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04 juin 2026

Vers le 40e Congrès du Parti Communiste Français. N'ayons pas peur des mots.

[ Mon intervention le 03/06/2026 à l'Assemblée Générale de ma Section]

En 1848 Le Manifeste du parti communiste commençait par ces mots : « Un spectre hante l’Europe, c’est le spectre du communisme ». Et bien ce fantôme hante aussi notre 40e Congrès. Nous sommes effectivement appelés dans la préparation de ce congrès à dire notre choix pour les prochaines élections, mais tous les textes qui nous sont proposés - tous - parlent en effet de socialisme et de communisme, ce qui vise - on sera d’accord - plus loin et plus haut qu’une simple élection. Il s’agit du changement du type de société. Et c’est de cela dont j’ai choisi de vous parler dans mon exposé, plus que des éléments programmatiques du parti « du travail et de la paix », éléments que partagent, avec des nuances, les quatre textes, et que tous nous connaissons, pour l’essentiel. Donc, une synthèse « à ma sauce ». Mais qui permettra peut-être, par un biais, d’entamer notre débat. Ce biais c’est le long terme.
Fabien Roussel dans l’édito du « Journal du congrès » nous demande de réfléchir et de décider pour le temps long : « en nous projetant, écrit-il, dans les 15 ou 20 ans qui viennent ». De la même façon, le préambule du texte UN COMMUNISME DE CONQUÊTE, « veut doter le PCF d’une démarche dans la durée ». Les textes STRATÉGIE COMMUNISTE et RÉSISTER ET CONSTRUIRE mettent aussi l’accent sur cette exigence de voir loin. Le texte COMMUNISTES A L’OFFENSIVE s’inscrit plus dans l’immédiateté du danger RN et d’un communisme « ici et maintenant ». « Socialisme, communisme », n’ayons donc pas peur des mots !

18 avril 2026

Marx, l’état-nation, le secteur public, le monde

 2e contribution personnelle à la préparation de la base commune pour le 40e congrès du Parti Communiste Français 

Bien qu’il se soit toujours refusé à présenter un catalogue de prêt-à-porter, il y a un apport spécifique de MARX à l’élaboration d’un projet politique concret. Prenons l’exemple des services publics et secteur public en général, dont chacun reconnaît le rôle central qu’ils jouent (ou devraient jouer) dans l’émancipation des hommes et la réconciliation de la cité avec elle-même.

Le service public est exercé au nom des différentes collectivités institutionnelles, de la commune à la communauté internationale, en passant par l’état-nation. La notion de service public recouvre au moins en partie celle d’intérêt général. Pour ROUSSEAU, l’intérêt général est dicté par les devoirs que les citoyens doivent à la société, notamment par leur travail, l’intérêt de la communauté (de la plus petite à la plus grande) passant avant les intérêts partiels et n’étant pas la somme de ces intérêts.

14 avril 2026

Pour une nouvelle politique de la main tendue

Texte de ma contribution personnelle à la préparation du 40e Congrès du Parti Communiste Français  (Juillet 2026). L'ensemble des contributions personnelles et collectives peut être consulté sur contributions - Congrès PCF 2026

 

Une nouvelle politique de la main tendue

Pour que la société fasse lien il lui faut une ou des références : un mythe fondateur, un héros, une idée, une conception du monde, ce qui implique rupture du lien si ces références se rétrécissent ou disparaissent. En France (mais également dans d’autres pays d’Europe et du monde) les deux sources de références qui ont structuré la société au XXe siècle, la source religieuse avec les Eglises, principalement l’Eglise catholique, et la source matérialiste/marxiste avec le Parti communiste, sont très affaiblies, ce qui explique en partie les dérives et les blocages de notre vie collective, notamment politique.

Dans cet esprit, la question des rapports entre marxistes, ou communistes, et croyants est, pensons-nous, non la seule mais UNE question fondamentale pour la cohésion de la société demain. La politique de la main tendue peut sans aucun doute trouver une application dans bien des domaines, de politique nationale (les alliances plutôt que les clivages) ou internationale (les coopérations plutôt que les confrontations). Mais c’est ici de la seule problématique d’une nouvelle rencontre du communisme et de la foi qu’il sera question.  Il faudrait dire « des » communismes et « des » fois, car les deux se déclinent au pluriel ; ils revêtent différentes formes selon les temps historiques et les lieux. Le communisme, idéologie d’émancipation fondée sur la « mise en commun », ne peut retourner à une conception pré-marxiste, mais aurait tort d’ignorer les communismes d’avant Marx, notamment religieux, malgré leur caractère utopiste, c’est-à-dire détaché des conditions qui pourraient rendre possible leur réalisation à grande échelle. On trouve chez eux une exigence éthique qui ne s’oppose pas à la visée communiste marxiste.

01 août 2025

14 – "De Marx à Teilhard de Chardin (II)", par Alain Raynaud. Suite et fin du "Principe transcendance"

TOUS DROITS RÉSERVÉS. REPRODUCTION AUTORISÉE AVEC MENTION DE L'AUTEUR ET LIEN VERS LE BLOG. LES NOTES ONT ÉTÉS SUPPRIMÉES DE CETTE VERSION EN LIGNE.
Pour acheter le livre : https://www.thebookedition.com/fr/le-principe-transcendance-p-380931.html

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Mais c’est de l’homme qu’il s’agit ! Et de l’homme lui-même quand donc sera-t-il question ? – Quelqu’un au monde élèvera-t-il la voix ?

Car c’est de l’homme qu’il s’agit, dans sa présence humaine; et d’un agrandissement de l’œil aux plus hautes mers intérieures.
Saint-John Perse


Changer le monde ou changer de monde, demandions-nous. Nous n’avons pas pu répondre à la question, car cette alternative n’existe pas. Changer le monde débouche sur un changement de monde, et tout changement de monde commence par un changement du monde. Ce sont les deux faces du principe Transcendance. Si l’on ne cède ni au nihilisme – il n’y a plus rien à dire, à faire, à inventer, et au fond à espérer, ni au positivisme qui étouffe les «pourquoi» de la philosophie sous les «comment» de la science, la réponse est : les deux, car le monde à changer, si on le change, débouchera sur un monde autre. Changer le monde, c’est à la fin (si tant est qu’il y en ait une) changer de monde. Pour changer le monde il faut avoir en vue un autre monde et le vouloir effectivement. En même temps, et c’est la part immanente du principe Transcendance, pour vouloir un autre monde il faut être capable d’agir dans le monde où nous vivons, l’avoir compris dans son principe et ses rouages.

Pour Marx, à partir de l’analyse des contradictions d’une société donnée, il s’agit de découvrir les forces sociales porteuses du projet révolutionnaire nécessaire au dépassement de ces contradictions, et les conditions permettant à ces forces de mettre en œuvre ce projet. Et au centre de ce projet, il y a l’homme. L’homme collectif, mais aussi l’homme individuel, le sujet.

«Il faut relire Marx, après le déluge. Dans ces Manuscrits économico-philosophiques, rédigés en 1844 à Paris, publiés pour la première fois à Leipzig, en 1932, sont dénoncés l’inhumanité du capitalisme et l’infamie de ses thuriféraires ». Ainsi s’exprime Jean Salem dans son édition des «Manuscrits» (GF, 1996). Est esquissée dans ces fragments - ignorés pendant longtemps des «marxistes» puis sous-estimés par des esprits aussi aiguisés qu’Althusser - une sorte de théologie négative, une ébauche de théorie générale du communisme, non pas aboutissement mais début d’une histoire proprement humaine. Il est assez facile de trouver dans ces textes place pour une conception enracinée dans l’immanence de la transcendance: là où l’homme lui-même est à construire, tous les dépassements sont possibles.

«La propriété privée nous a rendus tellement sots et bornés, écrit Marx, qu'un objet est nôtre uniquement quand nous l'avons, quand il existe donc pour nous comme capital ou quand il est immédiatement possédé, mangé, bu, porté sur notre corps, habité par nous, etc., bref quand il est utilisé par nous, bien que la propriété privée ne saisisse à son tour toutes ces réalisations directes de la possession elle-même que comme des moyens de subsistance…

À la place de tous les sens physiques et intellectuels est donc apparue la simple aliénation de tous ces sens, le sens de l'avoir. L'être humain devait être réduit à cette pauvreté absolue pour pouvoir engendrer sa richesse intérieure en partant de lui-même …

Non seulement la richesse, mais aussi la pauvreté de l'homme reçoivent également — sous le socialisme — une signification humaine et par conséquent sociale. La pauvreté est le lien passif qui fait ressentir aux hommes le besoin de la richesse la plus grande : l'autre homme…

Le communisme [la suppression de la propriété privée] est la forme nécessaire et le principe dynamique de l'avenir immédiat, mais le communisme n'est en tant que tel ni le but du développement humain ni la forme de la société humaine».

En tant qu’inventeur d’une méthode philosophique et sociologique tombée, dans des circonstances historiques données (réformisme, stalinisme) dans une forme d’économisme et de déterminisme, Marx ne se suffit pas à lui-même. Laissons Bloch, Teilhard, Garaudy, introduire dans le marxisme la flamme de la foi, la foi qui ne se réduit pas à la religion.

17 avril 2024

"De Marx à Teilhard de Chardin", par Alain Raynaud

 Je viens de publier un texte que vous pouvez vous procurer au lien indiqué à un prix modique, 8 € pour la version papier (environ 15 € avec les frais de port), et 6 € pour la version numérique PDF.

COMMANDER ICI :

https://www.thebookedition.com/fr/de-marx-a-teilhard-de-chardin-p-405727.html#idTab5





23 octobre 2023

Le principe Transcendance (suite). 9/ La chose publique, par AR

 Reproduction interdite sauf accord écrit de l'auteur

«Une révolution véritable a plus besoin de transcendance que de
déterminisme
». Roger Garaudy

Au sens premier, la politique est l’art de gouverner la cité, et par extension à l’époque moderne la nation. A l’époque contemporaine cet art concerne également le groupement de nations, voire la totalité des nations de la planète. Si cet art est le fait d’une personne unique, la cité n’est pas à proprement parler un Etat, encore moins une Nation, mais la propriété personnelle du chef. Lorsque des institutions se constituent, définissant un espace commun à tous les membres de la cité et le mode de fonctionnement de cet espace, la chose politique devient publique, c’est la res publica de l’Etat-Nation. Le terme «République», né plus tard que «res publica», a un sens plus restreint : il signifie «démocratie», pouvoir exercé par le  peuple de la cité. A l’ère des ensembles continentaux et de la «mondialisation», la démocratie occidentale, essentiellement électorale, présidentielle ou parlementaire, est souvent, de fait, l’habit de la domination du capital.

26 avril 2023

MARX, LES BESOINS ET LES SERVICES PUBLICS

La notion de services publics recouvre au moins en partie celle d’intérêt général. Pour Rousseau, dans Le Contrat social, l’intérêt général est dicté par les devoirs (la vertu révolutionnaire) que les citoyens doivent à la société par leur travail, l’intérêt de tous contre la loi des intérêts individuels.

La notion d’intérêt général dépasse cependant de beaucoup la notion de services publics. Il ne faut donc pas confondre services publics avec secteur public.  De nombreuses entreprises, qui font partie ou devraient faire partie du secteur public parce que leurs activités impactent fortement l’intérêt général ne sont pas à proprement parler des services publics. De sorte qu’il faudrait peut-être distinguer LE service public et LES services publics, LE service public englobant des unités économiques publiques ou privées n’étant pas pourtant DES services publics.

Marx s’est surtout intéressé au fonctionnement général de l’économie et de la société, et donc plus à l’intérêt général qu’aux services publics. Néanmoins, en élaborant une méthodologie permettant de découvrir les forces, matérielles et humaines, capables de dépasser le système du Capital, Marx propose une « utopie concrète », c’est-à-dire une utopie qui prescrit les moyens de sa réalisation. Cette utopie, c’est un communisme évolué (évolué par rapport à ce qu’il nomme un communisme primitif), il esquisse non pas (selon ses propres mots) un livre de « cuisine pour les gargotes de l’avenir » mais un horizon. Les textes où il évoque cet horizon sont rares mais puissants (car Marx est aussi un formidable écrivain !).

13 février 2023

Pour une politique "transcendante"

 

🟠 « De Marx à Teilhard de Chardin, pour une politique ‘‘ transcendante’’ »
Rencontre-débat. Jeudi 16 février 2023 à 20h. CLERMONT-FD, Salle Multimedia Georges Conchon, rue Léo Lagrange (près Maison de la Culture et Comédie de Clermont). Entrée à participation financière libre (à partir de 0 € !)
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👉 La politique n’est pas simple technique d’accès ou de maintien au pouvoir, pas seulement gestion des moyens. La politique qui veut « changer les choses », c’est d’abord rupture avec les dérives anciennes, invention des buts nouveaux, changement du sens de l’évolution humaine. Les individus et les collectifs ont pour cela plus besoin de « transcendance » que de déterminisme. De Marx à Teilhard de Chardin, en passant par Jean Jaurès ou Roger Garaudy, Madeleine Delbrêl ou Régis Debray, des penseur.e.s nous invitent à ce qu’Ernst Bloch nommait un « orageux pèlerinage », dont Alain Raynaud, à l’invitation des « Amis du Temps des Cerises », propose ici, hors de tout contexte éditorial ou universitaire (il ne s’agit pas d’une thèse !), un simple cheminement de citoyen, de militant, d’autodidacte.
Des livres d’actualité et de vulgarisation en liaison avec le thème de la soirée seront proposés avec la « Librairie Les Raconteurs d’Histoires » de Chamalières.
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Partenaires : Les Amis de l’Humanité 63, Les Rencontres Philosophiques Clermontoises

11 octobre 2022

(NOËL 2020) : L'ESPÉRANCE EN UN ROYAUME QUI N'EST PAS DE CE MONDE. Reprise d'un article de Loïc Chaigneau

 « La foi consiste au fond à tenir ferme la possibilité. C'était ce qui plaisait tant au Christ dans le malade (cf. Jean 5,5-9) quand, après avoir souffert pendant tant d'années, il croyait toujours, avec la même fraîcheur et jeunesse, que pour Dieu le secours était possible. » Kierkegaard 

 

Notre royaume n'est pas de ce monde :

 

            Dans la troisième lettre à Malesherbes du 26 Janvier 1762, Rousseau écrit  « J'allais alors d'un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu désert où rien, ne montrant la main des hommes, n'annonçât la servitude et la domination ». La nature apparaît ici pour Rousseau à la manière non pas d’un retour dont il nous dit par ailleurs dans le Contrat social, qu’on « s’en arracha à jamais », mais tel un recours. Un recours, un lieu du possible, en dehors d’une certaine société, d’une formation sociale dans laquelle règne la servitude et la domination. Il ne s’agît pas là alors d’un rejet de la société en tant que telle, mais des formes préhistoriques de la société telles que décrit par Marx, et donc le rejet de ce qui n’est pas encore une société. Rousseau est de ceux qui dans le même temps jettent les fondements d’une nouvelle société possible. Cela ne se fait pas à partir de l’imaginaire, de l’utopie, mais en inscrivant le développement de l’homme dans l’histoire : le contrat social doit être l’expression de la volonté générale, c’est-à-dire la liberté élevée au rang du collectif. Ainsi, il récuse d’abord l’acception d’une liberté qui ne serait que l’expression du désir comme manifestation inconsciente des pulsions et donc d’une aliénation par la chaire. Mais il récuse aussi l’acception de la liberté comme stricte volonté individuelle, parce que « quand chacun fait ce qui lui plaît, on fait ce qui déplaît aux autres » rappelle encore Rousseau. Il y a donc un monde possible, expression de la liberté par l’intermédiaire de la volonté qui soit l’expression commune des hommes en dehors du carcan dans lequel ils semblent emprisonnés. Cette formation sociale où règne la servitude et la domination n’attend pas un retour en arrière mais une marche avant.

            De la même manière lorsque Jésus-Christ dit « mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18 :36), nous ne devrions pas nous hâter d’interpréter ce « monde » comme « l’univers ». Au contraire, le langage courant nous indique bien qu’il s’agît de deux concepts différents, le premier renvoyant d’abord à un rapport social (κόσμου), le second aux lois physiques (σύμπαν). Pour preuve, s’il fait sens de dire : «  nous ne sommes pas du même monde », pour signifier une différence de classe sociale, ce sens n’est absolument pas le même si nous disons «  nous ne sommes pas du même univers », et la première acceptation est étrangère à la seconde. Il semble donc que Jésus-Christ nous indique, comme plus tard Paul Eluard « qu’il y a un autre monde, mais il est déjà dans celui-ci ». Cet autre monde n’attend que nous, il se réalise dans l’immanence et non dans la transcendance et c’est en ce sens que Dieu, comme reflet de la liberté, est présent en chacun de nous.

            Mais encore une fois, la raison ne conçoit bien que ce qu’elle produit elle-même, et si nous ne nous donnons pas les moyens d’abord de voir le déjà-là présent de cet autre monde mais plus encore les moyens de le poursuivre, alors il nous apparaît comme étranger ou ailleurs. Or, cet autre monde n’est ni là-bas, ni ailleurs, mais bien en acte derrière les mythifications idéologiques. Et puisqu’il est question de Noël, arrêtons-nous un instant sur un exemple compréhensible par tous : lorsque nous étions enfants, il nous était tout à fait possible d’imaginer un monde dans lequel le père Noël existât, parce que malgré les absurdités logiques d’une telle existence, cela nous paraissait vraisemblable, à la manière d’une fiction dans laquelle on pénètre un temps et dont on peine à sortir si l’auteur nous guide correctement. Pourtant, il nous était possible de déceler un certain nombre d’incohérences que nous ne tardons pas avec l’âge à découvrir. Une fois que nous apprenons l’inexistence du Père Noël il nous apparaît alors évident que tout ce en quoi nous avions cru jusqu’ici était faux. Nous découvrons par la même occasion que nous aurions pu nous en rendre compte à de multiples reprises, mais comme nous ne concevions pas bien un monde sans père Noël, cela nous était alors inaccessible. Nous avons grandi depuis et les voiles idéologiques, la religion du capitalisme, tissent en nous des modèles vraisemblables, quoique faux, qui nous empêchent d’accéder à un monde pourtant déjà-là mais que nous ignorons.

 

Il n’y a plus d’espoir, vive l’espérance :

 

            En cette année 2020, nombreux sont ceux qui perdent espoir. Et pour cause, nous n’allons pas revenir ici sur l’évidence des dégâts de tous ordre, tant sanitaire que politique et humains que cette année a rendue possible.

            Toutefois, nous pouvons peut-être nous réjouir du fait qu’il n’y ait plus d’espoir. Parce que là-encore l’espoir est un désir, au mieux un sentiment et comme tout désir, il est d’abord un manque, le manque de ce que nous jugerions meilleur. Or, Spinoza nous signalait très justement déjà que ce n’est pas parce que les choses sont bonnes que nous les désirons mais bien parce que nous les désirons que nous les jugeons bonnes. Le désir n’est donc pas derrière nous, mais devant. L’espoir ne parvient jamais à sa fin, puisqu’il vise quelque chose qui toujours déjà manque. Or, le réel désir ne peut se porter que sur ce qui est déjà. Mais l’espoir  est une abstraction, un désir élancé vers quelque chose qui en même temps est ignoré. C’est en ce sens que l’espoir n’est pas de l’ordre de la raison. Or, seule la raison peut nous déterminer selon une fin. Lorsque nous nous donnons une fin raisonnable à poursuivre, parce que délibérée, nous faisons acte de raison et c’est elle qui guide notre volonté et non plus nos passions ou nos pulsions.

            Il n’y a plus d’espoir, alors vive l’espérance. Là-encore, si l’espérance est l’une des trois vertus théologales avec la foi et la charité, il nous semble nécessaire de la comprendre autrement qu’à la manière d’une confiance pure et absolue dans ce qui advient comme si cela ne relevait ou ne dépendait pas de nous. L’espérance est dialectique, elle perdure y compris dans les moments où l’espoir tend à s’estomper au gré des circonstances. Or, trop souvent espoir et espérance sont opposés comme deux formes d’irrationalisme. L’espoir en tant qu’émotion chancelante et dépendante de l’extérieur, l’espérance comme confiance mise dans la transcendance et qui nous place comme spectateur d’un monde déjà organisé par Dieu. À les considérer ainsi, nous récusons ces deux approches. Mais plutôt que de voir dans l’espérance une confiance absolue dans la transcendance nous voulons y voir une confiance dans notre capacité à nous organiser pour poursuivre et prolonger un monde qu’on ne saurait encore voir. Dès lors, il ne suffit pas de le vouloir ou et d’y placer notre espérance mais de comprendre que ceux-ci puisent leur source dans l’histoire et donc dans les actions de ceux qui nous ont précédé et qui ont posé les premiers jalons de cet autre monde.

            Ce que Marx nous enseigne de l’histoire ce n’est pas qu’elle fonctionne telle un mécanisme dont les rouages nous conduisent à la Révolution. Marx nous enseigne plutôt que « l’histoire ne fait rien » pour reprendre la formule de Engels, mais que nous faisons l’histoire, dans des conditions bien sûres déterminées mais à partir desquelles nous posons une fin. L’histoire est le lieu du possible, d’un autre monde possible en dehors de la religion capitaliste et du fétichisme de la marchandise. Si 2020 nous a fait perdre espoir, gageons que 2021 soient l’année de l’espérance en tant qu’expression consciente d’une classe révolutionnaire en acte qui s’efforce de produire le mouvement réel d’abolition du capitalisme.

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Sur ces questions, lire aussi le communiqué de décembre 2019 de l'I.H.T : https://instituthommetotal.fr/bibliotheque/PDF/communiques/heureux-les-artisans-de-paix.pdf

Ces deux vidéos :

 Christianisme et communisme :

https://www.youtube.com/watch?v=CNDl8IFmntY

Sciences, foi et christianisme :

https://www.youtube.com/watch?v=TDeYV9700eA

la question de la religion chez Marx, traitée dans notre séminaire de deuxième année :

https://instituthommetotal.fr/institut-pack-chouette-deuxieme-annee

 

Loïc Chaigneau, tous droits réservés.

le 19/12/2020


https://instituthommetotal.fr/affranchi/noel-2020-l-esperance-en-un-royaume-qui-n-est-pas-de-ce-monde-198

25 février 2022

Parution prochaine d'un livre sur Roger Garaudy

 


"Avant même son ultime condamnation judiciaire, Roger Garaudy était pris au piège d'une notoriété négative depuis l'époque où, après son exclusion du PCF, il avait révélé un retour à Dieu bien fait pour le discréditer dans le champ intellectuel français. L'ancien philosophe du PCF poursuivait déjà une évolution atypique : après avoir atteint l'excellence comme intellectuel communiste en pleine Guerre froide, il devint, à la faveur de sa tentative de refondation théorique, un intellectuel thorézien adapté à la démarginalisation du PC dans le champ intellectuel des années 1960.
Mais son autonomisation anti-stalinienne l'entraîna sur la pente hérétique, jusqu'à proposer une stratégie alternative à celle du Parti. Comment le philosophe officiel du PC, longtemps gardien de l'orthodoxie, a-t-il pu non seulement devenir l'homme du dialogue au sein du PCF mais aussi retrouver la foi en Dieu -jusqu'à épouser l'Islam-après son exclusion du mouvement communiste ?"

  • Date de parution
     
    08/03/2022
  •  
  • Editeur
     
  •  
  • ISBN
     
    978-2-36512-282-5
  •  
  • EAN
     
    9782365122825
  •  
  • Format
     
    Grand Format
  •  
  • Présentation
     
    Broché
  •  
  • Nb. de pages
     
    200 pages
  •  
  • Dimensions
     
    14,0 cm × 22,0 cm × 0,0 cm

En pré-commande puis en commande : Un intellectuel communiste illégitime : Roger... - Didier J-F Gauvin - Livres - Furet du Nord

20 février 2022

Le principe Transcendance, suite. Chapitre 5, "De Marx à Teilhard de Chardin. Première partie"

 Suite de Roger Garaudy A contre-nuit: "Le principe Transcendance. De Marx à Teilhard de Chardin." par Alain Raynaud (Chapitre 4: "Des antiphilosophes"
Pour aérer le texte, les notes ne sont pas reproduites.  © Alain Raynaud, 2021 Reproduction interdite sans autorisation.
Pour acheter le livre : 
Le principe Transcendance - Alain RAYNAUD (thebookedition.com)


  5 - De Marx à Teilhard de Chardin (I)

De la vraie foi de Pascal au dieu inconscient de Lacan, les antiphilosophes nous disent du contradictoire, mais portent aussi ce témoignage commun que l’homme est effectivement «trop grand pour se suffire à lui-même». En allant de Marx à Teilhard de Chardin, nous allons essayer de comprendre ce qui fait la grandeur de l’homme, et le rend apte, et même l’oblige, à mobiliser la transcendance, ce plus grand que lui qui est à la fois en lui et en dehors de lui. 

26 septembre 2021

1941, la déportation des "indésirables", par Georges Sentis, historien

 "L'Humanité" des 24, 25 et 26 septembre 2021 évoque (trop) brièvement Roger Garaudy déporté à Djelfa. Voici l'article dans son intégralité.





10 mars 2021

Le principe Transcendance (1), par Alain Raynaud

© Alain Raynaud, 2021. Dépôt légal février 2021. Tous droits réservés. Reproduction interdite

 1- Changer le monde, changer de monde

«Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières De l'illimité et de l'avenir Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés». Apollinaire

Toute ma vie, j’ai voulu contribuer à changer le monde par référence à des parents militants et en m’appuyant sur Marx. Je pense aujourd’hui, après avoir découvert en 1968 Roger Garaudy puis plus tard Teilhard de Chardin, qu’il a manqué au marxisme d’hier, et qu’il manque au marxisme d’aujourd’hui, un principe de transcendance. Ce principe est simplement l’attrait d’un «plus grand que soi», qu’il trouve sa source dans un au-delà du monde présent, dans une espérance ou dans une intention. Je sais aujourd’hui que ce principe était déjà présent dans l’œuvre de Marx et que seuls la dureté des temps, la dictature du matérialisme vulgaire, bourgeois, et souvent l’étroitesse d’esprit de chefs petits ou grands, ont empêché que ce principe soit vu, compris, et mis en pratique. Bien qu’il l’ait été parfois : que des ouvriers soviétiques réalisent de leurs mains une idée, le communisme, en édifiant un barrage sur la Volga, ou que des ouvriers chrétiens jettent vers leur dieu les flèches de la cathédrale de Chartres, qu’est-ce d’autre ici et là que la manifestation d’un même principe, le principe Transcendance.

 *

Georges Bataille fait remarquer dans «Théorie de la religion» : «Une philosophie n’est jamais une maison mais un chantier». Ce parcours ne présente aucune philosophie nouvelle mais un essai de description personnelle du chantier des hommes guidés par la transcendance, transcendance qui revêt diverses formes et pousse à des efforts et à des sacrifices, individuels et collectifs. Dans «Pour et contre Marx», Edgar Morin décrit son idéal d’homme : «Toujours en formation. Il s’obstine à chercher l’au-delà». La quête d’un au delà de ce monde, d’un plus grand que soi, nous aide à vivre, à vivre en tant que personne individuelle et en tant qu’appartenant à l’humanité. Mais, quand nous cherchons un au-delà, voulons nous changer des choses dans le monde tel qu’il est ou changer de monde ? Le panorama projeté permettra d’observer ce besoin, cet impératif, ses limites, ses modalités d’accomplissement. Ce panorama ne s’ouvre pas sur Dieu car celui-ci, ainsi que le note Teilhard, n’est pas «un grand propriétaire administrant ses terres». Surtout, inconnaissable par définition, il n’est qu’une possibilité de transcendance parmi d’autres, possibilité à laquelle il faut faire place mais en ne refusant jamais la lumière à celles et ceux qui ne la nomment pas «Dieu» : les immanents aussi ont leur transcendance. Il ne s’agit pas d’imposer un principe de résignation ou de soumission, mais d’explorer les diverses facettes d’un principe d’émancipation, d’épanouissement, indissolublement personnel et collectif. Notre époque connaît depuis le dernier quart du XXe siècle un développement des intégrismes, notamment religieux. L’esprit de cet essai, tendu vers la découverte et la description d’une transcendance à visage humain, est aussi de fournir des armes contre ces formes nihilistes de la transcendance. «Il faut bien qu’il y ait dans la conscience elle-même un principe de liberté et d’union», disait Jaurès. Nous proposerons des directions différentes pour que chacun trouve ce principe. Pour en tirer une éthique, nous en dresserons une topographie élémentaire, historique puis thématique. Avec la pandémie de la Covid-19 qui a bouleversé la vie privée et publique des terriens au cours de l’année 2020, les questions du but de la vie et de l’organisation collective propre à atteindre ce but se trouvent plus que jamais posées à la conscience de chacun. Mais les forces qui empêchent de les poser sont toujours-là, aussi fortes qu’avant, et elles font tout pour instrumentaliser la crise sanitaire de façon à obtenir des individus et des sociétés tout entières le consentement aux dérives libérales, autoritaires et productivistes. La santé est utilisée à la fois comme une puissante imprécation - vous risquez votre vie si vous n’obéissez pas ! - et un opium des peuples. Chercher le plus grand que soi, faire jouer le principe Transcendance, est de plus en plus difficile, mais pour les mêmes raisons de plus en plus nécessaire.

 *

D’hier ou d’aujourd’hui, des idées réductionnistes (monismes, dualismes,  littéralismes, intégrismes, complotismes, etc.) ramènent la diversité du monde à une abusive simplification, et, ignorant les nuances, toute contradiction à celle du noir contre le blanc. Cet essai, sans conclusion, tente de définir et de défendre, contre ces idées guerrières, l’unité évolutive complexe de chaque homme, son humanisation, menacée par les dérives, le désordre, le risque d’implosion, l’entropie (pour employer un mot savant) des formations économiques et sociales, et le repli sur soi consécutif des individus et des collectifs. Cette unité peut être sauvée par un mouvement de dépassement, de transcendance, vers un possible dont Marx et Teilhard de Chardin, avec d’autres, sont au nombre des prophètes. De ces prophètes nous brossons un panorama personnel, non universitaire, présentant une interprétation compréhensible de leurs œuvres, qui puisse être justement utile à cette unité de l’homme, à l’émancipation de chacun et à l’épanouissement de tous

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A SUIVRE EN AVRIL 

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