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07 février 2025

"Le principe transcendance", par A. R. Chapitre 13

TOUS DROITS RÉSERVÉS. REPRODUCTION AUTORISÉE AVEC MENTION DE L'AUTEUR ET LIEN VERS LE BLOG. LES NOTES ONT ÉTÉS SUPPRIMÉES DE CETTE VERSION EN LIGNE.
Pour acheter le livre : https://www.thebookedition.com/fr/le-principe-transcendance-p-380931.html

13 – Le principe Transcendance

«… et au-dessus de l’eau
 L’homme en d’autres lieux se rend par des passerelles hardies ».
                                                                              Friedrich Hölderlin

Le mot «principe» est polysémique. A la fois prémices, causes et fondements d’un évènement. Dans le vocabulaire philosophique, «principe» est synonyme de cause première ou d’inconditionné. Dieu par exemple, être ou acte, est principe de transcendance pour les chrétiens ou les musulmans en cours de divinisation. Pour les marxistes, le communisme, abolition positive de la propriété privée, «négation de la négation», est «principe dynamique de l’avenir immédiat» de l’homme au cours de son processus d’humanisation.

Dans une lettre (du 13 novembre 1916 à sa cousine Marguerite Teillard-Chambon), Pierre Teilhard de Chardin décrit l’état d’esprit précédant ou accompagnant l’irruption de la transcendance : «Ce qui, me passionne dans la vie c'est de pouvoir collaborer à une œuvre, à une Réalité plus durable que moi : c'est dans cet esprit et cette vue que je cherche à me perfectionner et à dominer un peu plus les choses. La mort venant me toucher laisse intactes ces choses, ces idées, ces réalités plus solides et plus précieuses que moi-même; la foi en la Providence, par ailleurs, me fait croire que cette mort vient à son heure, avec sa fécondité mystérieuse et particulière (non seulement pour la destinée surnaturelle de l'âme mais aussi pour les progrès ultérieurs de la Terre). Alors pourquoi craindre et me désoler si l'essentiel de ma vie n'est pas touché — si le même dessin se prolonge, sans rupture ni discontinuité ruineuse ?...».

La transcendance est d’abord – d’abord non par ordre d’importance mais dans le déroulement du temps – une «expérience intérieure». Bien que Georges Bataille, dans son ouvrage éponyme, oppose l’expérience intérieure et l’action, au motif que la première ne peut selon lui «exister comme projet», quand la seconde au contraire serait «toute entière dans la dépendance du projet», nous affirmons l’évènement transcendant comme le fruit d’abord d’un mouvement intérieur, suivi d’un projet puis d’une rupture induite par ce projet. Georges Bataille lui-même accumule les formules qui viennent en quelque sorte contredire son affirmation, comme: «L’extrême du possible, est le point où… un homme… s’avance si loin qu’il ne puisse concevoir une possibilité d’aller plus loin»

Dans la vie telle que la voit Bataille, pour l’homme tel que le voit Bataille, «une particule insérée dans des ensembles instables et enchevêtrés», la pensée discursive, la philosophie, le projet ne sont que «façon d’être dans le temps» qui ne répondent pas au tragique et à l’angoisse liés à la question de la vie et de la mort, car ils ne sont que «remise de l’existence à plus tard». Ce qui compte pour Bataille l’impatient, ce n’est pas «l’énoncé du vent, c’est le vent». Pour lui, la quête même du sens n’a pas de sens car «la vie va se perdre dans la mort,… le connu dans l’inconnu… [et] le non-sens est l’aboutissement de chaque sens possible».

24 août 2023

Opium

 La religion, au moment de sa fondation, n’est pas l’opium du peuple. Ce n’est plutôt qu’une fonction que lui a fait porter la classe politique au fil de l’histoire. Toutefois, c’est cette possibilité au sein même de la religion d’être un moteur de réflexion, d’action et de conscientisation politique que trahit la fameuse citation marxiste. Il peut sembler contre nature, dans notre société sécularisée, de suggérer que la conscience religieuse peut mener à la conscience politique. Pourtant, l’exemple donné par la théologie de la libération, en Amérique latine, confirme qu’il est possible de se politiser à travers les préceptes religieux.

Louise Melançon, professeure à la Faculté de Théologie de l’Université de Sherbrooke, fait comprendre ce phénomène en adoptant une conception de la politique où cette dernière n’ignore pas les autres dimensions de la vie sociale. Sortis de la compartimentation classique des sciences humaines, les problèmes étudiés dans le domaine de la science politique peuvent se comprendre tels qu’ils se retrouvent en société, c’est-à-dire à travers une pluralité de points de vue et de compréhensions du monde. La religion, puisqu’elle se vit au sein des sociétés humaines, est en contact avec ses problèmes. Les chrétiens peuvent se pencher sur ces derniers sans abandonner leurs croyances. Par conséquent, la foi peut se vivre en société et, par ricochet, en politique, avec tous les engagements que cela sous-entend. La foi, comme tout autre aspect social, peut alors prendre une dimension politique. Par exemple, les chrétiens conscients de l’exploitation de certains par d’autres s’engagèrent, en Amérique latine, dans le débat politique. Appelée théologie de la libération, cette mouvance politico religieuse « est en même temps une option de foi: leur foi se fait praxis de libération ». En vivant à l’intérieur d’une société dite, la foi est amenée à se redéfinir face aux réalités des gens et, dans le cadre de la théologie de la libération, les prêtres furent amenés à poser des gestes politiques. La spiritualité, dans ce contexte, est alors un élément social dynamique en contact avec la réalité politique et non pas un outil de manipulation des masses.

Sonia Noreau

"Religion et Politique", volume 9, septembre 2009

06 mars 2023

Entretien avec Edgar MORIN (2000). Le mot "intellectuel"...

 Entretien avec Edgar Morin 

E. M. = Edgar Morin           M. -C. N. = Marie-Christine Navarro

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 M. -C. N. : Il est temps de s’interroger sur ce mot d’« intellectuel ». Dans votre livre Mes démons, vous avez la dent extrêmement dure sur le milieu intellectuel parisien. Surtout sur ce que vous appelez le « crétinisme du haut ». Pour vous, s’il existe un crétinisme de la culture du bas, il y a un crétinisme du haut. Cela explique aussi pourquoi vous êtes atypique dans votre parcours.

 E. M. : Tout d’abord je n’ai pas le mépris élitiste pour la culture populaire. (…) Certes je pense qu’il y a un crétinisme « du bas », qui vient des médias, mais je pense aussi qu’il y a le crétinisme « du haut », celui qui règne dans le monde des spécialistes, des universitaires refermés sur leurs disciplines, chez les technocrates. Je lutte sur deux fronts : contre le crétinisme du bas et contre le crétinisme du haut. Tout en appréciant ce qu’il y a d’intéressant en haut et en bas.

13 décembre 2022

Le principe Transcendance (suite) - 7/- De quoi Dieu est-il le nom

 REPRODUCTION INTERDITE - ME DEMANDER AVANT REPRISE (FORMULAIRE DE CONTACT DU BLOG) - MERCI

«Dieu est circonférence et centre, lui qui est partout et nulle part».

Nicolas de Cues

 

On ne peut pas prouver que Dieu existe. Pascal a tenté, par un «pari», de trouver remède à cette impossibilité. «Qui m’aime me crée», dit Aragon, résolvant ainsi en partie le problème de Pascal : Dieu est créé par l’amour. L’amour donne sens à la vie humaine et existence à Dieu. L’hypothèse Dieu est une façon de poser la question du principe Transcendance, mais affirmer «par l’amour, Dieu existe» ne démontre rien quant à l’hypothèse Dieu. De même affirmer que «Dieu n’existe pas» ne démontre rien quant à l’hypothèse «non- Dieu». Dire «Dieu est mort» ne nie pas son existence, mais l’affirme, car ne peut mourir que ce qui vit. Au-delà de la question toujours irrésolue de son existence, question que Les Lumières, fondées sur le rationalisme et l’anti- métaphysique, avaient tenté de trancher au 18e siècle, poser l’hypothèse Dieu est donc exercer une certaine façon de penser, qui ne refuse ni la grandeur ni les postulats et qui interpelle aussi bien les athées que les «croyants».

 

L’existence ou la non-existence de Dieu n’est pas un problème dès lors que n’est pas défini le contenu du mot «Dieu», et il ne peut pas l’être, sauf éventuellement en négatif (théologie négative : ce que Dieu n’est pas). C’est dans cette zone de doute que se cache Dieu, puisqu’en définitive, quel que soit le préjugé de chacun, l’hypothèse de son existence n’est jamais qu’une façon de nommer une transcendance.

 

L’amour de Dieu, fait de fusion entre le monde et l’au-delà du monde, entre immanence et transcendance n’est pas radicalement différent de l’amour humain.

 

L’amour divin n’est abandon total dans le transcendant qu’à travers l’expérience mystique qui, par une profonde méditation - l’oraison -, permet à l’amant d’accéder sans intermédiaire à la connaissance de Dieu. Rousseau lui-même aspire à cette expérience : «Que d’hommes entre Dieu et moi !» regrette le Vicaire savoyard dans «L’Emile». Thérèse d’Avila et Jean de la Croix l’ont pratiquée, jusqu’à la mort pour ce dernier, sans pouvoir en établir un manuel de savoir-faire car les «choses de l’oraison» sont «bien obscures pour celui qui n’en a pas l’expérience».

 

Jean de la Croix ne peut que décrire l’oraison. Retrait total du monde et de soi- même et abandon dans les mains de Dieu. Sensibilité d’abord, puis raison, s’effacent dans une «nuit obscure» s’achevant en radieuse aurore. Même «prier vocalement» ou pratiquer quelques dévotions devient impossible pendant l’oraison.

 

L’expérience mystique est par définition incommunicable. Pour paraphraser Wittgenstein, la transcendance absolue ne peut être dite, elle se montre. L’Eglise catholique proposant une méthode pour «savoir faire oraison», assimilant celle-ci à une simple variété de la prière, en en déterminant les conditions matérielles et le déroulement, met de la lumière il faut l’obscurité, du rite où il faut de l’informulé. En vérité, bien qu’ignorant tout de l’oraison, Aragon en parle infiniment mieux lorsque, dans «Le Fou d’Elsa», il glorifie ainsi Jean de la Croix : 

«Jean de la Croix je te reconnais tu ressembles

A tous ceux pour qui le rite et le dogme étaient prisons

Et qui cherchèrent chemin droit vers Dieu laissant les lacets interminables de la raison

Jean de la Croix tu n’es que le nom chrétien de tous ceux qui se damnent d’amour».

Le mystique n’est pas du domaine de la compréhension mais de l’adoration, pas de la communion mais de l’extase ; oraison n’est pas raison, ni déraison, mais au-delà de la raison. Difficile d’être en oraison vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le reste du temps, le mystique utilise les ressources «normales» d’un être humain pour mettre en actes son amour de Dieu, sa foi en lui. L’indicible laisse place au logos, la transcendance absolue à une transcendance relative, celle qui passe un compromis avec l’immanence, avec le réel.

15 janvier 2021

Le monde d'aujourd'hui est saisi d'une étrange maladie...

Le monde d’aujourd’hui est saisi d’une étrange maladie. Depuis une génération environ, nous avons été les témoins de la lente propagation de ce virus, qui se glisse dans nos veines, glace notre sang et dessèche nos cœurs. Nous lui cherchons vainement un vaccin : extrêmement contagieux, le mal se répand comme une traînée de poudre, faisant des ravages dans toutes les couches de la société. Ce cancer, c’est le stress, la forme la plus pernicieuse de la peur. (…) Cette peur triomphe aux quatre coins du globe, et rares sont ceux qui peuvent prétendre lui échapper.


Peur du chômage, peur des étrangers, peur de l’échec dans un univers compétitif, peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver de logement, de manquer de nourriture, ou d’amour, peur de tomber malade, de périr d’ennui, peur de s’ouvrir aux autres, de vieillir, de ne plus séduire, de voir s’en aller les êtres aimés, peur de la solitude, peur de devoir prendre sa retraite, ou de ne jamais la toucher, peur des couloirs du métro, peur du qu’en dira-t-on, peur des ténèbres, peur du Diable, de l’envoûtement, de la "fatalité"… Peurs individuelles et collectives, peur du terrorisme, peur des trafiquants de drogue, de la délinquance, du sida, de la famine, de la pollution, peur de l’épée de Damoclès nucléaire, peur des manipulations génétiques, peur de tout. (…)

27 novembre 2020

Réfléchir...disent-ils

« Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’Opinion. » (Paul Valéry)


« Nous avons oublié que, si nous devons résister à la passivité, c’est certes pour nous-mêmes mais surtout pour ceux qui nous survivront. Et c’est donc bien notre peur de regarder plus loin que nous (...) qui nous a rendus si complaisants. Tous coupables d’avoir négligé notre premier devoir : transmettre à nos enfants, par l’exemple des combats que nous aurons menés pour le vrai et le beau, le désir de construire un monde meilleur que celui que nous leur aurons laissé. Nous sommes devenus cons parce que nous avons renoncé à cultiver notre intelligence commune comme on cultive un champ pour nourrir les siens. Oubliés le questionnement ferme, le raisonnement rigoureux, la réfutation exigeante ; toutes activités tenues aujourd’hui pour ringardes et terriblement ennuyeuses, remplacées par le plaisir immédiat, l’imprécision et la lâcheté. » (Alain Bentolila, "Comment sommes-nous devenus si cons ?", Éd. First, 2014, p. 7-8)


« Sommes-nous bien informés ? Je n’exagère pas quand j’affirme que de la réponse à cette question, dépend le sort de l’humanité. » (Arnold Toynbee)


« Les informations et la vérité ne sont pas la même chose, et doivent être clairement distinguées. » (Walter Lippmann, "Public Opinion", 1922)


« Dans la vie, il y a certains événements sur lesquels on évite simplement de se poser trop de questions. Peut-être parce qu’on a trop peur de la réponse. » (George Pendle)


« La crise de notre monde a en partie pour cause la soumission du plus grand nombre à une vision des choses déterminée par les médias de masse. Les images sont relayées dans l’ensemble du monde, et la voix des hommes humains ne peut se faire entendre. (…) Si le monde s’enfonce ainsi dans un chaos d’images sans autre élément d’explication, alors la crise ne peut que s’approfondir. Nous nous abîmerons alors dans un temps de troubles où des princes isolés prendront les décisions, ils nous montreront des spectacles que nous applaudirons, dont nous nous étonnerons, ou nous indignerons, sans en comprendre le sens. Le monde ne peut échapper à cet abîme que si chacun de nous réussit à comprendre et réagir. Pour cela, il faut d’abord être libre de sa pensée. » (Martin Gray, "Vivre debout", Éd. Pocket, 1997, p. 193-194)



« Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis. » (André Gide)

(Citations proposées par notre ami A.D, merci à lui)

13 juin 2020

"L’individu qui pense, contre la société qui dort, voilà l’histoire éternelle." (Alain)

La mythique et inoubliable et tellement instructive mais surtout hautement révélatrice "Affaire Garaudy" n’a pas fini d’interpeller les êtres authentiquement libres un peu partout dans le monde. Voici ce qui explique à mes yeux l’éclatant et très déroutant geste de Garaudy : 

« Tout homme qui est un vrai homme doit apprendre à rester seul au milieu de tous, àpenser seul pour tous - et au besoin contre tous. » (Romain Rolland, "L’Un contre tous", 1917)

« L’un des secrets du monde, c’est qu’on a quelquefois le devoir de faire ce qu’on n’a pas le droit de faire - le corollaire étant qu’on n’a pas le droit de faire ce qu’on a le devoir de faire. À l’homme d’action de prendre ses responsabilités. Et de subir ensuite les diatribes des irresponsables. » (Vladimir Volkoff, "Opération Barbarie", 2001)

« Le petit nombre d’hommes qui ont fait l’histoire sont ceux qui ont dit non. » (Pasolini)

« L’individu qui pense, contre la société qui dort, voilà l’histoire éternelle. » (Émile-Auguste Chartier, dit Alain, "Éléments d’une doctrine radicale", 1925)

« Il ne suffit pas d’être un grand homme, il faut l’être au bon moment. » (Pompidou)

« La loi du clerc est, quand l’univers entier s’agenouille devant l’injuste devenu maître du monde, de rester debout et de lui opposer la conscience humaine. » (Julien Benda, "La Trahison des Clercs", 1946)

« Devant tout pouvoir qui exige soumission et sacrifices de toute nature, la tâche du philosophe est l’irrespect, l’effronterie, l’impertinence, l’indiscipline et l’insoumission. Rebelle et désobéissant, et bien que convaincu du caractère désespéré de sa tâche, il se doit d’incarner la résistance devant le Léviathan et ses porteurs d’eau. Il s’agit d’être impie et athée en matière politique. » (Michel Onfray, "Cynismes", 1990)

26 janvier 2020

Un ami du blog réagit à la censure de Facebook


J'ai voulu partager avec un ami ce lien vers un appel de Garaudy (http://rogergaraudy.blogspot.com/2016/04/avec-vous-par-vous-la-ou-vous-etes.html).

Facebook m'a aussitôt envoyé cette notification : 
Vous ne pouvez pas partager ce lien :rogergaraudy.blogspot.com
Impossible de partager votre message, car ce lien enfreint les Standards de la communauté.
Si vous pensez que ceci ne va pas à l’encontre des règles de la communauté, dites-le nous.

Voici ma réplique immédiate :
« La vérité est éternelle : on la méconnaît, on l’outrage ; mais on ne l’anéantit pas. » (Anonyme)
En lisant ce qui suit comment ne pas penser également à celui que vous venez de censurer : Garaudy ?

« Le drame de Georges Valois (1878 - 1945) est d’arriver trop tôt, dans un monde où certaines vérités ne seront finalement comprises ou reconnues qu’après de terribles orages. (…) Georges Valois appartenait à cette catégorie d’esprits qui ne parviennent pas à trouver le système politique de leurs vœux, et dont le destin est d’être déçus par ce qui les a passionnés. Mais c’était aussi, de toute évidence, un homme qui ne se résignait pas à la division de l’esprit public par les notions de droite et de gauche. » (Paul Sérant, "Les Dissidents de l’Action française", 1978) 

Tout ce qui n’est pas fondamentalement vrai est voué à disparaître. C’est que rien de bon et de durable ne se construit sur le faux… Tout finit par se savoir. C’est absolument sûr. Mais après combien de drames ? Tout cela pourrait vite cesser si nous cessons de faire l’autruche... Oui l’amour sauvera le monde, mais en étant allié à la vérité. 
« Tout homme qui est un vrai homme doit apprendre à rester seul au milieu de tous, à penser seul pour tous - et au besoin contre tous. » (Romain Rolland, "L’Un contre tous", 1917) 
« Le petit nombre d’hommes qui ont fait l’histoire sont ceux qui ont dit non. » (Pasolini) 
« L’individu qui pense, contre la société qui dort, voilà l’histoire éternelle. » (Émile-Auguste Chartier, dit Alain, "Éléments d’une doctrine radicale", 1925)

« Il ne suffit pas d’être un grand homme, il faut l’être au bon moment. » (Pompidou) 
« La loi du clerc est, quand l’univers entier s’agenouille devant l’injuste devenu maître du monde, de rester debout et de lui opposer la conscience humaine. » (Julien Benda, "La Trahison des Clercs", 1946)

Devenons enfin des Hommes.
A.D

Sur l'immigration

Le grand ami de Garaudy, Michel Lelong – prêtre catholique -, à propos de l’immigration : 
« Quand elles vivent depuis longtemps chez nous, respectent nos lois et transmettent à leurs enfants une éducation civique et morale - à laquelle l’islam peut évidemment contribuer -, les familles maghrébines, turques, africaines qui vivent chez nous méritent notre estime, notre confiance et notre accueil. Mais comment ne pas voir les périls que comporte pour tous, au Nord et au Sud de la Méditerranée, l’afflux incontrôlé de nouveaux immigrés, déracinés de leur propre culture et étrangers à la nôtre ? Ils risquent alors de devenir des chômeurs, des "sans-papiers", et parfois des marginaux voire des délinquants, installés en Europe dans des conditions précaires, tandis que leurs pays ont besoin d’eux, de leur présence, de leur travail, de leur courage, pour réussir un difficile et nécessaire développement économique et social. Car la solution au problème des inégalités criantes entre le Nord et le Sud ne se trouve pas dans l’immigration qui déracine ses victimes, en les arrachant à leur terre et à leur culture d’origine, mais dans un soutien plus efficace des Etats les plus prospères à ceux qui ne le sont pas, chacun étant appelé à prendre en main son propre destin, pour parvenir à des relations internationales plus solidaires. »

Michel Lelong, "La Vérité rend libre. Le judaïsme, l’islam et nous", 1999.
  
Grande et grave cette question de l’immigration, évitons donc à son égard les visions trop simplistes qu’engendre une approche partisane et émotionnelle, il faut avoir la sagesse de l’aborder sereinement. Cela seul permet de l’aborder aussi objectivement que possible.

A.D

05 janvier 2020

La force, la lutte, la vie...

Si tu ne sens pas en toi la force, si tes forces sont justes ce qu'il faut pour maintenir une vie grisâtre, monotone, sans fortes impressions, sans grandes jouissances, mais aussi sans grandes souffrances, eh bien, tiens-t'en aux simples principes de l'équité égalitaire. Dans des relations égalitaires, tu trouveras, à tout prendre, la plus grande somme de bonheur possible, étant données tes forces médiocres.
Mais si tu sens en toi la force de la jeunesse, si ru veux vivre, si tu veux jouir de la vie entière, pleine, débordante, — c'est-à-dire connaître la plus grande jouissance qu'un être vivant puisse désirer — sois fort, sois grand, sois énergique dans tout ce que tu feras. Sème la vie autour de toi. Remarque que tromper, mentir, intriguer, ruser, c'est t'avilir, te rapetisser, te reconnaître faible d'avance, c'est faire comme l'esclave du harem qui se sent inférieur à son maître. Fais-le si cela te plaît, mais alors sache d'avance que l'humanité te considérera petit, mesquin, faible, et te traitera en conséquence. Ne voyant pas ta force, elle te traitera comme un être qui mérite de la compassion — de la compassion seulement. Ne t'en prends pas à l'humanité si toi-même tu paralyses ainsi ta force d'action.
Sois fort, au contraire. Et une fois que tu auras vu une iniquité et que tu l'auras comprise, — une iniquité dans la vie, un mensonge dans la science, ou une souffrance imposée par un autre — révolte toi contre l'iniquité, le mensonge et l'injustice. Lutte! La lutte, c'est la vie d'autant plus intense que la lutte sera plus vive. Et alors tu auras vécu, et pour quelques heures de cette vie tu ne donneras pas des années de végétation dans la pourriture du marais. Lutte pour permettre à tous de vivre de cette vie riche et débordante, et sois sûr que tu trouveras dans cette lutte des joies si grandes que tu n'en trouverais pas de pareilles dans aucune autre activité.
C'est tout ce que peut te dire la science de la morale.
À toi de choisir.


Pierre Kropotkine, « La morale anarchiste », 1885, édition L’Escalier 2019, p 44

18 décembre 2019

"Appelons la femme à notre secours"

« Voilà trente mille ans que les valeurs masculines dominent le monde. Force est de constater que les civilisations qu’elles ont inspirées sont des échecs : elles n’ont pas réussi à harmoniser les relations entre la femme et l’homme, entre les citoyens et entre les nations. (…) Il ne nous reste qu’une chance de survivre et d’inventer un monde meilleur : renoncer à la prépondérance des valeurs masculines, épanouir les valeurs féminines. La véritable alternative qui s’offre à nous ne consiste plus à choisir entre le libéralisme et le socialisme, mais entre la perpétuation d’une civilisation machiste et sadomasochiste et l’inauguration d’une société où l’on permettra aux valeurs féminines de s’exprimer, une civilisation vraiment humaine. Rendre à l’humanité les richesses de la féminité, ce n’est pas seulement lui donner les moyens d’un nouvel âge, c’est assurer sa survie. (…) Car une chose est sûre : ce libéralisme sauvage, triomphe de la civilisation patriarcale, générateur de guerres, pourvoyeur de chômage, fossoyeur d’âmes, destructeur de la nature, ne peut plus durer. (…) Hommes qui m’avez  lu, ne croyez pas que j’aie cédé à une tardive révolte contre le père, non plus qu’à un accès d’humilité. Non, c’est l’Histoire qui nous accable. Et la réalité présente. Sans doute ai-je été injuste dans ma juste colère : ayant exposé nos méfaits, j’aurais dû rappeler ce que nous avons fait de grand aussi. Mais notre génie est connu ; ce qui m’importait, c’était de savoir pourquoi il se double fatalement d’un mauvais génie : rien de ce que nous avons fait de bien qui ne soit mis au service du mal ! Il est temps de chercher d’autres voies. Appelons la femme à notre secours. Nous pensions la femme notre ennemie, elle est notre avenir. »


Gérard Leleu, "De la peur à l’amour. Réconcilier enfin l’homme et la femme", Éditions J’ai Lu, 2005.

15 décembre 2019

Audace

« Pourquoi un homme d’Etat, un chef de gouvernement naurait-il pas laudace de déclarer à la radio ou à la télévision à ses compatriotes : "Nous tous qui sommes rassemblés sur cette parcelle de la Terre, vous autant que moi-même, dans cent ans nous aurons disparu, nous et ceux qui nous entourent, que nous les aimions, les détestions ou qu’ils nous soient indifférents. Cent ans, c’est beaucoup pour chacun de nous, et nombreux sont ceux qui ne les atteindront pas. Mais cest une poussière de temps au regard de la marche du monde et des galaxies. Pensez-y ce soir en regardant le ciel. Ne trouvez-vous pas non seulement injuste, mais simplement absurde qu’ainsi soumis au même sort, alors que la même fin nous attend, nous ne regardions pas notre existence et celle des êtres qui nous entourent comme une seule et même vie ? Ne pensez-vous pas que ce morceau de temps que nous partageons ensemble devrait nous amener à partager également les ressources de ce siècle ? (…) Ce bref passage sur Terre, qui est le lot de chacun de nous, il faut en améliorer le cours pour tous, puisque nous sommes embarqués sur le même bateau, celui de ce siècle, navire de plaisance pour les uns, galère pour les autres. Pourquoi ne deviendrait-il pas un grand voilier profitant des mouvements de l’air et de l’eau, sans cabines de luxe pour les uns ni entrepont pour les autres, dont bénéficieraient au mieux tous ceux que la vie a réunis à son bord ?" Un tel discours pourrait être entendu. Mais sa réalisation serait redoutée par certains. Si nul na plus le souci d’assurer exclusivement son existence quotidienne et celle des siens, ne risque-t-on pas de voir surgir des pensées grosses de réflexions refoulées comme celle du sens de la vie, puisque celle-ci est limitée ? Certes, mais c’est la grandeur de l’être humain, qui "dès sa naissance est déjà assez vieux pour mourir" (Heidegger), de reconnaître et accepter son inquiétude existentielle. »


Léon Schwartzenberg, Face à la détresse, Ed. Fayard, 1994.
(Texte proposé par Ahmed D.)