24 mars 2021

Qui sont les vrais responsables de la mort du Christ ?

 

Le geste théâtral du gouverneur romain Ponce Pilate se lavant les mains est resté gravé dans l'inconscient collectif. Il est devenu synonyme de lâcheté. Mais, à l'examen, est-ce vrai ?

En parcourant  les récits des évangiles, nous  allons constater que  le gouverneur romain  fut l'unique, et le plus combatif, des défenseurs du Christ. A la fois juge et défenseur, c'est sans doute le seul procès au monde où  la même personne assume ces deux rôles. Pilate fut un défenseur offensif, essayant tous les moyens humains, sans relâche, et revenant constamment à la charge pour faire libérer Jésus, comme nous le verrons,

 

 

10 mars 2021

Le principe Transcendance (1), par Alain Raynaud

© Alain Raynaud, 2021. Dépôt légal février 2021. Tous droits réservés. Reproduction interdite

 1- Changer le monde, changer de monde

«Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières De l'illimité et de l'avenir Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés». Apollinaire

Toute ma vie, j’ai voulu contribuer à changer le monde par référence à des parents militants et en m’appuyant sur Marx. Je pense aujourd’hui, après avoir découvert en 1968 Roger Garaudy puis plus tard Teilhard de Chardin, qu’il a manqué au marxisme d’hier, et qu’il manque au marxisme d’aujourd’hui, un principe de transcendance. Ce principe est simplement l’attrait d’un «plus grand que soi», qu’il trouve sa source dans un au-delà du monde présent, dans une espérance ou dans une intention. Je sais aujourd’hui que ce principe était déjà présent dans l’œuvre de Marx et que seuls la dureté des temps, la dictature du matérialisme vulgaire, bourgeois, et souvent l’étroitesse d’esprit de chefs petits ou grands, ont empêché que ce principe soit vu, compris, et mis en pratique. Bien qu’il l’ait été parfois : que des ouvriers soviétiques réalisent de leurs mains une idée, le communisme, en édifiant un barrage sur la Volga, ou que des ouvriers chrétiens jettent vers leur dieu les flèches de la cathédrale de Chartres, qu’est-ce d’autre ici et là que la manifestation d’un même principe, le principe Transcendance.

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Georges Bataille fait remarquer dans «Théorie de la religion» : «Une philosophie n’est jamais une maison mais un chantier». Ce parcours ne présente aucune philosophie nouvelle mais un essai de description personnelle du chantier des hommes guidés par la transcendance, transcendance qui revêt diverses formes et pousse à des efforts et à des sacrifices, individuels et collectifs. Dans «Pour et contre Marx», Edgar Morin décrit son idéal d’homme : «Toujours en formation. Il s’obstine à chercher l’au-delà». La quête d’un au delà de ce monde, d’un plus grand que soi, nous aide à vivre, à vivre en tant que personne individuelle et en tant qu’appartenant à l’humanité. Mais, quand nous cherchons un au-delà, voulons nous changer des choses dans le monde tel qu’il est ou changer de monde ? Le panorama projeté permettra d’observer ce besoin, cet impératif, ses limites, ses modalités d’accomplissement. Ce panorama ne s’ouvre pas sur Dieu car celui-ci, ainsi que le note Teilhard, n’est pas «un grand propriétaire administrant ses terres». Surtout, inconnaissable par définition, il n’est qu’une possibilité de transcendance parmi d’autres, possibilité à laquelle il faut faire place mais en ne refusant jamais la lumière à celles et ceux qui ne la nomment pas «Dieu» : les immanents aussi ont leur transcendance. Il ne s’agit pas d’imposer un principe de résignation ou de soumission, mais d’explorer les diverses facettes d’un principe d’émancipation, d’épanouissement, indissolublement personnel et collectif. Notre époque connaît depuis le dernier quart du XXe siècle un développement des intégrismes, notamment religieux. L’esprit de cet essai, tendu vers la découverte et la description d’une transcendance à visage humain, est aussi de fournir des armes contre ces formes nihilistes de la transcendance. «Il faut bien qu’il y ait dans la conscience elle-même un principe de liberté et d’union», disait Jaurès. Nous proposerons des directions différentes pour que chacun trouve ce principe. Pour en tirer une éthique, nous en dresserons une topographie élémentaire, historique puis thématique. Avec la pandémie de la Covid-19 qui a bouleversé la vie privée et publique des terriens au cours de l’année 2020, les questions du but de la vie et de l’organisation collective propre à atteindre ce but se trouvent plus que jamais posées à la conscience de chacun. Mais les forces qui empêchent de les poser sont toujours-là, aussi fortes qu’avant, et elles font tout pour instrumentaliser la crise sanitaire de façon à obtenir des individus et des sociétés tout entières le consentement aux dérives libérales, autoritaires et productivistes. La santé est utilisée à la fois comme une puissante imprécation - vous risquez votre vie si vous n’obéissez pas ! - et un opium des peuples. Chercher le plus grand que soi, faire jouer le principe Transcendance, est de plus en plus difficile, mais pour les mêmes raisons de plus en plus nécessaire.

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D’hier ou d’aujourd’hui, des idées réductionnistes (monismes, dualismes,  littéralismes, intégrismes, complotismes, etc.) ramènent la diversité du monde à une abusive simplification, et, ignorant les nuances, toute contradiction à celle du noir contre le blanc. Cet essai, sans conclusion, tente de définir et de défendre, contre ces idées guerrières, l’unité évolutive complexe de chaque homme, son humanisation, menacée par les dérives, le désordre, le risque d’implosion, l’entropie (pour employer un mot savant) des formations économiques et sociales, et le repli sur soi consécutif des individus et des collectifs. Cette unité peut être sauvée par un mouvement de dépassement, de transcendance, vers un possible dont Marx et Teilhard de Chardin, avec d’autres, sont au nombre des prophètes. De ces prophètes nous brossons un panorama personnel, non universitaire, présentant une interprétation compréhensible de leurs œuvres, qui puisse être justement utile à cette unité de l’homme, à l’émancipation de chacun et à l’épanouissement de tous

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A SUIVRE EN AVRIL 

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15 janvier 2021

Défense de l’homme et défense du sacré

©Alain Raynaud, 2021. Tous droits réservés

La défense de l’homme et la défense du sacré sont en ce XXIe siècle deux tâches sœurs. Les grandes religions monothéistes et les systèmes idéologiques marxistes ont dégénéré en théologies de la domination, voire de l’écrasement, en imitation ou en gestion du capitalisme, ou en guimauves idéologiques. Il est important pour chaque homme que les exemples que leur donnent les militants de ces deux espérances puissent apparaître comme en prise sur le réel et en capacité de le changer. En finir avec les intégrismes religieux, philosophiques et politiques, ouvrir les textes sur de nouvelles interprétations (l’«ijtihad» des musulmans) afin que le présent cesse d’être vu comme la fossilisation du passé mais aussi comme matière à un avenir différent. A la fois, et du même élan, changer le monde et se changer soi, dans tout ce qui fait évènement (c’est-à-dire rupture avec l’ordre normé du monde), du personnel le plus petit au collectif le plus grand. «Plus on gravit la transcendance sans nom / Plus on appréhende en soi le sans-fond», écrit François Cheng ["Enfin le royaume"], inversant les termes de Teilhard pour dire la même chose que lui : «C’est par ce que nous avons de plus incommunicablement personnel que nous touchons à l’Universel».

Le matérialisme brut, qui «consiste à regarder comme plus réels  les éléments de l’analyse que les termes de la synthèse» est source d’illusions pour l’homme car il tend à faire passer la partie pour le tout. «Une Evolution à base de Matière ne sauve pas l’Homme : car tous les déterminismes accumulés ne sauraient donner une ombre de liberté». Finalement, «la seule réalité… est la passion de grandir». Quel sens de la formule ce Teilhard...!

Dans sa thèse de doctorat Didier Gauvin étudie la notion de transcendance chez Roger Garaudy : «Lors de sa période communiste, Garaudy  utilise volontiers l’expression dépassement dialectique qui désigne le surgissement du nouveau, du différent au-delà de toutes les conditions déjà présentes dans la réalité… C’est dans cette rupture créatrice que Garaudy repère, chez Marx… une forme de transcendance qui est essentiellement dépassement de l’ordre présent». C’est cette conception que ses détracteurs, au premier rang desquels Michel Foucault et les althussériens, ont baptisé d’un ironique «chardino-marxisme», dont le livre de Garaudy «De l’anathème au dialogue» fut une sorte de «manifeste», et qu’il ne nous paraît pas aberrant de reprendre à notre compte. «Dans [ce] livre , écrit Didier Gauvin, il [Garaudy] cite élogieusement le père Teilhard de Chardin [qui] n’oppose jamais la foi en l’au-delà au combat terrestre… Face [aux] penseurs chrétiens qui s’efforcent de convaincre leur communauté de revaloriser le monde, il importe que les marxistes revalorisent la dimension de la transcendance comme dépassement dialectique». Entre tous les hommes de foi (foi en dieu ou foi en l’homme), ce dialogue est plus que jamais actuel et nécessaire. Teilhard en a formulé en 1924 les «principes fondamentaux» : «primat de la conscience», «foi en la vie», «foi en l’absolu», «priorité du tout».

A.R.

Le monde d'aujourd'hui est saisi d'une étrange maladie...

Le monde d’aujourd’hui est saisi d’une étrange maladie. Depuis une génération environ, nous avons été les témoins de la lente propagation de ce virus, qui se glisse dans nos veines, glace notre sang et dessèche nos cœurs. Nous lui cherchons vainement un vaccin : extrêmement contagieux, le mal se répand comme une traînée de poudre, faisant des ravages dans toutes les couches de la société. Ce cancer, c’est le stress, la forme la plus pernicieuse de la peur. (…) Cette peur triomphe aux quatre coins du globe, et rares sont ceux qui peuvent prétendre lui échapper.


Peur du chômage, peur des étrangers, peur de l’échec dans un univers compétitif, peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver de logement, de manquer de nourriture, ou d’amour, peur de tomber malade, de périr d’ennui, peur de s’ouvrir aux autres, de vieillir, de ne plus séduire, de voir s’en aller les êtres aimés, peur de la solitude, peur de devoir prendre sa retraite, ou de ne jamais la toucher, peur des couloirs du métro, peur du qu’en dira-t-on, peur des ténèbres, peur du Diable, de l’envoûtement, de la "fatalité"… Peurs individuelles et collectives, peur du terrorisme, peur des trafiquants de drogue, de la délinquance, du sida, de la famine, de la pollution, peur de l’épée de Damoclès nucléaire, peur des manipulations génétiques, peur de tout. (…)

27 novembre 2020

Réfléchir...disent-ils

« Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’Opinion. » (Paul Valéry)


« Nous avons oublié que, si nous devons résister à la passivité, c’est certes pour nous-mêmes mais surtout pour ceux qui nous survivront. Et c’est donc bien notre peur de regarder plus loin que nous (...) qui nous a rendus si complaisants. Tous coupables d’avoir négligé notre premier devoir : transmettre à nos enfants, par l’exemple des combats que nous aurons menés pour le vrai et le beau, le désir de construire un monde meilleur que celui que nous leur aurons laissé. Nous sommes devenus cons parce que nous avons renoncé à cultiver notre intelligence commune comme on cultive un champ pour nourrir les siens. Oubliés le questionnement ferme, le raisonnement rigoureux, la réfutation exigeante ; toutes activités tenues aujourd’hui pour ringardes et terriblement ennuyeuses, remplacées par le plaisir immédiat, l’imprécision et la lâcheté. » (Alain Bentolila, "Comment sommes-nous devenus si cons ?", Éd. First, 2014, p. 7-8)


« Sommes-nous bien informés ? Je n’exagère pas quand j’affirme que de la réponse à cette question, dépend le sort de l’humanité. » (Arnold Toynbee)


« Les informations et la vérité ne sont pas la même chose, et doivent être clairement distinguées. » (Walter Lippmann, "Public Opinion", 1922)


« Dans la vie, il y a certains événements sur lesquels on évite simplement de se poser trop de questions. Peut-être parce qu’on a trop peur de la réponse. » (George Pendle)


« La crise de notre monde a en partie pour cause la soumission du plus grand nombre à une vision des choses déterminée par les médias de masse. Les images sont relayées dans l’ensemble du monde, et la voix des hommes humains ne peut se faire entendre. (…) Si le monde s’enfonce ainsi dans un chaos d’images sans autre élément d’explication, alors la crise ne peut que s’approfondir. Nous nous abîmerons alors dans un temps de troubles où des princes isolés prendront les décisions, ils nous montreront des spectacles que nous applaudirons, dont nous nous étonnerons, ou nous indignerons, sans en comprendre le sens. Le monde ne peut échapper à cet abîme que si chacun de nous réussit à comprendre et réagir. Pour cela, il faut d’abord être libre de sa pensée. » (Martin Gray, "Vivre debout", Éd. Pocket, 1997, p. 193-194)



« Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis. » (André Gide)

(Citations proposées par notre ami A.D, merci à lui)