12 janvier 2017

La Sainte Alliance de Tokyo (1986). Garaudy commente un G7

Le sommet de Tokyo (G7) de mai 1986 a publié plusieurs déclarations, une "Déclaration finale", une "Déclaration pour un avenir meilleur", une "Déclaration sur les implications de l'accident nucléaire de Tchernobyl", et une "Déclaration sur le terrorisme international". C'est surtout à cette dernière que voulait répondre Roger Garaudy.Trop tard pour "Le Monde" ! Les déclarations sont datées du 6 mai et Garaudy n'a pris sa plume que le 9...Ce texte n'est pas sans intérêt 30 ans plus tard.


Le Monde
7, RUE DES ITALIENS
75427 PARIS CEDEX 09

Paris, le 22 mai 1986
Monsieur Roger GARAUDY

Cher Monsieur,
André FONTAINE m'a transmis votre proposition d'article
intitulé "La Sainte Alliance de Tokyo".
Je l'ai lu avec intérêt et il est certain qu'au
lendemain du sommet, nous aurions pu envisager de le prendre
en Tribune Libre. Pour un quotidien, il est vraiment trop
tard, d'autant plus que nous avons déjà publié plusieurs
pages sur le terrorisme avec des avis contraires.
Je suis navré mais peut-être une revue qui a moins
d'exigence en ce qui concerne l'actualité pourra accueillir
votre tribune.
Bien sympathiquement vôtre.
Pierre Drouin

La " SAINTE ALLIANCE " DE TOKYO

Au siècle dernier les tyrans de 1’Europe formèrent une "Sainte Alliance" contre tous les mouvements de libération de leurs peuples.
A Tokyo vient de se nouer, contre le Tiers-Monde et contre la Paix, une nouvelle "Sainte Alliance": celle des maîtres occidentaux du monde, qui veulent se réserver le monopole de la domination contre ce qu'ils appellent "le terrorisme".

Qui sont les juges ?
Reagan ? Comme autrefois 1'armée américaine, au Viet-Nam, tua par millions, il continue de soutenir, en Amérique Latine, les dictatures terroristes de tous les Pinochet, il finance et arme le terrorisme des mercenaires de 1'ancienne dictature des Somoza, contre le Nicaragua libéré par son peuple et par ses prêtres. Reagan, le héros de 1'invasion de la Grenade, 1’ homme des Viet-Nam rampants moins voyants. Les dirigeants américains ont naguère donné le "feu vert" à 1’invasion du Liban, et aux massacres de Sabra et de Chatila. Reagan vient d’assassiner, à Tripoli et à Benghazi, des enfants de quatre mois.
Pourquoi ne désigner, à Tokyo, qu'un seul coupable ? Qui sont les juges ?

Thatcher a fourni les bases aériennes pour les assassinats d'enfants. Elle a mis le poids de ses escadres pour maintenir, aux Malouines, les dérisoires derniers lambeaux d'un Empire colonial. L'Irlande est ensanglantée, depuis plus d'un siècle, par des terrorismes rivaux. L‘est-elle par le monde arabe ? Ou bien parce que 1'intelligence et la générosité n’ont jamais inspiré les politiques impériales ?
Pourquoi ne désigner à Tokyo, qu'un coupable ?
Qui sont les juges ?

Les dirigeants de la France, troisième trafiquant d'armes du monde, entretiennent les tueries du Proche-Orient.Les otages français du Liban sont les otages de cette politique. Hissen Habré au Tchad, a détenu, pendant des mois, des otages français: 1'armée française est aujourd'hui mise à sa disposition pour écraser les opposants.
Des espions et des tueurs sont envoyés jusqu'en Nouvelle Zélande contre ceux qui s'opposent aux menaces que font peser, sur les peuples du Pacifique, les essais nucléaires. Les mêmes dirigeants, toutes nuances confondues, ont armé les terroristes de 1'"apartheid", en Afrique du Sud, et, à 1'heure de Tokyo, ils rétablissent un ambassadeur auprès de ces racistes. Ils s'alignent sur Reagan et sur Thatcher.
Qui sont les juges ?
Pourquoi, à Tokyo, n'a-t-on désigné qu'un coupable?

Nous condamnons tous les terrorismes et toutes les violences qu'elles soient massives, comme celles des nantis de Tokyo, ou artisanales, comme celles à qui 1'Occident réserve ses indignations sélectives.
Nous rappelons à la pudeur, en matière de terrorisme, les plus grands terroristes de 1'histoire: 1'Occident, coupable du génocide indien et de la "traite des nègres", d'Auschwitz et d'Hiroshima, du Viêt-nam et de 1'Algérie.
Nous n’appelons à aucune violence,mais, au contraire au refus de s'y associer.

- Pour ceux qui font du talion, au centuple, la loi des relations internationales.
- Pour ceux qui tuent par millions, par toutes les armes, y compris celle de la faim: qui dépensent 750 milliards de dollars d'armement, qui diminuent la production de blé aux Etats-Unis, qui se plaignent de 1'engorgement des frigorifiques de 1'Europe par trop de viande et de beurre, quand 80 millions d'êtres humains meurent la même année, de
faim ou de malnutrition.
Pour ceux-là, ni bases militaires ou navales, ni espace aérien, ni dépôts dans leurs banques, ni achat de leurs armes, ni fourniture de pétrole ou d’autres matières premières.
Non-coopération avec les grands monopoles de la mort.
Marché commun des peuples de la faim, de ce Tiers-Monde qui détient les deux-tiers des ressources du monde.
Et d'abord: démasquer 1'hypocrisie de ceux qui
appellent terrorisme la violence des faibles, et lutte contre
le terrorisme la violence des forts.

Roger Garaudy
Chennevières
9 mai 1986
En Iran (sans doute 1980)

11 janvier 2017

"Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Dieu"




A propos de la citation du sage indien de l'autre jour et de cette grande année qui s'annonce, je voudrais en profiter pour partager avec vous – et la présence vivante de Roger Garaudy - une chanson que je considère comme l'une des plus belles au monde. Son refrain est le suivant (trad.) :
"Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Dieu". Elle a été rendue en anglais d'une manière particulièrement réussie [ voir la video].
En l'écoutant et en lisant ce qui suit, vous pourrez apprécier, je l'espère, sa portée, spirituelle bien sur mais aussi philosophique, psychologique, sociologique et esthétique.
Dans les campagnes de cette partie du monde où je vis, et où les Indiens ne semblent pas s'être installés de manière durable, j'ai remarqué qu'il existe une chanson autour du même instrument qu'est la baratte et qui comporte un couplet semblable. Est-ce un hasard ?
A propos de la "Loi Travaille !"
Quant à la notion de travail, au cœur de toute Révolution dont nous parlions l'autre jour, son sens véritable semble dévoyé par la récente législation en France. A ce sujet, un autre sage indien invitait à surtout ne jamais faire aucun effort pour travailler:
"L'impression "je travaille" est un obstacle. Recherchez donc: Qui travaille? Rappelez-vous "Qui suis-je ?"; votre travail ne vous pèsera plus; il se déroulera automatiquement. Ne faites donc aucun effort soit pour travailler, soit pour renoncer à votre travail. C'est cet effort qui vous enchaîne. Ce qui doit advenir, adviendra. Si votre destin est de ne plus travailler, vous ne pourrez plus jamais trouver de travail. Si votre destin est de travailler, vous serez forcé de le faire. Par conséquent, abandonnez ce souci au Pouvoir d'en-haut. Vous ne pouvez ni renoncer ni retenir à votre guise."  (Maharshi, Albin Michel, 1972, p. 211).
Il enjoignait en un autre endroit de demeurer en permanence un ouvrier docile:
"Tu es manipulé par un Pouvoir supérieur. Tu le prouves d'ailleurs en refusant de d'y soumettre. Au lieu de cela, reconnais ce Pouvoir et soumets-toi à lui comme son instrument. Autrement dit, même si tu refuses tu y seras obligé. Au lieu d'être l'ouvrier récalcitrant, sois l'ouvrier docile. Reste donc fermement établi dans le Soi et agis conformément à la nature sans penser que tu es l'auteur de tes actes."
L'intérêt de la Pensée Unique
Pour revenir à la chanson des Gopis ("Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Krishna"), elle illustre également le plus grand enseignement de l'hindouisme et du bouddhisme et particulièrement de la version chinoise de ce dernier. En effet, elle illustre la possibilité de méditer sur Dieu en permanence, même en travaillant… Ce faisant, elle sous-entend la nécessité, par ailleurs explicitée en de nombreux autres endroits des textes de l'hindouisme, d'une soumission totale à Dieu, exactement comme celle sur laquelle s'est fondé l'islam.
Ce qu'il y a de commun à l'hindouisme et aux autres religions et spiritualités orientales, c'est que l'illusion suprême est la liberté de penséE. En effet, cette dernière est toujours ancienne car liée aux expériences diverses de la vie et productrice, par l'effet de continuité, d'une autre illusion de taille: le Temps… La félicité suprême dans ces religions se fonde sur un mode où règne la Pensée Unique, à l'opposé de l'objet recherché dans les "sociétés démocratiques" et "avancées". La Pensée Unique est en effet celle tournée exclusivement vers Dieu. Toute autre pensée est écartée une fois que la nature du Mental ("manas" en sanskrit) a été saisie et que ne demeure que la pensée "Je Suis".
Le Diable, c'est le Mental
Dans la religion musulmane (laquelle a plus de points communs avec l'hindouisme que toutes les autres religions du Moyen Orient; quoi qu'en pensent les ignorants), le Mental de l'être humain, dénommé prosaïquement "Ma Tuwaswisu bi-hi Nafsu-hu" (mot à mot: "ce que sa conscience individualisée "Nafs" lui susurre"), c'est le Diable en personne. Ce Shaytan n'est pas du tout le rival, avec ou sans cornes, de Dieu puisque c'est Ce Dernier Lui-même qui l'a créé; chose paradoxale que reprochent naïvement certains critiques chrétiens aux musulmans… Il est en fait l'adversaire de l'être humain. C'est lui qui maintient ce dernier dans l'illusion, à la différence des animaux dont l'attention est toujours totale, totalisante, jamais brouillée par des pensées. La tâche de l'être humain sur Terre est donc de se délivrer de cette emprise du Mental. Le verset le plus important du Coran résume à lui seul une telle Vision:
" Dieu a créé l’humain, et sait ce que son Mental lui murmure. Il est plus proche de lui que de sa veine jugulaire même" [Wa laqad halaqna l-insana wa na'alamu ma tuwaswisu bi-hi nafsu-hu wa nahnu aqrabu ilay-hi min ahbli l-warid] (50 Qaf 16).
Dieu est installé sur le toit de la maison
Dans la chanson des Gopis, Krishna est évidemment le même Dieu que celui des musulmans, chrétiens et juifs sans œillères. Un autre sage et philosophe indien, l'illustra un jour à partir de sa propre expérience quand il proclama:
"J'ai pratiqué toutes les religions, du christianisme à l'islam et j'ai suivi chacune des voies propres aux diverses sectes de l'hindouisme. Et il m'est apparu que par des voies différentes toutes cheminent à la rencontre du même Dieu. [...] Personne ne réalise que celui qu'on appelle Krishna est aussi appelé Shiva ou bien l'Energie divine (Shakti), Jésus ou Allah, ou encore Rama avec ses mille noms."
"Dieu est installé sur le toit de la maison. Il s'agit de le rejoindre. Pour cela, les uns prennent une échelle, d'autres une corde ou une perche en bambou, d'autre encore empruntent l'escalier ou escaladent les murs. Que vous choisissiez telle ou telle voie est chose indifférente, à condition de ne pas les essayer en même temps mais successivement. Si vous arrivez sur le toit, vous avez trouvé Dieu et vous comprenez alors qu'il y avait plusieurs voies possibles pour le rejoindre. En aucun cas vous ne devrez penser que les autres chemins ne mènent pas à Dieu. Ce sont simplement d'autres moyens permettant de se hisser sur le toit. Permettez à chacun de suivre sa propre voie [...]
Chacun s'imagine que seule sa propre montre indique l'heure exacte. En réalité, il suffit d'aimer Dieu avec ardeur et de se sentir attiré vers Lui..."
(Ramakrishna, in J. Herbert, Albin Michel 1947, p.512)

Charybde

10 janvier 2017

File d'attente


Pourquoi je suis musulman. Suite. Roger Garaudy répond dans "Le Monde" (1983)



Roger Garaudy répond...
LE MONDE | 01.10.1983 

Après mon article: " Pourquoi je suis musulman ", j'attendais un dialogue à un autre niveau que celui des lettres publiées dans le Monde du 10 septembre. Un musulman pieux disait: " Je te donne ce que j'ai; tu me donnes ce que tu as. " Dans cet échange, M. Mozaffari a peu à donner, sinon l'occasion de rappeler, contre des ignorances étranges (qu'il n'est malheureusement pas seul à partager), quelques points fondamentaux.
Il me reproche d'avoir affirmé que le prophète Mohamed n'a jamais prétendu créer une religion nouvelle, mais rappeler à la foi fondamentale d'Abraham. C'est pourtant ce que le Coran enseigne: " Qui donc professe une meilleure religion que celui qui répond à l'appel de Dieu, qui fait le bien et qui suit la religion d'Abraham ? " (IV, 125), et, par conséquent: " Suivez la religion d'Abraham " (II, 135). Le Coran recommande de s'adresser fraternellement aux juifs et aux chrétiens: " Dites: Notre Dieu, qui est votre Dieu, est unique, et nous lui sommes soumis " (XXIX, 46).
M. Mozaffari me reproche d'avoir dit qu'être musulman n'est pas renier Jésus. A-t-il l'ignorance médiévale de la manière dont il est parlé de Jésus dans le Coran: " Oui, le Messie, Jésus, fils de Marie, est le Prophète de Dieu; il est Sa Parole, qu'il a semée en Marie, un Esprit émanant de Lui " (IV, 171) ?
Je ne veux nullement ainsi faire un cours de théologie sur la christologie dans le Coran, mais combattre seulement des clichés générateurs d'incompréhension et de haine, comme j'ai toujours tenté de le faire, par les dialogues entre chrétiens et marxistes, comme avec le " dialogue des civilisations ". Cinq siècles d'une sanglante histoire ont montré que l'atrophie de la dimension divine, transcendante de l'homme, a conduit à une jungle où s'affrontent les volontés de croissance, de puissance et de violence des individus, des groupes et des nations, et peut nous conduire à un suicide planétaire.
L'œcuménisme total que j'invoque est dans le Coran: " Nous croyons à ce qui a été à Moïse, à Jésus, aux prophètes, de la part de leur Seigneur, nous ne faisons point entre eux de différence " (II, 36 et III, 84). A côté de l'immensité de cette tâche, quelle pauvre rancœur dans le cri de M. Mozaffari - " Je ne connais qu'un seul Allah: c'est celui qui m'a foutu dehors de mon pays " ! Il m'est arrivé, à moi aussi, d'être exclu d'une communauté. Je lui avais donné trente-sept ans de ma vie. J'en ai souffert à en mourir; mais jamais je ne confondrai les quelques hommes qui m'ont fait cela avec le marxisme, et jamais je n'ai parlé ni ne parlerai ainsi à la communauté fraternelle à laquelle j'ai appartenu, même si ses dirigeants provisoires m'en ont exclu.
" Pourquoi se convertir à quelque chose qui est inexistant ? ", insiste M. Mozaffari. J'ai dit déjà qu'il n'existe pas davantage de " société chrétienne ", mais que Jésus demeure un ferment de nos vies, et qu'il nous appartient, contre toutes les pesanteurs du passé, de faire toujours davantage " exister " sa brèche dans l'histoire. Il en est de même pour le judaïsme ou l'islam, quelles que soient leurs perversions historiques.
Bien entendu, cela suppose que l'on ne se réduise pas au petit positivisme dont se réclame Mme Lily Skenasi, qui nous propose ce principe de vie: " Il y a des atomes, et il y a de l'espace - et tout le reste est opinion. " Principe de mort pour tout ce qui donne un sens et une beauté à la vie: l'espérance - à défaut de la foi, - l'art, l'amour, ne se réduisent pas aux atomes, à l'espace et à l'opinion. Je souhaite seulement à Mme Skenasi de dépasser cette " suffisance " pour vivre une vie à visage humain.
Je remercie le docteur Benoît Gammer de poser enfin, avec force et humilité, le vrai problème: contre toute tentation de triomphalisme (" ne voir l'islam qu'à travers des textes "), n'oublier jamais " les contradictions et les souffrances ", dans les sociétés islamiques comme en toute société, et appeler les uns et les autres à " s'interroger sur leurs responsabilités historiques ". Puisse son appel être entendu par les " suffisants ". J'accepte sans réticences sa critique. J'essaierai, pour ma part, de lui être fidèle,

09 janvier 2017

Autour du procès des "Mythes fondateurs de la politique israélienne".



Quelques ARTICLES DU MONDE (classés du plus récent au plus ancien) autour du PROCES DES « Mythes fondateurs de la politique israélienne »

Critiqué, jugé, sanctionné pour ses thèses en France, l'ancien théoricien du PC est décoré et louangé dans les pays arabes
LE MONDE | 01.03.1998
par MOUNA NAIM

L'ÉCRIVAIN français Roger Garaudy, qui a été condamné à 120 000 francs d'amende pour « contestation de crimes contre l'humanité » et « diffamation raciale », a trouvé d'ardents défenseurs dans de nombreux pays arabes et en Iran.
M. Garaudy, qui était poursuivi pour son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, s'est ainsi vu décerner pour son oeuvre, il y a quelques jours, la médaille de la prédication islamique, la plus haute distinction islamique en Egypte, par le ministre de la culture.
L'ampleur de la sympathie manifestée à l'égard de M. Garaudy par des intellectuels et des hommes politiques arabes et iraniens est d'autant plus surprenante que son oeuvre n'est connue que par une poignée de lecteurs. Même enrobé dans des justifications telles que la défense de la liberté d'opinion et d'expression qui plus est dans des pays où ces libertés fondamentales sont de vains mots , ce mouvement reflète une méconnaissance totale des faits ainsi qu'un mélange confus d'exaspération générale à l'égard d'Israël et du sionisme et de défense de l'identité musulmane.
Les mois de janvier et de février ont été particulièrement fastes pour l'ancien théoricien du Parti communiste français converti à l'islam. Du Caire à Téhéran, en passant par Damas, Amman, Beyrouth, les territoires autonomes palestiniens, Abou Dhabi et Tripoli, la mobilisation en sa faveur fut surprenante. L'Union des avocats arabes a lancé une campagne de pétitions pour le soutenir et des avocats se sont portés volontaires pour participer à sa défense.
L'APPUI DE L'IRAN
Roger Garaudy a également eu droit au soutien du mufti de Syrie, Cheikh Ahmad Kaftaro, et a été reçu par Cheikh Mohamad Sayed Tantaoui, l'imam d'El Azhar, la plus éminente institution de l'islam sunnite. Il a été invité par les ministères égyptien et qatari de la culture, qui lui ont organisé des rencontres avec le public. L'épouse du président de l'Etat des émirats arabes unis lui a fait don de 50 000 dollars (environ 300 000 francs).
Le pouvoir iranien, toutes tendances confondues, lui a apporté son appui. Le président du Majlis (Parlement), Ali Akbar Nategh Nouri, s'est indigné de l'attitude des défenseurs occidentaux des droits de l'homme qui acceptent la tenue d'un procès Garaudy alors qu'ils fustigent la condamnation à mort, par une fatwa de l'imam Khomeiny, de l'écrivain britannique Salman Rushdie, dont l'ouvrage, les Versets sataniques, a été jugé blasphématoire pour l'islam.
L'opposition n'a pas été en reste. Le Mouvement pour la libération de l'Iran de l'ancien premier ministre Mehdi Bazargan a exprimé son soutien aux « idées antisionistes » du prévenu français.
Si cet engouement s'est amplifié à l'approche du jugement du tribunal de Paris, il avait en réalité commencé durant l'été 1996. Rien n'avait pu freiner la naissance de ce mouvement de sympathie, même si certains intellectuels s'étaient alors indignés des amalgames et avaient lancé des mises en garde contre la confusion des genres et les dérives prévisibles (Le Monde du 21 août 1996).
L'un de ces derniers, Samir Kassir, s'étranglait presque, dans un article publié la semaine dernière par le quotidien libanais El Nahar, de voir Roger Garaudy assimilé à Zola.
Le mouvement de soutien au philosophe français « est une campagne folle qui ignore les données de l'affaire dont elle prétend prendre acte. Elle ne prend même pas en considération la personnalité de celui à qui elle apporte son soutien, écrivait l'auteur. Il ne suffit pas que Roger Garaudy soit pro-arabe pour qu'il soit respectable (...). Garaudy a si souvent changé d'idéologie qu'on est sûr que la droiture n'est pas l'une de ses qualités. Il n'est pas non plus un démocrate mis à l'écart. » « L'intellectuel engagé [arabe], ajoutait Samir Kassir, se doit de dire que les six millions de victimes juives sont les martyrs d'un crime commis par l'Occident et dont nous sommes tenus de respecter la mémoire plus que quiconque sans pour autant accepter qu'elles soient utilisées pour bafouer nos droits... Faisons le avant que nous sombrions dans la décadence. »
MOUNA NAIM







Un libraire genevois condamné pour avoir vendu un livre de Roger Garaudy
LE MONDE | 25.02.1998 

GENÈVE. Poursuivi pour « discrimination raciale », un libraire de Genève a été condamné, lundi 23 février, à 1 000 francs suisses (4 000 francs) d'amende pour avoir mis en vente un livre de Roger Garaudy « niant et minimisant grossièrement le génocide juif durant la seconde guerre mondiale ». Dans son jugement, le tribunal considère que l'accusé n'a pas mis en garde ses clients contre « les thèses révisionnistes » du livre, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne. Alors que le procureur avait réclamé une peine de 3 500 francs suisses, les juges ont tenu compte du fait que le vendeur a agi « comme l'un des derniers maillons de la chaîne ». Le 8 décembre 1997, le diffuseur en Suisse de l'ouvrage avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis par un tribunal de Vevey. (Corresp.)








PROCÈS GARAUDY : Le président iranien, Mohammad Khatami, a critiqué le procès de l'écrivain français Roger Garaudy.
LE MONDE | 21.01.1998 

Le président iranien, Mohammad Khatami, a critiqué, mardi 20 janvier, le procès de l'écrivain français Roger Garaudy, jugé en France pour contestation de crimes contre l'humanité. « Les gouvernements occidentaux ne tolèrent pas qu'on s'oppose à leurs intérêts, et c'est pourquoi l'Occident juge un érudit pour avoir écrit un livre sur les sionistes », a souligné M. Khatami. (AFP.)