07 août 2016

L'amour est ma religion et ma foi

L'islam andalou
Ibn Arabi (1164-1240)
Le chant de l’ardent désir
Mon cœur devient capable de toute image :
Il est prairie pour les gazelles, couvent pour les
moines,
Temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins,
Tablettes de la Torah et livre du Coran.
Je suis la religion de l’amour, partout où se dirigent
ses montures,
L’amour est ma religion et ma foi.

06 août 2016

La refonte des relations internationales et le dialogue des cultures entre l'Orient et l'Occident pour préserver les libertés et l'avenir de l'humanité


* Publié dans Maghreb Emergent le 01 - 08 - 2016

1.-Ayant été toujours un défenseur de la liberté de penser, fondement de tout processus démocratique tenant compte des anthropologies culturelles, les derniers attentats, notamment en Europe, ont aiguisé une vision anti-Islam, animée par une minorité agissante. Comment ne pas rappeler que, depuis que le monde est monde, le concept de liberté a imprégné la pensée philosophique de Platon, d'Aristote, d'Ibn Rochd (plus connu en Occident sous son nom latinisé d'Averroès, philosophe, théologien, juriste, mathématicien et médecin musulman andalou), ou encore du grand penseur maghrébin Ibn Khaldoun. Le mot le plus proche qui est utilisé dans les textes islamiques principaux (le Coran et la Sunna) assimile «la philosophie» à « sagesse », tolérance.
C'est pourquoi beaucoup de philosophes musulmans utilisent le mot « sagesse » comme synonyme du mot « philosophie », qui pénétra la pensée arabe islamique comme arabisation du mot grec « philosophie. Que l'on relise les œuvres d'Al-Kindi, Al Ghazali, Al Farabi.
Toutes les religions, notamment le judaïsme, le christianisme et l'Islam, n'ont jamais prôné la violence, leur fondement étant la tolérance. L'adhésion ou pas à une religion est fondée sur le consentement sans contraintes. Or, contrairement à ces principes fondamentaux, (que l‘on se rappelle les périodes d'inquisition en Europe), l'histoire mouvementée de l'humanité montre des guerres meurtrières au sein d'une même religion et entre différentes religions, les livres saints ayant été dénaturés, instrumentalisés souvent à des fins politiques. La symbiose des apports entre l'Orient et de l'Occident a permis à l'humanité de faire des grands progrès et ce dans tous les domaines.


2.-Comment ne pas souligner l'histoire millénaire de cohabitation pacifique entre les juifs et les musulmans qui d'ailleurs ont été les plus grands protecteurs des juifs persécutés. Musulman, j'ai beaucoup d'amis juifs, chrétiens, bouddhistes et ceux qui n'ont aucune croyance et le courant pour les débats a été toujours fructueux. Le dialogue vertueux est la meilleure manière de dépasser les incompréhensions. Si dans une famille le père et la mère veulent imposer chacun son points de vue c'est l'éclatement de la cellule familiale Lorsqu'un pouvoir par des dictats veut imposer ses lois qui ne correspondent pas à l'état de la société, celle-ci enfante ses propres lois qui lui permet de fonctionner accentuant le divorce Etat-citoyens. Mais je pense que si la liberté d'expression est un acquis universel, elle ne peut aller jusqu'à porter atteinte à la dignité de millions de juifs, chrétiens ou musulmans ou d'athées pour leurs croyances et opinions. La déontologie par le respect d'autrui devrait nous guider. La violence physique doit être condamnée avec rigueur car c'est la meilleure manière de faire de la publicité aux extrémistes. Il faut condamner la violence tant verbale qu'écrite que par la vidéo qui attise la haine, favorise l'extrémisme et porte atteinte aux libertés fondamentales. L'anti-Islam, l'Islam étant une religion de tolérance, ne saurait représenter la pensée de la majorité du peuple américain, français et d'une manière générale de l'Occident mais une minorité raciste. Les extrêmes se rejoignent forcément. Les extrémistes de toutes les religions et non religieux jouant sur le faible niveau culturel de la population appellent à la violence physique. Les extrémistes occidentaux minoritaires, veulent montrer faussement que l'Islam est incompatible avec les valeurs démocratiques et que tous les musulmans sont des terroristes.


3.- Ce serait aller vite en besogne de parler de chocs de civilisations. La majorité des populations de tous les continents aspire à la paix, à la dignité et à la cohabitation et c'est pourquoi je récuse cette vision négative. La seule voie pour lutter efficacement contre l'extrémisme de tout bord , en ces moments de grands bouleversements géostratégiques qui s'annoncent importants entre 2016-2030 , avec la perte des repères où le culturel doit jouer un rôle stratégique, reste la cohésion sociale mondiale, la lutte contre la corruption et la moralité malheureusement en déperdition, comme critère cardinal de la gouvernance de tous les dirigeants de la planète , également en Occident car s'il ya des corrompus au Sud , il ya forcément des corrupteurs au Nord. Cela passe par une profonde refonte des relations internationales, évitant cette injustice planétaire, sans lesquels aucun développement global fiable, ne peut se réaliser, le sous développement nourrissant l'extrémisme et les dictatures. Le combat contre le racisme, la xénophobie, sous toutes ses formes, par le dialogue des cultures entre l'Orient et l'Occident, source d'enrichissement mutuel, concourent à cette refonte urgente des relations internationales. Et ce sera la seule manière de préserver les libertés, et de lutter contre les provocations comme celles récentes qui attisent les haines préjudiciables à l'avenir de l'humanité qui a besoin de plus de tolérance.


 
(*) Professeur des universités, Expert international

Article source  ici sous le titre: L'Islam religion de paix: tolérance et dialogue des cultures face à la xénophobie 


03 août 2016

Djihad = guerre sainte ?



Il est de tradition, chez les Occidentaux, de traduire djihad par

« guerre sainte », c'est-à-dire guerre entreprise pour la propagation

de l'Islam. Le rédacteur de l'article « Djihad » dans l'Encyclopédie de

l'Islam, l'orientaliste D. B. Macdonald, commence par affirmer :

« L'expansion de l'Islam par les armes est un devoir religieux pour

tous les musulmans. »

Or, djihad ne signifie pas « guerre » (il existe un autre mot pour

cela : harb), mais « effort » sur le chemin de Dieu. Le Coran est

parfaitement explicite : « Pas de contrainte en matière de religion »

(11,256).

Tous les textes que l'on a invoqués pour faire de l'Islam un

épouvantail, une « religion de l'épée », ont été invariablement

séparés de leur contexte. On a, par exemple, appelé « verset de

l'épée » le verset 5 de la IXe sourate en en détachant « tuez les

polythéistes partout où vous les trouverez » du verset précédent

(IX,4) qui précise qu'il s'agit de combattre ceux qui ayant conclu un

pacte l'ont ensuite violé, ou ceux qui prétendent empêcher les

musulmans de professer et de pratiquer leur foi.

En un mot, si la guerre n'est pas exclue, elle n'est acceptée que pour

la défense de la foi lorsque celle-ci est menacée, et non pas pour la

propagation de la foi par les armes.

La guerre ne se justifie, selon le Coran, que lorsqu'on est victime

d'une agression ou d'une transgression, actes que les musulmans

 eux-mêmes s'interdisent formellement s'ils obéissent au Coran :

« Combattez dans le chemin de Dieu

ceux qui luttent contre vous.

Ne soyez pas transgresseurs;

Dieu n'aime pas les transgresseurs » (11,190).

La lutte armée pour celui qui pratique le djihad (le mudjahid) n'est

que l'aspect second du djihad. Un hadith célèbre distingue le « petit

djihad» c'est-à-dire la défense de la foi par la force contre un ennemi

extérieur qui la menace ou la persécute, et le « grand djihad » qui est

le combat intérieur pour vaincre notre égoïsme, maîtriser nos instincts

et nos passions, pour laisser toute la place à la volonté de Dieu.

Le grand djihad est une lutte contre soi, contre les tendances qui

tirent l'homme loin de son centre, ce qui, en l'entraînant versdes

désirs partiels, le conduit à se faire des «idoles » et, par conséquent,

l'empêche de reconnaître l'unité de Dieu. Cette « idolâtrie » est plus

difficile eneore.à vaincre que celle des idolâtres de/'extérieur.

Il y a là, aujourd'hui encore, une grande leçon pour beaucoup de

« révolutionnaires» qui prétendent tout changer, sauf eux-mêmes,

comme autrefois tant de « croisés » qui, à Jérusalem, dans l'Espagne

de la « Reconquista », ou contre les Indiens d'Amérique, voulaient

imposer aux autres un christianisme qu'ils bafouaient en chacun de

leurs actes.

Séparer la vie extérieure de la vie intérieure, c’est se condamner à
ne propager, sous le nom de christianisme ou de socialisme, que des

idolâtries sanglantes.

L'un des exemples les plus éclatants de la réalisation humaine de ce

double djihad est celui de l'émir Abd el-Kader, qui ne fut pas

seulement le grand chef de guerre, qui organisa pendant quinze ans,

contre un envahisseur disposant de moyens militaires sans commune

mesure avec les siens, la résistance armée pour la défense de son

peuple et de sa foi, mais qui fut aussi l'un des plus grands mystiques du

siècle, disciple d'Ibn Arabi auquel il était lié par filiation initiatique.

Dans son Livre des étapes, il médite sur l'enseignement fondamental

des soufis de l'Islam : la réalité profonde des créatures, c'est Dieu, et

Dieu n'est pas seulement l'Etre, mais aussi tous les possibles non

manifestés et l'acte de liberté qui les engendre. Exilé à Damas par le

gouvernement français, lors des émeutes xénophobes de 1860, il

prend sous sa protection et sauve du massacre les 14000 chrétiens de

Damas. Le pape même lui conféra l'ordre de Pie LX. Cette haute

figure chevaleresque écrivait, dans son Livre des étapes, ces lignes si

caractéristiques de l'ouverture de l'Islam : « S'il te vient à l'esprit que

Dieu est ce que professent les différentes écoles islamiques, chrétiennes,

juives, zoroastriennes, ou ce que professent les polythéistes et

tous les autres, sache qu'en effet II est cela, et qu'il est, en même

temps, autre que celax. »

Cette haute conception du djihad, de l'effort sur le chemin de Dieu,

s'exprime d'une autre manière encore dans le rôle que joue le

« martyre » dans la perspective du mudjahid de l'Islam. Un théologien

musulman iranien, qui lutta dans le mouvement religieux contre

le despotisme dès 1960, M. Motaharri, dans son livre Shahid(témoin,

martyr) de 1977, définit le martyre par deux caractéristiques

fondamentales : le « martyr », le « témoin », affronte la mort au nom

d'une cause sacrée ; il le fait en pleine connaissance du risque :

« Ne crois surtout pas

que ceux qui sont tués

dans le chemin de Dieu sont morts.

Ils sont vivants ! » (Coran 111,169).

Ce sacrifice du martyr peut intervenir dans un combat où l'on

pouvait espérer triompher, comme ce fut le cas dans la bataille

d'Ohod, livrée par le Prophète, et à laquelle se rapporte ce verset du

Coran ; ou bien ce peut être une mort délibérément acceptée avec la

certitude de la défaite immédiate. Le modèle de ce martyre, dans

l'Islam shi'ite, est celui d'Hossein, le petit-fils du Prophète, tué à la

bataille de Kerbéla. Le martyre a ici une autre signification : par-delà





1. Michel Chodkiewicz a bien voulu me communiquer, avant leur publication,

certains écrits spirituels de l'émir Abd el-Kader. Textes présentés et traduits par

M. Chodkiewicz, Editions du Seuil, Paris, à paraître en 1982.

2. Cité par Paul Vieille à qui je dois cette analyse sur la tradition islamique du

« martyre ».

la défaite et la mort, parce qu'il est un témoignage au nom de la vérité

et de la foi, il est en lui-même une contribution à la victoire de cette

vérité et de cette foi. Le cri de « Allah akbar » (« Dieu est plus

grand »), qui a fait se lever en Iran des millions d'hommes et de

femmes aux mains nues, face à une armée américanisée, et à vaincre

cette armée au prix du martyre de tant d'hommes de foi, traverse

toute l'histoire de l'Islam. Il a donné l'espérance et le courage

d'affronter les oppressions et les persécutions depuis les premiers

combats du Prophète jusqu'à l'insurrection du mahdi du Soudan

contre les mitrailleuses anglaises à la fin du xrxe siècle, et à l'héroïsme

des mudjahids algériens, une fois encore, contre des forces militaires

infiniment supérieures mais qui vit la victoire de la foi sur les armes.

Le théologien musulman Ali Shari'ati, l'un des inspirateurs de la

résistance à l'oppression en Iran, écrivait en 1972 que le martyre n'est

pas une dimension de l'Islam, mais son essence même, unissant

indivisiblement la résistance à l'ennemi extérieur de la foi, et la lutte

intérieure contre les plus animales vibrations, en nous, de l’égoïsme et

de la peur.

En essayant ainsi de rendre compte des raisons profondes de

l'expansion musulmane, et en même temps de dégager la notion de

djihad de ce qu'ont accumulé contre elle des siècles de fanatisme

antiislamique, de colonialisme et de préjugés racistes, nous ne voulons

 pas idéaliser l'Islam historique, mais simplement rappeler qu'en son

principe même il exclut la Croisade et l'Inquisition, tout comme le

christianisme les exclut en son principe même, bien que ce soient des

chrétiens, leurs rois très chrétiens, leurs clergés et leurs papes, qui en

aient accompli les forfaits, du sac de Constantinople et des massacres

de Jérusalem aux bûchers de Torquemada en Espagne, et au génocide

des Indiens d'Amérique1.



Roger Garaudy. Promesses de l’Islam. Seuil. 1981. Pages 39 à 42

02 août 2016

Le dialogue chrétiens-marxistes, une préoccupation constante de Roger Garaudy


pour un modèle français du socialisme
Chapitre “Le dialogue et le christianisme
du XXe  siècle »
© Éditions Bernard Grasset, 1968. [Acheter le livre]


http://www.madeleine-delbrel.net/rubriques/
gauche/ouvrages-en-librairie
  
Le résultat le plus positif du dialogue fut que chacun
a compris qu'il avait quelque chose à apprendre de
l'autre : les marxistes que s'ils sous-estimaient, dans
l'héritage culturel du passé, le moment chrétien, leur
humanisme risquerait de demeurer un humanisme clos
(semblable par exemple à celui du matérialisme du
xvme siècle français) qui serait contraire à l'esprit même
du marxisme. Quant aux chrétiens, ils sont de plus en
plus nombreux à prendre conscience que s'ils ne savaient
pas intégrer les leçons du marxisme sur le rôle des structures
et des déterminations dans l'écrasement ou la
libération de l'homme, et sur les méthodes d'action
propres à maîtriser ces structures et ces déterminismes,
leur christianisme risquerait fort de s'évaporer en une
pure pitié personnelle oublieuse des responsabilités
sociales du chrétien dans la construction de l'avenir
de l'homme.
Une impulsion nouvelle est ainsi donnée au dialogue

théorique et à la coopération pratique, mais à notre
époque où les pays de l'Europe et de l'Amérique du
Nord ne peuvent plus avoir la prétention d'être les seuls
centres d'initiative historique et les seuls créateurs de
valeurs, ce dialogue serait vite, à son tour, dépassé par
l'histoire, et prendrait un caractère « provincial » s'il
ne devenait un « dialogue des civilisations » avec l'Asie,
l'Afrique, l'Amérique latine.
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L'une des conditions majeures du succès de ces rencontres
humaines, c'est que chacun sache à la fois
reconnaître et comprendre l'autre dans sa spécificité
fondamentale et, en même temps, sache discerner en
l'autre ce qui est en train de naître, ce qui change, ce
qui est nouveau.
Il serait contraire aux principes fondamentaux du
marxisme d'aborder ce problème en parlant des « chrétiens»
en général ou de « la religion » en général, car
s'il est vrai, comme les marxistes le pensent, que c'est
l'existence qui détermine la conscience et non l'inverse,
l'on ne saurait parler de « la religion » comme d'une sorte
d'idée platonicienne immuable en tous temps et en
tous lieux, ni des chrétiens comme d'une masse homogène
partageant quels que soient leur classe sociale,
leur pays ou leur époque, une conception du monde
et de Dieu rigoureusement identique.