07 octobre 2015

Les trois violences

     DOM HELDER CAMARA [...]  écrivait, dès 1967, sa «SPIRALE de la VIOLENCE». Il y définissait, avec lucidité et courage, trois sortes de violence:
1 - La violence institutionnelle, c'est à dire l'injustice, la pire de toutes, et génératrice de toutes les autres.
2 - La violence insurrectionnelle, dirigée spasmodiquement contre les crimes permanents de la première.
3 - La violence répressive, combattant seulement la seconde pour perpétuer le pouvoir et les iniquités sanglantes de la première.
     Il dénonçait, sans équivoque, l'hypocrisie de ceux qui, sous des prétextes «religieux»,«d'amour», ou des prétextes moraux ou politiques de «maintien de l'ordre» ne flétrissaient que la seconde, en en faisant la seule violence, et fermaient les yeux sur la première, et se sentaient protégés dans leurs privilèges par la troisième.

Roger Garaudy
[extraits soulignés par moi. AR]

05 octobre 2015

Vers un monde multipolaire. Par Alexandre Orlov, Ambassadeur de Russie en France

Intervention 
au colloque «Chine–Russie: quelles stratégies? »
28 août 2015

Monsieur le Premier-ministre, Mesdames et messieurs,

Je trouve profondément symbolique que ce colloque se tienne au “Futuroscope” – ce parc du Futur. Car parler de la Russie et de la Chine, c’est parler,  non seulement du présent, mais aussi de l’avenir – de l’ordre mondial de demain.

Nous comprenons tous que la portée des relations russo-chinoises dépasse largement le cadre bilatéral. Elles constituent un facteur puissant de formation d’un monde multipolaire.
Oui, notre monde est en passe de devenir multipolaire. C’est un processus objectif et irréversible. On peut toujours essayer de le ralentir, mais personne n’est désormais en mesure de l’arrêter.
De fait, dans l’ambition d’assurer leur hégémonie, de maintenir la domination unipolaire, les Etats-Unis suivent le cap de l’endiguement de nouveaux pôles d’influence – avant tout la Russie et la Chine.
A l’égard de la Russie, cette politique d’endiguement prend une forme ouvertement agressive. On inflige à mon pays des sanctions chaque fois nouvelles – et ce, sans plus aucun lien avec la situation en Ukraine. Des bases militaires américaines et de l’OTAN poussent sur ses frontières tels des champignons, on y construit le bouclier antimissile américain. On lui livre une guerre médiatique, psychologique et économique.
Pour la Chine, cette même politique d’endiguement revêt un caractère latent, voilé. C’était d’ailleurs pareil pour la Russie, jusqu’à ce que la crise en Ukraine ne fasse tomber les masques.
La tactique utilisée est pourtant la même. Pour justifier cette politique d’endiguement, on impose à l’opinion publique toutes sortes de mythes – sur la “menace” russe ou chinoise ou sur “l’antagonisme idéologique” entre l’est et l’ouest.

Internationale, migrations et mondialisation. Point de vue

 Les prolétaires ont une patrie, sinon... ils n'ont rien

L'Internationale pour laquelle je milite n'a rien à voir avec la mondialisation. Chaque pays en raison de données géographiques, climatiques, historiques, a ses particularités, et c'est tant mieux pour la diversité.


Sous la protection de frontières, on peut réussir à créer un point rouge, où enfin les dominés, les opprimés, les écrasés par la lutte des classes réussiront à renverser l'horrible hydre capitaliste. Par émulation d'autres suivront, protégés eux aussi par des frontières. Et puis d'autres.



La grande faute de ce qu'on appelle "extrême gauche (NPA, LO) est d'être tombée dans la mondialisation perverse, dont ils ne se relèveront pas. La planète entière ne se soulèvera pas à la fois, et c'est bien là où "les autres" les attendent. "Les autres", possèdent les banques, partout. Ils possèdent une part importante des médias, partout. Ils sont main dans la main avec les industries d'armement et celles de l'alimentation, du monde entier, avec les stocks de nourriture qu'ils peuvent bloquer s'il leur en prend envie.



Oui, il faut enfin revenir à l'Internationale, la fraternité entre les nations. Et les prolétaires ont une patrie, sinon... ils n'ont rien.

La grande perversité des Grands de Ce Monde aura été de soudain, à coups de millions de dollars (il ne faut pas se voiler la face), déclencher un exode massif probablement à grands coups de propagande, de pots de vin,  de conflits allumés en des points précis. Auparavant, aura été instauré cette aberration qu'est l'espace de Schengen pour transformer en Titanic un navire aux caissons de cale bien séparés.



Tous ces pauvres gens du monde, effrayés, hagards, se précipitent vers ce qu'on leur a dépeint comme un Eldorado chatoyant. Il en tombera en route ? Qu'importe, il en restera bien assez, arrivés à pied d'œuvre, pour accepter de travailler pour un bol de riz par jour, même si ce sont des diplômés. Plus besoin de se déplacer pour recruter très loin un Lumpenproletariat : c'est lui qui se présente directement. Déraciné, bousculé, il acceptera tout. Même l'innommable, même le détestable, même pire encore.



Ne nous y trompons pas : avec un peu de temps, toutes ces personnes arrivées cahin caha jusqu'ici réussiront à se placer, s'il ne continue pas à en arriver toujours plus bien entendu. C'est à un État nouveau, complètement opposé à la catastrophe actuelle, d'y remédier, et cela peut marcher. C'est Michel Rocard, que je n'apprécie pas souvent, qui avait dit « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, (mais elle doit en prendre sa part). » Et petit à petit, comme il y a environ 75 ans les Républicains espagnols, les nouveaux venus finiront par s'insérer dans notre nation et lui apporter leur part, car une nation fermée est une nation morte.


Bien entendu, pour cela, et j'y insiste, les frontières devront y jouer un rôle, pour canaliser les flots de personnes (en particulier quand il est soupçonné que certaines ne pourraient être que des infiltrés aux intentions suspectes).  Canaliser n'est pas interdire. Le but n'est pas de rejeter les plus démunis, comme le ferait le Front National (c'est son principal argument, ce qui en donne le niveau), mais au contraire de les protéger et de les aider à devenir citoyens à leur tour, un jour. Comme le faisait dire à ses acteurs des Mariés de l'An II Michel Legrand, "Les sans-patrie sont français"[https://www.youtube.com/watch?t=57&v=9Ti50VdVhbs].


03 octobre 2015

Foucault: une interprétation abstraite et doctrinaire du structuralisme. Garaudy-1967



STRUCTURALISME ET MORT DE L'HOMME
par Roger GARAUDY     Revue La Pensée, n°135,1967 

 [Ceci est le fichier WORD du texte au format JPEG déjà publié à l'adresse: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2012/01/structuralisme-et-mort-de-lhomme.html]

Je voudrais souligner d'abord les conditions dans lesquelles se déroule enFrance le débat sur les problèmes du structuralisme à une étape qui n'estplus celle de la discussion des thèses de Lévi-Strauss, mais qui est beaucoup plus la discussion de thèses fondées sur une interprétation que j'appellerai abstraite et doctrinaire du structuralisme.

Ce débat pose un problème fondamental en ce qui concerne le développement de la conception de l'humanisme.

Nous pourrions résumer ce problème de la manière suivante : il y a environ
trois quarts de siècle Nietzsche annonçait la mort de Dieu. Mais il ne suffit pas
de tuer Dieu pour opérer une transmutation des valeurs : toutes les valeurs dites
supérieures, tout l'ensemble de ces raisons que l'homme se donne pour obéir,
tout ce dédoublement du monde qui a fait de la philosophie, comme l'écrit M .
Deleuze, l'histoire des soumissions de l'homme, tout cela est en bloc nié.
La négation de la vie au nom de valeurs supérieures, qu'elles soient divines
ou humaines, fait de la philosophie une force répressive, réactive, négative. Cette
négation, Nietzsche nous enseigne à l a rejeter pour retrouver l'identité de la
pensée et de la vie, d'une vie qui serait essentiellement affirmation et création.
C'est seulement par le rejet de ce dédoublement du monde que le surhomme
pourra naître comme affirmation sans limite et sans fin comme incessante
création. Mais ce surhomme est-il encore l'homme, c'est-à-dire ce centre personnel
de tous les actes de pensée, de toutes les initiatives par quoi se construit et
se constitue une histoire humaine ?

Dans la perspective ouverte par Nietzsche l'homme peut-il demeurer le sujet "
de la connaissance et le sujet de l'histoire ? L'affirmation de soi comme sujet
ne doit-elle pas être classée au nombre des illusions que dénonçait Nietzsche ?
La deuxième source dont se réclame le courant néo-structuraliste, c'est
Freud. Le passage de la proclamation de la mort de Dieu par Nietzsche à la
proclamation de la mort de l'homme dans certaines interprétations doctrinaires
et abstraites du structuralisme, passe par une interprétation de Freud qui est
aujourd'hui surtout représentée en France par le docteur Lacan.

Le texte fondamental invoqué c'est un texte de 1917 de Freud qui était
intitulé Une difficulté de la psychanalyse. Freud revendiquait pour la psychanalyse
le privilège « d'avoir infligé à l'amour propre humain sa troisième grande
humiliation depuis Copernic et Darwin, » : après celle de la cosmologie et de
la biologie, celle de l a psychologie. Freud développait son idée de la manière
suivante : la vision traditionnelle depuis Ptolémée avait habitué l'homme à
vivre dans u n monde clos dont il était le centre, et voici que ce monde humain
est brusquement décentré par la découverte de Copernic, faisant en quelque sorte
éclater les sphères de cristal qui enfermaient jusque là l'homme et la terre dans
une sorte de chrysalide rassurante. L'homme et sa planète ne sont plus aujourd'hui
qu'un point infime et dérisoire dans l'immensité sans fond des galaxies.
Deuxième étape : ce monde humain est ensuite décentré par l a biologie de
Darwin, qui substitue à la courte histoire biblique de 6 000 ans de dialogue de
l'homme avec son Dieu, le grand temps de cette sorte d'épopée sauvage de la
vie dans laquelle les deux millions d'années de l'histoire et de la préhistoire
humaine d'après les évaluations actuelles de Leaky ne sont plus qu'un épisode
dans le déploiement entier de l a vie sur notre planète, et de l a genèse de notre
planète dans le cosmos.

En fin ce monde humain est une fois encore décentré par la psychanalyse
donnant de l'homme une image telle que toutes sortes de lignes de force ou de
fibres, venant de partout et de très loin, nous composent une âme de leurs noeuds
monstrueux, toujours prêts à échapper à notre contrôle et à se dénouer.
Le psychanalyste,écrivait Freud, se distingue par sa foi dans le déterminisme de la vie
psychique, et il montre que l'homme rationnel et moral au sens traditionnel,
l'homme responsable de ses pensées et de ses actes, est une fiction. L'individu
s'identifiant aux instances porteuses de l'obligation morale crée u n sujet comme
idéal du moi, et il est victime des illusions du sur-moi, qui, nous dit Freud,
présente les rapports les plus intimes et les plus étroits avec l'acquisition philogénique,
avec l'héritage archaïque de l'individu. Bref, entre d'une part le « surmoi» et, d'autre part, au niveau inférieur, le « çà » , entre les injonctions du supra-personnel et le dynamisme de l'infra-personnel, l'homme ne peut plus se définir en termes de sujet mais seulement en termes de structure. Le moi, c'est, comme l'écrivait déjà au début du siècle Jules de Gautier, une apparence inconsistante, le point où à quelque moment de la durée se fixent en un équilibre instable des forces multiples, complexes et insaisissables.

Dans cet écheveau complexe, Freud aurait pour tâche de dénouer par l'analyse ces forces et de les saisir en termes d'énergie et en termes de structure.

En France, il s'agit maintenant d'autre chose que d'un courant philosophique,
il s'agit d'une véritable mode. Elle s'exprime dans les ouvrages des
analystes, des psychologues, des sociologues, des ethnologues ; la littérature, les
arts plastiques, le cinéma nous donnent aujourd'hui l'expression concrète de cette
conception de l'absence de sujet. En suivant certaines des séquences de Fahreinheit 451 il me semblait entendre les dernières pages du livre de Foucault [NDLR:"Les mots et les choses", 1966] , disant :
« L'homme n'est pas le plus vieux problème ni le plus constant qui se soit posé
au savoir humain, l'homme est une invention, dont l'archéologie de notre pensée
montre aisément la date récente, et peut-être la fin prochaine, » et, conclut Foucault,
« l'homme s'effacera comme à la limite de la mer un visage de sable. »
Un problème nous est ainsi imposé : le problème de la mort de l'homme.

01 octobre 2015

République Démocratique du Congo: le génocide oublié des medias

Un génocide est en cours, plus de 6 millions de personnes (dont la pour la moitié des enfants de moins de 5 ans !) ont été massacrées dans l’indifférence générale et avec l’appui des Etats-Unis et de l’Europe ! Des centaines de milliers de femmes et de filles ont été violées et mutilées par les armées d’occupation. Et tout cela pour une raison principale : s’emparer des richesses minières exceptionnelles que recèle le sous-sol du pays…

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