité, c’est-à-dire des choses supérieures aux aberrations d’un jour. » (Georges Clemenceau, "Vers la réparation", Éd. Stock, 1899, p. 115)


A.D

6 mars 2018

Mai 68 - Mai 2018 (8). Sur le scientisme et le "concept"


Il n'est pas dans mon propos de réfuter cette attaque contre un marxisme caricatural. Jacques Monod confond Marx avec Staline comme, après la mort de Monod, les « nouveaux philosophes » (ainsi nommés par antiphrase, car ils n'apportent ni nouveauté ni philosophie) ont récupéré, avec moins de talent, la livrée défraîchie de l'antimarxisme en confondant Marx avec Althusser. Le conclave des médias, n'ayant plus un Nobel à se mettre sous la dent, décida que la
papauté de l'antimarxisme deviendrait collégiale et, le temps d'une campagne électorale, lança nos play-boys exorcistes dans le grand public comme on lance une nouvelle marque de lessive.
Le seul point important auquel je voudrais ici m'attacher, c'est celui dans lequel Jacques Monod passe de la science au scientisme. La science étant l'ensemble des méthodes mathématiques et expérimentales qui ont assuré à l'homme une prestigieuse maîtrise sur la nature. Le scientisme étant l'ensemble des superstitions qui prétendent exploiter le légitime prestige de ces méthodes, pour expliquer par elles, ou nier en leur nom, toutes les autres dimensions de la vie, telles par exemple que l'art, l'amour, le sacrifice, la foi, ou simplement l'autre homme dans sa spécificité. Ce qu'on appelle parfois, à tort, les « méfaits » de la science ne viennent pas de la science mais d'une philosophie faisant d'elle une religion qui n'ose pas dire son nom. Ou encore : le scientisme est la croyance que tout ce qui n'est pas
réductible, sans résidu, au concept, à la mesure et à la logique
(aristotélicienne, mathématique, dialectique ou structurale) n'a pas de réalité.
Le scientisme procède ainsi à une série de réductions.
Cette raison, réduite (de Descartes pour l'exalter à Bergson pour l'humilier) à n'être qu'instrumentale, fabricante d'outils, de moteurs, de richesses et de contraintes sociales, est pourvoyeuse de moyens et non de fins.
Comme si l'homme ne pouvait manifester son intelligence qu'en construisant des machines, en gagnant de l'argent ou en manipulant les foules ! En s'emparant d'un pouvoir sur la nature ou les hommes.
Ce rationalisme infirme repose sur trois postulats :
1. toute réalité peut être « définie », c'est-à-dire réduite, sans
résidu, en concepts ;
2. il est possible de constituer, en tous domaines de la vie humaine, un cheminement logique, c'est-à-dire nécessaire, contraignant, de ces concepts ;
3. la nature entière est un ensemble de « faits », reliés par des lois.

Le concept, la logique et la loi sont les trois piliers du
« positivisme 
» et du « scientisme » occidental. Pour une telle pensée positiviste l'avenir ne peut être que le prolongement du passé et du présent. On comprend aisément pourquoi cette « religion des moyens », prenant la relève d'autres croyances et d'autres crédulités, joue à son tour le rôle d'
« opium du peuple ».
1. Le concept, c'est le réel reconstruit selon un plan humain,
rendant ainsi la réalité transparente à la raison. Cela est vrai des choses, des objets, de tout ce qui relève de la mesure et de la limite : un mathématicien peut « téléphoner » une figure géométrique à son collègue ; un ingénieur peut
« téléphoner » le projet d'un pont, car 
tout y est définissable par des mesures, depuis les courbes des arches jusqu'à la résistance des matériaux et leur prix. Mais on ne peut pas
« téléphoner » le Pont d'Arles de Van Gogh ou le Pont sous l a pluie d'Hiroshige, car il y a là quelque chose qui échappe au concept, à la mesure et à la limite. Tout au plus pourrai-je communiquer la technique du peintre, comme je peux envoyer par la poste une partition de musique après le concert sans que mon correspondant sache pour autant si l'exécution a été celle d'un virtuose dont la sensibilité ne peut se traduire en concept, ou celle d'un exécutant impersonnel. Un « futurologue » peut communiquer à son institut un projet fondé sur des extrapolations à partir du passé et du présent. Mais c'est un faux avenir car il fait nécessairement abstraction de l'initiative imprévisible des hommes et de leurs créations. L'emploi de l'ordinateur n'ajoutera rien à ce faux avenir : si Lénine avait usé d'un ordinateur pour lui demander s'il fallait faire la révolution d'Octobre, la réponse eût été oui. Parce que Lénine l'aurait programmé. L'ordinateur, programmé par Kautsky ne faisant entrer dans ses calculs que les « conditions objectives », eût répondu non. Si l'on traite l'homme et l'histoire comme objet ou ensemble d'objets, le futur sera invariablement le prolongement du passé et du présent, soit par extrapolation, soit par analogie, puisqu'on pose par avance que l'homme traité comme un objet est, comme l'objet, incapable de rupture avec le passé ou de création inédite, bref, de nouveauté imprévisible.
C'est pourquoi le scientisme, cette « religion des moyens », après
tant d'autres superstitions du passé, joue parfaitement le rôle

d'« opium du peuple ».
Le propre du concept est de réduire tout sujet et tout projet aux lois, aux mesures et aux limites de l'objet. Ceci n'implique nullement le mépris du concept : nous le respectons à son niveau, où il fait preuve de son efficacité dans l'intelligence et la manipulation des objets. Mais ce n'est pas par concept que se déterminent l'amoureux, le poète, ou le prophète.
Il en est de même de la logique, qu'il s'agisse de la logique
déductive d'Aristote et de saint Thomas, de la logique mathématique, ou de la dialectique de Hegel et de ceux des scientistes qui se réclament de Marx.

Roger Garaudy. Extrait de "Appel aux vivants". 1979.
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5 mars 2018

Mai 68 - Mai 2018 (7). De la mécanique à la cybernétique...et inversement


On n'a jamais autant bavardé sur la « communication », de Norbert

Wiener à Mac Luhan, et dans les « colloques », que depuis qu'il existe si peu de communications proprement humaines entre les hommes, puisque l'homme est de plus en plus solitaire par rapport aux autres et plus divisé à l'intérieur de lui-même.
On aime nous rappeler, à temps et à contretemps, que si la
première révolution industrielle, celle de la machine à vapeur, a remplacé les muscles humains, la seconde, celle de la cybernétique et de l'ordinateur, remplace le cerveau humain.
De là à imaginer qu'une entreprise entière serait gérée par
ordinateur, et, au-delà de l'usine, la société dans son ensemble, il n'y avait qu'un pas : il fut allègrement franchi, aussitôt après la Seconde Guerre mondiale qui avait donné naissance à la cybernétique à partir des problèmes posés par l'acheminement des convois militaires à travers l'Atlantique.
Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Père Dubarle,
dégageant avec lucidité les conséquences de la « cybernétique » de
Norbert Wiener, évoquait déjà la possibilité d'une « machine à
gouverner », à partir du moment où les décisions économiques ou
politiques des hommes relèvent de la théorie statistique des « jeux »,
au sens où Von Neumann les a étudiés mathématiquement3, et où
l'appareil d'État est assimilé à une machine autorégulatrice.
Norbert Wiener ajoutait : « La presse exalte le " savoir-faire "
américain depuis que nous avons eu le malheur de découvrir la bombe
atomique. Il y a pourtant une qualité plus importante que celle-là, et
beaucoup plus rare aux États-Unis. C'est le " savoir-quoi ", grâce
auquel nous déterminons non seulement les moyens d'atteindre nos
buts, mais aussi ce que doivent être nos buts4. »
Ceci était écrit en 1954. Mais vingt-cinq ans plus tard cette
« qualité » (de savoir quel but poursuivre et de ne pas confondre ce
savoir avec celui des moyens pour atteindre un but) fait des ravages
bien au-delà des États-Unis.

2 mars 2018

Mai 68 - mai 2018 (6). Que peuvent la science et les techniques ?

La science et les techniques.

La science et les techniques peuvent-elles opérer cette mutation et nous faire sortir de l'impasse en nous proposant des fins ?
Depuis la Renaissance, la science et les techniques semblent avoir pris le relais de la religion. Bon nombre de nos contemporains lui attribuent le pouvoir de combler tous les voeux humains, d'abolir
toutes les malédictions des Bibles anciennes : elles peuvent accomplir le travail de l'homme autrement qu'à la sueur de son front, et éviter
aux femmes d'enfanter dans la douleur.
Elles nous ont promis la toute-puissance : « Homme, par ton
cerveau puissant, deviens un dieu, le maître et le seigneur de tous les
éléments ! » nous suggérait déjà le Faust de Marlowe à l'aube de la
Renaissance, et Descartes nous annonçait « une science qui nous
rende maîtres et possesseurs de la nature ». De fait, elle a accompli,
depuis quatre siècles, des exploits éclatants.